jeudi 04 octobre
La vie est plutôt belle, vous vous croyez arrivée à un consensus assez simple, et paisible.
Voilà.
Vous regardez derrière vous, et mon Dieu que c'est dense et suractivé tout ça, mon Dieu que c'est de guingois, mais vous êtes là; arrivée au point dont vous rêviez 25 ans plus tôt (grosso modo); par des chemins biscornus qui n'appartiennent qu'à vous, vous avez largué les amarres en terre étrangère, vous vous êtes frottée au monde.
Et finalement, vous en avez toujours ri. Une espèce de fatalisme joyeux s'est installé, vous avez appris une sorte de relativité sympathique et légère des choses. Chaque moment que la vie vous offre, vous le regardez avec gourmandise, comme si c'était un Rocher Suchar (vous n'aimez pas le rocher Suchard? J'ai du mal à vous comprendre parfois; expliquez moi comment on peut ne pas aimer un rocher Suchard. Au lait et éclats d'amandes et de noisettes)
Conséquences de tout ça, entre autres, vous avez essuyé les regards de vos compagnons du moment lorsqu'ils découvraient, un peu déstabilisés, que vous viviez dans un timbre-poste. Que vous n'aviez pas de lave-vaisselle. Que vous ne possédiez rien. A votre âge. C'est d'ailleurs en général la raison pour laquelle ils vous ont plaquée, vous êtes un peu trop louche. Je peux comprendre.
Vous avez découvert un beau jour que le quartier murmurait que vous étiez lesbienne ( cette conclusion procède d'une logique imparable: vous avez passé la quarantaine, vous n'avez pas d'enfants et vous vivez seule. Et en plus, vous avez l'air heureux. Vous dissimulez forcément un terrible secret) Un jour, un habitué du petit bar en bas de votre immeuble vous pose la question (notez bien, il faut un certain courage et une sacrée dose d'inconscience pour vous poser ce genre de question. Mais j'aime bien cette naïveté), et vous vous demandez si vous devriez hurler votre plaisir lorsque vous avez un amant, histoire de faire taire les commérages. Il n'est pas utile de perdre de l'énergie à vous défendre (j'ai une chanson de Brassens qui me trotte dans la tête).
De tout manière, ça ne marcherait pas. Parce qu'alors, vous deviendriez une pute. Et c'est inévitable, la plupart des gens parlent, ils aiment ranger dans des tiroirs les morceaux qui dépassent. La plupart des gens sont ordonnés, ils n'aiment pas la pagaille. D'ailleurs, c'est grace à ça que la terre tourne si bien; ils veillent sur vous.
Mais pour vous, tout va bien. Vous êtes assez satisfaite. Vous n'êtes pas tétraplégique, vous n'avez pas la lèpre, vous avez un toit et un lit pour dormir. Et même s'il est petit, ça suffit bien, votre nid est construit et vous y mangez à votre faim. Vous y abritez vos convictions.
Bref, vous pensez vous reposer, un peu, un petit moment, et jouir de cet instant de conscience.
Tout va bien.
Voilà, vous y êtes.
Mais la vie, elle dit: "toi la Melle Bille, je te réserve encore des surprises de taille, je ne te laisserai pas tranquille, parce que tu n'as pas encore saisi exactement toute l'ampleur de ce qui t'entoure. Et tu n'as pas encore bien compris comment ça marche" (elle est comme ça, la vie. Elle fait des vagues et toi, tu choisis de te laisser porter, ou tu essaies d'être le plus fort. Mais à mon avis, tu ferais mieux de la laisser suivre son cours, parce qu'elle a quand même 100 milliards d'années d'avance sur toi. Face à elle, tu ressembles à une cuticule, alors laisse tomber. Enfin, tu fais ce que tu veux mais après, il ne faudra pas venir te plaindre).
J'ai un article à faire sur les bars de quartier. J'en déniche un, jamais vous n'avez vu ça. Le Centenaire. Je rentre, je prends des photos, je pose des questions, je bois un coup. C'est un bar dans lequel vous ne mettriez jamais les pieds normalement, il est à l'autre bout du
monde, celui que vous ne comprenez pas.
Il existe, vous êtes obligé de l'admettre. Mais vous ne le comprenez pas.
Et là, alors que vous ne faites rien d'autre que votre boulot, vous voyez entrer votre amour de quand vous aviez 25 ans, et dont vous n'avez plus jamais entendu parler, depuis qu'il est parti s'installer en équateur. Il en avait 27, il avait une vie de guingois à vivre.
Il vous reconnaît, vous le reconnaissez (dommage, vous l'appellez Eric alors qu'il s'appelle Hervé. Vous savez exactement qui il est, mais la mémoire ne conserve pas forcément les noms. Et les images viennent en dansant, par paquets entiers. Et dans l'ordre). Il est juste venu passer 3 semaines ici. En fait, il n'habite nulle part, il revient de 4 mois en Israel, et avant, il était à Haiti, au Canada, en Somalie. Depuis toutes ces années, il fait le tour du globe, il n'a pas l'intention de s'arrêter.
Comparée à lui, vous êtes abonnée à Phildar, vous tricotez sous une pendule depuis des siècles. Et ça fait tic-tac tic-tac avec une régularité à vous rendre marteau.
Mais lui, il a conservé ce moment où vous avez parlé du disque de Phaestos, quelque 15 ans plus tôt. Et il vous le rappelle au bout de cinq minutes. Dans ce bar qui, le matin même, était encore en gestation dans une dimension annexe.
C'est le moment le plus épatant qui soit.
PS: La photo est publiée avec l'accord de Charles (un jour, je vous raconterai Charles. Et le Centenaire aussi)
Autre chose: allez faire un tour chez Sammy, il y a un billet précieux là-bas.
Commentaires
Ben ça alors !
Tu me la bailles bonne.
C'est la logistique du Grand Volontiers qui paramètre ?
Vinguette !!!(comme disent les vieux par chez moi pour signifier Houlala Mince Mazette Quelle histoire)
Kiki :-)
(PS :je crois en tes grandes capacités et ton pouvoir incommensurable, Miss Bille, mais faire un montage avec ce billet c'était quand même pas vraiment possible !)
La vie est belle :(((((
Ouais, mais bon... hein ?
(bien obligé de se limiter à ca ! Sinon, y'en a pour 14 pages)
Juste un (bridou) truc : "je te réserve encore des surprises de taille".
Ben tiens, heureusement ! on va se gratter peut être !
Commentaires libres à partir de ce point.
(Vous qui entrez ici, laissez... nananinanère...)
"La vie a plus d'imagination que n'en portent nos rêves", comme disait l'aut' ...
:-)
ben oui, tes pouvoirs sont superimmenses, mais le monde est petit (et vieux, oui, très très vieux).
Et sinon, Hervéric, il est heureux? tu as dû passer un chouette moment ;-)
Pas de montage !
Pas de titre ! C'est vrai Miss Bille, un pur moment d'émotion à partager... j'aime
Bises
Marie
Vinguette Kiki!
Logistique du grand volontiers, tu l'as dit!
Président, non, ne me dites pas que vous avez réussi à entrer en contact avec Lucius!!!!!
Ant, et l'aut', c'est dingue, mais il avait raison dis donc! ;-)
Je ne sais pas encore si Hervéric est heureux, Tidoigts, nous n'avons pas eu le temps d'en parler, mais il en a l'air. Le moment était trop court, on a prévu fondue aux trompettes de mort pour causer du bon vieux temps. Que ce monde est petit!
Merci Marie;-) bises à toi
Laine
Vous qui êtes abonnée à Phildar, si vous pouviez me tricoter des lacets pour mes santiags...
Pour répondre à ta question : je préfère de très loin les Ferrero Rocher.
Ah si.
ça existe les velcros pour santiags? Non? Et les boutons pression? Sinon, je vous fabrique de petits crochets, Président. Filer la laine, c'est pas mon genre...
Ah, Karaz, tu privilégies donc les rencontres chez l'ambassadeur. Je vois je vois.
La chanson de Brassens qui trotte, ne serait-ce pas "Je suis de la mauvaise herbe, braves gens, braves gens..." ?
Je suis touché d'être placé en lien à la suite d'un billet aussi beau, tendance intime, dans tous les cas bien plus profond qu'il n'y parait...
Merci Melle Bille
Dis donc dis donc dis donc
c'est bien le dernier disque de Phaistos ? C'est pas un remix, hein ? Est-ce que c'est comme pour Radiohead, on donne ce qu'on veut ?
(je sors, je sors et je bois une verveine, promis)
Kiki
Hervé & Hervé
Je précise : le Hervé de l'Histoire c'est pas moi. C'est un autre. Je ne suis donc pas seul. Gasp. Vertige de l'homonymie. Kiki, un sucre s'teu plé.
RV
On comprend pas toutes les paroles, Kiki
mais dans l'ensemble, il surfe sur la Crète (aaaaaaannnnnnnhhh j'ai troppo la hontas)
Hervé, je pense que s'il s'agissait de toi, tu aurait épousé Kiki au Honduras. Remarque, c'est peut-être le cas. C'était bien le Honduras? Hein dis? C'était bien? Hein?
Merci Sammy, tu sais lire entre les lgnes...;-))
Et oui, c'est bien la chanson à laquelle je pensais...
J'aime la philosobille de la vie...
merci Tilu, je crois que c'est une façon de faire simple; même si c'est très compliqué.;-))
Vie de quartier
Tiens, c'est bizarre, personne ne dit que je suis lesbienne dans mon quartier...
voyage
n'est pas pcq on voyage qu'on voit le monde . ou qu'on est plus heureux,le monde il est extraordinaire quand tu decide de le voire comme ca , et ca c'est un talent qui n'est pas donne a tous le monde et que tu as la chance d'avoir et pour lequel tu as beaucoup travaille .
La malediction de femme de 40 seule est malheureusement mondiale voir meme intergalactic. celui qui s'arrete a ton lave veiselle ne merite pas ta douceur et encore moins ton attention c'est un con et je le maudit avec mes supers pouvoirs qui servent vachement a tout meme a trouver une place de parking .
Bille t'es tellement speciale en diamant que t'es bien trop precieuse pour te donner a un cafard meme beau meme sexy etc...
moi aussi un amis de 20 ans vient de pop up dans ma vie hier soir on s'est vu 'scape' lui a bali moi a canton . et bien tu sais quoi ? malgre tout les trucs extraordinaires qu'on a vecu depuis 20 ans, on etait comme des nouilles a parler du temps qu'il fait .
ton poste est vraiment super beau
Et pourtant, dieu que vous avez le mollet fin, Président (vous noterez que j'ai élégament évité le récif "l'oeuf mollet fin")
Je suis bien d'accord avec toi, ma Zelda, le premier cafard un peu trop superficiel qui moufte, je lui colle un baffon dans sa face de poney;-)))
Et parler du temps qu'il fait, c'est toujours parler du temps qu'il fait...;-)))
Prends soin de toi
Non,
Je n'aime pas les Rochers Suchard parce que cela goûte le Nutella et que je n'aime pas le Nutella !!! :) C'est la seule explication que j'ai trouvé suite à ta demande :)
Bises Miss Bille
Marie
C'est les ferrero rochers qui sont au nutella !! les rochers suchards, c'est un pur bonheur au chocolat.
Oui c'est toujours étrange de retrouver quelqu'un venu de très loin dans le temps. cela fait de nous de drôles de voyageurs. albatros emplumés d'ailes maladroites, peut-être, avec une touche de manchot... pas empereur pour un sou.
Seule, moi, c'est mon nouveau voisin qui, après trois jours d'observation, m'a proposé une partie de jambons aéré. Ocazoù je me serais ennuyée...
j'aurais dit plutot Trompettes de la renommée, j'ai 6 mois de retard, mais je ne regrette pas ma soirée passée en ta compagnie...
@Leila
F'est fur, les Rofers Fufard f'est fuper !
(mais fa fait un peu vovoter...)
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