Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

samedi 07 juillet

Flamingo1

FLAMINGO_1953J'aime bien ce mot, Flamingo.

Il évoque un casino, le groove imprécis et tumultueux des jours, alignés comme autant de bandit-manchots le long d'un mur bien droit. Tapissé de mauvais goût. Mais peut-être qu'un jour, vous allez décrocher le jackpot en jouant votre partie quotidienne. Ce jour là, le mur, vous vous en fichez comme d'une guigne ; vous allez lui tourner le dos, ramasser vos pièces et filer droit sur l'horizon.

En attendant, c'était un jour sépia et poussiéreux. Je l'attendais depuis longtemps, ce jour là ; mais comme je n'en savais rien, il n'était pas si particulier. J'aurais même pu le trouver ennuyeux si je ne m'étais pas éveillée la nuque au soleil, comme à l'intérieur d'un écheveau bruissant de surprises. Comme si quelque chose était en route.

Ces jours là, on respire mieux, l'air n'a pas la même odeur ; mais on n'en sait rien.

Je touillais dans le vague, je touillais mon café, et ces particules de lumière qui fleurissaient déjà la plaine. La voiture engagée sur le chemin avançait avec lenteur, floue et palpitante dans la chaleur du matin. Elle hésite, elle ne sait pas encore si elle doit devenir réelle et solide. Vincenzo qui revient. Rien n'est plus vrai, réel et solide que Vincenzo, rien n'est plus vrai que ses doigts dans mon cou, ses bouts de doigts qui suivent légèrement le cours de mes cicatrices, comme pour les effacer. Il est épais sur ma ligne de vie, protubérant, au point d'en masquer parfois les détails. Je ne sais pas s'il est beau, mais il épouse parfaitement la forme de mes yeux quand il dit qu'il m'attend depuis longtemps, comme si je n'étais pas encore là. Et quand il pianote sur mon cou.

Nous nous sommes rencontrés un jour bizarre. J'étais adossée au tronc d'un olivier, une vipère venait de mordre ma cheville. Vincenzo a surgi de la sueur qui brouillait ma vue, il a pris un couteau, a ouvert la morsure ; et il a aspiré longtemps, arraché un morceau de sa chemise, il a fait un garrot, et m'a soulevée de terre comme si j'étais une feuille de papier. Ou une olive. C'est si étrange tout ça, cette façon qu'ont les choses d'arriver, de débouler dans votre vie par un côté biaisé. Elles apportent du mauvais, croit-on, rien n'est plus mauvais qu'une vipère surprise, et voilà qu' un bout de votre peau se glisse entre deux lèvres.

Eros et Thanatos ?

Bien sûr que non, c'est du bla-bla, la vie n'a pas attendu les mots pour nous surprendre avec ses dominos.

C'est une histoire de bandit-manchot.

Posté par Melle BillE à 07:33 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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