Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 28 février

Eros Tropovitch n'est pas un violoncelliste

shoparoundcorner                            Vous vous souvenez de votre dernier coup de foudre? Vous avez bien de la chance, moi pas. C'est la raison pour laquelle lorsque ça m'arrive, je suis prise au dépourvu et j'agis exactement comme la fois précédente. Mon dernier coup de foudre devait remonter au crack boursier de 1929, c'est vous dire à quel point j'avais eu le temps d'oublier (c'est déjà tout juste si j'arrive à me souvenir que j'ai deux pieds, c'est la raison pour laquelle je tombe fréquement; alors vous pensez bien...). J'arrive à gérer un coup de foudre unilatéral avec une certaine maestria, ça ne se voit en général pas, je reste de marbre et je me gratte le nez exactement comme si je me trouvais devant mon boucher. Je passe la main, comme au poker. Par contre, lorsqu'il est partagé de manière tout à fait inattendue, je me transforme en une espèce de chose chaotique et désordonnée et je fais n'importe quoi. Attention, je parle du coup de foudre qui vous trompette au coeur, pas du petit pétard pétillant qui vous crépite la racine des cheveux et qui meurt dans l'instant, faute de combustible. Je parle de celui à travers lequel, nourrie de vos fantasmes les plus torrides et les plus dévoyés,  vous entrevoyez pèle-mèle un voyage à Etretat  Venise dans une gondole grand luxe insubmersible moteur Riva, un week-end au fin fond de l'ardèche où il serait question de chaumière, de cheminée et de peau de bête, des soirées en tête-à-tête au-dessus de chandelles tellement hautes qu'elles finissent par vous enflammer la robe (à supposer que vous ayez encore votre robe) et des conversations passionnantes entrecoupées de sons gutturaux que tu te dis "le film que je regarde, il ne serait pas classé X par hasard?".

Bref, vous venez de vous rendre compte que lorsque je tombe sous le joug d'un coup de foudre partagé, j'en perds jusqu'à mon sens de la phrase. Quelque part, c'est assez rassurant pour l'autre, il a l'impression de se passionner pour un camion. Moi, je ne sais pas où mettre mes yeux, mais surtout pas dans les siens, parce que je le crois capable de deviner la noirceur de mon âme. Au lieu de quoi je me compresse les épaules comme si je ne faisais que passer entre 2 portes coulissantes, avec la peur qu'elles ne se referment sur mon talon, je fixe n'importe quoi (dans le cas qui nous passionne-enfin, moi- je me suis abimée dans la contemplation d'un taille-crayon de belles proportions. Le type qui a inventé le taille-crayon est un nobel, je confirme), et je pose des questions dont les réponses me passent largement au-dessus des oreilles. Je pose donc en général 2 ou 3 fois la même question, ce qui provoque chez l'autre un subtil haussement de sourcil. Il doit se dire que je suis gentille. Le pire, c'est la lèvre qui tremblote, comme soulevée par un petit hameçon céleste et taquin. Du coup, vous ressemblez à "l'homme qui rit", cet affreux feuilleton français en 3 épisodes dont le héros, pas bien gâté par la nature, avait tout un côté du visage remonté vers le front. Sa vie fut une succession de malheurs épouvantables, je me demande même s'il n'a pas terminé sa vie au fond d'une fosse à purin.

Et bref, je suis effroyablement démunie devant le sentiment amoureux.

ça promet. Mais ça n'est pas nouveau non plus, j'ai 317 ans (c'est un record, et j'en suis fière).

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mardi 27 février

Mieux vaut une onomatopée idiote qu'un long discours stupide (Boris Vian D'ox)

On ne dit pas tout sur les blogs, mais lorsque certaines connivences s'installent, on a envie de partager. Boum.

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lundi 26 février

Ah bon? Il y a DesMoine dans l'Iowa?

supermarch_                 Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais question montage, je me suis surpassée cette fois-ci.

Je voulais à tout prix vous faire un petit cadeau, pour tempérer la nouvelle désespérante dont je dois vous faire part: vous n'en saurez pas plus sur le biogaz des moines. Frère Pèrenoël hydromel s'est montré courtois, mais ferme (enfin, courtois, il n'a pas non plus dansé une mazurka et jonglé avec des ciboires dans un cercle de feu). Lau et moi avons bien tenté de pénétrer par effraction le monastère, mais notre lâcheté légendaire nous en a empêché. Un jour, je vous raconterai Lau, c'est grâce à lui que je me suis retrouvée en prison à Zagreb il y a 20 ans, je peux vous dire que ça  laisse des traces. Aussi, enjamber un mur hérissé de tessons de bouteilles, probablement défendu par des chiens pesteux, et atterrir sur un sol jonché de pièges-à-loups ne nous tentait pas plus que ça. Et puis, ça n'aurait pas été très sympa d'aller saccager leur potager, déjà bien mis à mal par le gel.

Bref, en désespoir de cause, nous sommes allés faire des courses à l'épicerie du monastère, c'était intéressant comme tout. PARCE QUE J'AI DÉCOUVERT QUE MEME CHEZ LES MOINES, ÇA SENT L'ARNAQUE. Attention, je m'explique. Et entendons nous bien, je suis infiniment respectueuse des choix de vie. Une boutique de moine, à priori, c'est assez sympathique (et bio). Vous vous promenez dans un périmètre pavé d'ardoise des Alpes, les étagères sont truffées de produits issus de l'agriculture monastique, et je suis assez séduite d'emblée par les étiquettes bardées d'enluminures collées sur les pots de confiture de figue. Ça a l'air plutôt sain, limite curatif. En plus, vous baguenaudez dans les rayons sur fond de Bach ou de chants de l'abbaye de Solesmes, un peu comme dans un "nature et découvertes" contemplatif, c'est plus agréable que remplir votre caddie sur un vieux morceau de "Balck sabbath" ou sur une composition d'André Rieux spécial supermarché. Forcément, je me suis laissée avoir, j'ai acheté de la confiture (figue et orange, un must contemplatif) et des madeleines. La confiture, c'était pour le petit déjeuner et pour l'étiquette; les madeleines, c'était pour dans la voiture parce que j'avais très faim. Elles étaient toute sèches, j'ai eu l'impression de bouffer une biscotte. Lau, parfait gentleman, m'a assuré en balançant plein de miettes sur le tableau de bord qu'elles étaient excellentes, ce que je n'ai pas cautionné. En fait, j'ai dit: "PUTAIN MAIS ELLES SONT POURRIES CES MADELEINES! SALOPERIE DE MERDE DE KRISPROLLS A LA CON! " et je pense réellement, avec le recul nécessaire, que ces madeleines ont été emballées à l'époque où le viking Sniurf le Hardi a découvert le Groenland (en fait, ce n'est pas Sniurf le Hardi qui a découvert le Groenland; mais ça me plait bien de raconter n'importe quoi de temps en temps).

Alors vous m'excuserez, mais ça ne me parait pas utile de faire des secrets de pucelles sur le biogaz si c'est pour vendre des madeleines estampillées croisades dans le même temps.

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Féérie animalière

les_belles_histoires_de_melle_bille        Par Toutatis, salut à tous (celle là, je la ressors de temps en temps mais pas trop souvent parce qu'après, vous allez croire que je ne me renouvelle pas, ce qui n'est pas tout-à-fait faux mais vous n'avez pas besoin de le savoir).

Au départ, j'avais prévu de partir en vacances à LaMotte-Achard, une petite ville située en Vendée de vous raconter mes claudications au pays des moines ( patience, votre heure viendra), mais voilà qu'il m'est tombé sous la main ce matin un rapport rédigé par le CNRS et intitulé :" sexualité dans les sociétés archaïques et évolution des pratiques". Ne me demandez pas comment c'est arrivé là, je ne cite pas mes sources. Et je raffole de ce genre d'information, pas spécialement en ce qui concerne le sexe, mais parce que j'aime bien savoir comment nous fonctionnons, ce qui ne m'est d'aucune utilité. C'est un plus.

Entre autres petites spécificités croustillantes dont je vous passe les détails parce que c'est lundi, et que vous êtes censés travailler, j'apprends que les hommes Hulis, en Papouasie, connus en Occident sous le nom d'"hommes à perruques" à cause de leurs chapeaux faits de cheveux humains (d'où le terme "il ne s'est pas shampouiné le chapeau ce matin" en cas de désordre mental) doivent sacrifier un cochon à chaque ébat, afin de s'attirer les bonnes grâce des célestes et d'éviter la contamination féminine. J'imagine que le taux d'infidélité chez les Hulis doit être assez bas, parce que si tu dois faire couiner un porc à chaque fois, bonjour la discrétion, autant envoyer des bristols au reste de la tribu. S'ensuit dans le rapport tout un tas de d'informations rigolotes (si vous voulez ce rapport, il va vous falloir payer très cher. N'y voyez pas d'offense mais c'est ainsi que je m'enrichis, c'est ça où je vole les sacs des petits vieux), et, après quelques feuillets un peu rébarbatifs, nous en arrivons aux pratiques sexuelles des civilisations dites évoluées, dont nous faisons partie. Alors là, j'en suis restée comme 2 ronds de flanc. Je pensais être assez au fait de la question, il n'en n'est rien. En ce qui me concerne, d'un point de vue purement sexuel, vous pouvez bien faire comme vous voulez, à partir du moment où c'est librement consenti et où vous foutez la paix aux enfants (dans le cas contraire, je me ferais une joie de vous faire sauter les yeux au burin émoussé, et croyez bien que j'y prendrais un rare plaisir); vous pouvez passer votre lune de miel avec un ananas ou avec Dumbo l'éléphant qui vole avec ses grandes oreilles, c'est votre affaire.

J'ignorais cependant l'existence d'une pratique, la "pony attitude" (chapitre "déviances et pratiques alternatives"). En gros, si vous êtes une femme, vous êtes censée mimer un canasson dans toutes ses attitudes, avec des talons de 17 cm et un harnais en cuir (je songe tout à coup que même si je le souhaitais, je ne pourrais pas être une pony girl. Juchée sur 17 cm, le syndrome "flamand rose" fait son apparition, et je roule-boule après un tangage transversal de 3 mètres. Sans compter que je me rabotte le crâne au plafond, ce qui n'est pas stylé ). Petite variante intéressante, la pony attitude s'accompagne en général de musique ("la piste aux étoiles" ou "la chevauchée des walkyries", je suppose). Une pony girl aguerrie doit savoir exécuter des figures compliquées et adopter toutes les attitudes équestres. C'est fou, non?

Je vous laisse un moment, afin que votre imagination travaille un petit peu....Vous y êtes? Bien.

A présent que votre imagination tourne à plein rendement, je vous laisse imaginer la pratique de la pony attitude dans une tribu Hulis.

Bon lundi.

ERRATUM (humanum est, quoi que...): Je m'aperçois en relisant le chapître concernant les déviances et pratiques que j'ai fait une petite erreur et je ne voudrais pas vous raconter n'importe quoi, parce qu'après, je vais perdre ma crédibilité et je ne serai plus invitée dans vos salons, sauf pour porter les petits plateaux de mignardises et servir les vins. Il n'est apparement pas obligatoire que les talons de vos chaussures fassent 17 cm exactement. Il suffit qu'ils soient considérés comme hauts. C'était excessif de ma part. Pardonnez moi.

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dimanche 25 février

DesMoines ne se situe toujours pas dans l'Iowa

bille_up2A travers cette journée qui s'annonce fichtrement tempêteuse, melle Bille va tenter de percer le secret du biogaz des moines.

              ACCESSOIRES:

   * Un tonneau d'hydromel

   * Un maillot de bain

   * Uri Geller caché dans un panier pic-nic,  pour déformer les serrures avec son regard magique et magnétique

   * Un voeu de chasteté au cas où

   * Un incunable relié pleine peau consacré à l'histoire des Cisterciens

   * Le pacte écologique de Nicolas Hulot

   * 7 péchés capitaux que je pourrai brandir comme une malédiction au cas où je me heurte à un refus

   * Beaucoup de bonne foi (ça, ça devrait leur faire plaisir)

   

   

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vendredi 23 février

Un petit moment d'inattention

Ponton        Ah, le voilà bien, le moment précieux. Cesser juste un moment de faire des pirouettes, et retrouver son calme. Garder pour quelques temps la position lente et menue, et courber les lambeaux de brume autour de soi, pour se tenir paisible.

          Et le printemps, volatile, à peine posé contre le ciel. Je sens comme une odeur de citron sur les mots, et les pavés doux.

C'est unique. C'est toujours unique.

Se rassembler; et dire à qui veut bien l'entendre que rien ne sert de courir, décidément.

Rien n'est plus doux, entre les lignes franches.

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mercredi 21 février

Mauvais calculs (c'est super long, mais j'ai beaucoup souffert)

medecine

Bonjour. Hier, j'ai passé un sale quart d'heure. Je sentais bien venir le truc depuis le matin mais, appliquée que j'étais à percer le secret du dongle, je n'y attachai pas plus d'importance que ça et traitai la vague douleur par l'indifférence la plus morgueuse. N'empêche, pendant que je faisais l'andouille avec mon clavier, de petits grains de sable s'accumulaient lentement mais  sûrement dans mes reins, recouverts pour l'occasion d'un jean de bonne facture qui met en valeur mes formes arrogantes. Je ne sais pas si vous êtes déjà passé par une crise foudroyante de kolicôn nefrôn (je préfère l'écrire en Grec parce que si je l'écris en Français, les petits malins que vous êtes vont se faire une joie d'écrire tout un tas de saletés qui risquent d'entâcher la poésie sous-jacente de ce blog), mais je ne souhaite ça à personne, c'est comme avoir une moissonneuse-batteuse livrée à elle-même dans le bas du dos. Vous cherchez désespérement à prendre la position la moins inconfortable pour lui faciliter le passage, mais comme c'est une moissonneuse format Massey-ferguson des grandes plaines (le correcteur propose "n'acétifierions", c'est pire que le dongle), elle vous laboure quand même la ceinture abdominale. Avec Grand Volontiers. Mes crises ont plusieurs spécificités dont je suis assez fière: elle interviennent toujours dans les lieux publics, et s'accompagnent d'effets collatéraux assez fâcheux: vertiges, crampes dans les pieds, hoquets et perte de la plus élémentaire des concentration ( normal, je lutte contre une douleur diffuse et pétaradante tout en tentant de conserver mon quand-à-moi et un visage de marbre). Celle d'hier s'est déclarée en plein MAMCO, à l'occasion du vernissage de la nouvelle exposition. J'étais en pleine conversation avec un des artistes lorsque le Massey-Ferguson a fait son apparition, ravageant instantanément la posture délicatement féminine que j'avais adopté pour l'occasion (je ne comprends pas l'art moderne,  je combats cette ignorance avec mon cerveau reptilien, un regard vide, et une espèce de distance calculée qui peut, le cas échéant, passer pour de l'érudition. Au pire, je fais croire que je suis Slovène, et que je ne parle pas la langue). Je me suis isolée un instant à la recherche de la position idéale (idéale n'est d'ailleurs pas le mot, parce que quoi qu'il arrive, le Massey-Ferguson vous ravagera les flancs), et je me suis rendu compte que je souffrais beaucoup moins penchée en avant à la limite de la chute, un peu comme si je m'inclinais très bas devant un roi de Perse. Dans le même temps, les vertiges ont commencé, mes orteils se sont recroquevillés dans mes chaussures (dans ces cas là, le mieux est de marcher sur la pointe des pieds, ce qui vous donne une démarche de flamand rose, surtout si vous avez les rotules inversées) et j'ai perdu le fil de la conversation pour me concentrer très fort sur mon apparence, ce qui n'a pas échappé à mon interlocuteur qui s'est assuré que tout allait bien. " oui oui", ai-je répondu d'une voix crayeuse (c'est à ce moment que l'accent Slovène devient utile). J'ai entamé d'une démarche de tourteau (combinée à celle du flamand rose, je ne vous dis que ça) un habile repli vers une chaise (en fait, c'était une oeuvre d'art, mais au diable les convenances lorsque vous êtes en train de passer l'arme à gauche) avec l'impression d'être une planche anatomique en relief. Notez bien, dans un musée d'art moderne, ça ne fait pas tâche; et comme vous êtes immobile à cause des orteils, des vertiges et du Massey-Ferguson, tout le monde peut vous observer à loisir sous toutes les coutures. En art moderne, c'est ce qu'on appelle un happening, sauf que là, c'est involontaire, et que vous êtes prêt à révéler n'importe quoi pour que les tenailles chauffées au rouge que vous avez dans les reins se dissolvent.

J'ai d'ailleurs révélé n'importe quoi, à travers une crise de hoquets incongrue.

Lorsque je me suis trouvée en état de lever le camps (en tourteau), je suis rentrée en conduisant sur une fesse, le nez écrasé sur le volant, un moignon (à cause des orteils) sur l'accélérateur et secouée de hoquets délirants, on aurait dit la voiture des Barios. Aujourd'hui, ça va mieux; la moissonneuse-batteuse a été remplacée par une petite tondeuse Evinrude assez élégante (alors là, chapeau le correcteur, il propose "évinçâtes"), je suppose qu'elle va d'elle-même se transformer dans la journée en aspirateur de table dont le sac plein à craquer menace d'exploser, et je vais faire la planche sur le futon.

Hic.

PS: j'ai malgré tout réussi à placer 6 fois le mot "dongle" dans la conversation. Avec témoin.  Je suis assez fière.

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mardi 20 février

Dongler avec les mots

dongle

Ci-dessus, la bande originale du film "mon Dongle", de Jacques Tati.

                        J'aime beaucoup parler avec mon ordinateur, surtout lorsque la conversation s'engage de façon inopinée, sur un ton badin. D'autant que ses courtoises interventions sont toujours destinées à me prévenir d'un danger imminent: manque de papier dans les toilettes l'imprimante, cartouche couleur vide, batterie faible, explosion thermo-nucléaire, secousse sismique impromptue, pluie acide...etc. Hors, voici que mon ordinateur s'est mis en tête de m'apprendre de nouveaux mots. Ce qui est assez chouette; comme ça, ça m'en fera 12. Bref, il n'y a pas 10 minutes, à la suite d'une de ces manipulations imprécises dont je suis coutumière, à cause des crochets, le voilà qui me pose une question: "Possédez vous un dongle?". Bigre. Un dongle? Nous voilà bien. Celà dit, ce mot inconnu offre tout un tas de perspectives amusantes; renseignements pris, il s'avère vieux comme le dongle monde. Au moyen-âge, après une nuit passée en prières, les nouveaux chevaliers étaient adonglés par leur seigneur. L'expression "payer rubis sur dongle" est un terme usité en Suisse orientale depuis l'avènement du calvinisme, ce qui nous fait une belle jambe. Si vous êtes photographes, vous connaissez sans nul doute l'usage de l'objectif grand dongle, et le dongle-chevalier est un des poissons les plus goûtu de notre belle région. C'est fou, non?

Celà dit, toute cette linguistique compliquée ne vaut pas tripette, mon ordinateur vient de me dire que "vous ne possédez pas de dongle". Du coup, je m'en fiche un peu.

            

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lundi 19 février

Vespa sienne (ohohoh, mais c'est de plus en plus amusant ça)

bille_en_vespa         Mon cher ami Lau vient d'acheter une vespa rouge. J'aime beaucoup les vespa, pour des raisons très diverses. Les vieilles, s'entend, les vraies, celles qui tombent en panne dès que vous les regardez de travers, qui vous brûlent les mollets, qui sont pleines de rebondissements divers et qui, éventuellement, explosent en fin de vie dans une grande gerbe de boulons et d'écrous (et vous prenez la béquille en plein front, ce qui est très douloureux). J'ai un affectif particulier pour les vespa (surtout les PX200 1964 de couleur tomate tueuse) parce qu'elles sont belles, qu'elles font un bruit totalement novateur, inédit, et particulièrement sonore (va traverser un champs de vaches avec une PX200 à 2.00 du matin, elles vont toutes mettre bas en même temps et tous les veaux auront 7 pattes et 2 queues. Certains auront même un oeil crevé et un bandeau de pirate dessus, mais il faut pour ça que la PX200 soit de couleur tomate tueuse. Sinon, les veaux auront 3 yeux, mais pas crevés), et parce que c'est sur une vespa rouge que j'ai connu le grand amour (n'allez pas imaginer des choses, même si nous étions jeunes, beaux, fringants et pauvres, nous avions malgré tout notre pudeur. Enfin, moi surtout). Maintenant, je pourrai aussi dire que c'est sur une vespa rouge que j'ai connu le grand bousin,  nous sommes tombés en panne la nuit dernière, en pleine rase campagne ( je suis certaine que nous étions observés par des loups mais ils n'ont pas osé s'approcher parce que je suis phosphorescente la nuit). Je tiens à rassurer Al Gore et Nicolas Hulot, le réchauffement de la planète ne se produit que le jour. La nuit, il fait aussi froid que dans la fesse d'un eskimo (encore que je ne sois pas persuadée qu'il y fasse si froid que ça).

La preuve, personne ne sort.

Et comme le réseau orange ne couvre pas certaines parties du territoire (celles qui sont abandonnées de dieu et laissées aux manants pour qu'ils puissent pratiquer le soc triennal en toute intimité), vous restez les bras ballants devant votre vespa, dans l'épaisseur froide de la nuit, à faire des bons mots avec votre ami d'enfance en attendant que la mort vienne vous cueillir. Pensez à vous munir d'une petite topette de gnôle en métal, vous pourrez faire des signaux dans l'espace en réfléchissant la lumière de la lune, ça vous occupera quand vos membres commenceront à s'engourdir et qu'un voile viendra obscurcir votre vision.

Cet après-midi, nous allons espionner les moines. Je pense qu'ils vont nous flanquer dans le convertisseur à biogaz d'entrée de jeu; personne ne viendra réclamer nos corps.

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samedi 17 février

"Le GranD SilencE", un titre qui fait rêver

moines                     Ce qui n'est pas le cas du film éponyme. Vous savez que sous peu, je vais devoir me déguiser en moine pour aller espionner le biogaz d'une abbaye; il me fallait donc une ou deux références, histoire de ne pas arriver avec un décalage vestimentaire issu des films publicitaires de "chaussée aux moines". Je fais mon travail sérieusement. A tel point que je viens de me taper 2.47h de "grand silence". On m'avait dit que c'était bien, reposant, très zen et, surtout, extrêmement intéressant. Honnêtement, je ne vois pas. La grande chartreuse est un monastère de l'ordre des Chartreux (ordre fondé en 1024 par Bruno, ça c'est pour Posuto. Ah, ça vous change de Gloria Talbott, hein?). Bien.

Au monastère de la grande Chartreuse, on trouve environ 15 moines répartis dans des bâtiments qui pourraient abriter la population d'une ville de taille moyenne. Vieux mais bien entretenus (les bâtiments; parce que les moines...). Il y a frère jardin (qui est aussi frère gamelle à double titre: il cuisine, et il se prend des croutins sur la neige en hiver), frère bois, frère chariot (dont le petit chariot en bois (fabriqué par frère bois) gagnerait en efficacité et en silence s'il était régulièrement graissé), frère tissu, qui coupe n'importe comment des robes de laine qu'il ajuste ensuite avec de petits bouts de ficelle selon la corpulence du sujet, je ne crois pas que Karl Lagerfield apprécierait ce laxisme, frère chat (lui, il a trouvé la planque; apparemment, il ne fait que nourrir les chats. C'est un petit malin, il a trouvé le moyen de briser la règle de silence en faisant prrrrt ppprrrt ppprrrrt avec sa bouche pour appeler les félins), et frère cloche, qui prend un malin plaisir à réveiller tout le monde à 4.OO du matin. Ce qui est chouette, c'est que personne ne semble lui en vouloir. Parce que moi, si tu me réveilles en me mettant la tête dans le grand bourdon de Notre Dame, tu as intérêt à prévoir l'abri antimissiles et le bouclier nucléaire. Une fois réveillés, ils se disséminent tous dans des alvéoles en bois (frère bois) pour chanter. De temps en temps, il y a des avalanches à l'aube dans le massif de la grande Chartreuse, mais rien n'a encore été prouvé. J'en soupçonne quelques uns d'en profiter pour roupiller encore un peu: il y a beaucoup plus de capuches que de voix. De temps en temps (mais pas très souvent), un frère est ordonné. Ce qui ne signifie pas qu'il range ses affaires (de toute manière, il n'en n'a pas, le voeu monastique est très strict au sujet des effets personnels).

Après avoir chanté, ils retournent dans leurs cellules pour lire et pour méditer. Le pire, c'est qu'ils le font vraiment. Parce que moi, si je savais que personne ne me voit, j'éviterais de me ruiner les rotules sur un escabeau en bois (frère bois) et je me mettrais sous la couette pour lire les aventures de Bibi Fricottin. Au pire, je mettrais un petit coussin.

Tous les Dimanche, ils mangent ensemble (frère jardin) sur une grande table en bois (frère bois) dans des robes toutes propres (frère tissu) après les vêpres (frère cloche). Frère chat s'occupe des chats. Il a bien tort, car ce jour là est un jour joyeux, les moines ont le droit de parler. Ils ont l'air aussi réjoui qu'une bombe à neutron d'ailleurs. Et font de bonnes blagues sur un robinet qui goutte, et sur de délicats points de scolastiques comme " de l'utilité de se salir les mains avant de les laver". Comme ils n'ont pas parlé depuis six jours, ils en rajoutent un peu (enfin bon, ils ne mettent pas non plus du poil à gratter dans la capuche de frère cloche ni de coussin qui fait pouèt sur le banc du chef mais c'est limite).

Ça dure 2.47h, mais ça procure un petit effet "hibernatus" assez déstabilisant. Quand vous sortez, vous avez l'impression d'avoir loupé une saison. Voire 3. Le réalisateur vous fait même croire que ça va recommencer car il termine son film sur l'image du début (il a fait l'école du rire de la grande chartreuse, c'est un plus). Ne vous inquiétez pas, le timing est bien fichu, les lumières s'allument quand vous commencez à hurler.

Il est temps d'un petit tapas nocturne.




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