mardi 15 mai
California Dreamin'
Ami de ce blog, bienvenue aujourd'hui mais vois-tu, je n'ai pas le temps de poster un de ces billets magnifiques dont tu raffoles (même si ce n'est pas le cas, je te serais grée de ne pas moufter merci). J'ai donc pioché dans le passé. Pardonne moi si tu le peux. Car oui, tu peux tout, tu es un être bon. Si.
Le vrai printemps déclenche de ses idées de grand nettoyage, c'est surprenant comme tout soudain on déborde d'énergie pour tout gommer, tout relancer, tout espérer et tout vivre encore. ça doit avoir un rapport avec la floraison, j'imagine que quelque part, il doit rester jusqu'au bout au fond du coeur quelques boutures toujours prêtes à éclore au moment pile. Après avoir refait la maison en peau d'orange et de jonquilles, avec ça et là quelques lagons bleus (ne rêvons pas, il y a forcemment 2 ou 3 poisson-pierres planqués sous le corail qui devraient TRES VITE me rappeler que non, le terrain de jeux n'est pas un parterre de roses et qu'il y a des pièges à loup déguisés en marguerites mais bon, soit, j'accepte l'adversité avec stoïcisme), j'ai vidé une demi-tonne de scorries inutiles, au grand dam des éboueurs qui se demandaient comment un studio de la taille d'1 ct d'euro pouvait contenir l'intégral du palais de Westminster, en plus cheap.
Et puis j'ai ouvert la malle aux trésors, celle qui contient tous mes morceaux de paradis. Oh la bourrasque douce! C'est comme un parfum, une musique, quelque chose qui vous tire doucement par les hanches vers un abîme en fleurs, la carte du tendre au bord du Pacifique. Je suis retournée là-bas, cela faisait si longtemps. Ed et moi marchant dans le désert ( et frôlant pour l'occasion un crotal, je me demandais ce que c'était que cette petite musique qui faisait tchictchictchic jusqu'à ce que mon espadrille, mûe par une volonté propre, exécute un quintuple axel arrière). Quand je parle avec Ed grâce au miracle de MSN (ça aurait un rien facilité le voyage de Christophe Colomb), je vois dans son dos les reflets bleus du Pacifique, les palmiers du jardin et son ignoble pergola pleine de guirlandes de toutes les couleurs, je vois l'immense séquoia rouge, et je vois Ed, assis au coeur de son paradis tranquille, et il me montre toujours les chaussures de la fiancée de Frankenstein que j'ai laissées là-bas un jour d'orage et de départ.
J'ai détesté revenir en France, j'ai même détesté Edward. Un morceau tout entier de mon ventre est resté sous le pont de Coronado, là où il fait toujours beau. Du haut des falaises de Lucia, nous observions la migration des baleines et moi, tellement prise par la vision, j'avais dévoré une boulettes de beurre tiède en croyant que c'était une boule de glace à la vanille. C'est très mauvais. Et puis vient les temps des disputes, je me réfugie à San-Diego, dans un motel désert avec une piscine en forme de guitare, je regarde toujours l'horizon rouge. Je loue une voiture et je file à Tehachapi, dans le désert Mojave, parce que le nom sonne Indien et que je crois, dans mon romantisme 3 cents, que je vais puiser là la force de ne pas revenir. Tehachapi, c'est un village de western-spaghetti, il y a des buissons de ronces qui roulent entre les maisons et un vague motel même pas couleur locale. Vilain comme tout. Je reviens par RedRockCanyon et je m'arrête au pied du champs des éoliennes des monts San Gabriel, et je repense aux courses de chevaux de Santa Anna. Nous avions misé 5 dollars sur un cheval qui n'a même pas franchi la ligne d'arrivée bon dernier, il se baladait sur le terrain comme en promenade. Sur le moment, ça nous avait fait rire; en y réfléchissant bien, c'était peut-être prémonitoire.
Je me promène dans gas-lamp quarter, je mange des nouilles chinoises dans une boite en carton, comme celles qu'on voit dans les films, je m'assois, encore, au pied du pont de Coronado. Qu'est-ce qu'il est beau, tout de cables tendus au-dessus de l'océan. Je ne suis plus en colère. J'ai vécu le paradis, peu de gens peuvent s'en réjouir. J'ai vécu un paradis d'ocre indigo sur le flanc d'un poète, nous avons claudiqué les mains dans le dos, nous avons mangé des fraises et bu du vin blanc, nous avons vécu les images en relief d'un arc-en-ciel limpide, nous avons ressemblé à 2 petits vieux sépia contrecollés de tendresse. Suffisemment longtemps pour survivre à tous les orages du présent. Bientôt, je vais retourner voir Ed, il m'attend avec son rire mosaique et ses histoires de fantômes, nous allons encore imaginer en riant que nous vieillirons peut-être ensemble dans une vieille maison des Charentes et que nous jouerons à la pétanque au crépuscule, comme 2 petits vieux sépia contrecollés de tendresse.
Quand une histoire s'achève, ce n'est pas tant la manière dont elle s'achève qui compte, mais bien ce qu'on en fait. A présent, Edward est mon ami. Et je suis la sienne. A Chinatown, Monsieur Wong m'a donné un gâteau de la chance. A l'intérieur, il y a un petit papier sur lequel est écrit: "stop walking, happiness is next to you". En face de nous, Jack raconte la librairie "City Lights"; il est déjà presque aveugle et continue de m'appeler par le nom qu'il me donnait en Grèce, Pascalitsa. ça veut dire coccinelle. Je le regarde avec des yeux émerveillés de petite fille; pour moi, Jack est un vrai héros. La soirée bruisse de lucioles, elle est douce et fluide.
ça n'a pas beaucoup d'intérêt, un post en amnésie. Et pourtant; il me rappelle que les paradis sont nombreux, et que le bonheur de pouvoir les fouler, encore et encore, est inestimable à l'échelle du quotidien. Se bâtir chaque jour un petit souvenir, pour aller jusqu'au bout vêtu comme un monarque.
Commentaires
Coronado
Vers l'Hotel Del Coronado, c'est le moment de dire "nobody's perfect". ;-)
Mais tu le fais exprès ?
Non, ce n'est pas très fair play d'être drôle et émouvante en même temps, ça devrait être interdit, tiens.
J'ai cherché sur gougueule des images du pont de Coronado. Vous êtes d'accord avec moi, ça n'existe pas un truc pareil.
"stop walking, happiness is next to you", vraiment ?
Kiki
magnifique, ces memories...merci pour le voyage gratuit, bille.
cela m'a remémoré cette expression anglophone "you have been weighed, and found wanting"...carpe diem, ma belle!
chère AuteurE
je n'ai pas le temps de lire ce vieux post.
J'y reviebdrai piocher plus tard.
;-)))
Qu'est ce que c'est beau. Si je n'étais pas quelqu'un de bien, je crois que je pourrais être jaloux devant tant de délicatesse et de sentiments vrais, pas de ceux qu'on plaque sur des images trop brillantes. Ici, les souvenirs sont parfumés, un léger vent venu du désert souffle à travers les lignes et le bonheur s'infiltre sans crier gare derrière une nostalgie qui fait semblant de ne pas être là.
Mais qu'est ce que j'aime lire ça. Bravo.
"Peut-être que l'on se retrouvera
Peut-être que peut-être pas
Mais sache qu'ici bas, je suis là
Ça restera comme une lumière
Qui me tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s'éteint pas."
ça c'est Goldman qui le dit et ton billet m'a fait penser à cette chanso
pascalitsa
miss rouletabille est une coccinelle? ça ne m'étonne pas...
C'est chouette.
je vous aime tous plein
naze mouquette, je vais me coucher. Je vais demain dans vos univers, pardonnez moi, j'ai un rouleau compresseur sur la colonne.
Un souffle,
Venu du coeur des autres rivages,
Une onde courant sous la peau à l'abordage,
Tant de souvenirs qui se faufilent et surnagent,
J'aime ces billets aux couleurs abricotées,
Aux bleus indigo ou de prusse en images,
Tout un voyage en te lisant sous des cieux chamarés...
Amitiés Miss Bille
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