Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

vendredi 16 mars

c'est bien doux tout ça

souvenir                                 Depuis que je suis toute petite, ma mère me dit que je ressemble à mon grand-père. Je trouve ça plutôt chouette de ressembler à papy Jacquot, sauf pour la calvitie, les 1,90 mètres et les 120 kg. Je sais qu'elle parle du caractère, parce que j'ai exactement la même tête que mamie Margot.

Papy Jacquot et mamie Margot étaient des grands-parents de conte de fée, ceci explique celà. Je n'ai jamais entendu ma grand-mère dire du mal de qui que ce soit. Pour marquer sa désapprobation, elle se contentait de sourire (jamais je n'ai plus vu un sourire à ce point dessiné de tendresse. Il faisait pétiller ses beaux yeux gris), de pencher la tête sur le côté et de hausser les épaules en faisant :"hof, c'est pas bien la peine d'en parler". Elle était très très grosse, et, comme beaucoup de personnes âgées de cette époque, elle mettait à son poignet une toute petite montre en or qui lui faisait de petits boudins de chair autour du bracelet. Elle avait des reflets bleus dans ses courts cheveux bouclés, s'habillait avec des blouses à fleur qu'elle achetait sur le marché, et me donnait presque toujours une pièce de 5 francs lorsque je venais la voir (elle avait également un fascinant petit porte-monnaie en vieux cuir noir tout frippé, minuscule, qui fermait avec deux crochets comme 2 petits doigts croisés. ça fait beaucoup de petit, mais chez mamie, TOUT était petit, sauf le corps et le coeur). Issue de la campagne, elle cuisinait comme pas deux une multitude de plats à chaque repas, et rapportait tous les Dimanches un gros gâteau aux prâlines de son village natal. Parfois, nous étions partis en balade ce jour là; alors,  papy Jacquot et mamie Margot nous attendaient patiemment sur le parking. Dans ces cas là, ils n'enlevaient pas leur ceinture de sécurité.

Papy Jacquot avait le gag dans le sang. Il était champion des figures à l'élastique, il essayait d'en inventer chaque jour une nouvelle et les ratait presque invariablement. C'était très ludique de le regarder se claquer les doigts en disant "bon dieu bon dieu je n'arrive pas à faire la tour Eiffel". Il aurait du essayer des figures plus simples, mais il aimait les défis. Lorsqu'il s'ennuyait, il faisait des blagues pour passer le temps, ou pour nous faire rire. Il téléphonait à des inconnus et leurs disait: "bonjour, pourriez-vous me passer François?", et lorsque les gens demandaient qui était François, il répondait "c'est celui qui se torche avec les doigts" et raccrochait en gloussant. A chaque visite, il nous faisait le coup de l'assiette et du bouchon brûlé. Vous prenez une assiette, vous mettez de l'eau dedans, vous frottez un bouchon brûlé dessous, et après, vous la donnez à une personne, vous vous mettez en face avec une assiette toute bête et vous lui demandez de mimer tous vos gestes. C'est super. Avec un peu de dextérité, vous réussissez à faire ressembler la personne à un mousquetaire.  Pour aller payer ses impôts, il gardait une vieille paire d'espadrilles effilochées et un pantalon un peu rapiécé, exprès. ça faisait honte à mamie, mais lui, ça le faisait bien rigoler. Et nous avec. De tout temps, il portait une casquette de joueur de pétanque (à la belotte et aux boules, c'était un tueur. Personne n'a jamais réussi des carreaux comme les siens). Papy Jacquot était aussi le champion des réparations branquignolesques. Lorsqu'il a rejoint Mamie Margot là-haut (elle était partie devant pour préparer le terrain, papy Jacquot n'aimait pas tellement l'inconnu), nous nous sommes partagé les quelques petits meubles qui venaient de leur longue vie commune. Il n'y avait pas un meuble qui ne portât les traces de son passage effrayant dans le monde du bricolage. Une petite commode rafistolée avec des clous, une console dont les rayures étaient masquées par de la peinture à l'huile; j'ai hérité pour ma part d'une sellette dont la tablette tenait avec trois vieux morceaux de sparadrap. Et de plein de chouettes souvenirs. Il était vraiment du genre à faire tenir un rideau avec 3 agrafes et 2 jets de laque, la Cadonett', celle qu'utilisait mamie Margot pour faire tenir bien serrées ses bouclettes bleues.

Pourquoi je raconte ça? Parce que ma mère me dit que je ressemble à mon grand-père. Et je viens de comprendre pourquoi. J'ai voulu épousseter un store avec un plumeau tout léger, et il vient de me tomber sur le crâne.
Il tenait avec 2 punaises.

Posté par Melle BillE à 09:42 - LeS HabITanTs De Ma PlAnEtE - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Quelle femme d'intérieur !

Chère Mademoiselle Bille,
Vous m'inquiétez un peu ! Entre vos beignets de guacamole à la chapelure et vos stores qui tiennent avec des punaises j'ai bien peur que vous ne soyez qu'une maitresse de maison un peu aproximative... Enfin tant pis, votre esprit, votre humour et votre culture exercent sur moi un irrésistible attrait... ;-)

Posté par Ludion libre, vendredi 16 mars à 10:08

Voilà

un bien joli billet. Et ces punaises ont un petit côté hommage que l'inventeur de la punaise n'avait sans doute pas vu venir.

Posté par Posuto, vendredi 16 mars à 10:13

Je retiendrai l'élégance de Mamie Margot.
Quel bel héritage.

Posté par charly, vendredi 16 mars à 11:48

Ludion, je serais tentée de vous dire que je n'ai pas forcement l'approximation dont vous me soupçonnez, en tant que maîtresse ; mais comme nous parlons de maîtresse de maison, je suis bien forcée d'admettre que vous n'avez pas tout-à-fait tort...;-)))
Posuto, la punaise a bien des fois sauvé un décor un rien bancale, sauf lorsqu'elle tombe par terre et que je marche dessus par mégarde. Dans ce cas là, tout l'édifice devient TRES bancale...
Charly, je ne vous le fait pas dire. C'est grâce à des gens comme ça que bien souvent, on ne tient pas tout droit. Il n'y a rien de plus triste que les angles droits! (en ce qui concerne l'élégance de mamie Margot, si je n'ai qu'un 10eme de son élégance de coeur, je m'estimerai drôlement bien pourvue! Je suis plus dubitative sur les blouses à fleurs ;-)))

Posté par melle bille, vendredi 16 mars à 12:53

Décidément ,melle bille , votre tendresse d'écriture me touche...... j'aurai bien aimé avoir des grands parents comme ça....c'est cool. Mais ce doit être un caractère familial, je ne vous connais pas mais je vous sens bien dans la même veine de coeur que ces deux charmantes personnes....la ressemblence est réelle même sans le plumeau, c'est ce qui ressort de vos écrits en tous cas.....

Posté par tilu, vendredi 16 mars à 13:08

merci Tilu, ;-)

Posté par melle bille, vendredi 16 mars à 13:27

émouvant

Comme quoi il peut y avoir beaucoup de tendresse chez une Melle Bille !
Merci pour ce moment.

Posté par motpassant, vendredi 16 mars à 14:59

Jolie descendance

Quelle belle histoire, Bille... tu as des gênes d'amour et de magie dans les veines.

Posté par Boudlard, vendredi 16 mars à 15:03

Euh

un coup de blues ?
Allez ça va passer ;-)
Bisous m'mzelle

Posté par Yves, vendredi 16 mars à 15:12

Punaise

quel(le) plume(au),
la Ptite du Papy Jacquot.
A cup of tea,un pruneau?

Posté par EPQ, vendredi 16 mars à 15:44

Motpassant, vous n'avez pas idée...et merci à vous de venir me lire
Boud', j'ai largement de qui tenir, et toi aussi si je ne m'abuse!!!!
Ben Yves, ça va pas? Bien au contraire!!! Quel dommage que tu l'aies ressenti ainsi! Alors quand je ne raconte plus de hontes et de gamelles, ça veut dire que je suis dans le blues?
Epq, with a sweet cloudy milk, please;-)

Posté par melle bille, vendredi 16 mars à 15:58

J'aime,

Tes billets tendresse, j'aime retrouver sous la pirouette d'humour, le trait de romantisme un peu nostalgique qui te caractérise en bon taureau que tu es :-)

Merci pour tout ce que tu apportes dans ce monde si souvent brut de la toile.

Bizzz Miss Bille
Marie

Posté par Marie Lanson, vendredi 16 mars à 17:20

ah Mlle Bille, vous m'avez fait poiler avec papie qui demande François au téléphone...du Marcel Aymé tout craché (belle expression hein) et vous m'avez attendrie avec votre mamie. Quel talent vous avez pour passer d'une émotion à l'autre ! Vous devriez faire dans ce genre plus souvent. Oui oui, c'est sérieux.
Je vous aime
Raymonde d'outre alambic hic

Posté par raymonde, vendredi 16 mars à 20:52

vraiment, Marie, je suis toujours infiniment touchée et étonnée de ce genre de commentaire. Je reste persuadée que la tendresse, cachée, voilée, par pudeur ou par peur, reste le dernier rempart dans un monde qui se glisse dans trop d'incompréhension. C'est bien sûr toi que je remercie d'être sensible à la douceur d'un tel moment.
Raymonde, si vous aviez vu papy Jacquot quand il faisait ça, c'était la magie absolue (moi, vous pensez bien, j'avais 10 ans, et 12, et 16, il le faisait souvent. Mais à chaque fois, ça fonctionnait, mon grand-père était merveilleux). J'ai eu fait plus souvent ce genre d'essai par le passé. Mais je sens que ça revient. Oui oui. Et je vous aime aussi.
Merci

Posté par melle bille, vendredi 16 mars à 21:44

douce france

cher pays de mon enfance .
Bille t'es vraiment la petite fille de tes grands parents ...ceci explique cela ...tu racontes les histoires comme persone

Posté par zelda, vendredi 16 mars à 23:31

merci ma Zeld' ;-)

Posté par melle bille, samedi 17 mars à 09:17

"mais chez mamie, TOUT était petit, sauf le corps et le coeur" C'est vraiment très beau Melle Bille. Et j'ai particulièrement apprécié la chute concommitante du récit et de la tringle rideau.

Posté par Sammy, dimanche 18 mars à 16:16

;-)))

Posté par melle bille, dimanche 18 mars à 16:17

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