dimanche 14 octobre
Je te laisse mettre un titre de ton choix.
Tu as déjà passé 2 jours entiers avec Jacques Brel?
Non?
Je vais donc te fournir dès aujourd'hui une de mes recettes infaillibles pour foirer en douceur ton week-end. Ne me remercie pas, c'est à charge de revanche.
Tout d'abord, il faut que tu sois invitée dans un endroit que tu ne connais pas. Tu te souviens des grosses pochette-surprises de ton enfance, des fois elles étaient presque aussi grandes que toi? Tu déchirais le papier rouge et jaune avec les dents, jamais tu n'avais eu autant de doigts pour tout bousiller, tu enfouissais ta tête dans un quintal de papier journal tout baveux, et tu trouvais, tout au fond, une crécelle à lépreux, ou un minuscule camion en plastique. Si tu avais de la chance, le camion était accompagné de sa remorque (mais on a rarement vu la crécelle à lépreux accompagnée de sa lèpre. Tout de même, nous parlons de l'enfance. Modérez vos ardeurs), mais, 9 fois sur 10, tu découvrais que tu l'avais pulvérisée, parce qu'elle était cachée dans un des morceaux de papier que tu avais piétiné dans ton impatience. Qu'importe, ça n'était pas tant l'objet de la surprise qui t'importait. C'est le délicieux sentiment qui l'accompagnait.
Tu peux retrouver ce
sentiment précieux, cette espèce de frétillement gourmand et curieux, lorsque tu es invitée dans un endroit inconnu. Tu ne sais pas où tu mets les pieds et, mieux encore, tu ne connais pas tes hôtes. Ce sont des amis d'amis qui viennent de faire l'acquisition de cette merveilleuse vieille bâtisse Savoyarde pleine de trous à 1000 kilomètres d'altitude, là où tu peux encore croiser des loups, des ours, et des araignées millénaires. Et plein de consanguins.
Chic, une surprise.
Il est essentiel que tu gardes une chose à l'esprit: loin, en bas, dans la vallée, tes amis s'apprêtent à faire une fête à tout casser, avec des perruques de crétins sur la tête, et des cornes de brume qu'ils vont faire retentir dans la nuit, en cas de victoire (en cas de défaite, ils seront trop saoûls pour actionner le mécanisme). Mais tu as choisi la surprise, en partie parce que tu voulais échapper au retour des alpages, qui transforme chaque année, ce samedi précis, ta rue en champs de bousins (je me demande s'il ne serait pas judicieux de détourner le chemin des vaches à l'avenir, un peu plus à l'est; sur Rome, par exemple).
Bref, tu as le coeur lourd de regrets, mais tu sais que tu ne maîtrises pas encore le don d'ubiquité, ni le transport moléculaire, tu fais voeu de t'y mettre plus sérieusement à l'avenir, et tu te remplis de cette petite surprise qui crépite, là-haut, sur la montagne, l'était un blanc chalet.
Avec des murs blancs, un toit de bardeaux, devant la porte, un vieux bouleau, etc, etc. Et tu te dis que, de toutes manières, tu vas regarder le match quand même, malgré que tu aies sur la tête un bonnet en laine polaire plutôt qu'une perruque de crétin.
Assure toi que les amis de tes amis n'aient pas la télévision.
Par contre, ils ont un équipement hi-fi qui fait tomber les falaises lorsque tu le mets en marche. Qui déracine les arbres, aussi. Et les amis de tes amis sont des inconditionnels de chanson française, Aznavour en général et Jacques Brel en particulier.
ça tombe bien, c'est précisément ce que tu détestes le plus dans la chanson Française.
Je sais qu'il n'est jamais très bon de toucher aux icônes (essaie simplement d'en regarder une de travers sur le mont Athos, tu vas voir la mandale à te décoller le bulbe que va te retourner frère Vassilis), mais rien ne me déprime plus que Jacques Brel. Je n'y peux rien, c'est comme ça depuis que je suis toute petite. Tu me fais écouter du Jacques Brel, je deviens toute verte et je me mets à pleurer, comme ça, sans raison (enfin si, il y a une raison, j'écoute du Jacques Brel). Et je perds ma foi en l'être humain. Il m'arrive même d'être saisie du haut mal et là, je ne te conseille pas d'essayer de me maîtriser, à moins que tu ne souhaites te faire expédier aux antipodes en passant par les anneaux de Saturne. Quant à Aznavour, c'est bien simple, je refuse tout simplement son existence, c'est encore un truc auquel David Copperfield essaie de nous faire croire (il est fort, quand même, ce David Copperfield).
C'est à ce moment que ton week-end va prendre cet aspect foireux intéressant dont nous avons parlé plus haut.
Il faut que tu gardes à l'esprit que tu es éduquée, respectueuse, reconnaissante, aussi, d'être invitée dans un endroit aussi bucolique, au coeur d'une sylve
inhospitalière où, en cherchant bien, tu dois pouvoir trouver des fossiles enfouis sous les mousses carnivores. Si les mort-vivants et les consanguins te laissent sortir. Tu aimes les gens passionnés aussi. Souviens toi (sauf lorsqu'ils te raient les dents avec leur passion. Là, tu pourrais tuer. Mais souviens toi aussi que tes parents ont passé une bonne partie de leur temps à t'éduquer correctement. En tout cas, ils ont essayé. Faillir fait parfois partie de l'expérience). Et tu ne peux décemment pas en vouloir à quelqu'un s'il aime Jacques Brel et Charles Aznavour; par contre, tu as le droit de trouver un peu limite le fait qu'on te l'impose à l'apéro, pendant le repas, à l'heure de la gnôle et à l'heure de la re-gnôle (n'oublie pas que tes amis sont dans un cul de basse fosse en train de faire la fête avec leurs perruques de crétins, qu'est-ce qu'ils rigolent; d'ailleurs, ils n'ont même pas remarqué ton absence, tellement ils rigolent). Au petit matin (tu ne sais pas que c'est le matin, tu as juste un léger doute. Parce que les arbres sont tellement touffus que tu ne distingues jamais la nuit du jour. Mais ton horloge biologique te maintient en alerte, au cas où le soleil serait tombé dans un gouffre).
Et là, qu'est-ce que tu entends jaillir du parquet?
Je te le donne en mille: Jacques Brel.
Et il n'a pas l'intention de te foutre la paix.
Tu maîtrises à grand peine un tremblement à 12 sur l'échelle de richter, ce n'est qu'un réflexe purement physique, il ne faut pas t'inquiéter. Tu pleures, aussi. Mais c'est normal. Il se peut que tu aies envie de faire le poirier, de donner à manger à
des lions, ou de t'enfoncer des brins de paille sous les ongles. Tu peux aussi, mais plus rarement, décider d'aller mourir dans un parking de super-U.
Prends simplement ton mal en patience, Jacques Brel n'a écrit et chanté que 7217 chansons de 22 minutes chacune, et les amis de tes amis sont intarissables sur les nombreuses anecdotes liées à sa vie. A celle de Charles Aznavour, aussi. Mais tu n'auras malheureusement pas le temps de les entendre, car tu dois redescendre à la ville, là-bas, loin, dans la vallée. Et si tu veux y être avant la nuit, il faut que tu partes maintenant. Et tu regardes d'un air bien louche et hostile l'ami qui t'as amenée chez ses amis. Tu vas tenter de retrouver les déchets humains qui t'ont oubliée et que tu appelais amis, autrefois. Ceux qui ont dansé la lambada toute la nuit avec des perruques de crétins, pendant que tu écoutais le répertoir intégral de Jacques Brel.
Ils ont dû bien s'emmerder.
Commentaires
Ne nous quitte pas, Miss Bille !!!!!
Je t'voyais déjà, en haut de l'afficheux.
(j'arrête car je sens un trident pointé en direction de ma glotte, Diable, Miss Bille, comme tu vises bien).
Un jour, je te chanterai mon répertoire d'Edith Piaf (avec la gestuelle). Tu feras un billet Formi formi formi formidable comme celui-là, puis tu ne m'adresseras plus la parole pendant 47 ans. Ce sera triste. Mais beau.
Et ça nous fera des souvenirs....
Kiki :-)
J'aime bien Brel, mais tout un week-end, c'est criminel. Aussi je m'interroge : quelles étaient les intentions réelles de vos hôtes ?
il ne faut pas aborder la quetion sous cet angle, Charly. Il faut creuser la question du choix. C'était ça, Charles Aznavour ou Jean Ferrat. Ou le hurlement des loups en fond sonore (notez bien que je ne sois pas certaine qu'il soit beaucoup plus rassurant d'écouter l'intégrale de Jacques Brel)
Kiki, si tu fais ça, je te filme à ton insu et je diffuse la vidéo sur U-tube.
Ah tu fais moins la maligne maintenant, hein?
Hein?
pfiouuu! melle Bille , j'en peux plus.... Ce fou rire de bon matin ...trop drole...bon c'est pas tout ça mais va falloir que je me refasse une tête avant de partir à l'école ... sinon mes élèves vont prendre peur... (comment ça, de toutes façons ils prennent peur tous les matins?... ) en tous cas , merci ..c'était trop bon... j'avais besoin de ça aujourd'hui... Bille l'a fait... Merci , bises...
Titres
Décidément, vos copains sont des brêles...
Comme titre, je suggère "Croûtins des Alpes" ou "Le Passage du Goître". Non ? "Elle grandira car elle était pas gnôle". Non plus ? "Sourire aux lèpres" ? "Je ne suis pas crécelle que vous croyez" ?
Bon, tant pis...
A ce titre
Président, vous vous servez de ce blog comme d'un laboratoire dédié au mauvais goût. Si si, ne protestez pas en mettant comme ça vos deux mains en avant et en balbutiant un vague "oh..;mais que...comment...mais enfin pas du tout...oh...c'est là me prêter de bien obscurs desseins..."etc etc, allez, on ne me la fait pas, je ne suis pas née de la dernière truie. Je ne suis pas missel que vous croyez (double jeu de mots, je pète la gniak ce matin)
Tilu, bisous à toi, et merci de cet enthousiasme matinal!!! (comment ça, tu en avais bien besoin?)
Hahaha ! C'est toujours aussi énorme ! :)
(Je sais c'est à chier comme commentaire, mais chaque fois que je lis tes bulles ça me fait sourire.)
iconoclaste, c'est le plus joli mot que j'ai trouvé (pour le titre ou autre chose, comme tu veux)
:)
Chacun pleure sur ce qu'il peut... Moi c'est sur "Céline" de Hugues Aufray et "La chanson de Lara" et comme toi depuis toute môme sans même savoir pourquoi ! Comprend qui veut ... Cela dit, Jaco, j'aime quelques titres mais je suis belge, c'est sans doute pour cela :)
Bisous Miss Bille
Marie
Quand je pense que ça aurait pu être un we best-of Rika Zaraï... t'as vraiment pas eu de bol.
Et après on accuse les loups de tuer des brebis dans les Alpes, alors c'est le Jacques Brel-garou. (remarquez, c'eût pu être le Garou-Garou)
le loup et Brel!
c'est vrai que c'est un peu longuet le brel toute une soirée.
je vous assure que le cri du loup le soir dans les sous bois c'est pas mal.
les 2 à la fois ça ferait peut-être trop?
Bernadette
Mais non, Karaz, ton commentaire n'est pas à chier, allons allons; qu'est-ce que c'est que ces façons de se déprécier comme ça hein?
Madame VonK., quel plaisir de vous voir icite!!??!!! wé, pour le titre, ça joue
Marie, ça n'est pas bien malin tu sais, je vais avoir "la chanson de Lara" toute la journée dans la tête, je te maudis;-)
Oui, c'est vrai, je rêve. On est bien peu de choses...
Bravo, monsieur monsieur! vous avez découvert le secret des Savoyards. Car c'est ainsi, en effet, qu'ils tuent les loups à la nuit tombée. Mais jusqu'ici, personne n'avait encore envisagé cette hypothèse, jugée trop fantaisiste.
Bernadette, ça dépend. Un petit coeur de loups accompagnant le Brel peut être intéressant, du point de vue accoustique (par contre, du coup, faut faire gaffe aux branches qui tombent et à la terre qui tremble)
mon dieu bille!
tu aurais pu tomber sur des amoureux de dirk annegarn (c'est lancinant, comme disait ma voisine quand elle nous entendait travailler notre piano). tu aurais dû penser aux fusées de détresse, peut-être?
oh p'tin, tidoigts, t'as raison!!!!!!! j'avais pas pensé à Dick Annegarn!!!! je m'estime donc parfaitement heureuse à présent. Merci (mon dieu, Dick Annegarn, j'en frémi)
Ah, ça me rassure, je culpabilisais en pensant que j'étais le seul à avoir passé un excellent week-end loin de chez moi...
Seûr praïze
Oui, "le délicieux sentiment qui l'accompagnait"... C'était le but du jeu, les gamins du marketing actuel n'ont rien inventé.
Ils auraient beaucoup à apprendre en regardant les yeux des gamins (les vieux de maintenant) qui ouvraient les "surprises".
Et pis, après s'être rué sur le petit machin en plastique timidement mussé au fond du cornet en papier brillant, on se ruait derechef sur les papiers froissés qu'on avait bêtement jetés, juste pour voir s'il n'y avait pas un p'tit truc caché et oublié. Et - Ô surprise (justement) - il y avait toujours un petit bonbon de consolation, tout petit, tout timide, de teinte pastel et sûrement plein de colorant rose ou vert, mais on savait pas à l'époque, alors ça pouvait pas nous faire de mal.
Bravo Président. C'était EXACTEMENT ça.
je vos laisse, j'ai piscine (p'tin chuis à la bourre de dieu de merdouille)
paille sous les ongles
les hasards d'internet m'ont fait atterir ici.. merci de ce moment agréable alors que je cherchais des infos sur les barjots qui fantasmaient sur le fait de mettre des brins de paille sous les ongles..
je vous laisse, j'ai un cours de pédalos.! Merci encore.
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