samedi 28 octobre
SicK BillE
Malgré un été Indien du tonnerre de dieu et un soleil qui transforme tous les harengs de la Baltique en couscous, je reste trèstrèstrès malade, et incapable de produire un son correct lorsque je parle (ma toux, par contre, est très éloquente). Ce blog est donc suspendu jusqu'au retour des températures normales.
PS: vous pouvez envoyer vos dons (poumons, glaçons, prêtre, icônes sacrées et mains de fatma) à "professeur M'Bala, ServiceAprèsVente, clinique des îles Tuhamotu".
jeudi 26 octobre
InfO ou IntOX?
J'ai lu quelque part qu'il était tendance, sur une chaîne bien connue de tous, de présenter le journal télévisé en faisant un petit strip-tease; entendez par là que la présentatrice commence toute habillée ( en début de journal, c'est l'international, les seismes, les meutres, faut pas pousser quand même), qu'elle tombe la chemise au niveau des infos nationales (foires agricoles, grèves des PTT, découverte d'une nouvelle planète...) et qu'elle vous dit:"bonsoir chers amis et merci d'être restés avec nous" en petite culotte.
Je n'ai pas la télé, je n'ai donc pas vérifié l'info. Je n'ai pas la télé parce que, lorsque celle-ci a rendu l'âme aux termes de bons et loyaux services rendus successivement à mes grand-parents, mon oncle, et moi, je n'ai pas jugé utile de convertir le prix d'une semaine de vacances en une machine assez moche, définitivement bête et parfaitement calibrée pour vous applatir le dernier neurone vaillant de votre cerveau. Enfin bon, je ne vois pas pourquoi je me justifie, après tout, je fais comme je veux alors voilà je n'ai pas la télé.
Mais là n'est PAS où je voulais en venir. Admettons que tout ceci soit vrai (et je n'en doute pas un seul instant); voilà qui pose DEUX problèmes. 1) Quand une chaîne télévisée estime que, pour tenir en haleine ses téléspectateurs, il soit utile de faire présenter l'émission par une journaliste qui va tout tomber au fil de l'actu SAUF ses lunettes de première de la classe, c'est qu'elle vous prend pour des mous du bulbe (je vous rappelle que je ne suis pas concernée, j'écoute les infos sur Radio-Londres (captée grâce à mon grille-pain) et là, les journalistes peuvent bien être à poil, ça n'altère pas le contenu). Et qu'elle n'a rien trouvé d'autre pour fidéliser l'auditoire, ce qui est assez lamentable.
2) J'ai comme qui dirait l'impression que même si vous êtes major de votre promo, que vous avez un QI de 412 et que vous faites péter le scoop du siècle toutes les 3 secondes parce que vous êtes une bête de professionnalisme, vous n'avez aucune chance de vous faire embaucher sur cette chaîne si vous mesurez 1m42 pour 92 kg (si en plus vous avez 3 yeux, une patate sur la langue et le cheveu rare, il faut faire quelque chose. Vous avez pensé à vous faire embaucher comme effet spécial dans un film de science-fiction?).
Voilà exactement le genre d'info qui me met en colère, parce qu'elle contient tous les ingrédients d'une civilisation arrivée à un point de non retour: on nous prend pour des raves, et on essaie de nous tenir par le fantasme; en tant que membre de cette civilisation, je me sens assez insultée.
mercredi 25 octobre
NexpreSSiOn, what else encore?
C’est au cœur de l’action qu’une expression (une expression, un nespresso. What else ?) prend tout son sens ; un exemple au hasard : « le fond de l’air est frais » (à ne pas confondre avec « le front de mer est frais » si vous êtes au bord de l’océan, ou « le front de mère est frais », ce qui signifie que votre mère se porte bien). Jusque là, cette expression n’était pour moi qu’une espèce de vague chanson avec des « laïho » par ci et des « laïho » par là, soit parce que je ne suis pas très sensible aux amplitudes thermiques, soit parce que je ne suis pas très perméable aux expressions. Quoi qu’il en soit, j’ai pris un méchant coup de gourdin estampillé retraite lorsque je me suis distinctement entendue prononcer cette phrase : « qu’est-ce qu’il fait beau ! Mais quand même, le fond de l’air est frais ». Prise la main dans le sac, et en compagnie de quelqu’un que bon, ça n’est pas spécialement que tu penses à la bagatelle, mais il y comme un air de yodle qui te susurre que whoua le beau garçon que voilà (car nous aussi, les femmes, savons apprécier la grâce lorsqu’elle se présente à nous, et que ce n’est pas parce que ton frigo affectif affiche Byzance que tu ne dois pas regarder Sodome et Gomorrhe, ne serait-ce que pour te rassurer). Là, à cet instant précis, tu vis un scénario à la Hitchcock;tu te vois jeunette avec un pantalon en velours et la chemise de ton grand-père, et puis femme avec des talons bobine et une robe qui fait que tes courbes, Naomi Campbell elle peut aller jouer aux osselets avec Yoda, et puis Alzheimer à roulettes avec un filet de bave aux commissures.
Déjà, une phrase pareille, ça ne déchaîne pas Nobel (Vous liriez un roman qui commence par « le fond de l’air est frais », vous ? En ce qui me concerne, les pages suivantes vont direct envelopper le mou du chat). En plus, ça ne veut strictement rien dire. L’air n’est pas une boite, l’air, c’est l’air, il est partout, sauf dans les petits pâtés sous-vide de chez Fauchon et sur la planète Protch, système Graboul (je signale qu’à cet instant, le correcteur orthographique me propose pour Graboul le choix entre graoui et raoul, c’est rigolo comme tout), à gauche derrière Jupiter. D’aucun diront que c’est un peu plus subtil que ça ; et mon tranchant de main sur la pomme d’Adam, tu le veux maintenant ou je te le sers en dessert ?
Remarquez, cette expression, je m’en fiche un peu, à partir du moment où je ne la prononce pas. Mais là, je sens bien que c’est la porte ouverte à un laisser-aller linguistique navrant. D’ici à ce que je dise : « oui mais bon, c’est pas pour dire, mais on n’a pas des vies faciles et le fond de l’air est frais depuis qu’il n’y a plus de saisons c’est comme ça on a la vie qu’on se fait », il n’y a qu’un pas qui va sonner le glas de quarante décennies d’étincelants échanges intellectuels (je ne compte pas les 50 premières années qui sont un galop d’essai).
Prendre de l’âge, c’est vraiment chouette. On met son énergie au service d’autre chose, on sait ce qu’on veut (alors qu’à la trentaine, on commence juste à savoir ce qu’on ne veut pas, c’est une nuance de taille). Mais si c’est pour se mettre à parler comme les invités de Pierre Bonte dans le journal de la campagne, j’aimerais autant qu’une rupture d’anévrisme me fauche en pleine gloire, tant que je suis encore capable de m’en rendre compte.
mardi 24 octobre
SanTé, MaiS PaS DeS PiedS (celle-ci, je ne m'en lasse pas)
J'ai les bronches tellement encombrées que quand je respire, on dirait que je suis assise sur un matelas pneumatique en train de se
dégonfler, ou que je viens d'avaler un gros morceau de kryponite frelatée.
J'émets toutes sortes de petits bruits qui ressemblent à Pingu le pingoin; j'ajoute que lorsque je tousse, mon voisin pense que je suis en train de me taper l'intégrale des vieux vinyls de Louis Armstrong. En outre, j'ai les rotules en laine, les yeux du comte Dracula qui viendrait de passer une semaine à Bora-Bora et l'impression que mes cheveux sont agrafés sur le crâne.
DONC, si je ne passe pas le cap de cette nuit (ce qui serait franchement bête parce que demain, j'ai toute une tripotée de rendez-vous professionnels déterminant. A ce sujet, existe-t-il des mouchoirs qui s'intègrent DIRECTEMENT dans la narine? ça ferait plus propre), je lègue mon corps aux vautours (notez bien qu'ils sont assez rares en Haute-Savoie, surtout à l'automne où ils ont migré vers des endroits plus chauds comme Saint-Pierre et Miquelon ou la Patagonie), mon pancreas aux générations futures (pour le fun), mon coeur à Pestouille, mes chaussures à Zelda (sauf les baskets, ça n'est pas du meilleur goût avec une djellabah en lamé), ma 2eme robe Tara à Féescarille (la beige en mousseline qui te fait la même poitrine qu'une créature d'"alerte à Malibu"); vous pouvez en outre vous partager ma collection de décalcomanies Malabar, mes chaussettes dépareillées (avant que le monopode de la dimension chaussette qui hante mes tiroirs ne se les approprient définitivement), mon shampoing cheveux très secs et ma crème anti-rides (de toute manière, c'est une arnaque. Depuis le temps que je l'utilise, je devrais ressembler à Björk).
Par contre, j'emmène mon ordi comme monnaie d'échange chez les démons péteurs du 7eme cercle. Quand tu traverses le Styx, tu n'y vas pas les mains vides, sinon on te jette à bouillir dans une grosse marmite pleine de trucs.
PS: je sais que la BO accompagnant ce post est celle de Batman; parce qu'elle est bien plus drôle que celle de superman.
WhAt eLsE, GeOrgE?
ATTENTION! CECI EST UN POST RECHAUFFE! C'est un peu honteux, c'est vrai, mais 1) L'info est rigolotte (enfin bon, il y a des tas de trucs plus rigolos, ne serait-ce que la démarche de Tony Curtis dans le film "les Vikings" ) 2) je n'ai pas le temps d'écrire un truc ce matin (parce que si vous croyez que je n'ai que ça à fiche, vous avez bien raison, mais il m'arrive aussi parfois de ne rien faire du tout, et c'est aujourd'hui) 3) Combien de fois faudra-t-il que je répète qu'ici, le capitaine Kirk et l'amiral Nelson, c'est moi? Cela dit, cette réédition est drôlement plus chouette que la précédente, parce que vous allez pouvoir écouter, en plus et gratuitement, une merveilleuse chanson sirupeuse à souhait de Nat King Cole. Alors pour les réclamations, c'est direct à la benne sur http://www.commentairespourris.com. Avec Grand Volontiers.
Je le confesse sans rougir, je suis un ventre. Si on me donnait le choix entre un week-end avec George Clooney et une escalope de foie gras aux truffes, j'hésiterais (quoi qu'il soit envisageable de passer un week-end avec George Clooney à manger des escalopes de foie gras aux truffes. ah quelle tarte fais-je parfois!). C'est une des raisons pour lesquelles je me suis récemment fendue de l'achat d'un robot KitchenAid qui, outre sa ressemblance avec R2D2, va me procurer d'agréables sensations gustatives (en plus de me valoir probablement toute une série de déboires mécaniques dont le moindre sera de crépir tout l'étage avec une pâte à brioche parce que j'aurai utilisé le mauvais accessoire dans le mauvais trou- celà dit sans vouloir émoustiller vos sens avec cette image malheureuse).
Donc je suis un ventre; et que fait un ventre à temps perdu? Il parcourt la mappemonde culinaire à la recherche de nouvelles saveurs. Quelle ne fut pas ma surprise ce matin en découvrant l'existence d'un café, le Kopi-Luwak, dont le goût très légèrement chocolaté est dû à...non, je ne vais pas vous dire ça tout de suite. C'est un café qui coûte tellement cher qu'ElizabethII devrait se séparer de la moitié du trésor de la couronne pour s'en offrir une tasse. En clair, 250 euros le kg. A ce prix, c'est un aphrodisiaque puissant. Ce café est particulièrement onéreux, parce qu'il est particulièrement rare; à peine 100 kg de production par an. Pourquoi? Tout simplement parce qu'il est récolté après avoir été digéré par une civette, un petit animal friand des meilleurs grains. Ils les grignote, les digère, les reconvertis en petites crottes infinitésimales que des Indonésiens munis de loupes recueillent avec humilité avant de les torréfier. ça fait assez cossu sur un CV d'ailleurs (Vous avez fait quoi avant? j'ai été collecteur de crottes à café en Indonésie). N'empêche, vous vous rendez compte? cela signifie qu'il a fallu, à un moment, qu'un type un peu givré du trognon se dise:"tiens! un caca de civette. Je vais le torréfier pour voir si c'est bon". Et le pire, c'est que c'était bon.
La prochaine fois que j'offre un café et que mon invité me dit de cet air admiratif et profondemment ému du connaisseur: "dis donc, ton café, c'est pas d'la merde", je me ferai un plaisir de lui répondre "ben si, justement".
ps: je signale en passant une autre info culinaire de taille, nous avons désormais la possibilité d'adopter un légume. Mais ceci fera l'objet d'un autre post.
lundi 23 octobre
SinGin' In ThE RaiN
Rester coincée 1.05h sous l'auvent du trésor public n'est pas à proprement parler une expérience enrichissante; on vient déjà de se faire délester d'un bon petit paquet de pognon (avec lequel on a eu le temps d'envisager de faire mille folies pour finalement se résoudre à les lâcher, c'est une expérience épouvantable. J'espère toujours un pétage central et définitif du fichier du trésor public. Je mets une année à m'en remettre.), si en plus il faut rester hanter les parages comme un mort-vivant parce qu'il tombe des oeufs de dinosaure, merci bien, j'aime autant aller les griller dans un bandit-manchot. Seulement voilà, je n'ai pas de parapluie ( message spécial à cousinNic: oh comme je te hais d'avoir subtilisé ma magnifique ombrelle un soir d'orage), et je viens de passer 2 heures à domestiquer l'explosion qui me sert de cheveux. Tout bien réfléchi, ça ne me surprend pas vraiment, cet orage de fin du monde le jour du paiement dernier, c'est assez logique. J'aurais dû prévoir un paratonnerre. Bref, au bout d'1.05 passée à regarder arriver les aspirateurs d'impôts (je glisse toujours mon chèque dans la boîte à lettres, j'ai peur d'une confrontation directe avec des êtres surhumains dotés de pouvoirs magiques), je me décide à scanner mentalement les abris de fortune posés sur le chemin du retour, et je me lance dans un parcours en sauts de puce et en triangle isocèle; les abris de fortune ne sont pas légions (et déjà squattés par des gens très opiniâtres qui tueraient pour ne pas humidifier leur parure), il reste les arbres. Seulement voilà, hier soir, l'enfer s'est déchaîné sur la Haute-Savoie (ça résonnait bien trompette sur le coup des 20 heures. Je sais de quoi je parle, j'étais à la terrasse d'un restaurant, me réjouissant de ces tonnes de grêlons qui tombaient serrés comme une polente, quand je me suis souvenue ne pas avoir fermé les fenêtres. A mon retour, le futon baignait dans un jus moite et le lecteur CD faisait tictictictictic. Il a suffit que je le regarde pour qu'il s'arrête, à jamais. Chienne de vie). Du coup, des milliers de petites feuilles se sont détachées et ont recouvert les trottoires (c'est d'ailleurs assez délicieux comme effet, on s'attend à voir la famille Ingals débouler de derriere un platane et l'insupportable Laura faire des roulades autour du rond point. Elle, je l'achèterais rien que pour la faire griller comme une saucisse sur une plaque en fonte brûlante), des milliers de petites feuilles très rousses et très glissantes.
je vais donc résumer mon retour par un ensemble de bruits, ce sera plus parlant.
Flitchflitchflitch (petits pas très compacts sous la pluie) suiiiiiiiiiiiiiiiiiip (légère glissade à la Fred Astaire) plicplicploc (grosses gouttes de pluie qui passent à travers les feuillages et vous ruinent le rimmel, les cheveux et le foulard en soué des rives du sacré Gange) fltichflitchflitch (re) suiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip (bis, ter, quator et meuled'or) et ainsi de suite jusqu'à ce qu'un chtong! signale l'emplacement d'une gamelle. Là, je quinquonce dans le caniveau, mon sac glisse, s'ouvre, tous les accessoires s'en échappent avec un petit frémissement libertaire très agaçant, et sont instantanément noyés, ruinés, réduits en purée. Protch.
Grâce au ciel, sous l'épaisse couverture noirâtre de l'aube naissante, seuls les éboueurs, pas très réveillés, menacent de vous ramasser et de vous balancer dans la benne...
dimanche 22 octobre
TrAduCtiOn LittéRaLe et SaVeuRs D'InTeRNeT
Commentaire
24/9/05 Prochain survivez à aux débuts de saison avec un coup ! |
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Un début très intéressant de cet hiver survivent à la saison a eu comme conséquence la pluie de beaucoup de millimètreso f (une partie d'elle était grêle) et les un bon nombre d'orages spectaculaires au-dessus de la ville d'Athènes (image ci-dessus). Regardant arrières l'automne de l'année dernière, les différences sont évidentes, puisque pratiquement aucune accumulation n'a été enregistrée avant le 12ème octobre. On peut seulement espérer un hiver phénomène-riche, après commencer de promesse.
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Il m'arrive de douter de mes tournures syntaxiques; ce en quoi je n'ai pas tout-à-fait tort, manifestement. Il semblerait en effet que le langage ait connu ces derniers temps une évolution. Quelqu'un pourrait-il me dire ce que signifie: "prochain survivez à aux débuts de saison avec un coup!"?
On fait parfois des trouvailles délicieuses sur Internet.
Je file regardez arrières l'automne de l'année dernière (impression d'être dans un épisode du prisonnier traduit en Slovince. Si, ça existe)
vendredi 20 octobre
DeLaHontE MambO

Ami, aujourd'hui, j'ai encore décroché le jackpot, la cerise et le bingo du sommet du cocotier; si la honte était un auto-bronzant, je serais Ella Fitzgerald. J'ai tourné pendant 7 heures autour de mon téléphone avant de le décrocher, pour laisser un message qui soi-disant ne devait pas manger de pain (quand je vous disais que ce monde était surréaliste). Au terme d'une lutte implacable entre moi et la-chose-qui-habite-à-l'intérieur-de- moi (vous savez ce que c'est; on veut dire des trucs importants, on décroche, on compose le numéro, ça fait tûûûût, on raccroche, on recommence, on se dit "merde je voulais dire quoi déjà et puis je le formule comment?", c'est fou comme on se sent gourde et seule, re-tûûûûûûûût, clock ça décroche à 2500 bornes et tu tombes sur un répondeur qui te dit des machins mystiques dans une langue que tu ne maîtrises pas complètement, à part pour dire "bonjour", "je voudrais un café et tant qu'à faire un demi-kilo de pinard résiné merci" et "ya du vent aujourd'hui mais demain yen aura moins"), j'ai fini par le faire. Et je me rends compte qu'en fait, je vous ai tout dit dans la parenthèse. Ou presque.
Répondeur, donc. Une petite bonne femme me dit en Grec que mon correspondant ne peut pas répondre mais que je peux laisser un message (enfin, c'est une déduction, parce qu'il y a un bip après le message, en fait, je n'ai rien compris du tout); je laisse mon message, j'appuie au pif sur dièse, et la bonne femme, voix très posée genre secrétaire particulière d'un Grand d'Espagne, me donne un choix entre 1 et 2. Je fais 1, ça me parait logique. Et là, j'entends le message que je viens de laisser. On dirait Antigone qui vient d'apprendre qu'elle sera enterrée vivante (ce qui est un peu vrai). Si j'étais l'interlocuteur, je me pendrais tout de suite (si j'étais vous, je me pendrais aussi tout de suite avant de lire une 6eme fois le mot "message"). Aussi sec, appuie que je t'appuie sur le 2 avec l'énergie du désespoir, re-message annonce, bip, je parle à nouveau. 1, je réécoute, c'est vaguement mieux SAUF que j'ai parlé en Français. Quelle tarte fais-je, 2, bla bla bla, 1, ça roule, 2, bip, crotouille, blablabla, bip, bip, crampouille dans les jointures, bip, 1, 2, bip, et là, l'horreur absolue: Tous les messages messages (désolée, je ne vois pas de synonyme) se sont stockés les uns à la suite des autres. 2. Bip. Plus rien, ça a raccroché.
Mettez vous à la place de l'interlocuteur; vous ouvrez votre portable et vous vous dîtes "oh, j'ai un message on m'a appelé! chouette!" Et là, vous avez 5 trucs à la suite dis sur tous les tons, dont un auquel vous ne comprenez rien, entrecoupés de "merde!" et de "fais chier!" sonores. En plus, votre boîte vocale est ruinée parce que vous vous êtes fait bouffer tout l'espace par cet espèce de côassement de l'espace. Et vous pensez, à juste titre, "est-il possible que j'aie un jour envisagé le long terme avec cette pitoyable créature analphabète? Par ma fî, comment diable a-je pu m'abuser de la sorte?"
Il y a maintenant 10 ans que j'essaie de passer auprès de pestouille pour un modèle de cohérence et de calme. Je viens de ruiner à jamais cette image.
Quelqu'un pourrait-il appuyer sur la touche 2 qui m'efface svp? Bip.
jeudi 19 octobre
FlY Me tO ThE mOOn
Sous le coup d'un rêve merveilleux (pas question d'en dire davantage, il était juste question de bleu et de doux, avec un soupçon de jasmin; les rêves olfactifs, c'est fou), légèrement orientée Sud-Sud avec un rien d'Ouest, encore sous les cils de la lune et l'esprit emmitoufflé d'une tranquille stupeur mentale, j'ai touillé mon café avec ma cigarette. C'est le petit psshhiiiiiii du bout incandescent dans le liquide qui m'a prévenue. Cependant, le matin, alors qu'aucun bruit suspect n'a encore déchiré l'aube, on peut tuer un âne à coup de samos 99 avant que je ne me réveille tout à fait. Le temps de digérer l'information, j'ai bu le café (il y a un décallage affligeant entre l'action et la réaction, je sais).
Le café avec de la cendre dedans, même sucré, ce n'est pas très bon.
PS: je sais AUSSI qu'un post d'une telle densité informative, ça coupe le souffle.
mercredi 18 octobre
TeMpêTe à ParOs, T'eN ChiEs en ScOOteR (oh que c'est raffiné, ça)

Je suis assez habituée aux engins forgés dans les ateliers du démon; j'y suis même tellement habituée que lorsqu'un appareil fonctionne correctement, je m'attends à ce qu'un rocher me tombe sur la tête, ou qu'un espace béant s'ouvre sous mes pieds, afin de rétablir l'équilibre de mon kharma. Ami, sache que si tu voyages avec moi, tu dois t'attendre à mille péripéties amusantes (je signale à ce sujet que le ferry LePirée-Paros a fait demi-tour en pleine mer Egée à 2.00 du matin pour cause d'avarie, et qu'il a mis très exactement 10 heures pour parvenir à bon port. Curieusement, je ne me suis même pas inquiétée, j'ai continué de manger mes papadopoulos en attendant la mort); bref, ce matin là, j'avais décidé de louer un scooter pour faire le tour de l'île. Dès que vous vous éloignez de l'axe principal, rouler sur Paros provoque un stress sans précédent (sauf si vous êtes la fiancée d'Alan Quatterman et que vous êtes habituée à traverser des ponts de singe pour aller prendre votre petit dejeuner). Des chiens jaillis de nulle part tentent de vous déchiqueter les tendons, les chemins sont à base de trous gros comme des têtes de boeufs, et les freins du véhicule que vous avez loué sont:
1) Trop lâches, et vous êtes déjà au fin fond de la mer alors que vous avez commencé à freiner à Athènes.
2) Trop serrés, et vous vous retrouvez à exécuter des triples boucles piquées tous les 10 mètres.
Ajoutez à ça la pétarade désenchantée d'un moteur mal réglé qui en a vu de toutes les couleurs pendant l'été, et vous aurez une image assez précise du stress qui vous accompagne durant votre périple. Sans casque, bien entendu (on vous donne le choix: arriver à votre point de chute avec la coiffure de Ribouldingue à cause du vent, ou avec le cheveux plaqué et graisseux à cause du casque. En ce qui me concerne, je choisis Ribouldingue, l'explosion capillaire sied mieux à mon visage long et fin). Petit à petit, je voyais le ciel s'embouteiller d'un lourd bagage nuageux, ça commençait à sentir humide dans le bleu; mais quand même, j'avais décidé de m'arrêter à Parasporos pour prendre un petit café frappé, et faire un bisou à Pestouille parce que les bisous, c'est comme les cailloux, ça permet de ne pas se perdre en chemin. Mal m'en pris. Le temps d'un slurp imprécis, Ephaïstos s'est mis à tapper comme un sourd sur sa forge divine, on voyait les éclairs fendre le paysage. Moi, je fais ni une ni deux, je saute sur le scooter et je démarre plein gaz pour rentrer avant le déluge; la pluie commence à s'écraser gras sur mes lunettes, je remonte le chemin comme un bourdon atomique, je n'y vois plus rien, j'évite un trou, 2 pierres, 3 trous et chtong, je freine dans le quatrième (qui est tellement profond que 3 spéléologues ont disparu à l'intérieur durant l'été) et j'exécute un arc de cercle spectaculaire avant d'aller bouler 3 mètres devant avec la grâce qu'on imagine. Le moteur ne s'arrête pas, le kick s'est incrusté dans le trou, et le scooter continue donc de tourner en rond à l'horizontale. Sous une pluie battante. Et des éclairs qui menacent de vous faire frire le short.
Essayer de dominer un scooter qui se débat sur un chemin, c'est un peu comme essayer de maîtriser un alligator rendu fou par la faim; c'est dangereux. D'autant que vous venez de vous déboiter le genou et que vous marchez comme Quasimodo, le "beeeeeeelllle" en moins. Sous une pluie battante. Et des éclairs qui menacent de vous faire frire le short.
Au terme d'une lutte inégale qui devait se solder par une éclatante victoire de l'esprit sur la machine, je suis rentrée à Parikia, rétrécie au lavage (j'ai pu passer par la serrure pour rentrer chez moi, sauf au niveau du genou qui était de la taille d'un ballon de rugby), sans short (frit par les éclairs), les jointures rabottées, un rien lasse. Surtout que les toits des maisons ne sont pas prévus pour des déluges bibliques, et qu'il pleut à l'intérieur (c'est super sympa de dormir entourée de casseroles, on a l'impression d'assister à un concert de musique New-age; c'est une chose fréquente ici, les Grecs aiment la musique).
J'organise un voyage en scooter à Dehli pendant la mousson. Inscriptions sur ce site: http://www.voyagepourri.com



