pink_panther Monsieur Georges Commissaire, preux chevalier, Messire, votre Gloire, Altesse gracieuse, Majesté,  Grand Précieux Gardien de l'Ordre et de la Décence, ô Clément,

        suite à notre entretien de ce matin dans vos locaux (qui soit dit en passant mériteraient qu'on s'y attarde parce que la tapisserie ne doit pas favoriser la diffusion des ions négatifs nécessaires à l'épanouissement de la créativité et de la thyroïde), je tiens à apporter quelques éclaircissements supplémentaires à l'affaire qui nous a rapprochés. Déjà, mais ceci n'a rien à voir, vous devriez dire à vos amis d'essayer d'ébaucher un sourire timide; vu leur fonction, on se doute bien qu'ils ne dissimulent pas des langues de belle-mère et des confettis dans leurs tiroirs. Et je tiens à les rassurer sur un point: les commissures des lèvres ne s'effritent pas lorsqu'on leur impose une tension vers le haut (d'ailleurs, ça n'est pas une tension. Détendez-vous. Dormez. Lorsque je claquerai des doigts, vous serez sous mon pouvoir). Essayez, vous verrez, ça n'est pas douloureux.

           C'est vrai, lorsque vous vous êtes arrêté alors que je venais de garer mon bolide (je ne roule plus en scooter depuis que je sais que mon ADN reste collé sur la selle. C'est du privé.) sous un réverbère, j'étais allongée telle un gisant sur le trottoire, parce que c'est l'hiver et que la chaussée est bourrée de plaques de gel de la taille du middle-west et que je ne connais personne qui soit capable de faire de telles enjambées, sauf le géant vert et les magiques de la 7eme dimension. Dans de telles circonstances, vous avez 27 jambes qui partent dans 27 directions opposées, et vous faîtes des grands écarts tous les 2 pas. Ne me dites pas le contraire, les petits rats de l'opéra viennent s'entraîner chez nous. J'avais simplement glissé, ce qui arrive aux meilleurs d'entre nous.

Vous m'avez vaillamment secourue, fidèle à la noble tradition chevaleresque qui vous anime, et m'avez proposé ah ah ah d'aller gonfler un ballon dans votre castel. Comme je sortais d'un anniversaire (50 ans fêtés avec des dés à coudre remplis de Badois. Mais la mienne était frelatée, je me plaindrai) et qu'après tout on n'a qu'une vie, j'ai accepté. Quelle ne fût pas ma surprise en découvrant la nature scientifique du propos, je vis en vous une sorte d'aimable original prêt à toutes les facéties pour rompre une solitude que je devine pesante. La surprise fût à son comble lorsque je remarquai que vous convertissiez la puissance de mon souffle en mesures. Mon coeur était d'ores et déjà gagné, vous étiez différent. Vous m'avez alors annoncé d'une voix monocorde, mais qui trahissait cependant votre émoi, un chiffre ésotérique qui dépassait très légèrement un seuil toléré. Je vous rappelle qu'il s'agissait d'un anniversaire, pas d'une réunion de salle paroissiale, mais, soucieuse de respecter votre indépendance et votre différence, je ne pippai mot. C'est alors que, dans une pudeur qui n'appartient qu'à vous (et que je respecte et apprécie), vous me fîtes raccompagner par deux de vos preux, non sans m'avoir au préalable fixé rendez-vous pour le jour suivant, c'est à dire aujourd'hui.

Le coeur battant, je suis venue ce matin parée de tous mes atours féminins (nous autres femmes savons qu'à votre intelligence, nous ne pouvons qu'opposer notre féminité). Je ne fus pas déçue. Je découvris qu'au terme d'une nuit sans sommeil, vous étiez parvenu à convertir les milligrammes en euros. Encore maintenant, je suis sous le choc. Je me targue d'une certaine finesse d'esprit, qui me permet d'apprécier à sa juste valeur un homme qui, d'un ballon, parvient à 135 euros. Vous êtes un sage. Si si.

Dura lex, sed lex, certes, mais je vous rappelle que Duralex est aussi une marque de vase de Soisson verres à boisson.

Je reste votre bien dévouée Melle Bille

ps: du ballon à la mesure, j'ai saisi. De la mesure à l'euro, ça devient un peu plus flou. Et de l'euro aux points, je suis dans l'abstraction. Pourriez-vous me faxer un petit mémo ou un schéma?

pps: je vous rappelle en outre que ma chimie particulière fait qu'au bout de 3 verres, je parle déjà comme un sms pubescent. Je considère qu'en de telles circonstances, rajouter des plaques de gel sous mes chaussures entre dans le domaine du coup bas.