jeudi 31 mai
Aujourd'hui, je m'achète un vélo
Bien; ceci est bel et bon, mais aujourd'hui est un grand jour, tu as la possibilité de gagner le grand et mystérieux corgnolon à boudin plat inventé le 17 Juin 1901 par mon illustre ancêtre, le professeur Pierre Walter Bille, surnommé PWB par ses proches, de façon tout-à-fait inattendue, et fort désinvolte.
Ce jour là, mon illustre ancêtre portait un vêtement de drap grossier, ainsi que le ravissant pendentif que lui avait offert son épouse, une femme un peu cornichon mais très affable. Comme il ne voulait pas se le faire voler, il l'attachait avec un harnais. En outre, ce jour là, il portait aussi des genoux. Voilà qui sent le mystère à plein nez. Le munter aussi, parfois, mais je n'aime guère les fromages forts en goût.
Qu'est-ce que le mystérieux corgnolon à boudin plat? Nul ne le sait vraiment. Il existe une légende, de celles que l'on se transmet à voix basse, dans la pénombre d'une rue mal famée, qui dit que là-bas, une eau claire coule ché sé appeleriou Quezac et qu'un soir, à la faveur d'une nuit sans lune, Pierre Walter Bille errait sans but
Le corgnolon à boudin plat est un appareil qui va te permettre de plier le monde à ta volonté. C'est un objet précieux, car tu noteras que pour qu'il fonctionne, il faut relier ton sternum à ton épaule au moyen d'une noix de cajou géante, dont les propriétés hypnotiques ne sont plus à démontrer ("science et vie" N°12, page 17). Si tu as le vice chevillé au corps, tu peux en ajouter une seconde, mais je crois qu'il n'y en a plus attends je regarde. Non, il n'y en a plus, tu devras te contenter d'une seule. Si tu veux passer inaperçu, tu peux mettre un morceau de tissu par-dessus, ou une grosse caisse, et faire croire à tout le monde que tu te rends à l'orchestre philarmonique de Winipeg.
Mais le mieux, c'est de t'installer tranquillement dans une pièce de ton choix, pourvu qu'elle soit équipée d'un moulin à café en bois. En effet, le bois est conducteur, et c'est en tournant la petite manivelle que tu va pouvoir projeter ta volonté au 4 coins de l'univers connu. Tu peux mettre des grains de café dans le réservoir si tu veux faire d'une pierre deux coups, ça ne dérange pas. Il te faut également un chapeau. Le chapeau va te permettre de dissimuler les 117 électrodes que tu dois te planter dans le cuir chevelu; et surtout, c'est très joli un chapeau.
Comment utiliser le corgnolon à boudin plat?
Tu n'as pas besoin de le savoir. Finalement, j'ai changé d'avis, je le garde pour moi et de toutes manières, tu n'aurais pas pu répondre à la question que j'allais te poser (pour gagner le corgnolon à boudin plat).
Tu es en mon pouvoir.
mercredi 30 mai
Remarquez, "Picrate des Caraïbes", ça n'est pas beaucoup mieux
C'est un fardeau assez lourd à porter, on ne s'habitue jamais vraiment. Avoir été conçue le soir du festival du rire de La Motte-Achard n'apporte pas que des satisfactions, surtout lorsque 9 mois plus tard, les fées qui se penchent sur votre berceau ont un air vaguement familier. C'est normal, il s'agit de Jerry Lewis, Pierre Richard et Louis de Funès, mais vous ne le savez pas encore, vous êtes pour l'heure un joli bébé tout rose, vous êtes porteur de tous les espoirs de vos parents (le fameux fardeau).
Quelques décennies plus tard, vous vous retrouvez dans une soirée Rackham le Rouge, avec un tricorne sur la tête, les bottes de Francis Lalanne et un faux crochet en plastique à la main gauche (la droite est réservée aux frottements de paume, et celle du ventre aux verres de Rhum qui circulent à foison dans une atmosphère canaille.). Rien de plus normal, votre destin est tracé depuis votre conception. A cette heure ci, les gens normaux de votre âge sont en train d'élever leurs enfants, de regarder pour la 3eme fois "Die Hard 3", de promener leur chien, de se taper une crapette juste après la poire, ou de faire des choses cochonnes sur le canapé du salon ("die hard 3" n'est pas un film pornographique, combien de fois devrai-je le répéter?); mais vous, vous vous retrouvez debout au milieu d'une soirée démente (vous ne pouvez pas vous assoir à cause des bottes de Francis Lalanne qui vous scient l'arrière-cuisse, et vous ne pouvez pas marcher à cause des bottes de Francis Lalanne, trop grandes pour vous, qui vous donnent la démarche de monsieur Pierrafeu dès que vous esquissez un repli vers le buffet). Grâce au ciel, je n'avais pas trouvé de perroquet factice à m'accrocher sur l'épaule, ce qui ma permis de conserver un semblant de dignité lorsque j'ai vu arriver droit sur moi mon ex, flanqué de son effrayante épouse, celle qui a le pouvoir absolu de faire fondre le bitume dès qu'elle y pose le pied. Cette femme est un concentré de sex-appeal si affolant qu'on l'utilise en laboratoire pour expérimenter la théorie du chaos. Si j'avais été accompagnée de mon perroquet en plastique, j'aurais eu l'air bien cruche. Mais là, avec mon crochet, j'étais simplement terriblement ridicule, ce dont je ne me formalise plus.
Après quelques salamalecs de circonstance, P. et son atomique moitié se sont éloignés (je crois qu'ils ont eu peur de mon crochet), et un gros monsieur avec un foulard noir crânement (ah ah) posé sur les cheveux s'est engouffré dans le vide de ma périphérie .
ça lui donnait plus l'air d'un ramoneur que d'un pirate, mais je n'ai rien dit. Je suis la spécialiste de la petite phrase idiote qui m'échappe, le genre de phrase que vous voudriez rattraper au moment où elle franchit le cap de votre bouche. Mais les petites phrases idiotes se sentent libres d'accomplir leur vil dessein dès cet instant ( je garde d'ailleurs à l'esprit un exemple récent qui m'a plongée dans un abîme de confusion. Dans un restaurant, au moment du dessert, j'ai dit au serveur "mettez moi n'importe quoi pourvu qu'il y ait 2 boules". Si ça c'est pas la honte, je mange un zébu en croûte.). Nous avons papoté de la qualité du film (à mon avis toute relative, mais là encore, j'ai fait mouquette et je suis restée prudemment sur un terrain neutre). Après, vous savez comment c'est. Vous vous sentez en confiance, vous vous détendez, et vous proposez benoîtement un verre de "picrate des Caraïbes-ah ah ah-elle est bien bonne", dites vous en lui flattant le coude avec votre crochet tout en prenant la direction du bar, avec vos bottes de Francis Lalanne, votre démarche d'ubu et votre tricorne de guingois. Silence consterné du gros pirate, vous sentez que vous avez fait une mini-gaffe. Ah oui, c'est une gaffe, car vous vous adressez à la personne la plus dénuée d'humour de la soirée, qui s'avère être aussi le rédacteur-en-chef de ce magazine de cinéma à qui vous faites du pied par e-mail depuis 6 mois.

Je ne sais pas vous, mais je ne contrôle plus aucun de mes atomes dès lors que je suis déstabilisée. Je deviens une bille de verre, et j'ai besoin d'un verre à moi (tu comprendras, ami lecteur, l'allusion finaude à une chanson de Maxime Le Forestier, chanteur que tu n'as peut-être pas connu car tu es encore jeune, beau, fringant et plein d'allant mais ne te repose pas trop sur tes lauriers, toi aussi un jour tu utiliseras des crèmes en or pour combler ton visage raviné par le temps, si bien qu'il émane de toi cette sagesse ancestrale, cette aura scintillante, tu es devenu un être suprême et plein de distance bonasse (ne confonds pas avec Constance Bonnacieu, qui est une femme de peu), certes, mais pour la drague, macache, tu as eu ton heure de gloire il fallait en profiter plus tôt).
J'ai donc vogué tel un navire en perdition jusqu'au buffet, les bottes de Francis Lalanne faisaient "chouinp chouinp", je marchais comme le bossu de notre-dame, et j'avais les cheveux tout aplatis à cause du tricorne. Du coup, j'ai enlevé mon crochet pour me gratter le nez, parce que quand même, il y a des limites. Et puis il me grattait, mon nez.
Ce billet n'est pas très intéressant. Mais j'avais besoin de me confier.
Nous avons tous besoin parfois d'une oreille attentive et compatissante.
mardi 29 mai
"Pirates du Genevois", ça sonne moins bien
Résumons nous.
Je suis invitée à une grande soirée "Pirate des Caraïbes" ce soir, à Genève. Je viens de lire sur le petit parchemin qui fait office de
carton (et qui doit être écrit au crochet vu la calligraphie) qu'"un costume serait apprécié" (c'est écrit en tout minuscule oh les saligauds du marketing que je les étoufferais bien avec une étoupe).
DONC je vais me taper 50 bornes avec une jambe en teck, un bandeau sur l'oeil, une dent noire, et un tricorne sur le crâne. Et une bouteille de vieux rhum à la ceinture. Je ne pense pas que mes parents m'aient élevée dans ce but.
Je n'ai pas intérêt à suivre les courants marins classiques, la marée chaussée veille.
Résumons nous.
Je me costume en Krakken? (notez bien que pour conduire, les tentacules ne sont pas ce qu'on fait de mieux)
lundi 28 mai
Erode était un grand roi. (si, Roi, c'est un titre)
Je mets quiconque le souhaite au défi d'utiliser le traducteur automatique de "voilà" pour traduire (ah ah la bonne blague; tu es bien certaine de ne pas vouloir l'utiliser afin d'assouvir tes plus bas instincts et oser dire au petit épicier du coin qu'il a des pieds paquets et un rebiolon sur le bout du nez qui ressemble à du muesli?) un texte de la plus haute importance.
Tiens, j'ai essayé de traduire "gros jean comme devant".
1. Choisissez le sens de la traduction : 2. Entrez le mot ou le texte à traduire (300 caractères maximum) : je suis gros jean comme devant Exemple : Entrez la phrase suivante : Avec
Voila, je traduis mon texte en un seul clic ! Voici le résultat de votre traduction : par suis le volume de Jean devant comme
Voilà (ça aussi c'est une bonne blague, mais il faut un minimum de finesse sinon, on ne comprend pas, et après vous allez encore dire que j'ai abusé d'un truc pas frais). Preuve est enfin faite que le sage Yoda est employé par "Voilà", c'est même lui qui s'occupe des traductions. Du coup, je suis bien contente parce que je me faisais un brin de souci pour lui. C'est vrai, l'univers est cruel si tu es petit et que tu as la peau verte et les oreilles pointues, sauf si tu t'appelles Léonard Nimoy mais c'est rare. Par contre, si tu parles à l'envers, tu as tes chances chez Voilà.
Sinon, si ça intéresse quelqu'un, il pleut sur Paris et ça, c'est bien moche. Mais comme ça, à travers les vitres du TGV, je pourrai voir les vaches dans les champs faire des réunions tupperware sous les arbres. Parce que lorsqu'il ne pleut pas, elles broutent en solitaire, c'est triste.
Voilà voilà voilà.
Et sinon, vous voulez une photo?
Voilà.
Bonjour chez vous.
PS: ce texte ne veut pas dire grand chose, mais ce n'est qu'une apparence. En fait, il est d'un intérêt infini, développé, argumenté, avec même quelques petites références érotiques pour appâter les graveleux, mais j'ai choisi de le faire traduire par "voilà", pour que vous ne soyez pas tentés de me le dérober. Moi seule en connais le sens.
J'avais pensé mettre des petits coussins à fleur contre le mur du fond mais je ne sais pas ce que vous en pensez, je ne voudrais pas faire une faute de goût parce qu'après, vous allez vous en aller et ça va me faire pleurer.
mercredi 23 mai
Bon allez je change de titre, mais j'ai loupé mon train bon Dieu (vous me direz, ça change pas grand chose, c'est vrai)
Parce que vous croyez peut-être que c'est facile? (je suis navrée, mais c'est la seule introduction que j'aie pu trouver. Je conviens bien volontiers (avec Grand) que ça n'est pas ce qui se fait de plus chic dans le monde de l'écriture, mais imaginez un peu ce que ce serait s'il n'y avait carrément pas d'introduction. Il n'y aurait tout bonnement pas de texte. Hé oui, gros malin, tu n'avais pas pensé à ça, mais tu as bien de la chance de m'avoir pour te guider sur ce long chemin semé d'embûches, et qui pourtant sent la noisette. C'est alors que soudain je pensai: mais où ai-je bien pu fourrer ce porte-clef terriblement moche que vient de m'offrir NeveuBille? Alors elle s'en fut, voûtée par le poids des ans, et nul ne sut ce qu'il advint de cette étrange créature mi-femme-mi-reblochon (ce qui n'était pas très pratique pour parler puisqu'elle avait une croute à la place du visage, mais de toutes manières, elle n'avait pas grand chose à dire) dont le destin était scellé dès sa naissance. Elle aurait pu choisir autre chose. Mais non. Voilà. Passons à autre chose.
Vous savez ce que je préfère dans cette vie? Exactement. Enfin bon, il y a plein d'autres choses qui me plaisent, mais ça, j'aime tout particulièrement. Non, pas ça, encore que, mais ça j'aime vraiment beaucoup. Bref, j'aime bien larver. Et dans cette ville que j'aime tant (non, George, n'insiste pas, je ne viendrai jamais vivre dans ta villa de 47 pièces avec 2 piscines et vue sur la mer que tu viens d'acquérir à Waikiki et dont tu m'as envoyé le titre de propriété, libellé à mon nom, accompagné d'un chèque de 400.000 dollars pour les frais de bouche, c'est très gentil, mais je préfère rester dans mon studio de 11 mètres carrés, mes alpages qui sentent le purin et qui grouillent de pervers sexuels en knickers, chez moi. Je t'ai demandé de ne pas insister. Si tu continues, je t'envoie mon gibbon, fais gaffe.), cette ville magique, donc, est truffée d'endroits spécialement conçus pour le larvage (en machine, à 30°, avec un peu d'assouplissant, mais pas d'essorage parce que le lin, c'est fragile). Je les connais tous, vous pensez bien. Cependant, hier, mûe par une espèce de langueur consécutive à quelques jours de fol émoi, je décidai de faire simple, et d'aller m'applatir sur les pelouses du Pâquier
(veuillez trouver ci-dessous une vue aérienne d'une tome de Savoie du Pâquier. Dieu que c'est documenté tout ça!)
Vous avez remarqué à quel point l'instinct grégaire est vivace chez l'être humain? Vous pouvez trouver un immense endroit totalement désert et vous y poser comme un plot; dans les 10 minutes, votre espace sera envahi par une horde d'enfants belliqueux et piailleurs, de leurs parents, accompagnés parfois de leurs ancêtres, du gardien d'immeuble et de la famille du boulanger, qui sont des amis de longue date. Votre regard se porte sur l'horizon, personne. Votre petit endroit tranquille est devenu aussi bruyant que la foire du trône alors que quelques mètres plus loin, c'est le monde du silence. Si ça ne m'énervait pas autant, je prendrais le temps de me pencher sur cet étonnant phénomène, mais dans ce cas précis, j'ai plutôt envie de sortir la boîte à gifflons et de la jeter à la figure des importuns.
Bref, il vous est à tous arrivé de savourer sereinement une lampée d'à-plat dos sur un gazon frais, et de voir soudain une ombre passer devant votre soleil. C'est un
homme, il cherche à lier conversation, il vous demande l'heure. Toute bercée que vous êtes par cette douceur estivale, vous ne pensez pas à mal et donnez, avec Grand Volontiers, l'heure qu'il se fait, en l'occurence 13.30. Merci, vous dit-il, et le voilà planté comme un poteau les pieds contre votre flanc droit. "Quel beau temps! qu'est-ce que vous faites dans la vie? Ah bon? vous ne faites rien? comme c'est agréable! vous êtes femme au foyer?" A ce stade de la conversation, comme je n'ose pas envoyer le néfaste brouter contre le gravier, je réponds n'importe quoi. Que j'ai 5 enfants, que je suis agent secrète mais chut il ne faut pas l'ébruiter car l'herbe a des oreilles, et je finis par dire que je me concentre sur l'étude du bruit du gazon qui pousse, ce qui a pour effet de faire fuir l'incongrû. C'est assez agréable de se faire un peu draguer, je ne vais pas faire la bégueule, mais si c'est par un type manifEstement passé par l'école véronique et Davina question vestimentaire, et qui a plein de trous dans la bouche, je me sens un peu moins honorée, il faut dire ce qui est.
Je referme les yeux. 5 mn de pure béatitude plus tard, ils sont tirés de leurs ténèbres par des frottements furtifs. ça fait Fffffffff ffffffff fffffffff et tchoc, je me prends un truc sur le pied. C'est un jongleur, avec une touffe de cheveux comme un kougloff, torse nu, qui s'est installé dans ma périphérie. Il jongle, mal, avec 5 balles, la cinquième vient de m'enboutir la tong. Encore heureux qu'il ne le fasse pas avec des torches, je suis hautement inflammable. Je commence à sentir une hire légère m'envahir, qu'est-ce qu'il fout là alors que 100 mètres plus loin, c'est le début du désert Mojave? La prochaine fois, je baliserai mon territoire avec des rateaux invisibles spécialement dressés pour claquer au nez des envahisseurs, et je creuserai une fosse pleine de poix bouillante autour. Dès lors, j'assisterai, pleine de morgue et de dédain, à leur pénible et douloureuse agonie. L'homme est un loup pour l'homme.
FFFffffffff FFFFffff ffffffffffffffffff....., probablement terrifié par la décharge mentale de haine pure que je viens de lui balancer dans le front, le jongleur s'éloigne de quelques mètres, le kougloff toujours en équilibre instable sur la tête (après réflexion, je ne peux tout simplement pas envisager que ce soit des cheveux). Il est instantanément remplacé par un abondant troupeau d'enfants (environ une quarantaine), habillés de t-shirts rouges et jaunes. Au début, je n'ai pas bien compris cette lubie d'habiller des gosses de manière aussi binaire. Mais, une fois répartis en deux groupes bien distincts (les jaunes et les rouges, donc), et lancés comme des boulets bien sonores à la poursuite d'un ballon ovale, c'est devenu lumineux. Ils disputaient deux matchs de rugby simultanés à quelques
encablures de mes narines. Coup d'oeil sur l'horizon, le désert est toujours là, prêt à accueillir dans son vide sidéral toute la population de Bogota (je ne sais pas trop pourquoi je prends cet exemple; c'est assez irrationnel, mais je ne vais pourtant pas en changer un iota parce que. Vous n'aurez pas ma peau). J'ai suivi avec un certain intérêt le déroulement du match. C'est fou comme ces petites teignes issues de l'enfer profitent du rugby pour envoyer des gadins granitiques à leurs copains. Vous admettrez qu'un placage n'a aucune raison d'être en l'absence d'un ballon, du moins chez les gens civilisés. Et vous savez pourquoi il n'est plus dans la mêlée, le ballon? Parce qu'il vient de s'écraser sur mon sac (le sac de billes, ah ah elle est bien bonne), après avoir tournoyé de guingoi dans les airs pendant quelques instants de tension insoutenable. Et vous savez pourquoi je ressens une terrible tension croître dans mon estomac à cet instant? Parce que mon tube de crème solaire est dans mon sac, et vient d'expulser sous le choc tout son suc à l'intérieur, en ruinant mon portable, mes cigarettes, mon portefeuille et mes lunettes. Je suis brièvement tentée de réduire le ballon en purée (encore que je ne vois pas avec quoi mais c'est une figure de style), mais les instituteurs semblent avoir été recrutés sur un porte-avion ou dans l'armée de Charles Martel, et je ne me lance dans un conflit que si je suis certaine de gagner. C'est la raison pour laquelle on me juge pacifique. En réalité, je suis lâche, mais ne le dites pas au Président, je vous paierai grassement.
Vous avez déjà essayé de nettoyer des lunettes préalablement plongées dans un pot de margarine molle? Je vous recommande l'exercice, c'est très zen, surtout si vous le faites avec du papier journal bon marché. Après, vous avez l'impression de percevoir le monde depuis l'intérieur d'une baratte. En fait, vous ne voyez plus rien. Sans compter que vous êtes grotesque. Dans le même temps, j'ai ressenti une terrible piqûre à l'intérieur du coude, et j'y ai découvert un de ces insectes épouvantables, harnaché comme un chevalier de la table ronde, indestructible et probablement préhistorique, dont la vision au microscope vous provoque un arrêt cardiaque. C'était très chouette.
Lorsque les joueurs de Djembé sont arrivés, je me suis un peu abandonnée au fatalisme. J'aime le Djembé, ça me procure même de petites boules d'émotions au niveau du plexus. Même, des fois, je pleure tellement ça me secoue l'intérieur.
MAIS PAS QUAND J'ESSAIE DE DORMIR. Je suis donc allée voir une amie qui habite à l'extérieur de la ville. Lorsque nous nous sommes posées sur sa terrasse avec un petit verre de rosé, le voisin a démarré sa tondeuse. Une tondeuse, c'est exactement comme un bateau à moteur (enfin non, n'allez pas tenter de faire le guignol dans la baie de Cannes avec une tondeuse, ça comporte quelques risques), ça calle tout le temps. Et ça vous scie la moelle lorsque ça redémarre en projetant de petites mottes de terre dans tous les sens. Si possible dans votre verre. Et s'il est trop petit, votre visage fera très bien l'affaire (d'autant que vous n'avez pas vos lunettes pour voir arriver les projectiles).
Afin de finir en fanfare cette journée de détente quasi bouddhiste, je suis allée au cinéma, où mon magnum aux amandes a profité de l'obscurité pour se répandre sur la jambe droite de mon pantalon. Gris et blanc.
Et marron aussi, maintenant.
samedi 19 mai
Quartiers d'été
Internet me fatigue, j'ai envie de sentir le soleil sur ma peau. De toucher. De palper. D'élargir aussi. Je vous embrasse tous, très fort!
et pendant que j'y suis...
mardi 15 mai
Billet frais
Ça y est, je suis moult triste. A mon grand désoeuvrement par ma fi, ça m'ennuie. Et c'est grand désarroi pour moi que te conter suivante, lecteur, car je ne sortis point grandie de cette pesteuse aventure (je ne suis pas certaine d'employer exactement les mots qu'il faut pour capter l'auditoire, mais tant pis je me lance, c'est un défi de plus. Mais que cette vie est donc stimulante!)
Tout à l'heure, en revenant d'une séance de presse-purée assez rigolote, quelle ne fut pas ma surprise de croiser un petit camion blanc avec une grosse croix rouge dessus, installé devant un gros chapiteau d'où sortait un brouhaha du tonnerre de dieu. Piquée par la curiosité, je m'approche. Ah, une collecte de sang. Bon. Tiens, et si je donnais mon sang? Allez d'accord, mon sang et rare et précieux, on ne sait jamais, des fois que des habitants de la planète Vega en villégiature aient besoin d'un petit remontant, ça leur fera plaisir d'avoir un pochon de survie. Et puis ça tombait bien, j'étais à jeûn. Toute fière, je brandis mon estomac vide comme un fanion de civilité, quand une infirmière me dit que "non,non, pour donner votre sang, il faut avoir bien mangé, parce que sinon après vous risquez de tomber dans les pommes alors dis, tu vas me faire le plaisir d'aller croûter sous le chapiteau avant de te faire trouer les veines". Il faut vous dire que je n'ai jamais donné mon sang, sauf en quelques occasions impromptues, assorties de pansements divers et de plâtres de bonne facture. Je sais, c'est mal.
Sous le chapiteau-à-manger, une demi-douzaine de femmes en blanc vous saisissent par le paletot, vous collent en équerre sur une table, vous mettent un entonnoir dans la bouche et vous gavent de saucisson, de fromage, de compote de fruit et de barres de céréales. Vous criez merci (pas pour dire merci, pour dire pitié. Mais comme j'ai commencé ce billet en moyenâgeux, je me dis qu'il est bon de faire un petit rappel linguistique de temps à autres parce qu'après, comme vous ne suivez pas, vous oubliez, ça ne sert à rien que je me casse le trognon à vous faire des figures de style et c'est gâché), mais elles ne l'entendent pas de cette oreille. Elles vous remettent une couche de farçon et de rosbeef en s'assurant bien que vous ne les recrachez pas discrètement. Au bout d'une demi-heure, elles vous détachent les chevilles et les
poignets et vous enlèvent votre garrot, et vous ressortez avec des tranches de mortadelle dans les oreilles, un abcès à l'intestin et des croutes de tome sous les ongles, en titubant, le regard légèrement voilé par une absorbtion massive de graisses. Vous montez dans le petit camion, où un médecin va vous poser des questions incroyablement indélicates sur votre nombre de partenaires sexuels, vos addictions éventuelles à des substances que la loi réprouve (ne tentez pas de faire de l'humour. Quand j'ai émis l'hypothèse d'une dépendance massive à la quiche Lorraine, le médecin m'a regardée avec un oeil de flétan et a laissé mourir dans un silence tombal le sourire que j'avais esquissé. Le don du sang, ça ne rigole pas), il va vous demander si vous êtes épileptique, si vous avez le VIH (c'est une question si incongrûe qu'elle m'a rappelé cette question surréaliste qu'on vous pose lorsque vous arrivez sur le sol des Etats-Unis: "avez-vous l'intention de tuer le Président?". oui, mais avec l'aide de la Russie et de Captain Planet), si vous possédez une tirelire en forme de cochon et si vous avez joué à l'euro-million la semaine passée. Si vous satisfaisez à ce concours d'entrée d'un genre nouveau, vous êtes autorisée à vous glisser dans le fond du camion, où une douzaine de fauteuils de dentiste sont installés en rond; vous avez une vue imprenable sur tous les pochons de sang qui sont en train de se remplir sous votre nez. Ce qui pourrait être perçu comme une manoeuvre de dissuasion. Vous regardez la tête des autres vampirisés; certains sont un peu pâles mais font bonne figure, ils ont de petits sourires courageux dessinés au stylo fin sur le visage. D'autres font les fanfarons, c'est en général ceux qui vont se casser la figure dans l'escalier en
redescendant du camion.
Vous prenez place sur votre fauteuil de dentiste. Instantanément en action, il vous plaque avec de grosses tentacules en métal il vous moule les hanches et se met en position de décollage immédiat, tandis qu'un infirmière au sourire diabolique charmante vous saisit le bras droit d'une poigne de lanceur d'enclume. Là, elle tapotte un peu, pof pof, elle regarde l'horizon en essayant de sentir votre veine, parce qu'elle n'arrive pas à la voir. C'est moche. Encore 2 ou 3 pof pof, elle soupire, et change de bras. Pof pof pof, horizon, pof pof, ouhlala qu'est-ce qu'elles sont fines et petites vos veines je vais vous les massacrer ça ne va pas être facile. Respirez un grand coup. Attention. Piiiiiiiiic! ah zut, c'est passé à côté.
A ce stade, elle vous abandonne, et vous dit qu'elle est bien désolée mais que vraiment, vos veines sont trop petites et trop fines, et qu'ils vaut mieux que vous les gardiez pour vous (ah bon? parce que je devais les donner?). Mais quand même, vous emportez un souvenir, le gros bleu bien vilain et de la taille de l'Afrique que vous avez sur le bras.
Lorsque vous descendez toute déçue du camion, la demi douzaine de joueurs de rugby d'infirmières préposées à la cantine vous
remettent le grappin dessus, et vous avez beau dire que non, vraiment, ça n'est pas la peine, vous n'avez rien donné, elles veulent vous remercier pour votre acte civique et vous plaquent en équerre sur la table avec l'entonnoir, le saucisson, la compote et tout ça.
Je vais tenter le don de moelle osseuse. A moins que mes os ne soient trop petits et trop fins. Au pire, on en fera des ocarina quand j'aurai subi grand trépas (linguistique moyenâgeuse, le retour).
PS1: suis naze mouquette, je viens vous voir demain, promis je jure crache.
PS2: ce soir sur France 3, "la leçon de piano". Chef-d'oeuvre.
California Dreamin'
Ami de ce blog, bienvenue aujourd'hui mais vois-tu, je n'ai pas le temps de poster un de ces billets magnifiques dont tu raffoles (même si ce n'est pas le cas, je te serais grée de ne pas moufter merci). J'ai donc pioché dans le passé. Pardonne moi si tu le peux. Car oui, tu peux tout, tu es un être bon. Si.
Le vrai printemps déclenche de ses idées de grand nettoyage, c'est surprenant comme tout soudain on déborde d'énergie pour tout gommer, tout relancer, tout espérer et tout vivre encore. ça doit avoir un rapport avec la floraison, j'imagine que quelque part, il doit rester jusqu'au bout au fond du coeur quelques boutures toujours prêtes à éclore au moment pile. Après avoir refait la maison en peau d'orange et de jonquilles, avec ça et là quelques lagons bleus (ne rêvons pas, il y a forcemment 2 ou 3 poisson-pierres planqués sous le corail qui devraient TRES VITE me rappeler que non, le terrain de jeux n'est pas un parterre de roses et qu'il y a des pièges à loup déguisés en marguerites mais bon, soit, j'accepte l'adversité avec stoïcisme), j'ai vidé une demi-tonne de scorries inutiles, au grand dam des éboueurs qui se demandaient comment un studio de la taille d'1 ct d'euro pouvait contenir l'intégral du palais de Westminster, en plus cheap.
Et puis j'ai ouvert la malle aux trésors, celle qui contient tous mes morceaux de paradis. Oh la bourrasque douce! C'est comme un parfum, une musique, quelque chose qui vous tire doucement par les hanches vers un abîme en fleurs, la carte du tendre au bord du Pacifique. Je suis retournée là-bas, cela faisait si longtemps. Ed et moi marchant dans le désert ( et frôlant pour l'occasion un crotal, je me demandais ce que c'était que cette petite musique qui faisait tchictchictchic jusqu'à ce que mon espadrille, mûe par une volonté propre, exécute un quintuple axel arrière). Quand je parle avec Ed grâce au miracle de MSN (ça aurait un rien facilité le voyage de Christophe Colomb), je vois dans son dos les reflets bleus du Pacifique, les palmiers du jardin et son ignoble pergola pleine de guirlandes de toutes les couleurs, je vois l'immense séquoia rouge, et je vois Ed, assis au coeur de son paradis tranquille, et il me montre toujours les chaussures de la fiancée de Frankenstein que j'ai laissées là-bas un jour d'orage et de départ.
J'ai détesté revenir en France, j'ai même détesté Edward. Un morceau tout entier de mon ventre est resté sous le pont de Coronado, là où il fait toujours beau. Du haut des falaises de Lucia, nous observions la migration des baleines et moi, tellement prise par la vision, j'avais dévoré une boulettes de beurre tiède en croyant que c'était une boule de glace à la vanille. C'est très mauvais. Et puis vient les temps des disputes, je me réfugie à San-Diego, dans un motel désert avec une piscine en forme de guitare, je regarde toujours l'horizon rouge. Je loue une voiture et je file à Tehachapi, dans le désert Mojave, parce que le nom sonne Indien et que je crois, dans mon romantisme 3 cents, que je vais puiser là la force de ne pas revenir. Tehachapi, c'est un village de western-spaghetti, il y a des buissons de ronces qui roulent entre les maisons et un vague motel même pas couleur locale. Vilain comme tout. Je reviens par RedRockCanyon et je m'arrête au pied du champs des éoliennes des monts San Gabriel, et je repense aux courses de chevaux de Santa Anna. Nous avions misé 5 dollars sur un cheval qui n'a même pas franchi la ligne d'arrivée bon dernier, il se baladait sur le terrain comme en promenade. Sur le moment, ça nous avait fait rire; en y réfléchissant bien, c'était peut-être prémonitoire.
Je me promène dans gas-lamp quarter, je mange des nouilles chinoises dans une boite en carton, comme celles qu'on voit dans les films, je m'assois, encore, au pied du pont de Coronado. Qu'est-ce qu'il est beau, tout de cables tendus au-dessus de l'océan. Je ne suis plus en colère. J'ai vécu le paradis, peu de gens peuvent s'en réjouir. J'ai vécu un paradis d'ocre indigo sur le flanc d'un poète, nous avons claudiqué les mains dans le dos, nous avons mangé des fraises et bu du vin blanc, nous avons vécu les images en relief d'un arc-en-ciel limpide, nous avons ressemblé à 2 petits vieux sépia contrecollés de tendresse. Suffisemment longtemps pour survivre à tous les orages du présent. Bientôt, je vais retourner voir Ed, il m'attend avec son rire mosaique et ses histoires de fantômes, nous allons encore imaginer en riant que nous vieillirons peut-être ensemble dans une vieille maison des Charentes et que nous jouerons à la pétanque au crépuscule, comme 2 petits vieux sépia contrecollés de tendresse.
Quand une histoire s'achève, ce n'est pas tant la manière dont elle s'achève qui compte, mais bien ce qu'on en fait. A présent, Edward est mon ami. Et je suis la sienne. A Chinatown, Monsieur Wong m'a donné un gâteau de la chance. A l'intérieur, il y a un petit papier sur lequel est écrit: "stop walking, happiness is next to you". En face de nous, Jack raconte la librairie "City Lights"; il est déjà presque aveugle et continue de m'appeler par le nom qu'il me donnait en Grèce, Pascalitsa. ça veut dire coccinelle. Je le regarde avec des yeux émerveillés de petite fille; pour moi, Jack est un vrai héros. La soirée bruisse de lucioles, elle est douce et fluide.
ça n'a pas beaucoup d'intérêt, un post en amnésie. Et pourtant; il me rappelle que les paradis sont nombreux, et que le bonheur de pouvoir les fouler, encore et encore, est inestimable à l'échelle du quotidien. Se bâtir chaque jour un petit souvenir, pour aller jusqu'au bout vêtu comme un monarque.
dimanche 13 mai
Trou de balle de golf (oh que c'est fin)
Hier, j'ai passé une journée sensationnelle (cette introduction est piégée. Si vous l'utilisez sans mon autorisation, vous n'avez aucune chance de vous en sortir, j'ai des espions partout, même sur la terre de Baffin. Au moment où vous mettrez le point final, un gibbon terriblement fort va venir vous épouiller le cerveau (même sur la terre de Baffin), prenez garde (surtout si vous habitez sur la terre de Baffin) Parenthèses dans la parenthèse, top sémantique, la journée s'annonce obèse).
Au petit matin, j'ai découvert, à l'occasion d'une visite dans les cuisines d'un lycée, que je portais à merveille la charlotte, le masque, les pantoufles en papier et la combinaison de plastique qu'on vous force à mettre lorsque vous visitez à l'occasion les cuisines d'un lycée (il y a un je-ne-sais-quoi dans cette phrase qui me chiffonne, je ne saurais dire quoi, ce doit être la police de caractère). Au début, vous ne faîtes pas attention, vous babillez gaiement de choses et d'autres avec le cuisinier, tout vous parait normal et relativement bucolique, lorsque vous croisez votre reflet au détour d'un réfrigérateur en inox. Là, vous étouffez un petit cri suraîgu, vous vous demandez quelle est cette chose vivante coiffée d'un méduse et qui a les pieds de barbamama, avant de vous rendre compte qu'il s'agit de vous. Du coup, vous avez un peu moins d'assurance, vous perdez le fil de la conversation et vous posez des questions incongrues auxquelles le cuisinier répond néanmoins poliment, c'est ça l'éducation. Et vous comprenez soudain que son air sérieux et concentré masque depuis le début une furieuse envie de vous éclater de rire au visage. Et de mettre un soporifique puissant dans votre tasse de café. Mais il n'en fera rien, car c'est aussi
ça, l'éducation.
Ensuite j'ai fait plein de trucs vaguement en rapport avec ma profession, mais drôlement intéressants, et puis Jaco m'a proposé d'aller faire un golf.
Je ne joue pas au golf; je me prend un seau de balles pour 2,50 euros et je mets environ une journée à le vider, je ne me risque jamais sur le terrain. Lorsque Jaco et Lau se sont inscrits au XIXeme siècle, je les ai accompagnés par pure bonté d'âme, et je me suis rendue compte que le seul club que je serais jamais capable d'utiliser, c'est le club de scrabble d'Alby sur Chéran, ou le sandwich club de la cafétéria du centre commercial de Molin-Molette. Mais j'aime bien siroter un daiquiri en contemplant le crépuscule descendre sur les vastes vallons herbeux des green, dans une brume irisée et poudreuse, ça m'apaise. Cassons tout de suite le mythe du golf. Dans nos alpages à purin, ça revient moins cher que de louer un pédalo (remarquez, c'est un peu normal, parce qu'un Pédalo sur le plateau des Glières est assez incongru), et la cotisation te revient grosso modo à l'équivalent d'un bounty par jour. Je ne le dirai jamais suffisamment, ne boudons pas notre plaisir. Ce qui me plaît bien, au golf, c'est l'effarante concentration qu'il vous faut pour rater 27 fois la balle après avoir scalpé 3 de vos voisins, dans une débauche de mouvements grotesques et douloureux. A côté de vous, de gracieux gentlemen les envoient bouler en orbite à la vitesse de la lumière avec un petit bruit parfait, pendant que vous en êtes encore à vous demander où diable a bien pu passer la vôtre (si vous êtes attentif, vous la découvrirez juste à vos pieds. Votre club n'a fait que l'effleurer, mais le souffle d'air l'a fait tomber du tee pendant que, emportée par votre élan, vous acheviez votre swing du côté des cuisines (si vous avez eu la présence d'esprit de garder sur vous la charlotte, le masque, les chaussons et le tablier de plastique que vous avez utilisés le matin, vous pourrez les visiter) encore une parenthèse dans la parenthèse, c'est un festival).
Ensuite, à la demande générale, vous allez descendre sur le green, parce que les seaux de balle, ça va 2 minutes, et vous aimeriez bien essayer cet étrange objet qui rappelle vaguement un instrument d'obstétrique médiéval, le bois. Attention, il est impossible d'utiliser correctement le bois. Cet objet long et déséquilibré est uniquement destiné à vous mettre en position d'infériorité devant vos semblables. Vous allez vite vous rendre compte qu'après 3 ou 4 essais infructueux, vous avez fait le vide autour de vous. Observez les arbres, vos compagnons s'y sont dissimulés pour ricaner tout à leur aise sans risquer de froisser votre susceptibilité. A la 72 ème tentative, le bois va vous échapper et revenir vous frapper la nuque, c'est un lointain cousin dénaturé du boomerang. C'est un moment désagréable, mais vous n'avez plus aucun témoin (la nuit est tombée). De toute manière, vous boitez atrocement (le fer N°7 vous a entamé la cheville au 2eme trou), vous avez un tour de rein (votre swing n'est pas au point), et un oeil au beurre noir (lord Putrefact vous a envoyé une balle dans la rétine il n'y a pas 3 minutes).
Et votre caddy s'est enfui en hurlant.
Vous allez vous rendre compte que personne ne vous a attendue lorsque vous allez arriver sur le parking. Lorsque vous voudrez téléphoner au SAMU, votre batterie de portable va vous lâcher. Posez votre téléphone à terre, respirez un grand coup et, d'un coup de fer N°9 désabusé, envoyez le valdinguer dans la vitre du club-house. Vous allez voir, c'est drôlement plus facile qu'avec une petite balle.
Un bruit parfait.
samedi 12 mai
appelé à régner (tu as quelque chose contre ce titre?)
Avant toute chose, je tiens à ce que les choses soient claires, Robert Levelu ne souhaite pas que je révèle les détails les plus croustillants, et de ce fait les plus sordides, de son existence. Mais vous ne perdez pas grand chose, il n'est pas très intéressant en tant qu'être humain et en plus, il met des slips en laine.
Je vais donc vous parler de Spiderman, qui est beaucoup plus loquace et vénal, vous lui donnez 5 mouches à manger et il vous déballe tout (mais son slip en lycra n'est pas très agréable au toucher, ça vous donne de petites décharges électro-statiques sous les empreintes). Donc, Spiderman est de retour, et je vous prie de croire que ça ne rigole pas (enfin bon, moi, ça m'a bien fait rigoler, même que des ados m'ont jeté des bouts de pop-corn sur le crâne pendant que je faisais tout haut des commentaires. Je vous rassure, je n'étais pas seule, je n'en suis pas encore au point de monologuer devant un film de super-héros. Comment? Vous mettez ma parole en doute? Prenez garde, je vous envoie mon gibbon féroce). ça ne rigole pas, parce que cette fois-ci, Peter Parker tâte le côté obscur de la force, krrrr krrrr tu es mon fils, Luke. D'habitude, c'est un gentil garçon un peu concon qui ne ferait pas de mal à une mouche (ce qui est un comble pour une araignée, mais on a vu plus cocasse). Mais, par un beau soir d'été au cours duquel lui et sa douce sont en train de gaudrioler dans une toile (d'araignée, donc) en regardant les étoiles (enfin non, ils ne gaudriolent pas, Peter Parker est un gentil garçon un peu concon), un organisme tout gluant déboule discrètement du ciel et se colle à PP, car cet organisme est un symbiote maléfique. Oh le bougreux. Il déclenche une lente et cruelle métamorphose chez le pauvre garçon, qui se trouve saisi du haut mal. Dès lors, Peter Parker n'est plus un gentil garçon un peu concon; afin de prouver à la face du monde qu'attention les
arpions, j'en ai raz-le-bol d'être un gentil garçon un peu concon, il rabat ses cheveux sur son front, il met du gel pour bien les coller, il avance un brin le pelvis et danse dans la rue en regardant les filles d'un oeil louche. C'est un super-voyou, la preuve, il change de combinaison. Dorénavant, elle sera noire, on va voir ce qu'on va voir. Je vous passe la kyrielle de super-vilains qu'il va lui falloir combattre (dont le très intéressant homme-sable, qui a trop abusé du shampoing anti-moléculaire. Du coup, toutes ses molécules sont instables, et le pauvre garçon est obligé de rafler tous les bacs à sable de la ville pour se donner une consistance. Il en conçoit une grande amertume, devient très méchant et quasi invincible. Moi je dis que si tu lui mets un gros seau sur la tête, tu en fais des petits pâtés. Mais je ne suis pas une spécialiste, il faudrait voir avec Stan Lee), avant de retrouver un semblant de raison et de se dire que tuer, c'est mal, et que pardonner, c'est bien.
A la fin, il retrouve son air de gentil garçon un peu concon, sa combinaison rouge et bleue, sa raie de côté et son bon sens près de chez lui (en fait, il habite un cloaque putride avec des murs qui suintent et pas d'insonorisation, mais ça ne le dérange pas tant que ça parce que sa tante May lui fait de bons cookies qu'elle boit avec une infusion d'eau tiède. Alors vous voyez bien que ça ne va pas si mal pour lui du coup).
MORALITE: Méfions nous des symbiotes, et n'allons pas gaudrioler dans une toile d'araignée en pleine nuit. Garder une bonne coupe de cheveux pas trop ridicule est à ce prix.
Je sais, c'est dur. Mais c'est la Loi.
MESSAGE PERSONNEL A LA PERSONNE QUI M'A TRAITEE DE PREPUBERE ATTARDEE: Il y a un festival sur le thème "récapitulatif du théâtre Nô et du film muet dans la problématique des sémantiques comparées" au cinéma art-et-essai de Chainaz-les-Frasses. Je prends des places?



