vendredi 20 avril
Journal de campagne (c'est de saison)
Un bruit court qu'à la campagne, les nuits sont parfois fraîches et humides. Je suis soucieuse de m'appuyer sur des faits tangibles et scientifiques, avant d'affirmer quoi que ce soit. Je n'ai pas charge d'âmes, je peux mettre ma vie en danger, seule la vérité importe. Je tiens donc à remercier publiquement Toon, le fils d'amis précieux, d'avoir mis à ma disposition un matériel scientifique de haute volée: une toile de tente extrèmement poreuse, un duvet de l'épaisseur d'une feuille de gélatine, et une lampe-torche. JE SUIS EN MESURE DE CONFIRMER QU'A LA CAMPAGNE, OUI, LES NUITS SONT FRAÎCHES ET HUMIDES, JE DIRAIS MÊME QUASI LIQUIDES, ET QU'UNE LAMPE-TORCHE ATTIRE DANS SON FAISCEAU TOUTES LES CRÉATURES NOCTURNES ET BELLIGÉRANTES.
A l'origine, je trouvais ça plutôt chouette de passer une nuit sous la tente; ça faisait ressurgir tout plein de souvenirs ( j'aime beaucoup le bruit de la fermeture-éclair dans la nuit; si vous êtes doué et que vous avez l'oreille musicale, vous pouvez organiser un petit concert avec les criquets et les bousiers). Sur le coup de 22.30, légèrement échauffée par quelques verres de Molette de Seyssel dégustés à la fraîche, je me suis dirigée vers mes quartiers d'un pas subtilement tâtonnant (je suis bouddhiste borderline, et je n'aime pas écraser sous mon poids les insectes égarés, c'est la raison pour laquelle ma démarche semble parfois hésitante, à la limite de la chute. Alors de nuit, dans l'herbe, sur un terrain en pente, je ne vous dis pas). Je me suis glissée dans l'habitacle, toute emmitouflée de vieux souvenirs adolescents, la fermeture-éclair a fait "ziiiiiiiiiiiip", j'ai feuilleté quelques pages à l'envers sous l'éclairage diffus de la lampe et hop, j'ai plongé la tête la première dans un sommeil de plomb.
1.30 plus tard, j'avais les yeux grands ouverts, le dos en compote, et cette impression diffuse et lancinante d'être compressée à l'intérieur d'un sushi, au fin fond d'un réfrigérateur. J'étais à moitié étouffée par mon duvet, dans lequel j'avais, semble-t-il, dansé une carmagnole effrénée. La fermeture-éclair me sciait la glotte, j'étais cernée de mille petits bruits suspects, et le vent s'était levé. C'est fou comme on se sent seule sous une toile de tente poreuse qui laisse passer la moindre goutte d'humidité, lorsqu'on entend, au loin, le ronflement sonore de ses hôtes. De toute évidence, ils sont loin de se douter qu'à quelques mètres, sous leurs fenêtres, un drame affreux est en train de se jouer. Ils dorment tranquillement, blottis dans l'épaisse chaleur de leur édredon, enfoncés dans leurs oreillers moelleux, pendant que vous essayez de trouver la position qui vous permettra d'échapper aux rejets de cerisier qui vous labourent le visage et les hanches. Entre autre. A la faveur de la nuit, mon duvet est devenu si humide que je me suis demandé si je n'étais pas à l'intérieur d'un bathyscaphe; j'ai rapidement rejeté cette hypothèse lorsque j'ai mis la tête hors de l'abri, et qu'après avoir balayé l'ensemble du territoire et un bon nombre de choses volantes et vrombissantes, le faisceau lumineux de ma lampe-torche a éclairé les petits yeux phosphorescents d'une vache ( les vaches ne sont pas des animaux aquatiques).
Je me suis repliée ( ce terme prend tout son sens par un tel froid) à l'intérieur du réfrigérateur. Comme je m'agitais dans tous les coins tout en tenant la lampe-torche pour réintégrer le duvet, une punaise, une petite araignée et un insecte indéterminé sont apparus successivement dans le sillage lumineux et désordonné. J'ai repensé à ce que me disait mamie Margot lorsque j'étais enfant: "les petites bêtes ne mangent pas les
grosses"; mais j'ai crû bon d'ajouter mentalement "non, mais elles peuvent les piquer sur l'oeil et après, tu ressembles à Frankenstein pendant 3 jours et tu te retrouves avec le pouvoir de séduction du capitaine crochet". C'est curieux comme on perd le sens du rationnel lorsqu'on a peur; on peut aller jusqu'à imaginer un crotale embusqué au fond du duvet. Je me suis même demandé comment je réagirais si une mâchoire ricanante se découpait soudain dans la petite lucarne transparente située sur le haut de la tente, celle qui vous permet de voir le danger venir. Assez mal, je pense. N'empêche, de loin, ça doit faire drôlement bizarre de voir un petit igloo qui bouge dans tous les sens au milieu de la nuit noire, avec plein de lumière à l'intérieur. Un peu comme Las-Vegas vu d'avion, en plus modeste.
Pour finir, Pavarotti le coq du voisin a déployé son chant dans l'aube naissante (en fait, il ne s'appelle pas Pavarotti; mais il devrait. Je me suis d'ailleurs perdue dans la contemplation de sa démarche grotesque, et je me suis dit que ça n'était pas bien malin d'avoir choisi le coq comme emblème national, parce que bonjour comme c'est moche, une démarche pareille); du coup, je me suis moi aussi déployée dans l'aube naissante, toute humide, et j'ai désespérement tenté de faire miens les préceptes enseignés dans le bouquin de T.C. MacLuhan: "pieds nus sur la terre sacrée".
Pieds nus sur la terre sacrée mes fesses, il n'y a rien de noble à se dresser le matin les talons enfoncés dans une bouse de vache, grelottante, les cheveux tout mouillés, une cloque sur la paupière et toute penchée à cause des courbatures.
Commentaires
Mais pourquoi Mamzelle Bille, que l'on devine si sensible, et davantage conçue pour le chaud, le moelleux, le délicat, en un mot, le luxe ébouriffé, pourquoi donc va t-elle toujours se mettre dans des situations qui réduisent à néant ses aspirations si légitimes au confort et à la sérénité ? Tantôt elle dévale sur une valise les pentes enneigées, tantôt elle campe en heut d'un arbre ; et voilà qu'elle tente de survivre en milieu hostile, entourée d'essaim d'insectes bel et biuen liqueux et de hordes de bêtes féroces dont on apprend au passage qu'elles ont l'oeil petit et phosphorescent. Et qu'elles font des bouses devant les tentes, ce qui n'est vraiment pas très délicat.
Non, vraiment Miss Bille, je ne comprend pas ! ;-)
Ben voyez vous, Sammy, c'est peut-être bien ça le luxe ébouriffé...
Ziiiiiiiip...
Mademoiselle Bille, Il me semble lire entre les lignes que le bruit nocturne d'une fermeture éclair éveille en vous des souvenirs enfouis et des phantasmes torrides. Allongez vous là, sur le canapé et racontez moi tout cela...
je ne le dirais pas deux fois
je suis d'acord a propo du coq ! non mais vraiment c'est moche un coq !
reziiiiiiiiiiiiiiiip
Peut être que c'est un peu tôt encore pour le camping melle bille, si vous attendez encore deux mois vous aurez les moustiques en prime... ça change tout quand même...
maiseuuuhhhh...
moi j'trouve ça bath, les vaches, les araignées et les grillons! dans les hôtels indiens y'a des cafards volants qui font plic ploc contre les murs de la douche, des singes qui te volent tout ce que tu laisses sur la table, des vaches sacrées dans la rue, et tout...moi j'préfère les araignées, elles se collent dans le coin en haut et elles bouffent tout ce qui te pique...et encore il a pas plu, tu te serais refait l'atlantide! bises, contente de te retrouver!
Je suis comme Sammy !
Je vote pour le confort extrême de Melle Bille. Je vous laisse, je pars préparer une banderole et des pancartes pour ma manifestation ("Du moelleux ! On veut du moelleux ! Du douillet ! Du parfait ! Pour que Bille soit bien!", oui, ça ne rime pas, mais c'est pas non plus de la poésie, hein, c'est de la revendication !)
ahahahahahahah
j'avais exactement ce souvenir-là de mes vingt ns, alors à deux fois vingt ans...Faut-il qu'il ait un matos,special post soixante-huitard , ton copain. Je pense que de nos jours on fait mieux non? Faudra qu'on essaye...
hey
de mieux en mieux les dessins , tu prends des cours ?
Bonjour
Quel blog extraordinaire ! Dire que je venais juste y déposer un petit message...
Le sort s'acharne sur votre ami "le Râleur.na" et en ce moment, il n'a pas franchement la tête à bloguer. Il m'a demandé de m'occuper de son blog en attendant que le vent tourne (car il va tourner), et j'ai accepté avec grand plaisir. Vous pouvez sans crainte continuer à fréquenter son site et à lui laisser des commentaires : tous les textes que vous y lirez sont de lui. Amitié, Bilbo (concierge A.I. d'Episodes de Vie).
Bon; alorsssssssss
Ludion, question fantasmes torrides, vous repasserez; car vous avez bien noté que, malgré toutes les turpitudes accumulées avec mon gand âge, je n'ai pas encore celui de la zoophilie;-)
ouaip Zelda, t'as vu comme c'est moche (surtout quand ça marche)?
Tilu, tu as raison, c'était un peu tôt; mais que veux-tu, j'aime tant avor l'illusion de plier la météo à mes désirs (tiens, Ludion, ça c'est un sacré fantasme)
Tidoigts, si j'avais voulu rencontrer cette féérie animalière dont tu sembles si gourmande, je vivrais sur les rives du Brahmapoutre avec les serpents à sonnettes et les ascètes; tu noteras que ce n'est pas le cas, j'ai choisi une ville de taille moyenne, assez lénifiante, au bord du lac le moins dangereux du monde, et je ne fais pas de patin à roulettes. Ceci pour dire que bon, le comble du danger, ici, c'est d'aller manger une raclette en altitude. Et je dois admettre que cela me convient.;-) Et le mygales sous ton oreiller, ça te plaît les mygales sous ton oreiller (ou dans ta chaussure)?
Merci les Posuto; vous vous me comprenez...
EPQ, c'est le FILS de mon copain, 13 ans. Normal qu'il n'ait pas encore le matos spécial Makalu pilier ouest, non?
Non, Zelda, mais je me concentre d'avantage;)
Salut Bilbo; on prend note on prend note!
Manif !
Je ne peux pas assister à la manif des Posuto mais je vote pour le confort extrême de Mlle Bille. Et du mien tant que j'y suis !
Bonne journée à tous.
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