Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mardi 01 août

Une ParenThèsE

marches_folkloriques_villes_grand_istanbul_269537Ce matin, il neige encore à Istambul; des nuages plein d'une eau froide et teigneuse trempent le bord de la lune, elle est encore visible dans l'aube déchirée par la voix du muezzin. Comme chaque jour depuis mon arrivée, je m'étire dans ma colère et je me déplie lentement au creux du lit humide; comme chaque jour, je n'ai rien de particulier à faire, je vais aérer mon humeur sombre et trainer dans cette vieille orientale sans la regarder, sans même l'approcher. Je ne suis pas ici pour les odeurs, ni pour les couleurs, ni pour le parfum, je suis ici pour déposer la haine lente qui me grignote. Ce genre de chose, je ne sais le faire qu'ailleurs, chez les autres. Je porte ma colère aussi loin que je peux et je la dépose, intacte et palpitante, à l'endroit qu'elle aura choisi pour m'abandonner et vivre enfin sa vie de haine. Je suis arrivée il y a quatre jours et j'attends ce moment où je vais sentir mon ventre s'ouvrir, quelque part entre la corne d'or et le quartier Russe. En attendant, la ville me traverse sans laisser d'empreinte, la neige recouvre tout.

Il y a une mer, et ce n'est pas l'Egée. L'Egée est bleue, elle m'appartient, elle sait qui je suis. Elle, cette mer noire indifférente, elle me transporte en incessants va-et-vient de l'occident à l'orient, elle n'est qu'un déplacement de plus, liquide, opaque, gris. Pourtant, je sais qu'elle respire, et je voudrais bien l'écouter. Mais à Istambul, je suis sourde et aveugle, je suis une poussière à bords tranchant, à l'aise dans le froid, je tourbillonne sans conscience avec les flocons mous.

Je suis partie avec une intention mais rien n'arrive, mon bagage noir se colle à moi et refuse l'abandon; il s'insinue partout, jusqu'au fond de mes yeux, et dresse entre la mosquée bleue et moi un rempart d'indifférence. Aujourd'hui, c'est la fête de l'Aïd. Tout est fermé. J'aurais voulu me perdre dans le grand bazaar, mais les 30 portes sont closes et m'interdisent l'oubli, l'accès aux narguilés clinquants et aux pistaches grillées; alors je tourne autour à la recherche de je-ne-sais-quoi, quand la lanterne magique, à travers un mur d'arabesques floues sous la neige, décolle pour un instant la pellicule opaque de mon haussement d'épaules à l'ailleurs.

Je suis attirée. Et j'entre chez Mahmoud, le marchand de tapis.

Posté par Melle BillE à 10:36 - LégerCommeL'EgéE - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bille, Zusqu'à Istanboule

la vie roule en boule.

Posté par Epiqure, mardi 01 août à 11:33

C'était quand ???

çà me dit quelque chose , mais "j'ai la mémoire qui flanch-eu , je'm souviens plus très bien ..".
En tout cas moi , çà m'tente drôlement un p'tit tour par là bas ...

Posté par Zorba, mardi 01 août à 12:20

°]

Une poussière à bord tranchant...
J'aime beaucoup.

Posté par Melo, mardi 01 août à 14:22

...hhhhhhooooooo ...... istanbul ... he he

Posté par zelda, mardi 01 août à 16:11

Marchand de tapis

Ca aurait pu être pire : Mourad, le marchand d'harissa...

Posté par Jacques, mardi 01 août à 19:53

Boule

Epiqure, ça va être plus difficile de faire ça avec Tananarive ou Poitiers...
Zorba, c'était l'hiver 2001, pile un an après le départ du rocher...
Merci Melo;-)
hé hé Zelda, je me demande bien ce qui a pu faire ressurgir ce souvenir là...
Président, l'avenir me réservait Mourad pour plus tard; Mahmoud, c'était une sorte de mise-en-jambe si je puis me permettre...;-)

Posté par Bille, mercredi 02 août à 07:13

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