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J'ai passé un Dimanche sous l'empire de la terreur (à l'origine, j'avais prévu d'illustrer cette entrée en matière d'un extrait du film "massacre à la tronçonneuse" mais finalement, j'ai trouvé ça un peu ridicule alors je ne l'ai pas fait). D'habitude, le Dimanche, ça se passe bien; car on vous a menti, les gens sont bons. Et je suis presque toujours invitée quelque part (sauf les nuits de métamorphose et quand j'ai la grippe). Donc, ce Dimanche, mon ami canard, cet homme au sourire si doux (vous avez noté le nombre de virgules? un jour, je vous raconterai l'histoire de la virgule, mais pas aujourd'hui, j'ai enregistré "Terminator3" à la télé. Comment? C'est un film nulos? Je vous envoie Schwarzi par fax, on va bien voir s'il vous reste suffisamment de morgue après ça), canard, donc (+2 virgules, le record est en marche), m'a emmenée déjeuner à Genève chez un authentique maharaja. Désargenté, mais maharaja quand même, avec le turban et l'accent de Peter Sellers dans "la party". Mukesh (je l'ai appelé Ganesh toute la journée, oh mais quelle honte) nous a accueilli avec munificence, comme sur les rives du Gange sauf qu'il faisait très froid et qu'il n'y avait pas de jambes qui flottaient sur l'eau, munificence ET 3 rottweiller plein de dents pleines de germes. C'est étonnant à quelle vitesse la peur et un réflexe de Pavlov peuvent vous propulser en un rien de temps à des hauteurs vertigineuses. Vous êtes en train de sentir un collier de jasmin et, une seconde plus tard, vous êtes assise les fesses truffées de brindilles sur la plus haute branche de l'arbre le plus gigantesque du jardin. Mukesh et canard ont bien tenté de me convaincre que les 3 monstres (le plus petit fait la taille d'une vache) n'étaient pas issus de la fosse à caca de Belzébuth mais, plus que sceptique (ah ah, encore une allusion ciselée dans la dentelle la plus fine), j'ai préféré attendre qu'ils disparaissent à l'intérieur de la maison. On ne me la fait pas. Ce n'est pas que je n'aime pas les chiens, c'est que j'ai peur de leurs mâchoires. Ils en perdent parfois le contrôle et là, tu te retrouves avec un pied en moins alors merci bien, je n'en n'ai que deux. Mais les rottweiller de Mukesh sont de tlés zentils siens tlès intellizents (je cite) et font quasi partie de la famille, ils sont admis à table parce qu'ils sont bien éduqués. Ils se sont plantés à 30 cm de ma chaise pendant tout le repas, épiant d'un oeil méfiant le moindre de mes gestes (surtout celui qui a le regard fixe et de tout petits yeux jaunes très cruels avec des têtes de mort à la place des pupilles. Celui-ci est resté particulièrement attentif. Je suppose qu'il attendait que je laisse pendre une main pour la happer silencieusement). C'était terrifiant, je ne sais même pas ce que j'ai mangé, j'avais l'impression d'être assise à l'intérieur d'une dame de fer, les pieds incrustés dans un tapis de fakir. Ensuite, nous sommes allés prendre le café au salon. Je me suis assise dans un canapé tellement mou que j'ai crains un instant de me retrouver au centre de la terre, mais mon visage s'est arrêté exactement à la hauteur de la tête des 3 molosses. Il suffisait d'un geste suspect pour qu'ils me dévorent le crâne et là, pour les arrêter, macache Mukesh tu peux repasser, va donc essayer d'arrêter une horde de bêtes sauvages quand elles ont décidé de te dépecer, même avec un fouet empoisonné. Je crois bien que j'ai poussé un petit gémissement de terreur, mais Mukesh a pris ça pour un compliment sur la saveur de son café, et m'en a resservi une tasse d'un geste très brusque. Et il a donné un sucre aux 3 buffles. Tchac tchac tchac, j'ai vu leurs énormes dents, tout l'intérieur de mon ventre s'est compressé dans un espace de la taille d'une cuillère à moka. La peur, c'est très douloureux, vous avez l'impression qu'on vous arrache les entrailles avec un coupe-ongles. Emoussé et rouillé. Vous avez remarqué que les animaux s'attaquent toujours à la proie la plus faible? La loi de la jungle, c'est vraiment un truc dégueulasse, ça ne vous laisse aucune chance. Vous vous réveillez le matin avec des pinsons dans la tête et vous vous retrouvez coincée pour la journée dans une camisole de terreur moite, les aisselles humides et les muscles tout anguleux, c'est une sale expérience. Et le soir, au moment de prendre congé de votre hôte, vous vous éloignez à reculons en piétinant tous les rosiers du jardin et en vous inclinant très bas comme une geisha, le sourire paralysé pour les 48 heures à venir. Et une fois que vous êtes en sécurité dans la voiture, vous faites la peau à canard (appeau à canard, ah ah, même dans les moments les plus tragiques, je suis une merveille d'humour et de dérisison), vous vous laissez aller à une flatulence sonore et déordonnée très limite (vous êtes avec un ami et ce sont des gaz paralysants; abstenez vous en présence des rottweiller, ils prendront ça pour une attaque), et vous vous évanouissez.

ps: comme annoncé dans le titre, la bande-son de ce billet est écrite, réalisée et interprêtée par mon petit génie de frère (voir lien dans la colonne de droite, le cirque Pinder empêche pour l'instant la mise-en-lien dans les corps de message). Albums disponibles dans tous les coins de la terre, même les plus sordides.