mercredi 06 septembre
To Spiti MoU

Spiti mou ; c’était ma maison à flanc de colline. Je la regarde une dernière fois, je regarde sa porte bleue, ses murs chaulés, son auvent de bambous, dans lesquels s’activent les gros bourdons noirs, indifférents à mon départ. Elle scintille dans le matin, enveloppée de mer et des bruits de l’air, j’entends l’écume lécher le sable dans la baie. Sur la terrasse, il y a une grosse jarre donnée par Bapous un soir de jasmin, je la laisse à Carine. Je n’ai pas de meubles à emmener, je n’emporte rien ; le lit, chaulé lui aussi, faisait partie du mur ; Barbara a pris la table demi-lune incrustée des coquillages et des galets que je ramassais à Delphini, Edouard dit que je sais exhumer les trésors . Je ne garde que le couvre-lit brodé par Mamma et Fani, si Grec que je sens toutes les îles murmurer sur ma peau lorsqu’il m’enveloppe, et ma collection de pierres rondes chauffées aux mains des titans.
C’est une vraie blessure, un abandon, une défaite. Je la regarde comme si je pouvais l’emporter dans mon ventre ; je n’ai même pas de clef à donner à Dimitri, jamais je ne l’ai fermée, cette maison bleue et blanche à l’ombre du figuier. C’est ici que je suis devenue grande, c’est ici que j’ai appris à vivre, à sentir le monde, à regarder la mer ; c’est ici que j’ai appris la patience, aussi. Pendant 4 ans, j’ai imprégné ses murs de tout l’amour dont j’étais capable, un réservoir infini directement branché sur les poumons de l’île.
Une maison, c’est un trésor à soi, une boite magique, un outil d’alchimiste. Elle abrite et transforme la terre qui nous modèle et les graines à germer qui sont enfouies en nous.
Mais je n’ai plus rien à faire ici ; Vangelis, mon petit minotaure devenu si sérieux, si adulte, si âgé tout à coup, a coupé les fleurs écarlates de notre beau jardin ; il en a laissé quelques unes, douces, bleues et volatiles, afin que nous puissions continuer de nous sentir, rien qu’en soufflant sur les pétales ; encore aujourd’hui, 3 ou 4 fois l’an, nous parlons par pollens interposés. Son rire est toujours aussi grand.
Sur le front de mer, je bois un dernier café avec Carine et Barbara ; Erna et Fotis m’aident à porter mes valises dans le ferry, c’est un jour gris. D’Athènes, je prendrai le bus pour Patras, et le bateau pour Venise, et le train pour Bologne. J’ai choisi de revenir longtemps, pour sentir le voyage et me défaire en route de ma vie Grecque, j’ai choisi l’eau pour que la douleur soit fluide.
Je rentre en France.
Commentaires
ça doit être dur
... de quitter un si beau pays surtout après 4 ans, après 2 semaines, je ne voulais déjà plus partir, alors 4 ans
Bisous
De Pirée en Pirée
Je n'aurai qu'une parole : c'est affreux.
Les paysages sont indifférents à nos départs. Ils s'en foutent, ils seront encore là dans des millions d'années. Alors que nous ne sommes même pas sûrs de les revoir.
Ca vaudrait peut-être le coup de se crever les yeux en partant... Mais quid des paysages suivants ? Il faudrait pouvoir se les faire raconter, ils seraient encore plus beaux.
En plus, une petite bête évangélisée, élevée si affectueusement, et qui devient âgée...
Quand je serai grand, je serai jeune, ou mort...
plutôt mort, si j'ai l'anchois (euh non... le choix).
Thésée
c'est parce que les paysages ne vivent qu'à travers nous; que seraient-ils si nous n'étions pas là pour les sentir? Juste des paysages, avec rien d'autre que leurs beautés sans témoins. Ce serait bien dommage...
Yves, pas si difficile que ça, après tout; mais parfois la nostalgie du paradis revient, parce qu'on ne garde du passé que les belles images; enfin...en principe;-)
Quel arrachement
géologique
géologique
et même tellurique, belle épique;-)
Pfffffoouuu...
Impressionné, Bille ! Vous savez que ça fait partie du principe d'Heisenberg ? Si vous n'assistez pas à un évènement, il n'existe pas.
jolie prose
"pierres rondes chauffées aux mains des Titans"
Président
ça, c'est AUSSI le principe de l'autruche...;-)
Merci Richard;-)
et si longtemps après ...
la jarre est toujours sur ma terrasse , je ne passe jamais devant sans une pensée pour toi , je te le jure !c'est à dire je ne sais combien de fois par jour ..
Tu es donc toujours ici , avec nous , sous le regards des Douze Dieux , sous le souffle d'Eole , sous la caresse des mains des Titans ....
Carine
je le sens bien, que je suis toujours là; je le sens bien...;-)
Bille
Arrêtez de crier "je le sens bien", les gens vont croire des choses...
(Hihihihihahahaha... aaaarrrgghh)
Un peu d'émotion
Président; mon Vango n'est pas un sujet de plaisanterie.
Vango
Qui m'a dénoncé ?!? J'étais pourtant habilement dissimulé...
Vango, c'est un peu comme une Twingo, mais avec un GPS (Grec Pour Soi) ?
Renault, constructeur d'automo-Bille ?
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