dimanche 29 avril
Une fois n'est pas coutume
Je ne parle jamais politique ici; parce que ce n'est pas le propos du futile, et parce que je ne suis pas qualifiée pour ça. J'ai des convictions, comme nous tous, que je défends bec et ongles lorsqu'elles sont mises à mal dans le quotidien, mais je n'ai pas les mots pour les décrire, et je ne suis pas certaine qu'elles appartiennent à un parti politique; je ne trouve pas mon content dans les mouvements de masse. C'est comme en religion, je suis agnostique. Je vote pour le moins pire, je n'ai pas d'illusion sur les maitres du monde.
Je vais me tordre la cheville juste là, maintenant. Parce que je viens d'assister au meeting de Nicolas Sarkozy, et que je suis révulsée. J'ai vu un homme binaire, manichéen, appuyant sans vergogne sur tous les boutons sensibles de ce qu'il appelle par devers lui, n'en doutons pas, le "petit peuple". J'ai vu un homme oser dire, entre autres, que Mai 68 avait anéanti la morale et les valeurs, j'ai entendu cet homme, dont le côté droit de la lèvre se soulève lorsqu'il est en colère (et dieu sait s'il se soulève), cet homme qui regarde par dessous, qui se frotte le front du doigt d'un geste furtif lorsqu'il aborde un sujet qu'il maîtrise à moitié (oui, le corps parle, et pas qu'un peu, surtout lorsque porté à ce paroxysme d'égotisme) oser nous regarder dans les yeux et dire "je vous aime". Ce discours dégoulinant de mièvrerie et de sensiblerie, partant dans tous les sens, ratissant au plus large ( à ce sujet, le discours sur la proportionnelle est un vrai régal; tu es pour ou contre, au juste? un petit peu pour, histoire de séduire le FN? Beaucoup contre, histoire d'être cohérent avec le reste?), fait appel aux pires poncifs de la démagogie. Entendons nous bien, Nicolas Sarkozy est une sorte de messie; il nous aime, il souffre pour nous, avec nous, il est hanté par la violence, il entend même des voix. Pour un peu, je l'appellerais papa et j'attendrais de lui qu'il fixe mes limites, car s'il m'aime bien, il me châtiera bien.
Je suis navrée, je vais à mon tour faire du manichéisme (je ne suis pas douée pour la politique, vous vous rappelez?), parce que je suis en colère; ce discours a de furieux accent de national-socialisme. Et rien, absolument rien, ne parle d'espoir. Nicolas Sarkozy tient à ce que nous ayons peur du passé, du présent et de l'avenir, c'est son fond de commerce.
Passons sur la mise en scène du meeting, digne d'un show à la Oprah Winfrey, passons sur la pitoyable manifestation d'un Bigard au top de sa forme vulgaire (quoi que je le soupçonne de pouvoir faire mieux), passons enfin sur l'hilarante et réjouissante prestation de Gilbert Montagné, qui tenait plus du video-gag que d'un soutien politique, j'ai assisté à une messe; et, plus que tout, j'ai eu l'impression d'être prise pour une bille, ce qui n'est pas tout à fait faux.
Et le pire dans tout ça, c'est que je crois Nicolas Sarkozy sincère. C'est ce qui m'effraie le plus.
PS (hu hu): Si ce n'est déjà fait, je recommande la lecture de la rencontre Sarko/Onfray dans le "nouvel obs" du 26 Avril. Et celle de l'excellent petit livre de Philippe Eliakim, "mensonges!", aux éditions Pocket.Et je vais de ce pas faire le gugusse avec NeveuBille.
samedi 28 avril
Ami pouèt, laisse parler ton instinct surréaliste
Paroles du pouème juste ici

vendredi 27 avril
Voilà. Un rien kitschos, mais c'est pour marquer le coup, parce qu'aujourd'hui, je te prends la claque du centenaire. Dès maintenant, je me concentre donc sur l'invention d'une chaise roulante musicale, d'une paire de béquilles de survie téléscopique avec kit de massage intégré, et d'un sonotone qui diffuse en continu des huiles essentielles. Belle journée à tous!!!!!
jeudi 26 avril
Le cas Noé (je fais comme je veux si je veux mettre un titre bien bouffon ça n'est pas toi qui va m'en empêcher)
Hier, au crépuscule, on m'a prêté un canoé. C'est chouette comme début, non? Il faisait doux comme la joue de NeveuBille, le lac se reposait tout poudreux de chaleur, c'est beaucoup trop gâchi de ne pas en profiter, limite après tu le paies on va te dire "c'est bien fait t'avais qu'à saisir l'occasion mais c'est toujours pareil tu saisis pas ta chance et après tu viens te plaindre que "ouiiiiiiiiiiii mais j'avais un autre truc à faire" alors basta tu n'as aucune excuse va te coucher et éteins moi cette télé qui ne raconte que des carabistouilles tu me remercieras plus tard".
Je n'ai pas le pied très marin, le droit surtout qui, pour des raisons que les anciens connaissent, n'éprouve jamais la moindre émotion. Totalement insensible, il ne me prévient pas lorsqu'il s'enfonce sur une punaise ou un pylone à haute-tension, il préfère me laisser le soin de la découverte (ce dont je lui sait gré, il ne faut jamais perdre une occasion de se confronter à l'aventure la plus échevelée). Donc, lorsque je grimpe à bord d'un canoé, je fais toujours très attention à ce que personne ne me regarde, parce que j'ai l'air bien tarte, je m'embusque derrière les roseaux, je jette l'éventuel témoin en pâture aux brochets et j'embarque en souplesse, non sans avoir provoqué de splendides remous qui ne manquent pas d'attirer tous les regards, jusqu'alors tournés vers la splendeur du crépuscule. Mais je m'en fiche un peu, parce qu'une fois partie, même si j'oscille de droite à gauche comme un métronome, personne ne peut me reconnaître; alors tu vois bien comme je m'en contrecogne les genoux.
C'est vraiment chouette, le canoe. D'abord, ça ne fait pas de bruit (sauf lorsque vous rencontrez une couleuvre d'eau longue comme un intestin, mais là, c'est VOUS qui faites du bruit, exprès, pour la détourner de ses sombres projets, à savoir s'entortiller autour de votre pagaie pour venir dévorer votre sandwich au jambon. Si, j'en suis certaine.). Ensuite, vous pouvez vous imaginer plein de trucs; que vous êtes "tripes-à-la-graisse-d'oie" de la tribu des indiens Huron Tlingits (ça c'est pour faire plaisir à RV POSUTO, mais je trouve que Huron, ça sonne un rien mieux) et que vous naviguez sur le Yukon à la recherche du trésor des castors enchantés, ou l'héroïne d'un film de Sam Peckinpah, prisonnière de "tripes-à-la-graisse-d'oie", à qui vous avez piqué son
canoé pendant qu'il cuvait son eau-de-feu. Et puis, vous regardez les poissons ("tripes-à-la-graisse-d'oie" les pêche à mains nues, mais je vous rappelle que c'est un Huron Tlingits. En outre, je vous rappelle aussi qu'il s'agit d'une fiction. ça ne vous ferait peut-être pas de mal d'être un peu attentif de temps à autres), vous trempatouillez les mains dans l'eau fraîche et vous les laissez venir vous picorer le bout des doigts, vous sentez un petit vent tiède qui vous rigole dans les cheveux et qui descend sur votre nuque comme un lutin.
Et le silence. Vous avez pénétré tout ce bleu suspendu de silence, à peine entrouvert par le clapotis régulier de la pagaie; vous n'avez plus besoin de rien, vous êtes juste là. Exactement.
ET C'EST EN GENERAL A CE MOMENT QU'UN GROS BOUSIN A MOTEUR PROPULSE A 1000 PARSECS/SECONDE (C'EST LA RAISON POUR LAQUELLE VOUS NE L'AVEZ PAS ENTENDU VENIR) PASSE A 5 CM DE VOTRE COQUE EN VOUS
PULVERISANT LE TYMPAN. S'ensuit un ballotage de fin du monde, votre frêle embarcation entre dans une phase épileptique incontrôlable au cours de laquelle vous allez perdre votre sandwich (la couleuvre opiniâtre va se précipiter dessus, elle vous suit discrètement depuis votre départ, habilement dissimulée sous la ligne de flottaison), votre gourde (c'est affreux d'avoir le gosier comme une rape-à-fromage alors que vous êtes entourée d'eau), votre pantalon et votre sens de l'orientation (normal, vous avez fait 3 tours sur vous même, dont un dans le sens vertical).
Il est inutile de hurler, non seulement ces enfoirées de truies violettes de merde élevés au purin fringants yachteurs ne vous ont même pas vue, mais plus encore, ils s'en battent l'abdomen pour faire de la musique. Ils disparaissent en 1 seconde à l'intérieur d'une gerbe d'écume, laissant dans leur sillage de petits rires plein de champagne. Gardez votre calme et votre salive, il va vous en falloir pour rentrer.
Et vous ne mangerez pas non plus, la couleuvre vous dit merci.
NDLA: JE SIGNALE QUE DANS LES COMMENTAIRES, RV DES POSUTO DONNE UN COURS DE GEO POUR ME METTRE BIEN POCA LA HONTAS (qui appartient à la tribu des arapaos. Enfin je crois. Bon, de toute manière, on s'en fout, c'est jamais qu'un dessin). SANS RIGOLEZ, VOUS TROUVEZ PAS QUE CA SONNE BIEN: HURON+YUKON? (RV, ILS ONT TOUS DIT "OUI" EN MASSE, C'EST PAS POUR DIRE)
mercredi 25 avril
Parce que tu crois que c'est facile d'habiter au bord d'un lac quand il fait 30°?

mardi 24 avril
Je viens de faire mes courses (c'est une chose que je fais avec Grand Volontiers lorsque je suis au zénith de mes possibilités. Oui, je suis actuellement au zénith de mes possibilités; ce qui est très triste, quand on regarde bien. Car forcément viendra le moment de la chute, tout est mouvement et souviens toi d'Icare, tu te la pètes un peu moins quand tu te retrouves en puzzle au sol avec des bouts de cire sur le col du fémur), j'en suis restée comme 2 ronds de flanc.
Je pars du principe un peu naze que JAMAIS je ne mangerai de nourriture en boîte. Si vous me cuisinez une boîte lorsque vous m'inviterez à déjeuner (car ce jour viendra, je le sais), je vais sortir une ardoise de mon sac-à-main et je vais frotter mes ongles dessus, vous le regretterez toute votre vie. ça me parait un peu bizarre d'ouvrir une boîte de haricots. Dans mon esprit, les boîtes sont réservées aux chaussures, aux crayons de couleur et à la nuit, pas à la nourriture (remarquez, peut-être que vous mangez des crayons de couleur en cachette, une fois la maison endormie, discrètement dissimulé derrière le vaisselier de votre grand-mère. Plus grand chose ne m'étonne mais soyez gentil de ne pas me faire part de vos déviances, j'ai encore quelques illusions sur le genre humain). Vous l'avez deviné, j'achète toujours du frais, si possible sur le marché (à la relecture de ce début de billet, je ne peux m'empêcher d'être effarée par son prodigieux intérêt, je me demande pour quelle obscure raison les grands quotidiens ne m'ont pas encore contactée; je dois faire l'objet d'un complot).
JE SUIS AU REGRET DE VOUS ANNONCER QU'AVEC 20 EUROS, VOUS NE POUVEZ VOUS PROCURER QU'ENVIRON 3 RADIS, UNE CAROTTE TOUTE MOLLE, UNE BARQUETTE DE FRAISES GARIGUETTES ET 1 CONCOMBRE. Parce que si vous voulez mettre un peu de couleurs dans vos salades en les agrémentant de poivrons jaunes, verts et rouge, ça vous coûtera le même prix qu'un billet d'avion pour Sidney en first avec danseuses intégrées au siège et repose-pied fraîcheur citron senteur lilas. Et vous aurez en prime un repas chantant, mais pas frais (notez bien que pour la couleur des poivrons, vous pouvez toujours les colorier avec les crayons que vous mangez d'ordinaire discrètement dissimulé derrière le vaisselier de votre grand-mère, mais la mine n'adhère pas très bien sur la chaire du poivron. J'ai essayé).
Tiens, dites donc, je vais faire une petite digression pour vous signaler que lorsque vous faites cuire des oeufs durs et que vous les oubliez sur la plaque électrique, toute l'eau s'évapore, et au bout d'un moment, les oeufs se fendent et se mettent à siffler comme une fuite de gaz. Je viens d'en faire l'expérience, j'ai eu peur qu'ils ne me sautent au visage tellement ils se plaignaient. Quelles expériences merveilleuses nous réserve la vie quotidienne!
Mais revenons à notre billet d'avion pour Sidney (si vous m'interrompez tout le temps, ça ne va pas être facile). Certes, il existe de multiples possibilités de mettre de la couleur dans vos salades, en biaisant discrètement et en y incorporant des denrées farfelues, voire indigestes: des fraises tagada de votre neveu (ou chipée à Zelda), des timbre-postes récupérés sur de vieilles enveloppes, une pile R3 Duracell usagée, un tesson de bouteille d'orangina ou encore une balle de golf peinte de la couleur de votre choix. Ce qui ne vous coûte pas un sou, et habille votre entrée d'une féérie bigarée. Vos invités n'y verrons que du feu, surtout s'ils ont les yeux crevés. Mais qu'en est-il si vous aimez réellement les poivrons?
Il va vous falloir faire des choix.
Achetez de quoi vous nourrir le mois entier avec un féculent. Je tiens à la disposition de qui le souhaite, moyennant une modeste rétribution car je ne suis ni philanthrope ni membre de la cuisine des mousquetaires, les différentes façons d'accomoder le riz basmati de manière à lui donner la saveur et la consistance d'un soufflé au fromage ou d'un gîte à la noix. Je suis également spécialiste des desserts, mon riz basmati façon gâteau de Savoie remporte toujours un franc succès.
Le jour de votre choix, achetez 3 poivrons. Mangez les.
Je tiens à remercier publiquement les différents lobbies agro-alimentaires grâce auxquels nous devons faire chaque jour un nouvel effort d'imagination pour manger bien, bon, exotique et nouveau.
Moins coûteux, ce serait trop facile, et beaucoup moins stimulant.
lundi 23 avril
Petits principes de physique ordinaire (et autres théories) appliqués au quotidien
Car oui, le monde du quotidien fourmille de petits détails qui nous permettent de vérifier par l'exemple quelques principes de physique ordinaire (et autres théories) et après ça, on se sent drôlement savant.
Principe de la gravité: Cette expérience se réalise sur plusieurs années, il faut être patient. Vous disposez d'un matériel naturel alors ne vous en privez pas. Observez attentivement vos fesses. Au fil du temps, vous allez constater une métamorphose assez surprenante; jadis rebondies, musclées et fièrement dressées sur l'horizon (enfin bon, c'est une figure de style), vous allez un matin constater qu'elles se sont aplaties comme des gants de toilettes, qu'elles ont perdu en fermeté ce qu'elles ont gagné en longueur et que de profil, vous ressemblez à un S. Ne vous effrayez pas: ceci est normal et répond au principe de la gravité (sauf que c'est un petit peu plus long que l'expérience de Newton, la pomme sur le crâne et tout ça, mais c'est moins douloureux parce que si tu te prends une golden sur la tête pendant que tu fais la sieste, tu vas te mettre à réciter des formules mathématiques auxquelles personne ne comprendra rien et tu finiras seul, isolé, tu vas te mettre à boire plus que de raison pour oublier ta solitude, et tu chanteras des chansons de Nicolas Peyrac pour te tenir compagnie la nuit, au milieu des bois. Alors tu vois, les fesses plates et qui tombent, finalement, c'est mieux).
On peut vérifier la Théorie cinétique des gaz en mangeant de la saucisse au chou et des lentilles (si tu cliques sur la théorie, tu vas voir apparaître tout un tas de petits signes kabbalistiques que tu ne comprendras pas, sauf si tu es un grand physicien presque prix Nobel, auquel cas tu t'es fourvoyé en venant sur ce blog. Tu as tapé "Yvan Rebroff" dans ton moteur de recherches?). Je connais certaines personnes qui sont capables de produire ce que la physique appelle un gaz rare qui s'appelle le Krypton .
Attention! Il ne faut pas confondre ce gaz avec la roche qui fait perdre ses super-pouvoirs à Superman, la kryptonite. Remarquez, si quelqu'un émet du Krypton dans votre périphérie, vous allez perdre vos super-pouvoirs aussi, la preuve (je vous demande un petit effort de concentration et d'imagination, mais ça vaut le coup, vraiment. Enfin bon, moi, ça m'a bien fait rigoler mais peut-être que vous, ça va vous laisser de marbre. Je vous offre une gaufrette?):
"Effets du krypton sur la santé
Inhalation: Ce gaz est inerte et est classé comme agent asphyxiant simple. L'inhalation dans des concentrations excessives peut provoquer le vertige, la nausée, des vomissements, la perte de conscience, et la mort. La mort peut résulter des erreurs dans le jugement, confusion, ou la perte de conscience des individus qui viennent au secours des autres. À de basses concentrations d'oxygène, la perte de conscience et la mort peuvent se produire en quelques secondes sans avertissement."
Si, c'est vrai, vous pouvez vérifier là. Je n'ai pas l'habitude de raconter des carabistouilles, c'est assez pénible de devoir faire ses preuves à chaque fois. Ne remettez plus jamais mes sources en cause ou il vous en cuira. Tudieu peste.
Si un énorme frelon entre dans votre maison, vous allez pouvoir expérimenter la théorie du chaos, un simple enchaînement de causes à effets (à ne pas confondre avec la théorie des frères Bogdanov dont nous avons parlé ici). Le frelon entre en vrombissant bzzzz bzzz, vous avez peur, vous reculez jusqu'à la fenêtre: il vous voit, il se précipite pour vous observer de plus près, peut-être même qu'il veut vous demander du secours parce qu'il n'est pas très familier de cet univers, vous paniquez, vous renversez un vase en essayant de remonter le store, il s'approche, vous reculez, vous poussez un cri très bref, vous basculez par la fenêtre et vous vous écrasez 15 mètres plus bas. Protch. Ce qui est embêtant, c'est qu'une fois réduit en tapenade sur le trottoir, vous ne pourrez plus écrire la théorie. La science a son prix.
Nous reviendrons plus tard sur d'autres expériences de la vie quotidiennes permettant de révéler au grand jour les lois immuables de l'univers mais maintenant, j'aimerais que tu me laisses un peu tranquille.
Je ne pense pas qu'il soit utile de vous faire remarquer à quel point ce blog est en train de devenir précieux.
Bonjour chez vous.
samedi 21 avril
C'est un peu chargé comme billet mais ne te plains pas, j'aurais pu mettre une chanson en plus (et un poeme)
Ceusses qui diront que je ne me suis pas foulée sur ce coup là auront mille fois raison je ne conteste pas et même, bon allez hop j'approuve (les Posuto, ils font pareil d'abord. Enfin bon non, pas tout-à-fait, parce que moi je pique alors qu'eux ils cousent avec leurs mains). Et force t'est d'admettre, ami du Grand Volontiers (car je sais que tu es un ami du Grand Volontiers, quoi que tu t'en caches pour une raison qui m'échappe mais certaines choses, un jour, éclatent au grand jour, justement, alors que tu ne t'y attends pas, et c'est là toute la complexité du monde. Oui, le monde est complexe; mais si tu te penches un peu sur son rebord, tu verras que les pots de fleur qui te tombent sur la tête viennent du centre de la galaxie. Et ça c'est pas rien, parce que du coup, on se demande qui les jette et on se rend compte que les fleurs poussent dans la ceinture de Betelgeuse et sur Tau-ceti.), force t'est d'admettre, donc, que je ne te laisse guère le choix, de toute façon. Accepte ton sort, terrien, avec modestie, sourire, compassion et joie, teinte chacun de tes mouvements de cette fluidité cosmique dont tu es investi; car tu sais, au plus profond de toi, qu'un jour ou l'autre tu devras les nettoyer, ces baies vitrées sales comme le peigne de cousin machin.
Tiens, pour ton week-end, je t'offre un montage pourri. Tu vois bien que je t'aime. Aloha, prends ce collier en fleur de frangipanier et chante avec moi la chanson des barbapapa, en hawaien. Après, si tu veux, nous irons danser nus sous la lune enchantée, et on pourra aussi jouer au trivial pursuit. Mais dans l'herbe, parce qu'après, il y a du sable dans les petits camemberts.
J'ai fait un cake aux olives, tu en veux un bout? C'est de bon coeur. Allez, pour me faire plaisir.
PS: Ce matin, à minuit 01, nous sommes entrés dans le mois du taureau (et de la taurette par extension). Je prédis donc à tous les natifs de ce signe merveilleux bombances, cabrioles, flûtiaux, ritournelles, mambo, houla-houla, arias déclamées sous leurs fenêtres avec un kazoo, chronoposts avec des bonbons dedans, bouquets, roulades dans les foins avec George Clooney (ou genre), mugissements gras de joie, pique-niques, agappes, pergolas enchantées, coussins qui font "pouèt" cachés sous les soucis et autres sottises.
Aux autres aussi d'ailleurs.
vendredi 20 avril
Journal de campagne (c'est de saison)
Un bruit court qu'à la campagne, les nuits sont parfois fraîches et humides. Je suis soucieuse de m'appuyer sur des faits tangibles et scientifiques, avant d'affirmer quoi que ce soit. Je n'ai pas charge d'âmes, je peux mettre ma vie en danger, seule la vérité importe. Je tiens donc à remercier publiquement Toon, le fils d'amis précieux, d'avoir mis à ma disposition un matériel scientifique de haute volée: une toile de tente extrèmement poreuse, un duvet de l'épaisseur d'une feuille de gélatine, et une lampe-torche. JE SUIS EN MESURE DE CONFIRMER QU'A LA CAMPAGNE, OUI, LES NUITS SONT FRAÎCHES ET HUMIDES, JE DIRAIS MÊME QUASI LIQUIDES, ET QU'UNE LAMPE-TORCHE ATTIRE DANS SON FAISCEAU TOUTES LES CRÉATURES NOCTURNES ET BELLIGÉRANTES.
A l'origine, je trouvais ça plutôt chouette de passer une nuit sous la tente; ça faisait ressurgir tout plein de souvenirs ( j'aime beaucoup le bruit de la fermeture-éclair dans la nuit; si vous êtes doué et que vous avez l'oreille musicale, vous pouvez organiser un petit concert avec les criquets et les bousiers). Sur le coup de 22.30, légèrement échauffée par quelques verres de Molette de Seyssel dégustés à la fraîche, je me suis dirigée vers mes quartiers d'un pas subtilement tâtonnant (je suis bouddhiste borderline, et je n'aime pas écraser sous mon poids les insectes égarés, c'est la raison pour laquelle ma démarche semble parfois hésitante, à la limite de la chute. Alors de nuit, dans l'herbe, sur un terrain en pente, je ne vous dis pas). Je me suis glissée dans l'habitacle, toute emmitouflée de vieux souvenirs adolescents, la fermeture-éclair a fait "ziiiiiiiiiiiip", j'ai feuilleté quelques pages à l'envers sous l'éclairage diffus de la lampe et hop, j'ai plongé la tête la première dans un sommeil de plomb.
1.30 plus tard, j'avais les yeux grands ouverts, le dos en compote, et cette impression diffuse et lancinante d'être compressée à l'intérieur d'un sushi, au fin fond d'un réfrigérateur. J'étais à moitié étouffée par mon duvet, dans lequel j'avais, semble-t-il, dansé une carmagnole effrénée. La fermeture-éclair me sciait la glotte, j'étais cernée de mille petits bruits suspects, et le vent s'était levé. C'est fou comme on se sent seule sous une toile de tente poreuse qui laisse passer la moindre goutte d'humidité, lorsqu'on entend, au loin, le ronflement sonore de ses hôtes. De toute évidence, ils sont loin de se douter qu'à quelques mètres, sous leurs fenêtres, un drame affreux est en train de se jouer. Ils dorment tranquillement, blottis dans l'épaisse chaleur de leur édredon, enfoncés dans leurs oreillers moelleux, pendant que vous essayez de trouver la position qui vous permettra d'échapper aux rejets de cerisier qui vous labourent le visage et les hanches. Entre autre. A la faveur de la nuit, mon duvet est devenu si humide que je me suis demandé si je n'étais pas à l'intérieur d'un bathyscaphe; j'ai rapidement rejeté cette hypothèse lorsque j'ai mis la tête hors de l'abri, et qu'après avoir balayé l'ensemble du territoire et un bon nombre de choses volantes et vrombissantes, le faisceau lumineux de ma lampe-torche a éclairé les petits yeux phosphorescents d'une vache ( les vaches ne sont pas des animaux aquatiques).
Je me suis repliée ( ce terme prend tout son sens par un tel froid) à l'intérieur du réfrigérateur. Comme je m'agitais dans tous les coins tout en tenant la lampe-torche pour réintégrer le duvet, une punaise, une petite araignée et un insecte indéterminé sont apparus successivement dans le sillage lumineux et désordonné. J'ai repensé à ce que me disait mamie Margot lorsque j'étais enfant: "les petites bêtes ne mangent pas les
grosses"; mais j'ai crû bon d'ajouter mentalement "non, mais elles peuvent les piquer sur l'oeil et après, tu ressembles à Frankenstein pendant 3 jours et tu te retrouves avec le pouvoir de séduction du capitaine crochet". C'est curieux comme on perd le sens du rationnel lorsqu'on a peur; on peut aller jusqu'à imaginer un crotale embusqué au fond du duvet. Je me suis même demandé comment je réagirais si une mâchoire ricanante se découpait soudain dans la petite lucarne transparente située sur le haut de la tente, celle qui vous permet de voir le danger venir. Assez mal, je pense. N'empêche, de loin, ça doit faire drôlement bizarre de voir un petit igloo qui bouge dans tous les sens au milieu de la nuit noire, avec plein de lumière à l'intérieur. Un peu comme Las-Vegas vu d'avion, en plus modeste.
Pour finir, Pavarotti le coq du voisin a déployé son chant dans l'aube naissante (en fait, il ne s'appelle pas Pavarotti; mais il devrait. Je me suis d'ailleurs perdue dans la contemplation de sa démarche grotesque, et je me suis dit que ça n'était pas bien malin d'avoir choisi le coq comme emblème national, parce que bonjour comme c'est moche, une démarche pareille); du coup, je me suis moi aussi déployée dans l'aube naissante, toute humide, et j'ai désespérement tenté de faire miens les préceptes enseignés dans le bouquin de T.C. MacLuhan: "pieds nus sur la terre sacrée".
Pieds nus sur la terre sacrée mes fesses, il n'y a rien de noble à se dresser le matin les talons enfoncés dans une bouse de vache, grelottante, les cheveux tout mouillés, une cloque sur la paupière et toute penchée à cause des courbatures.
mardi 17 avril
Qui Valence ment va sûrement (alors là je me suis surpassée)
Tu es un lecteur attentif, méritant, sympathique, il me semble même déceler parfois une ombre de bienveillance de ta part à mon endroit, je vais donc aujourd'hui te confier le secret d'un petit voyage réussi même si tu ne sais pas au juste où tu vas et que tu n'as pas de Tomtom GPS pour te guider ni un frère Bogdanov dans ton tableau de bord pour te téléporter pile poil là où ton destin t'attend, à l'aube, à l'heure où blanchie la campagne même si vois-tu personne ne t'attend ne t'inquiète pas ça viendra il y a une justice.
Tu emportes avec toi le CD d'"Ocean's eleven" et tu veilles à ce qu'il se coince au bout de 10 km en faisant "tic tic tic tic tic". Lorsque tu t'arrêtes sur une aire de repos pour le décoincer avec un tournevis ou un coupe-ongles (n'essaie pas de le faire avec un balle de tennis), tu vas aux toilettes et tu signes de ton nom (tu peux aussi signer Gary Cooper ou Eugène De la Motte) la feuille du personnel de nettoyage collée sur le mur des lavabos, ça leur fera un petit jeu ce soir et toi, ça ne te coûte rien. Alors tu peux bien répandre un peu de joie autour de toi à moindre frais, la bonté est humaine, tu sais.
Tu ne fais pas deux choses en même temps, sinon tu vas t'incruster à 130 dans la barrière de sécurité, et tu fais des écarts de route tous les 10 mètres, après on croit que tu as bu. C'est mauvais pour ton image; pour remplacer le CD, tu chantes à tue-tête parce que tu es très heureux de rouler sous un ciel bleu Klein et sous un soleil qui frôle la damnation éternelle. Tu peux aussi imiter une cornemuse si tu sais faire (tu peux aussi découvrir que tu imites très bien la cornemuse, puouinnnn pouinnnn puinnnnn, ta vie ne sera plus jamais pareille dès cet instant, surtout quand tu vas voir Connor MacLeod surgir sur le siège du passager avec son kilt et son épée à 2 mains. )
Lorsque tu arrives près de la ville où on t'attend, si tu rates la sortie, tu ne freines pas comme un bouseux en balançant un chapelet d'insultes, c'est mauvais pour ton coeur et pour ta vie. Tu continues, au pire, jusqu'à Marseille, comme ça en plus tu verras la mer. Si tu es perdu et que tu t'arrêtes en rase campagne devant le concessionnaire Mercedes, tu en profites pour regarder le dernier modèle et tu le trouves un rien ostentatoire, du coup tu es très heureux d'avoir un pouvoir d'achat de Figolu. Plus, ce serait trop, te dis-tu par devers toi.
Une fois dans la ville, tu en fais 10 fois le tour sans faire exprès, pour bien t'imprégner des lieux; c'est important, après tu pourras faire croire aux copains que tu connais super bien l'endroit parce que tu as vu les travaux sous tous les angles. Tu peux même aller faire un tour dans les bourgades alentours, cela va te faire ressentir ce qu'à vécu Christophe Colomb lorsqu'il s'est gouré en croyant avoir débarqué en Amérique. Dès que tu trouves une place, tu te gares, peu importe l'endroit. Si ça ressemble à un coupe-gorge, c'est ton problème. Cela dit, si tu donnes à ton correspondant une indication de ce style: "je suis garée sous l'enseigne "Pognes Dragon Suisses", c'est un peu ésotérique mais bon, vu que tu es natif, ça devrait te parler, mais j'ignore où se trouve ce quartier", il y a des chances pour que tu attendes assez longtemps. Prévois des boissons, quelques grilles de sudoku, un mirliton et des fusées de détresse.
ATTENTION: Choisis judicieusement le quartier où tu vas attendre jusqu'au siècle prochain. Si c'est un quartier un peu mal famé, ne mets pas ton décolleté spécial gros-poumons et ne balance pas nonchalamment ton sac à main près des hanches, à moins que tu n'aimes voir passer 25 fois une R21 bleue remplie à raz-bord de grosses têtes hilares et concupiscentes qui vont te demander combien tu prends, si tu fais un tarif de groupe et si "tu es jolie mademoiselle tu veux venir avec nous pour faire un tournoi d'échecs?". Même si tu joues très bien aux échecs, n'en crois rien, ils vont t'emmener dans un bowling et vont te montrer tout un tas de petits dessins cochons (n'allume pas non plus une cigarette en regardant effrontement les voitures, il ne faudra pas venir te plaindre si tu deviens un fait divers après ça; tu regardes en l'air et tu fais semblant de t'intéresser à la migration des coléoptères, c'est mieux. Ne crois pas non plus que tu sois réellement jolie. Ils essaient de te flatter pour obtenir de toi des choses que la morale réprouve)
SUR LA ROUTE DU RETOUR: Si tu prends la mauvaise direction, n'oublie pas que Cassis et ses calanques, ça n'est pas si loin finalement. Le rosé, tu le boiras avec le papet; ça change.



