mardi 02 octobre
Crotte, j'hésite encore sur la catégorie (jen virerais bien une mais je suis confrontée à un choix Cornélien. Bon, je tranche)
J'avais dit que je ne remettrais jamais les pieds à la piscine.
A cause du chlore, à cause des cabines, si petites qu'on a l'impression de se déshabiller dans une consigne, et parce qu'il y a toujours une des 2 portes qui s'ouvre au moment où vous enfilez votre culotte. Et que vous en sortez avec la coiffure d'Hervé Bazin, à cause des séchoirs placés soit trop haut, ce qui vous écrase bien les cheveux, ou trop bas, ce qui vous force à vous mettre à genoux. Alors merci bien, j'attendrai Waikiki et la piscine de George.
Avais-je dit.
C'était sincère, et sans appel.
Cependant, lorsque vous vous inscrivez à un club de plongée, on ne vous donne pas le choix. C'est ça, ou vous allez vous entrainer dans le loch Ness. A brasser la fange et les monstres. Et peu importe à l'entraîneur que vous ayez derrière vous 20 ans de combats à mains nues avec des poulpes dans l'Egée, vous allez faire de la plongée en piscine et plus vite que ça hop allez vas-y fais la bombe avec ta bouteille tu vas voir comme c'est rigolo.
L'eau, c'est mon élément rien qu'à moi. Il m'arrive même d'imaginer, dans mes rêves les plus fous, que je suis née avec des branchies, que j'étais la promise de Namor le prince de la mer, et que ceux qui se font passer pour mes parents m'ont en fait recueillie lors d'une chasse aux bigornaux, alors que je roulais, désemparée, dans l'écume rose du crépuscule. Depuis, je erre sans but à la surface d'un monde hostile qui n'est pas le mien: la terre. 
Mais en surface, la réalité est toute autre. C'est un véritable cauchemar visuel, et je comprends pourquoi on interdit l'accès de la piscine aux enfants et aux cardiaques les soirs d'entraînement du club.
Imaginez une bande de rigolos pourvus de géométries diverses et variées ( comment la vie a-t-elle pu faire preuve d'autant d'imagination est une question qui me hantera jusqu'à la fin de mes jours), chaussés de palmes aux coloris chatoyants, le visage tout compressé, sous un masque qui vous écrabouille tellement les yeux que vous croyez croiser le regard de Tommy Lee Jones lorsque vous vous regardez dans un miroir. Et comme si tout ça n'était pas déjà suffisamment expressif (si je puis m'exprimer ainsi en ce qui concerne le regard de Tommy Lee Jones; dieu que je détesterais le croiser dans le Bronx à 2.00 du matin sous un réverbère, entre 2 prostituées et un dealer de boutons de culotte), il existe aujourd'hui pléthore d'accessoires extraordinaires qui peuvent vous rendre encore plus ridicule, comme le petit gant de piscine ci-contre qui, s'il n'accélère pas vos performances de façon significative, favorise la déroute d'éventuels attaquants.
Surprise. Action, réaction.
De nos jours, il convient de mettre un bonnet de bain si vous voulez plonger vivant dans une bassine olympique de chlore à l'état pur, des fois que vous dissimuliez une baleine ou des cobras sous vos cheveux. C'est comme ça et pas autrement, si tu n'es pas content tu vas t'entraîner dans le loch Ness, à brasser la fange ...etc...etc. Ajoutez à ça la bouteille de 3 tonnes qu'on vous fixe sur le dos, vous allez voir comme votre équilibre en prend un coup, et avec quelle grâce vous allez claudiquer jusque dans le grand bain; il ne vous manque plus qu'une paire de clochettes autour des rotules, et le diadème de Liz Taylor dans Cléôpatre par dessus le bonnet pour
que l'image atteigne les limites du supportable. Ajoutez le détendeur qui vous dilate les lèvres( comparé à vous, un mérou à un trait à la place de la bouche), et vous avez atteint votre but, vous ressemblez à une créature des abysses écrasée par la pesanteur.
Mais sous l'eau, c'est tout autre chose.
Je me suis tapie au fond de la piscine, et j'ai regardé.
Franchement, qu'est-ce que c'était chouette!
Le dernier souvenir que j'avais d'une plongée se situait en mer Egée, où j'avais disparu dans une forêt de bulles, les miennes, effrayée par un petit reflet furtif que j'avais pris pour un requin ( c'était l'hameçon de Yorgos, mon patron. J'ajoute la couardise à la lâcheté, histoire de ne pas vous prendre en traître). Mais là, en piscine, débarrassé de toute hypothèse mortelle, vous pouvez donner libre cours à votre rêverie.
Je vous assure que vous avez l'impression de voler.
Vous vous rendez-compte?
Vous êtes léger, relativement gracieux, dans un élément qui vous porte comme s'il vous aimait depuis toujours (ce qui est le cas, d'ailleurs), et
vous respirez dedans.Vous avez la certitude qu'aucune des visions cauchemardesques du "monde du silence" ne va venir polluer cet instant d'apesanteur (sauf si vous pensez très fort au bonnet du commandant Cousteau, mais personne ne vous y oblige, c'est votre choix), et vous communiquez avec tout plein de gens qui flottent comme dans un rêve bleu. Et je peux vous dire qu'ils sont drôlement contents d'être là (sauf le petit grêle, là-bas, qui donnerait tout pour être à une conférence sur le moine Irlandais John Cormack O'Donnel et qui se demande bien par quel mystère il vient de dégringoler dans une piscine en compagnie de 12 trucs vaguement humains, mais pas tout-à-fait).
Et le bonus, c'est qu'ils sont en train de vivre la même chose que vous. Malgré l'effet mérou Tommy Lee Jones ( sans parler du reste), si vous regardez attentivement leurs yeux, vous y verrez du ravissement à l'état pur.
C'est une sensation beaucoup plus enivrante que manger bio. Sur le court terme, c'est vrai.
J'ai redécouvert, bêtement et de façon tout-à-fait fortuite, qu'oublier ce qu'on a pu ressentir des années auparavant était une bénédiction(et ça ne concerne pas que la plongée d'ailleurs). La beauté de ce monde naît non seulement de ses imperfections, nombreuses, mais aussi de cette faculté à renouveler l'ivresse des moments passés. Et le plus extraordinaire, c'est que vous avez l'impression que c'est la première fois. D'une manière étonnement subtile, votre cerveau fait une espèce de copier-coller en mieux du moment précédent (votre cerveau n'est pas la moitié d'une courge). Alors oui, c'est vrai, ça n'est pas toujours facile, et nous ne sommes pas toujours équipés pour les combats auxquels nous sommes confrontés, de ça de là (cahin-caha, va chemine, va trottine...etc etc, pour la suite, voyez Merkes et Nerval, ils ont la partition). Mais quand même, c'est épatant.
Voilà.
Sinon, vous, ça va?
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PS: le mois prochain, nous sablons le champagne; je ne vous dis pas encore pourquoi, mais c'est une irréfutable preuve de la beauté de ce monde.
Commentaires
"Va petit âne, va de ci de là, cahin caha, le picotin te récompenseraha". Ah merci bien! Tu peux être sûre que je vais me réveiller demain matin en chantant "de ci de là...".
Joli billet comico-lyrique sinon.
Sans vouloir...
te contredire :
- tu as la grace d'une antilope
- ça m'etonne que tu ais du mal qu'on ouvre la porte de ta cabine
je te souhaite un bon mercredi
bisous m'mzelle
;-)
Rhaaa
(bruit vocal de bien être) Je conseille de lire ce billet le matin très tôt. On a tendance à écrire lentement le commentaire, à cause des neurones pas dépliés, mais on est bien bien bien.
Merci Qui ? Merci Bille !
Kiki
:-)
Bine, je suis effarée; tu le chantes aussi bien que Paulette Nerval? Sans dec'?
Yves, tu es bien bon; mais la dernière fois que tu as vu une antilope, c'était quand? ;-)
Kiki, je serais étonnée que tes neurones prennent ne serait-ce qu'une seconde de repos...Suis en train de lire ta prose, suis scotchée (ça fait un bruit bizarre lorsque je me lève). Mais bon dieu qu'est-ce qu'il fait beau aujourd'hui!!!!!!!! (je sais, ça n'a rien à voir, mais j'avais très envie)
Rebirth
rêver à 20000 pieds-lieues sous les mers me paraît risqué, vu les charmantes rencontres...Georgey le monstre du Lochness etc...Previens avant, qu'on te dise adieu et qu'on prépare l'extrême onction.
On t'imagine en version caricole rose sur les plages d'Ouessant( il me semblait bien que je t'avais reconnnue l'été dernier!)"La beauté de ce monde naît non seulement de ses imperfections, nombreuses, mais aussi de cette faculté à renouveler l'ivresse des moments passés" Je vais la coller à mon mur.Merçi.Je prendrai bien une flûte de champagne en prime...
de çi de là en vous lisant ça baigne évidemment, oui je sais facile, mais les jours sans c'est comme ça
à part ça?
seniorette Bernadette
hihi Bille, pour une fois que tu ne navigues pas en eaux troubles...en tout cas, ça devait être "bath" :-)
je reprendrais bien un de ces gants, moi...gloups!
"Ah! que c'est amusant un âne, mais c'est capricieux [....]Et puis voyez, belle gerbe, j'ai dévalisé tout le bois [...] de ci de là..."
Et ça continue. Presque 24 heures! A force de chanter et de me dandiner toute seule chez moi comme si j'étais sur un âne, j'ai plutôt la voix de Merkes et ma démarche naturelle s'en trouve sensiblement modifiée.
les billes des mers sont des perles
Ma grande sirène de Bille , attention aux écailles c’est pas super pratique pour mètre des collants .
En tous ca je suis sure que c’est vraiment une expérience super , rappelle toi Sandrine une vraie accro .
A bientôt ma belle .
Héhéhé
N'oublie pas de faire attention aux cailloux quand tu remontes ;-)))))
Ok je sors
Bisous M'mzelle
bon c'est où la piscine la plus proche?..je cours m'inscrire...
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