Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mardi 18 juillet

KittA le ChienJaunE

porte_grecqueEn Grec, "kitta" veut dire "regarde". C'est le nom du chien jaune, il m'a été confié par Martiens, qui ne peut vivre l'hiver dans l'île à cause de sa maladie. Il y fait trop froid et trop humide, ça le tuerait trop vite; et Martiens veut profiter des couleurs avant de s'en aller. Il part donc passer les 4 mois les plus difficiles en Hollande, et laisse derrière lui et devant moi le chien Kitta. Kitta est une patate montée sur quatre bretzels, un animal difforme, haut sur pattes, avec une mâchoire de la taille d'une faux; un animal sans élégance. Il me fend le coeur, tendre comme un fruit sous sa pelisse terne et large, il a peur de tout; de l'eau qui coule, des papillons, des chemises qui sèchent au soleil et des portes qui grincent. Il fait ami-ami lentement avec tout ce qui bouge, je l'ai surpris un jour allongé entre deux vaches, les pattes de devant croisées comme celles de la Joconde, la tête négligemment tournée vers la plus proche. Je suis certaine qu'il lui parlait. Lorsque je pars travailler, Kitta se venge. Il pourrait vaquer à ses occupations, libre et sans attaches, mais sa principale occupation pendant mes absences consiste à trainer les poubelles dans le jardin et dévorer mes chaussures, quitte à m'attendre le soir en haut du chemin, parfaitement conscient de son indélicatesse. Il sait très bien ce qu'il fait; il rampe sur 100 mètres avant de se prosterner à mes pieds, affichant sous la truffe un sourire Nippon de circonstance. Lorsqu'il fait ça, je SAIS que le jardin ressemble à une décharge où trainent ça et là quelques petits bouts de semelles. Mais à cette heure ci, je suis trop lasse pour engueuler Kitta, et puis je sais que ça ne sert à rien. Demain, il recommencera.

Kitta a pris en douceur ce qu'il a perdu en esthétique; il est vilain, ce n'est qu'un coeur. Lorsque je suis fatiguée, triste, malade, il me gratte le pied du bout de la patte et pose sa tête contre mon genou, il me regarde et soupire comme si c'était à lui qu'on faisait du mal. Il dort dans une corbeille déchiquetée trop petite pour lui, son gros museau dépasse ça et là entre les morceaux de paille et, du fond du panier, il observe mon humeur et les battements de mes yeux. Parfois, lorsqu'il sent la journée trop longue, il m'accompagne discrètement jusqu'au Remezzo. Il sait très bien qu'il n'en n'a pas le droit, il passe par Dieu sait où et je le retrouve caché derrière la grosse poubelle bleue du bar, l'air de rien, perdu dans la contemplation des pavés. Il est certain que s'il ne me regarde pas, je ne le verrai pas.

les lois de cause à effet chez les chiens jaunes sont étranges.

Posté par Melle BillE à 17:47 - LégerCommeL'EgéE - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le chien jaune

Retour en arrière en lisant cet article!! "Le chien jaune"??.... Le livre de Paul Berna et "le cheval sans tête". "Le piano à bretelle" surtout et le chien jaune qui est devenu noir, la collection rouge et or, mes 10 ans!!!

C'est fou ce qu'un article peut embarquer très loin le lecteur! Parfois, comme pour moi, entraîné dans des souvenirs qui n'ont qu'une infime relation avec l'écrit.

"Et dire que l'auteur ne sait pas à quoi je pense lorsque je lis son article...."

Posté par Coco de la plume, mercredi 26 mars à 22:00

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=163782&pid=2326659

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :