Remonter à toute berzingue et à contresens une des rues de la ville les plus fréquentées en plein après-midi a quelque chose d'ennivrant, je vous l'accorde. Encore faut-il que ce soit pour les bonnes raisons, et avec les bonnes personnes. Lorsque c'est à l'arrière d'une fourgonette de pompiers tous pin-pon dehors, la tête en sang, parce que vous venez de vous la faire pulvériser par une pierre grosse comme une balle de golf, je suis plus dubitative. La densité d'un caillou lancé à 220 km est incroyable, vous avez l'impression de vous ramasser la cathédrale de Chartres en plein front. ça fait un bruit!blessure (pour vous donner une idée, ça ressemble à un pain de dynamite qui explose à l'intérieur d'une boite tupperware hermétiquement close). Et je ne vous raconte même pas la douleur (sur une échelle de 1 à 10, je dirais 42).

Alors j'aimerais mettre les choses au point une bonne fois pour toutes avec le GrandTout. La probabilité de se prendre un rocher (petit certes, mais incroyablement costaud) lancé à Mach24 par un gamin à la force herculéenne quand on est en train de barbotter à la surface d'un lac de la taille d'une ville moyenne est infiniment hasardeuse; c'est comme si vous visiez une pastille Vichy posée discrètement au milieu du glacier des Bossons. Au mieux, ça n'arrive jamais. Dans mon cas, je me le prends en plein front et de plein fouet, tirée à la catapulte la veille de mon départ pour une contrée lointaine et inhospitalière: la Corrèze. Je passe donc 1000 bornes et un week-end entier avec le cerveau comme du carton, une bosse jaune et mauve de la taille d'un oeuf d'autruche, et un oeil complètement fermé. A tel point que tous les Corréziens se sont écartés de mon passage, croyant probablement avoir affaire à un des derniers titans belliqueux de la Grèce antique (ce qui soit dit en passant ne m'étonnerait pas si j'étais un habitant de la Corrèze, vous saurez pourquoi dans le prochain billet. Si la douleur ne me fait pas perdre tout sens et ne me terrasse pas d'ici là, sans parler des troubles moteurs qui peuvent résulter d'un cerveau déficient).

CECI EST UN MESSAGE A L'ATTENTION DU HAUT-PUISSANT (gloire à toi quand même mais je fatigue un zest): Je ne suis pas un jouet destiné à vous faire rire, ô GrandRoi, sauf votre respect. J'ai encore l'illusion d'être un être humain doté de libre-arbitre, je vous serais donc infiniment reconnaissante de bien vouloir cesser de lancer à mes trousses des chiens qui dévorent mes membres, des virus qui me rendent à moitié aveugle, des voitures qui cassent mes os, et des rochers qui tombent du ciel sur ma tête. Il n'y aura bientôt plus de place pour les cicatrices, il ne me parait donc pas utile de continuer dans ce sens, à moins que vous n'ayez choisi mon corps pour faire des morpions, des batailles navales et des grilles de sudoku. Mais à mon avis, il y a plus simple. J'ajoute qu'à force d'être emmenée aux urgences à tout bout de champs, j'ai un box attitré et je peux vous faire le parcours entier à la Gilbert Montagné. Je peux également affirmer que le Docteur Ross est une légende (en tout cas, il n'exerce pas à Annecy. Et je comprends aussi pourquoi personne ne m'épouse; les coutures peuvent vous conférer le charme incertain d'une créature accomplie dans l'art du rite de passage, mais on ne mise pas sur un mauvais cheval. Demandez à Omar Sharif, le tiercé, c'est sa passion).

Celà dit, MaîtrePrécieux, c'est vous qui voyez, je ne suis qu'un humble ongle de pou, et vos voies sont impénétrables.

Qui suis-je pour oser vous défier, ô Immense?cassio1

PS: sans rigoler, vous ne trouvez pas que l'entaille ressemble très curieusement à la constellation Cassiopée (qui se trouve être, par le plus grand des hasards, ma constellation préférée)? Je suis marquée par les étoiles. Vu sous cet angle, je trouve ça presque rassurant.