poisonNous en sommes tous au même stade (sauf peut-être ceux d'entre nous qui ont choisi de se replier au fin fond du congélateur. C'est exigûe mais frais, et tout-à-fait charmant lorsqu'on accroche de petits rideaux de cretonne sur la porte), c'est à dire que nous éxécutons tous au crépuscule la très fameuse danse de la pluie brevetée ours velu, et que nous nous rendons tous compte qu'à 200 euros la méthode qui foire, on ferait mieux de reconvertir tout ça en rosé frais et en bière. Dont acte.

Comme en ce moment, je bénéficie d'un capital-temps presque absolu, c'est à moi qu'il incombe de préparer les terrasses, les marronniers, l'endroit idéal pour une soirée d'apprentis Chamans (normalement, on fait ça au peyotl ou au hashish, mais nous sommes nés sous des latitudes plus tournées vers le raisin et le houblon, et à des époques où il était de bon ton de ne pas afficher un pétard puant. Le cône, ça se consomme avec une tunique en batik et un sac-à-franges, nous avons passé l'âge). Donc ce soir, je me dirige vers l'Endroit Absolu, le Bock, un petit bar de quartier situé à l'extérieur des touristes, venus en masse cette année se noyer dans le lac et récolter des puces de canard (je pressens d'ailleurs une très prochaine mutation grippe aviaire-puces de canard qui va vous déclencher des bubons qui éternuent, ça va faire chicos sur les photos de vacances). Seule ombre au tableau, le Bock est à 3 km de chez moi (autant dire sur l'axe Paris-Lhassa) et je suis à pieds (mini vendue+vélo crevé+pied pourri=allons y sur les mains ça ira plus vite). Bon. C'est comme un treck en Somalie, l'exotisme en moins. MAIS, lorsque tu fais un treck en Somalie, tu sais que si tu arrives au bout avec tous tes organes, tu pourras te faire péter l'estomac avec de l'eau croupie. Et le Bock, lui, est fermé. Pilotage automatique, je règle mon compas sur l'oued le plus proche, qui n'est malgré tout pas le palmier d'à côté. Entre 2 litres de sueur et un borgborygme imprécis et totalement dénué de féminité, je préviens les petits potes du repli sur l'Edelweiss, situé 472 km plus au Sud. J'ai les pieds comme les pneus d'une formule 1, la vitesse en moins. FERME LUI AUSSI. A ce stade, je prends ma retraite à Bandol et je bosse au noir comme bactérie dans un fût de rosé. Repli sur le Saint-Charles. Je vous laisse deviner.

Voilà donc une petite anecdote fort instructive: Par 717 degré Celsius, toutes les oasis sympathiques baissent le rideau de fer et laissent les habitants des petits quartiers pâles, exsangues et déshydratés tandis qu'au coeur de la ville, ça pète bombance et l'hydromel coule à flots 9 jours sur 7. Repli sur mon frigo, je déplore la mort lente du petit quartier. A 10 dans le congélateur, on a intérêt à s'aimer très fort.