PinderBillELorsqu'un de mes amis a l'immense bonté de me prêter sa voiture, je lui fais un chèque, je l'embrasse sur la bouche, je lui chante une chanson et, accessoirement, je lui danse une bourrée Auvergnate si j'ai les chaussures appropriées. J'adore conduire; si j'avais eu le choix, j'aurais exercé la profession de glandouilleuse-au-volant, mais mon cursus a légèrement dévié en route (que personne ne me demande pourquoi je n'ai pas de voiture en ce moment, je le réduirais instantanément en petits copeaux épars). Mettez moi un volant entre les mains et ce soir, je mange des moules à Saint-Pol-De-Léon (ou une soupe de poissons à Cassis, c'est selon). Enfin bon, hier, j'avais sous la fesse le doux contact d'un siège en simili machin (du diable si je connaitrai jamais la nature EXACTE de cet improbable tissu marronasse) et j'ai filé youkaïdiyoukaïda vers les terres Helvètes, en chantant à tue-tête une vieille chanson de corps-de-garde. Ca tombait drôlement pic, c'était la grande brocante de Genève (qui  s'appelle là-bas "la grande renfile", c'est très Suisse, j'adore), où on trouve des choses dont personne n'oserait rêver (c'est d'ailleurs sur cette brocante que j'ai trouvé mon célébrissime Ginette Mathiot édition 1962 que tout le monde essaye de me dérober à la faveur d'un soir sans lune). Bref et pépin, je fais mes petites emplettes, un petit tour chez Globus pour "la grande baisse", je bois un petit café aux bains des Pâquis (beaucoup de "petits" bonheurs finissent par en faire un très GRAND, c'est une loi de l'univers), je regarde le soleil se coucher derrière le Jura, et roulebaque direction la frontière (attention, "roulbaquer" est un néologisme Franglais, ne tentez pas de l'utiliser pour impressionner qui que ce soit, ça ne marchera pas) . Je ne sais pas vous, mais lorsque je passe une frontière, je me sens toujours prise en faute. Je vérifie 12 fois ma carte d'identité (oui, c'est bien la mienne, ce n'est pas celle de cousin machin), ma ceinture de sécurité, mon allume-cigarette, mon sourire (qui parait systématiquement un rien gland et suspect dans de telles circonstances), mon siège éjectable et mon carnet de vaccination à spirales. En plus, je me mets au point mort 100 mètres avant le cabanon des douaniers pour arriver comme un soupir mourant et ne pas attirer l'attention. C'est débile non? Je veux dire, si je me livrais à un traffic de samovars, j'aurais toutes les raisons de suer; mais je doute que le Ginette Mathiot soit considéré comme un objet contendant (tout dépend de qui l'utilise, me direz-vous). J'ai donc fait tout comme ça et, au moment où j'échouais devant les douaniers avec mon sourire de pacman, un "trouïnnnnnnnng" tonitruant a fracassé ce moment Suisse, suivi d'un "kkkrrrrriiiiiiiiiiiii" qui m'a accompagnée sur toute ma trajectoire. Je venais de perdre le pare-choc arrière.

Corneboulette, l'étrange situation que voilà. Le douanier s'avance lentement (c'est un Suisse), me demande poliment si je n'ai rien à déclarer (si; je déclare que je viens de perdre mon sourire en vrille, mon flegme légendaire et mon pare-choc arrière), se penche et me dit: "ouhlalaaaaaaaaaaa vous v'nez de peeeerdreu vot' païr-choc, madame, ou bien? (je ne suis pas certaine de très bien retranscrire l'innénarable accent Vaudois de mon interlocuteur; il faut vous imaginer une personne en train de parler comme si elle faisait du saut à l'élastique en même temps, mais de façon très souple, chantante et lymphatique. Je ne me moque pas car, à peu de choses près, nous autres frontaliers avons le même, c'est la raison pour laquelle nous gagnons rarement l'Eurovision), ben on va en profiteï pour vérifieï vot' coffreuuuu; on appelle un garaïgiste ou bien? De bleu de bleu c'est tout d'bon!". Vous le croyez ça? Je viens de perdre un accessoire déterminant de mon carosse, et on me demande d'ouvrir mon coffre (ce qui, en Suisse, est une hérésie; je signale par contre que les contrebandiers passent leurs denrées suspectes au volant de voitures de ministres, pas avec celle de Satanas et Diabolo)???

Le temps qu'un garagiste arrive, ça a duré 2.00h. Bilan de l'opération: Le spectre du serpent monétaire et une soirée foutue; ça fait cher le Ginette Mathiot. De bleu de bleu, c'est tout d'bon ou bien?