samedi 22 septembre
Rugbarbecuy (oh, mais que tout ceci est donc mystérieux)
Le bar de quartier, tout comme le rugby, est un des éléments fédérateurs de notre société, cette société qui, en constante mutation, tend à perdre ses archaïsmes au profit de nouveaux modèles .
Non, allez, je rigole.
Et je peux vous garantir que les archaïsmes vont nous coller le train encore un bon bout de temps, pas de panique. Je peux vous en parler, j'étais hier soir dans un bar de quartier pour regarder le match France-Irlande. Ne me demandez pas comment j'ai échoué là, c'est encore assez obscur. Je sais que nous étions dans un ravissant petit champs au bord du lac, que le crépuscule sentait bon le charbon de bois, que tout était paisible, et que la clarté de l'air se teintait de petits rires cristallins qui s'en allaient frapper la surface délicate de l'eau. Enfin bon, n'en faisons pas trop, c'était vraiment chouette, voilà. Après, c'est le trou noir.
Enfin non, pas tout-à-fait. L'un d'entre nous a soudain braillé d'une grosse voix pleine de touffes de terre: "hé! ya match à la buvette du marché! y nous attendent!!!! Putain allez on remballe tout fissa et on ripe!!" (oui, ce genre de phrase tend à légèrement ternir notre image de "cercle des poètes disparus", mais de toute manière, il y lulurre que plus personne n'est dupe, à commencer par nous. Grace au ciel, Romulus Grillus ne comprend pas un traître mot de Français, il pense que nous sommes Romanches. J'imagine qu'il a mis cette bourrasque inattendue sur le compte d'une quelconque coutume Alpestre, ce qui ne va pas contribuer à moderniser notre image). Bref, 10 minutes plus tard, nous étions tous au coeur des vieux quartiers, sur la terrasse de la buvette du marché, assis devant un gigantesque écran plasma, au milieu d'une horde assez hétéroclite.
J'avais encore une brochette chaude dans la poche, témoin de la rapidité avec laquelle certains d'entre nous avaient pris les choses en main, et c'est toute hébétée que j'ai laissé la patronne du bar m'estampiller la gorge d'un drapeau BleuBlancRouge, comme dans un rêve un peu effrayant. Au début du match, une personne m'a enfoncé sur le crâne la perruque de Bozo le clown (ce pourrait être celle de Germaine Jackson, n'était-ce ses couleurs pétaradantes), pour rire. Curieusement, ça ne m'a pas fait rire très longtemps. Mais je tiens à prouver mon élan participatoire (je ne sais pas si ce mot existe mais il me plaît bien, je vais donc le laisser vivre sa vie) en vous offrant cet intant immortel. Oui, c'est moi, et je suis heureuse de ne pas avoir d'enfants. Vous noterez cependant que je conserve une certaine dignité, même dans les situations les plus désespérées (les lunettes noires, c'est pour préserver mon anonymat; je vous rappelle qu'Annecy est une petite ville où l'on jase, et ça n'est pas du Count Basie. Je prie pour que personne, à part le portable de mon meilleur ami, ne m'ait surpris en train de faire la hola à 22.00 dans un bar de quartier. Les autres étaient tous ronds comme des boulons, on s'en fiche).
Je serais bien rentrée tranquillement à la maison écouter une toccata et fugue de Lully en contemplant les merveilles du cosmos, mais un mauvais seau de vin rosé très frais m'a piégée dès le début de la rencontre, il me regardait d'un oeil torve en grognant. Je suis donc restée assise, coite, sur mes gardes, sous la perruque.
Un match de rugby, c'est fou. Surtout si vous regardez bien les mêlées. Moi, tu me lances le ballon, même pas en rêve je le touche. Parce que dans la minute, tu te prends 12 camions de chair humaine sur les épaules, et tu te retrouves tout plat, à brouter le gazon sous les crampons. Tu n'as plus qu'un petit morceau d'oreille. Et si tu tends le bras, il creuse assez profond pour toucher une veine de quartz. Alors vous pensez bien si je vais l'attraper, le ballon. D'autant que dans l'équipe de France, ils ont engagé Hagrid, celui qui dévore deux bébés vivants juste avant d'entrer sur le terrain (je le sais, le médecin légiste du stade de France est un ami, et il me doit quelques services. Regardez bien la photo là-haut. C'est pas Hagrid, peut-être?). Je dois admettre que je me suis surprise à hurler "wééééééééééééé!!!!!!!!" dans à peu près toutes les actions, ce doit être un réflexe de Pavlov. Ou une incohérence. Voire un peu des deux, mâtiné d'un snobisme de mauvaise foi. Je me suis levée, j'ai lancé mes bras en l'air, et j'ai chanté "Brasil" en faisant "toutoutou
toutou toutou" avec tous mes copains. Et le mauvais seau de rosé a cessé de me regarder en grognant, nous sommes tous frères dans un moment sportif.
Après le match, une vieille dame est venue s'assoir à notre table. Elle avait une pression à la main, un sac qui ressemblait à une boule disco dégonflée, et elle a fait venir deux copains à elle. Non mais vous vous rendez compte? Ils étaient à l'intérieur du bar, là où Attila avait semé des petits clous, là où il faisait la même température que dans les cheminées du Titanic, là où le point de compression ambiant atteint le record des abysses!!!Nous avons taillé le bout de gras jusque très tard. A eux trois, ils avaient à peu près l'âge de Roland de Roncevaux (Robert avait d'ailleurs une espèce de cors moderne qu'il faisait résonner dans la nuit avec une régularité de métronome, en hurlant "on a gagné! on a gagné!). Fédérateur, je vous dis.
Je crois que Romulus Grillus a été légèrement déstabilisé, il n'avait jamais vu autant de Romanches en une seule fois. ça lui a fichu un coup.
Cet après-midi, je participe à un rallye vespa au nom assez enchanteur: "la guêpe-ride".
La vie est pleine de surprises.
PS: Un petit cadeau qui n'a rien à voir: du pur bonheur
Commentaires
Bille, vous êtes grillée
ce texte,si tôT le matin, un vrai rugby mental: j'en suis toute raplaplate.
Comme quoi lire votre blog suffit à se tenir informé de l'actualité, sans avoir à se fatiguer à regarder un match en entier (déjà que je tombe dans les pommes en regardant "Seven", alors un match de rugby !).
Ben voilà
je me suis pétée le larynx à force de rire et j'ai les yeux qui pleurent.
Vive le sport !
(PS, donc tu n'es pas romanche ?...Sûr ?...)
Kiki
Les irlandais s'y sont pris comme des (ro)manches ;-), mais j'ai trouvé le tueur psychopathe hirsute limite timide cette fois.
raplaplate
Toi aussi tu as voulu attraper le ballon, Pipique?
STV, je vous emmène quand vous voulez au festival de Gerardmer. Vous allez voir, on va bien rigoler.
Kiki, je ne suis pas Romanche, mais je maîtrise parfaitement l'idiome dès que je dépasse la dose d'alcool prescrite par les manuels de savoir-vivre et de bon goût.
Jacques, on s'en fout que les Iralndais s'y soient pris comme des Romanches, les faits sont là; ils se sont fait pourrir la face. C'est vrai que curieusement, Hagrid n'a pas lâché les dragons baveux cette fois-ci...
:)
Quelle vie, mais quelle vie ! :) A côté de toi, malgré mes copines un peu jetées, je végète:))) Encore que...:)
Bises Miss Bille
Marie
vive le Rugbille!
c'est sûr,
à côté du rugby, le barbecue, c'est une partie de canotage...pour Hagrid, j'suis trop jalouse, là. il est géant (oui, je sais, c'est nase)
Marie, je ne te crois pas un seul instant...;-)))
Tilu, oh non, pas le rugbille, pitié, pas le rugbille!!!!!
Tidoigts, alors tu dois imaginer un barbecue PLUS un match de rugby. Ben non, c'est pas naze.;-)
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