coiffeur2En fait, je n'aime pas trop aller chez le coiffeur. On arrive toujours avec plein de petites photos dans la tête, d'idées préconçues, on se dit qu'après cette séance, George Clooney va forcement apparaître et tomber raide comme un bottin alors qu'en fait, on passe le moment le plus abjecte du mois. Déjà, le coiffeur (qui est un visionnaire) ne cautionne pas forcement votre vision. Lui, il sait à quoi vous allez ressembler s'il exécute à la lettre ce dont vous rêvez. Alors il tergiverse, il propose (il suppute aussi que vous allez lui coller le gifflon du siècle s'il n'abonde pas dans votre mauvais sens). Je ne voudrais pas être à sa place, il doit vous ausculter la frange d'un peigne tremblant. Mais bon, c'est son problème, il a choisi le métier le plus difficile  et le plus dangereux du monde.

Je crois bien qu'un des moments le plus détestable est celui où on se retrouve face au miroir, sous un éclairage blafard qui accentue tous les défauts de votre configuration, avec sur la tête une serpillère informe d'origine inconnue. En fait, ce sont vos cheveux, que le coiffeur vient de nettoyer avec un shampoing d'une violence inouïe, parce qu'il a diagnostiqué au préalable (avec une moue légèrement dégoûtée) qu'ils étaient mous, secs, fins, ternes et tristes; il a d'ailleurs évité de les toucher (j'ignore s'il existe en grande surface des produits capables de combattre une telle avalanche de plaies; je ferais peut-être mieux de m'adresser aux frères Bogdanoff). En plus, votre Rimmel a coulé, et vous ressemblez à une mauvaise papillote dans votre peignoir en satinette avec son petit velcro sur le côté. Pour éviter d'affronter une telle vision, je me plonge avec intérêt dans un article sur le prince Victor Emmanuel de Savoie  au volant de son tracteur ou sur les vacances de PPDA au Mozambique, et j'évite de lever les yeux avant le coup de séchoir final. Auparavant, j'ai juste précisé que j'aimais assez la nouvelle coupe de cheveux de Sharon Stone, ce à quoi mon coiffeur a répondu par un énigmatique "tttt ttttt ttttt", je suis à peu près certaine qu'il a dans le même temps réprimé un fou rire. N'empêche, si j'étais lui, je profiterais de ce moment d'inattention pour me faire une raie bien droite au milieu, ou me plaquer une frange sur le front, mais il est vrai qu'un tel défi n'incite pas au ludique. Je suppose qu'il faut un minimum de concentration.

Je sais par expérience que si je regarde la coupe en cours d'exécution, il y a de fortes chances pour que je me désagrège à l'intérieur; parce qu'en faisant un tout petit travail de projection, je me rends compte que je vais ressembler à la photo de la recette du paillasson Savoyard. Au mieux à une frite. Alors je me tiens coite (j'ai du mal à croire ce que le correcteur orthographique me propose à la place de ce mot) sur mon fauteuil pendant que l'artiste innove à son gré. Cette fois ci cependant, j'ai été assez satisfaite. La preuve, j'ai même payé. Pour le coiffage, mon coiffeur m'a dit qu'ils se coifferaient tout seuls vous allez voir (et vas-y que je te remets encore deux ou trois mots avec coiffe à l'intérieur. Coiffurage, coiffre-fort, Jean-Pierre Coiffe).

Ce matin, j'ai vu. Mon coiffeur a dit vrai, mes cheveux se coiffent tout seuls. Mais pas très bien, et dans le mauvais sens.