mardi 16 octobre
C'est de plus en plus pénible, les titres. A part les calembours minables, je ne vois plus bien quoi écrire.

Nous avons appris Dimanche à rater un week-end, nous allons apprendre aujourd'hui à rater un rendez-vous. Si vous êtes intéressés, je peux également vous donner quelques conseils pour rater toute une semaine ( je signale à ce sujet que je dois être à Paris Vendredi, et que les syndicats ont obscurément envisagé de prolonger leur grève. Mais pour l'instant, tenons-nous en au présent, c'est un conseil de Buddha). Et je te prie que tu me laisses parler, même si ça ne présente qu'un intérêt Minor (tu vas voir le film et tu
arrêtes de lire les critiques, tu écoutes l'extraordinaire colère intelligente de JJ Beineix qui défend le film de son copain, et tu te marres bien). Et je te prie que tu ne critiques pas cette syntaxe, j'ai repris mes cours de Valaisan. C'est pour ça, ça me perturbe.
Vous avez un rendez-vous à midi, pour le déjeuner:
Partez à 11.45, en vélo, alors que le rendez-vous se situe à l'autre bout de la ville. C'est bon pour les fesses. Pour faire bonne impression, mettez une chemise blanche; un peu large, la chemise, pour pédaler tout-à-votre aise (bien sûr que si que ça fait marcher les bras, le vélo. Et les poumons aussi, ceux qui se voient, et les autres). Déraillez. Essayez de remettre la chaîne en place sans aide extérieure (tout le monde n'a pas un mécano dans son sac-à-main. C'est comme ça, la vie). Une fois que vos ongles seront bien incrustés de cambouis, relevez la mèche qui vous donne cet air follement classe que tout le monde vous envie, puis frottez vous le front. N'oubliez pas de mettre votre vélo sur la béquille pour remettre la chaîne. Ainsi, la pédale va venir s'appuyer contre, et vous allez croire que le dérailleur tout entier est hors d'usage (j'envoie un petit schéma sur demande, à condition que vous soyez contre le réchauffement de la planète. Si vous êtes pour, tapez dièse).
Car si vous êtes capable de développer tout un paquet de théories fumeuses dans des domaines qui n'intéressent que vous, question pratique, vous êtes aussi efficace qu'un savon. C'est à ce moment précis que vous allez, de colère, envoyer votre sac en orbite autour d'Alpha du centaure. Dommage, votre sac contient tous vos effets personnels, portefeuille, carnet, briquet, stylo, poney nain, et vos clefs. Elles vont rouler dans un égout lorsque votre sac sera rejeté
par Alpha du centaure. Bravo, vous êtes à la porte de votre propre maison, vous ne pourrez pas récupérer votre voiture (que vous avez garée la veille sur la place du marché, qui a lieu le mercredi, c'est à dire demain. Laissez faire les agents de la fourrière, ils sont très efficaces et vous êtes en terrain connu), ni cadenasser votre vélo. Jusqu'ici, c'est un succès.
Vous allez avoir un éclair de lucidité. Profitez-en, ça ne dure jamais. Vous allez comprendre que le dérailleur n'est pas coincé, que la pédale vient tout simplement buter sur la béquille. Vous avez donc le QI d'un cendrier, mais vous évoluez de temps à autres vers celui d'un insecte. Une mite, par exemple. C'est une nouvelle qui n'en n'est pas vraiment une, Darwin explique ça très bien, relisez-le à l'occasion.
Mais pas tout de suite, vous saliriez toutes les pages. Après, la théorie de l'évolution ressemblerait à une ardoise magique. Ce qui n'est pas complètement idiot, d'ailleurs.
Tout de suite, grattez-vous furieusement le cou, le coude et la nuque. C'est fait, vous pouvez échanger votre chemise blanche contre la salopette de Rémi Julienne, il n'y verra que du feu. La prochaine fois, prévoyez aussi de mettre un pantalon à pattes d'éléphant. Ainsi, vous pourrez en coincer les revers dans la chaîne du vélo. Tant qu'à faire, autant ne pas mégoter.
Téléphonez à votre rendez-vous pour lui signaler votre léger retard. C'est fait, votre téléphone ressemble à un bout de charbon. Encore
une victoire.
Relevez une dernière fois cette mèche follement classe que tout le monde vous envie, afin de vous assurer que la teinture a bien pris.
Une fois arrivée sur votre lieu de rendez-vous, allez vous laver dans les toilettes. Passez discrètement derrière la personne avec laquelle vous devez déjeuner. Si elle se retourne, sifflotez un blues, elle vous prendra pour John Lee Hooker. Adressez lui un signe négligent et dite "yeah, man". Vous serez étonné de voir à quel point de simples signes comme ceux-ci peuvent dérouter et semer le doute. N'en n'abusez pas, cependant, et n'adoptez pas pour autant une démarche nonchalante et élastique à la "huggy les bons tuyaux". N'oubliez pas: trop d'information tue l'information.
Pour votre chemise, il n'y a pas grand chose à faire. Jouez l'humour, et proposez tout-de-go un devis de ramonage à votre interlocuteur. Cher. Ca lui coupera d'emblée l'envie de faire de l'esprit. Quant à votre vélo, plutôt que courir le risque de vous le faire voler (puisque vous ne pouvez plus le cadenasser), jetez le directement dans le lac. Plaouf. D'un geste ample et harmonieux.
Ça donnera de la matière aux archéologues des temps futurs.
Bon, je vous laisse, je dois aller rater mon cours de plongée.
PS: t'as vu comme c'est chiant, un billet plein de liens? (bon, tu me diras, tu n'es pas obligé de cliquer dessus non plus)
dimanche 14 octobre
Je te laisse mettre un titre de ton choix.
Tu as déjà passé 2 jours entiers avec Jacques Brel?
Non?
Je vais donc te fournir dès aujourd'hui une de mes recettes infaillibles pour foirer en douceur ton week-end. Ne me remercie pas, c'est à charge de revanche.
Tout d'abord, il faut que tu sois invitée dans un endroit que tu ne connais pas. Tu te souviens des grosses pochette-surprises de ton enfance, des fois elles étaient presque aussi grandes que toi? Tu déchirais le papier rouge et jaune avec les dents, jamais tu n'avais eu autant de doigts pour tout bousiller, tu enfouissais ta tête dans un quintal de papier journal tout baveux, et tu trouvais, tout au fond, une crécelle à lépreux, ou un minuscule camion en plastique. Si tu avais de la chance, le camion était accompagné de sa remorque (mais on a rarement vu la crécelle à lépreux accompagnée de sa lèpre. Tout de même, nous parlons de l'enfance. Modérez vos ardeurs), mais, 9 fois sur 10, tu découvrais que tu l'avais pulvérisée, parce qu'elle était cachée dans un des morceaux de papier que tu avais piétiné dans ton impatience. Qu'importe, ça n'était pas tant l'objet de la surprise qui t'importait. C'est le délicieux sentiment qui l'accompagnait.
Tu peux retrouver ce
sentiment précieux, cette espèce de frétillement gourmand et curieux, lorsque tu es invitée dans un endroit inconnu. Tu ne sais pas où tu mets les pieds et, mieux encore, tu ne connais pas tes hôtes. Ce sont des amis d'amis qui viennent de faire l'acquisition de cette merveilleuse vieille bâtisse Savoyarde pleine de trous à 1000 kilomètres d'altitude, là où tu peux encore croiser des loups, des ours, et des araignées millénaires. Et plein de consanguins.
Chic, une surprise.
Il est essentiel que tu gardes une chose à l'esprit: loin, en bas, dans la vallée, tes amis s'apprêtent à faire une fête à tout casser, avec des perruques de crétins sur la tête, et des cornes de brume qu'ils vont faire retentir dans la nuit, en cas de victoire (en cas de défaite, ils seront trop saoûls pour actionner le mécanisme). Mais tu as choisi la surprise, en partie parce que tu voulais échapper au retour des alpages, qui transforme chaque année, ce samedi précis, ta rue en champs de bousins (je me demande s'il ne serait pas judicieux de détourner le chemin des vaches à l'avenir, un peu plus à l'est; sur Rome, par exemple).
Bref, tu as le coeur lourd de regrets, mais tu sais que tu ne maîtrises pas encore le don d'ubiquité, ni le transport moléculaire, tu fais voeu de t'y mettre plus sérieusement à l'avenir, et tu te remplis de cette petite surprise qui crépite, là-haut, sur la montagne, l'était un blanc chalet.
Avec des murs blancs, un toit de bardeaux, devant la porte, un vieux bouleau, etc, etc. Et tu te dis que, de toutes manières, tu vas regarder le match quand même, malgré que tu aies sur la tête un bonnet en laine polaire plutôt qu'une perruque de crétin.
Assure toi que les amis de tes amis n'aient pas la télévision.
Par contre, ils ont un équipement hi-fi qui fait tomber les falaises lorsque tu le mets en marche. Qui déracine les arbres, aussi. Et les amis de tes amis sont des inconditionnels de chanson française, Aznavour en général et Jacques Brel en particulier.
ça tombe bien, c'est précisément ce que tu détestes le plus dans la chanson Française.
Je sais qu'il n'est jamais très bon de toucher aux icônes (essaie simplement d'en regarder une de travers sur le mont Athos, tu vas voir la mandale à te décoller le bulbe que va te retourner frère Vassilis), mais rien ne me déprime plus que Jacques Brel. Je n'y peux rien, c'est comme ça depuis que je suis toute petite. Tu me fais écouter du Jacques Brel, je deviens toute verte et je me mets à pleurer, comme ça, sans raison (enfin si, il y a une raison, j'écoute du Jacques Brel). Et je perds ma foi en l'être humain. Il m'arrive même d'être saisie du haut mal et là, je ne te conseille pas d'essayer de me maîtriser, à moins que tu ne souhaites te faire expédier aux antipodes en passant par les anneaux de Saturne. Quant à Aznavour, c'est bien simple, je refuse tout simplement son existence, c'est encore un truc auquel David Copperfield essaie de nous faire croire (il est fort, quand même, ce David Copperfield).
C'est à ce moment que ton week-end va prendre cet aspect foireux intéressant dont nous avons parlé plus haut.
Il faut que tu gardes à l'esprit que tu es éduquée, respectueuse, reconnaissante, aussi, d'être invitée dans un endroit aussi bucolique, au coeur d'une sylve
inhospitalière où, en cherchant bien, tu dois pouvoir trouver des fossiles enfouis sous les mousses carnivores. Si les mort-vivants et les consanguins te laissent sortir. Tu aimes les gens passionnés aussi. Souviens toi (sauf lorsqu'ils te raient les dents avec leur passion. Là, tu pourrais tuer. Mais souviens toi aussi que tes parents ont passé une bonne partie de leur temps à t'éduquer correctement. En tout cas, ils ont essayé. Faillir fait parfois partie de l'expérience). Et tu ne peux décemment pas en vouloir à quelqu'un s'il aime Jacques Brel et Charles Aznavour; par contre, tu as le droit de trouver un peu limite le fait qu'on te l'impose à l'apéro, pendant le repas, à l'heure de la gnôle et à l'heure de la re-gnôle (n'oublie pas que tes amis sont dans un cul de basse fosse en train de faire la fête avec leurs perruques de crétins, qu'est-ce qu'ils rigolent; d'ailleurs, ils n'ont même pas remarqué ton absence, tellement ils rigolent). Au petit matin (tu ne sais pas que c'est le matin, tu as juste un léger doute. Parce que les arbres sont tellement touffus que tu ne distingues jamais la nuit du jour. Mais ton horloge biologique te maintient en alerte, au cas où le soleil serait tombé dans un gouffre).
Et là, qu'est-ce que tu entends jaillir du parquet?
Je te le donne en mille: Jacques Brel.
Et il n'a pas l'intention de te foutre la paix.
Tu maîtrises à grand peine un tremblement à 12 sur l'échelle de richter, ce n'est qu'un réflexe purement physique, il ne faut pas t'inquiéter. Tu pleures, aussi. Mais c'est normal. Il se peut que tu aies envie de faire le poirier, de donner à manger à
des lions, ou de t'enfoncer des brins de paille sous les ongles. Tu peux aussi, mais plus rarement, décider d'aller mourir dans un parking de super-U.
Prends simplement ton mal en patience, Jacques Brel n'a écrit et chanté que 7217 chansons de 22 minutes chacune, et les amis de tes amis sont intarissables sur les nombreuses anecdotes liées à sa vie. A celle de Charles Aznavour, aussi. Mais tu n'auras malheureusement pas le temps de les entendre, car tu dois redescendre à la ville, là-bas, loin, dans la vallée. Et si tu veux y être avant la nuit, il faut que tu partes maintenant. Et tu regardes d'un air bien louche et hostile l'ami qui t'as amenée chez ses amis. Tu vas tenter de retrouver les déchets humains qui t'ont oubliée et que tu appelais amis, autrefois. Ceux qui ont dansé la lambada toute la nuit avec des perruques de crétins, pendant que tu écoutais le répertoir intégral de Jacques Brel.
Ils ont dû bien s'emmerder.
vendredi 12 octobre
Mon ami (e) lecteur (trice) que j'aime tant, tu auras remarqué que ces temps-ci, je me fais dicrète (on me sussure que ça n'était pas gagné d'avance, c'est agréable de se sentir soutenue). J'ai beaucoup à faire, je prépare un mémoire sur l'art de dormir discrètement et sans baver lors d'une série de conférence sur les randonnées en haute-montagne. Une véritable bible, vous n'allez pas regretter, c'est moi qui vous le dis. Surtout le passage sur les chaussures en bois. Et le chapître sur George Clooney est impayable. Bien documenté et tout ça.
MAIS, et je vous conseille vivement d'aller faire un tour chez les POSUTO pour une revue de presse plus fouillée, je ne peux m'empêcher de rigoler tout doucement à la lecture de la dernière page de "Courrier International". Dans ce monde que nous arpentons chaque jour, Jim Rodgers, le maire de Belfast, a joyeusement décollé la tête de Lorraine Mallon en jouant à saute-mouton avec elle. Signalons pour la croustillance que Mme Mallone était déguisée en tomate. Pendant ce temps, un Saoudien a répudié sa femme qui regardait seule une émission présentée par un homme, considérant que son épouse s'était isolée avec le présentateur de télévison. La justice lui a donné gain de cause. Ce qui signifie que, du point de vue du Wahhabisme (doctrine très
stricte de l'islam en vigueur en Arabie Saoudite), je viens de me livrer à une partie triangulaire avec 2 ingénieurs du bâtiment, en regardant une publicité (et je ne vous raconte même pas la dose de plaisir dont je suis inconsciente, lorsque je regarde les débats de l'assemblée nationale).
Un contraste ubuesque.
Au cours de cette partie de jambe-en-l'air effrénée, j'ai découvert avec surprise une autre publicité, pour un jeu dans lequel vous êtes le plus intelligent du monde, si vous arrivez à mémoriser un menu composé d'1 carpaccio, de 2 pizzas et d'un jus d'orange. Ca s'appelle "cérébrale académie" (ça ne s'invente pas), et si vous mémorisez en plus le dessert, vous devenez Nobel de mathématiques. Attention, cet exercice exige un fabuleux effort de concentration, il n'est pas à la portée de tout le monde (regardez le spot dans le lien si vous ne me croyez pas, vous allez voir que ça n'est pas de la tarte).
Si j'avais pu être jeune aujourd'hui et avoir une WII pour entraîner mon cerveau, je serais probablement en route vers la gloire. Au lieu de ça, j'avais des piles de cahiers tout tâchés, gribouillés dans les marges, et des bouquins du poids d'un des piliers métalliques du viaduc de Millaud. Et je travaillais toute seule sur un bureau qui avait appartenu à mon frère, repeint en jaune canari par mon père. C'était quasi monacal, ça ne rigolait pas (sauf le jaune canari qui me distrayait un peu. J'ajoute que je garde de monsieur Libert, mon professeur de Français, un souvenir cauchemardesque. Il m'a forcée à apprendre en 2 jours les dialogues d'Antigone. Personnellement, j'aurais préféré mémoriser un carpaccio et 2 pizzas).
Quel gâchi.
Mais aujourd'hui, les agences marketing ne font pas passer les jeunes pour des cons.
Sans rigoler, ça me laisse toute étourdie.
C'est probablement la raison pour laquelle NESSIE n'est apparue que 2 fois cette année (contre 3 l'année passée), elle doit se sentir un peu nouille et pataude face aux capacités effarantes de notre intelligence. Elle sait d'instinct que nous ne cesserons jamais d'évoluer.
Et ça explique aussi pourquoi, une fois de plus, les extra-terrestres ont renoncé à envahir la planète.
mardi 09 octobre
Jamais tu ne regretteras d'avoir lu ce billet. Non, jamais. Même si tu l'as déjà lu. Jamais.
Je présente toutes mes excuses aux lecteurs de mon ancien blog, ils ont déjà lu ce billet (remanié néanmoins), je suis une face de rat . Voyez-vous, c'est que j'ai une enquête à faire sur le thème "mais pourquoi donc la maison Starck vendue aux 3 Suisses a-t-elle fait un flop en 1994, alors que les maisons Borloo avec du parquet en fibres de pastis marchent du tonnerre de zeus, sauf en Haute-Savoie?". Hein? Pourquoi?
J'ai déjà quelques éléments de réponse.
La maison Starck était vendue par correspondance, et je suis passée 2 fois par ce type d'achat.
La première fois, c'était mon futon.
J'ai mis 3 mois à l'obtenir, et lorsqu'il est arrivé, j'avais oublié qu'à la base, ce lit est conçu par, et pour, des nippons minuscules (et cruels. Dormir sur un futon équivaut à faire un somme à l’intérieur d’une boule à thé tapissée de petits clous). J'ai donc renvoyé le tout (qui tenait dans une caisse à bière) pour me faire rapatrier un futon qui soit à même d'accueillir oui-oui ET sa compagne, et inversement (j'ignore le nom de la compagne de Oui-oui d'ailleurs. Quelqu'un aurait une information?). 4 mois plus tard, jurant mais un peu tard qu'on ne m'y prendrait plus, je dormais enfin à 3 cm du sol (depuis, j’ai revu à la baisse mon engouement pour les techniques de sommeil orientales, et je me contente d’un bête matelas. Mon snobisme en prend un sacré coup, mais mon dos lui dit merci).
Comme j'ai une mémoire de mouche, je me suis, cette année, commandé un ravissant manteau. Je précise qu'en Haute-Savoie, nous n'avons que 2 saisons et que l'une d'entre elle, l'été, ne dure qu'une semaine. J'ai donc passé commande au mois de Juin. Je précise aussi qu'on m'offrait en cadeau une couette et une lampe de lecture, les deux forts utiles lors des épidémies de peste noire qui vous clouent au lit des mois entiers. Après 11 très longues semaines d'attente, et quelques péripéties rocambolesques qui ne méritent même pas d'être mentionnées (de toute manière, vous ne me croiriez pas), au cours desquelles j’ai vu avec terreur le ciel s’obscurcir et le thermomètre afficher un dénivelé que je n'aimerais pas remonter en patin-à-roulettes, j'ai ENFIN reçu mon manteau, et mes
deux cadeaux.
La couette fait 1 mètre sur 1 mètre. Je pense qu'il s'agit d'une couette réfrigérante destinée à la population du Burundi, elle a l'épaisseur d'une compresse stérile et tient dans une enveloppe de carte postale. Quant à la lampe de lecture, c'est une espèce de bâton de réglisse rose et mou qui se tord dans tous les sens, et qui se fixe au moyen d'une pince qui déchiquette instantanément la couverture du livre auquel on la fixe. Notez bien que ça n'a pas grande importance, vu qu'elle ne fonctionne qu'en mode binaire, une page sur deux. Il y a un faux contact qui lui donne un petit côté lampe disco assez fascinant. Habitués de la lecture en diagonale, sachez que le faisceau de cet étonnant gadget n'éclaire que 2 mots en même temps, alors que sur la photo, on est en droit de penser que vous pouvez faire des signaux aux extra-terrestres, un soir de tempête.
Le manteau n'est pas de la bonne couleur, mais je n'ai pas eu le cœur de le renvoyer. Compte tenu des délais, je recevrai le nouveau d'ici le 30 Juillet prochain, qui est précisément le début de la semaine estivale Savoyarde. Je vais donc le garder, lui et sa couleur bien moche, me servir de la couette comme d'un torchon pour cuillère à moka, et utiliser la lampe de lecture à des fins crapuleuses, en me la fixant sur l'épaule, le faisceau dirigé vers la bouche, pour faire peur au chien de ma voisine, dans la pénombre du couloir.
J'en ri d'avance.
lundi 08 octobre
Comment Spiderwoman a foiré son lancé de toile et s'est retrouvée avec les bras tout poisseux
Hep vous là!: je cherche des personnages célèbres dont le prénom ou le nom serait "Noel". J'ai déjà Noel Mamère, Noel Roquevert et Noel Noel (évitez le père Noel s'il vous plait, ça ne me fera pas rire). Toute suggestion sera la bienvenue, et récompensée par un ravissant petit cache-coeur en laine d'accarien, un flacon de liqueur de reblochon avec un petit crapeau séché à l'intérieur, un incunable en papier-fougère de corrèze, une réplique en allumettes du cuirassé Potemkine récompensée comme il se doit.
vendredi 05 octobre
Mesure-tu bien ta chance, ami vagabond?
Ce billet n'étant plus d'actualité, je le remplace par celui-ci, simple et concis.
Mais tu écoutes QUAND MEME LE METAL KARTOON avec mon vrai petit frère en couleurs à l'intérieur. Je l'aime et je l'admire.
Tiens, écoute moi ça. Tu vois, ç'est pas d'la merde , je savais que ça te plairait.
Alors, c'est d'la merde peut-être? Te voilà conquis, je le savais.
Je ne rigole pas, c'est vrai. Et franchement, je ne vois pas pourquoi je te mentirais, je n'en tirerais aucun profit. Bon, je rigolerais deux minutes de ta déconfiture, certes, mais au final, sincèrement, bernique. Alors tu vois bien si ça vaut la peine, hein.
jeudi 04 octobre
La vie est plutôt belle, vous vous croyez arrivée à un consensus assez simple, et paisible.
Voilà.
Vous regardez derrière vous, et mon Dieu que c'est dense et suractivé tout ça, mon Dieu que c'est de guingois, mais vous êtes là; arrivée au point dont vous rêviez 25 ans plus tôt (grosso modo); par des chemins biscornus qui n'appartiennent qu'à vous, vous avez largué les amarres en terre étrangère, vous vous êtes frottée au monde.
Et finalement, vous en avez toujours ri. Une espèce de fatalisme joyeux s'est installé, vous avez appris une sorte de relativité sympathique et légère des choses. Chaque moment que la vie vous offre, vous le regardez avec gourmandise, comme si c'était un Rocher Suchar (vous n'aimez pas le rocher Suchard? J'ai du mal à vous comprendre parfois; expliquez moi comment on peut ne pas aimer un rocher Suchard. Au lait et éclats d'amandes et de noisettes)
Conséquences de tout ça, entre autres, vous avez essuyé les regards de vos compagnons du moment lorsqu'ils découvraient, un peu déstabilisés, que vous viviez dans un timbre-poste. Que vous n'aviez pas de lave-vaisselle. Que vous ne possédiez rien. A votre âge. C'est d'ailleurs en général la raison pour laquelle ils vous ont plaquée, vous êtes un peu trop louche. Je peux comprendre.
Vous avez découvert un beau jour que le quartier murmurait que vous étiez lesbienne ( cette conclusion procède d'une logique imparable: vous avez passé la quarantaine, vous n'avez pas d'enfants et vous vivez seule. Et en plus, vous avez l'air heureux. Vous dissimulez forcément un terrible secret) Un jour, un habitué du petit bar en bas de votre immeuble vous pose la question (notez bien, il faut un certain courage et une sacrée dose d'inconscience pour vous poser ce genre de question. Mais j'aime bien cette naïveté), et vous vous demandez si vous devriez hurler votre plaisir lorsque vous avez un amant, histoire de faire taire les commérages. Il n'est pas utile de perdre de l'énergie à vous défendre (j'ai une chanson de Brassens qui me trotte dans la tête).
De tout manière, ça ne marcherait pas. Parce qu'alors, vous deviendriez une pute. Et c'est inévitable, la plupart des gens parlent, ils aiment ranger dans des tiroirs les morceaux qui dépassent. La plupart des gens sont ordonnés, ils n'aiment pas la pagaille. D'ailleurs, c'est grace à ça que la terre tourne si bien; ils veillent sur vous.
Mais pour vous, tout va bien. Vous êtes assez satisfaite. Vous n'êtes pas tétraplégique, vous n'avez pas la lèpre, vous avez un toit et un lit pour dormir. Et même s'il est petit, ça suffit bien, votre nid est construit et vous y mangez à votre faim. Vous y abritez vos convictions.
Bref, vous pensez vous reposer, un peu, un petit moment, et jouir de cet instant de conscience.
Tout va bien.
Voilà, vous y êtes.
Mais la vie, elle dit: "toi la Melle Bille, je te réserve encore des surprises de taille, je ne te laisserai pas tranquille, parce que tu n'as pas encore saisi exactement toute l'ampleur de ce qui t'entoure. Et tu n'as pas encore bien compris comment ça marche" (elle est comme ça, la vie. Elle fait des vagues et toi, tu choisis de te laisser porter, ou tu essaies d'être le plus fort. Mais à mon avis, tu ferais mieux de la laisser suivre son cours, parce qu'elle a quand même 100 milliards d'années d'avance sur toi. Face à elle, tu ressembles à une cuticule, alors laisse tomber. Enfin, tu fais ce que tu veux mais après, il ne faudra pas venir te plaindre).
J'ai un article à faire sur les bars de quartier. J'en déniche un, jamais vous n'avez vu ça. Le Centenaire. Je rentre, je prends des photos, je pose des questions, je bois un coup. C'est un bar dans lequel vous ne mettriez jamais les pieds normalement, il est à l'autre bout du
monde, celui que vous ne comprenez pas.
Il existe, vous êtes obligé de l'admettre. Mais vous ne le comprenez pas.
Et là, alors que vous ne faites rien d'autre que votre boulot, vous voyez entrer votre amour de quand vous aviez 25 ans, et dont vous n'avez plus jamais entendu parler, depuis qu'il est parti s'installer en équateur. Il en avait 27, il avait une vie de guingois à vivre.
Il vous reconnaît, vous le reconnaissez (dommage, vous l'appellez Eric alors qu'il s'appelle Hervé. Vous savez exactement qui il est, mais la mémoire ne conserve pas forcément les noms. Et les images viennent en dansant, par paquets entiers. Et dans l'ordre). Il est juste venu passer 3 semaines ici. En fait, il n'habite nulle part, il revient de 4 mois en Israel, et avant, il était à Haiti, au Canada, en Somalie. Depuis toutes ces années, il fait le tour du globe, il n'a pas l'intention de s'arrêter.
Comparée à lui, vous êtes abonnée à Phildar, vous tricotez sous une pendule depuis des siècles. Et ça fait tic-tac tic-tac avec une régularité à vous rendre marteau.
Mais lui, il a conservé ce moment où vous avez parlé du disque de Phaestos, quelque 15 ans plus tôt. Et il vous le rappelle au bout de cinq minutes. Dans ce bar qui, le matin même, était encore en gestation dans une dimension annexe.
C'est le moment le plus épatant qui soit.
PS: La photo est publiée avec l'accord de Charles (un jour, je vous raconterai Charles. Et le Centenaire aussi)
Autre chose: allez faire un tour chez Sammy, il y a un billet précieux là-bas.
mardi 02 octobre
Crotte, j'hésite encore sur la catégorie (jen virerais bien une mais je suis confrontée à un choix Cornélien. Bon, je tranche)
J'avais dit que je ne remettrais jamais les pieds à la piscine.
A cause du chlore, à cause des cabines, si petites qu'on a l'impression de se déshabiller dans une consigne, et parce qu'il y a toujours une des 2 portes qui s'ouvre au moment où vous enfilez votre culotte. Et que vous en sortez avec la coiffure d'Hervé Bazin, à cause des séchoirs placés soit trop haut, ce qui vous écrase bien les cheveux, ou trop bas, ce qui vous force à vous mettre à genoux. Alors merci bien, j'attendrai Waikiki et la piscine de George.
Avais-je dit.
C'était sincère, et sans appel.
Cependant, lorsque vous vous inscrivez à un club de plongée, on ne vous donne pas le choix. C'est ça, ou vous allez vous entrainer dans le loch Ness. A brasser la fange et les monstres. Et peu importe à l'entraîneur que vous ayez derrière vous 20 ans de combats à mains nues avec des poulpes dans l'Egée, vous allez faire de la plongée en piscine et plus vite que ça hop allez vas-y fais la bombe avec ta bouteille tu vas voir comme c'est rigolo.
L'eau, c'est mon élément rien qu'à moi. Il m'arrive même d'imaginer, dans mes rêves les plus fous, que je suis née avec des branchies, que j'étais la promise de Namor le prince de la mer, et que ceux qui se font passer pour mes parents m'ont en fait recueillie lors d'une chasse aux bigornaux, alors que je roulais, désemparée, dans l'écume rose du crépuscule. Depuis, je erre sans but à la surface d'un monde hostile qui n'est pas le mien: la terre. 
Mais en surface, la réalité est toute autre. C'est un véritable cauchemar visuel, et je comprends pourquoi on interdit l'accès de la piscine aux enfants et aux cardiaques les soirs d'entraînement du club.
Imaginez une bande de rigolos pourvus de géométries diverses et variées ( comment la vie a-t-elle pu faire preuve d'autant d'imagination est une question qui me hantera jusqu'à la fin de mes jours), chaussés de palmes aux coloris chatoyants, le visage tout compressé, sous un masque qui vous écrabouille tellement les yeux que vous croyez croiser le regard de Tommy Lee Jones lorsque vous vous regardez dans un miroir. Et comme si tout ça n'était pas déjà suffisamment expressif (si je puis m'exprimer ainsi en ce qui concerne le regard de Tommy Lee Jones; dieu que je détesterais le croiser dans le Bronx à 2.00 du matin sous un réverbère, entre 2 prostituées et un dealer de boutons de culotte), il existe aujourd'hui pléthore d'accessoires extraordinaires qui peuvent vous rendre encore plus ridicule, comme le petit gant de piscine ci-contre qui, s'il n'accélère pas vos performances de façon significative, favorise la déroute d'éventuels attaquants.
Surprise. Action, réaction.
De nos jours, il convient de mettre un bonnet de bain si vous voulez plonger vivant dans une bassine olympique de chlore à l'état pur, des fois que vous dissimuliez une baleine ou des cobras sous vos cheveux. C'est comme ça et pas autrement, si tu n'es pas content tu vas t'entraîner dans le loch Ness, à brasser la fange ...etc...etc. Ajoutez à ça la bouteille de 3 tonnes qu'on vous fixe sur le dos, vous allez voir comme votre équilibre en prend un coup, et avec quelle grâce vous allez claudiquer jusque dans le grand bain; il ne vous manque plus qu'une paire de clochettes autour des rotules, et le diadème de Liz Taylor dans Cléôpatre par dessus le bonnet pour
que l'image atteigne les limites du supportable. Ajoutez le détendeur qui vous dilate les lèvres( comparé à vous, un mérou à un trait à la place de la bouche), et vous avez atteint votre but, vous ressemblez à une créature des abysses écrasée par la pesanteur.
Mais sous l'eau, c'est tout autre chose.
Je me suis tapie au fond de la piscine, et j'ai regardé.
Franchement, qu'est-ce que c'était chouette!
Le dernier souvenir que j'avais d'une plongée se situait en mer Egée, où j'avais disparu dans une forêt de bulles, les miennes, effrayée par un petit reflet furtif que j'avais pris pour un requin ( c'était l'hameçon de Yorgos, mon patron. J'ajoute la couardise à la lâcheté, histoire de ne pas vous prendre en traître). Mais là, en piscine, débarrassé de toute hypothèse mortelle, vous pouvez donner libre cours à votre rêverie.
Je vous assure que vous avez l'impression de voler.
Vous vous rendez-compte?
Vous êtes léger, relativement gracieux, dans un élément qui vous porte comme s'il vous aimait depuis toujours (ce qui est le cas, d'ailleurs), et
vous respirez dedans.Vous avez la certitude qu'aucune des visions cauchemardesques du "monde du silence" ne va venir polluer cet instant d'apesanteur (sauf si vous pensez très fort au bonnet du commandant Cousteau, mais personne ne vous y oblige, c'est votre choix), et vous communiquez avec tout plein de gens qui flottent comme dans un rêve bleu. Et je peux vous dire qu'ils sont drôlement contents d'être là (sauf le petit grêle, là-bas, qui donnerait tout pour être à une conférence sur le moine Irlandais John Cormack O'Donnel et qui se demande bien par quel mystère il vient de dégringoler dans une piscine en compagnie de 12 trucs vaguement humains, mais pas tout-à-fait).
Et le bonus, c'est qu'ils sont en train de vivre la même chose que vous. Malgré l'effet mérou Tommy Lee Jones ( sans parler du reste), si vous regardez attentivement leurs yeux, vous y verrez du ravissement à l'état pur.
C'est une sensation beaucoup plus enivrante que manger bio. Sur le court terme, c'est vrai.
J'ai redécouvert, bêtement et de façon tout-à-fait fortuite, qu'oublier ce qu'on a pu ressentir des années auparavant était une bénédiction(et ça ne concerne pas que la plongée d'ailleurs). La beauté de ce monde naît non seulement de ses imperfections, nombreuses, mais aussi de cette faculté à renouveler l'ivresse des moments passés. Et le plus extraordinaire, c'est que vous avez l'impression que c'est la première fois. D'une manière étonnement subtile, votre cerveau fait une espèce de copier-coller en mieux du moment précédent (votre cerveau n'est pas la moitié d'une courge). Alors oui, c'est vrai, ça n'est pas toujours facile, et nous ne sommes pas toujours équipés pour les combats auxquels nous sommes confrontés, de ça de là (cahin-caha, va chemine, va trottine...etc etc, pour la suite, voyez Merkes et Nerval, ils ont la partition). Mais quand même, c'est épatant.
Voilà.
Sinon, vous, ça va?
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PS: le mois prochain, nous sablons le champagne; je ne vous dis pas encore pourquoi, mais c'est une irréfutable preuve de la beauté de ce monde.
lundi 01 octobre
question catégorie, j'hésite souvent entre "vie quotidienne" et "monde extraodinaire"
C'est un délicieux moment; un des meilleurs. Vous êtes au chaud sous votre couette, il doit être quoi, 7.00? Vous vous étirez, exactement comme un chat (enfin, vous aimeriez que ce soit comme un chat, mais en fait, vous vous étirez exactement comme un berger des Pyrénées. Le chien.). Vous envisagez le week-end sous les prétextes les plus délicieux, c'est un grand moment de joie, et puis vous vous renfoncez très mollement dans une espèce de flottaison absente. Pas un bruit au dehors, ou si peu? Quelques raclements de pieds, quelques gouttes de pluie, à peine un ou deux mouvements un rien suspects dans l'aube. Pas de quoi fouetter un canard, il fait humide; vous poussez un petit soupir de satisfaction, ça fait comme le son d'un morceau de caoutchouc dégonflé, très souple. Vous rassemblez vos membres et vous refermez les yeux (en fait, vous ne les avez même pas ouverts), vous allez vous rendormir bien au chaud.
Vous y êtes?
Vous aimez ça, hein?
Non.
Car vous voilà soudain projetée à l'intérieur de 10 cornets à piston, ce qui n'est pas banal. Quelqu'un pourrait m'expliquer ce que faisait la fanfare militaire du 27eme BCA sous mes fenêtres samedi matin (et le premier qui ose prétendre qu'elle me jouait l'aubade va se prendre une torgniole DeLuxe, rien qu'avec le vent je fais tourner un champs d'éoliennes pendant 3 jours, et j'alimente en électricité une ville de la taille de poitiers)? Cela dit, ils ont joué "ghostbuster" et "in the mood", je suppose que c'est pour ça qu'ils sont venus sur la place; A la caserne, ça la fiche mal. Je crois que le chef d'orchestre, rendu fou par des années de "sambre et Meuse", avait organisé une
échappée belle discrète et sans prétention, afin de satisfaire ses instincts contrariés. A l'heure qu'il est, lui et ses complices sont probablement au gnouf, à regretter amèrement cette petite escapade musicale.
Merci pour le réveil, c'était parfait. Mais la prochaine fois que vous faites ça sans prévenir, je catapulte une grenade direct dans le cornet du basson, on verra bien qui l'emportera.
Et puis je suis allée à Genève, cétait vraiment chouette (la locution "vraiment chouette" sera introduite dans l'édition 2008 du petit Larousse. Je le sais, j'ai mes sources. C'est la raison pour laquelle elle est très fréquente sur ce blog, je tiens à rester une femme dans le vent).
Surtout lorsque le directeur de l'hôtel bien cossu que j'étais chargée de découvrir m'a fait descendre au sous-sol, en omettant de me préciser que la peinture de la rampe était fraîche. Je suis désolée, mais une rampe, c'est fait pour se tenir. ET LES PANNEAUX INDIQUANT LA PEINTURE FRAICHE, C'EST PAS FAIT POUR LES GNOUS! Sinon, on mettrait autre chose. Du coup, j'étais un peu gênée avec ma paume toute blanche, et surtout, j'étais horriblement confuse de laisser derrière moi une empreinte de gibbon au beau milieu d'une surface immaculée. Ça va lui faire un choc, à monsieur Sprunz, lorsqu'il va la découvrir (vous pensez bien que je n'ai rien dit. Après un tel aveu, tout le monde se retrouve dans une situation un peu floue où personne n'ose gifler personne, ce qui plombe un peu la spontanéité de la conversation).
Ensuite, je suis allée rendre visite à un type pas possible, qui écoute vos vies antérieures et vous explique pourquoi vous avez un quotidien peu harmonieux (si votre quotidien est harmonieux, vous n'avez aucune raison d'aller voir un type pas
possible. Ne discutez pas, il pourra vous le confirmer, le malheur et le mal-être sont ses fonds de commerce. Il en vit très bien d'ailleurs, son cabinet est truffé d'antiquités et d'objets précieux, on s'attend à voir arriver un commissaire-priseur à tout instant). Si vous ne vivez pas très bien, ça n'a rien à voir avec votre pouvoir d'achat, ni avec votre santé vacillante, c'est parce que vous n'avez pas coupé vos canaux transitoires. Bien. Un déboulonné du citron de plus, ça faisait longtemps. Quelques visites et centaines de francs Suisses plus tard, il vous impose les mains sur le plexus, il a le pouvoir de guérir vos écrouelles, c'est un type fantastique. Ça fera 400 francs suisses merci. Non, je préfère du liquide.
Et si votre quotidien ne se débouche pas, c'est parce que vous n'avez pas suivi ses instructions à la lettre ( parce que vous vous doutez bien qu'il y a plein de trucs rébarbatifs à faire entre les séances, ne croyez pas que le bien-être soit un dû, malgré ce qu'on a pu vous raconter dans vos jeunes années). Une chose assez sympathique, il préconise de satisfaire sa faim dès qu'elle se manifeste, sous quelque forme que ce soit. C'est ainsi que sa clientèle s'est peu à peu transformée en une bande d'obèses démoralisés, dans un pays où vous achetez des toblerones géants à tous les coins de rue; certains même sont gratuits, ce qui favorise l'addiction. C'est leur faute s'ils sont devenus obèses, ils n'ont pas suivi les instructions à la lettre (pour ce genre d'individu, c'est aussi votre faute si vous êtes bossu et contrefait, vous n'avez pas suivi les instructions à la lettre). J'ai eu très peur qu'il ne me sonde de son regard bleu métallique, et qu'il ne découvre ainsi que j'avais ruiné la rampe du grand escalier de l'hôtel de monsieur Sprunz, on prête toujours à ce genre de personnage des dons extra-lucides. En tout cas, il n'a rien dit, il s'est contenté de répondre à mes questions par monosyllabes assez confuses. En fait, il parle comme Michael Lonsdale. Il va falloir que je réécoute la bande.
Un éclat de rire intérieur plus tard, j'ai retrouvé un ami qui, météo frileuse et Suisse oblige, m'a entraînée dans un de ces endroits louches où, après quelques verres d'alcool frelaté, vous vous retrouvez à onduler de manière indécente.
A cause du rouli, parce que
vous dînez sur un bateau, et que le lac Léman en colère, c'est comme le cap Horn, sauf que le capitaine est Suisse, bien rasé, et qu'il n'a pas les cheveux filasses et tout collés par le sel et les embruns.
C'est fou à quel point la ligne de flottaison d'un navire peut avoir raison de la vôtre. Vous découvrez que vous êtes capable d'inventer une danse, de faire des calembours effrayants sans rougir, et de développer des théories incohérentes à propos d'à peu près tout. Avec énormément de conviction.
Vous maîtrisez parfaitement le Milglouche, et vous êtes probablement la seule. Rien que pour ça, votre auditoire est hypnotisé, ça n'est certainement pas pour votre décolleté qui frôle bien malgré vous le 1417 Celsius. A cause du gîte.
Et puis, au moment de rentrer, vous croisez votre reflet dans un miroir. Un reste de lucidité vous fait prendre conscience que cette fois-ci, la ligne de flottaison du bateau n'y est pour rien, vous avez une silhouette de frahan flamand rose. Sauf que vos genoux continuent de fonctionner dans un sens à peu près humain (Rappelez vous à quel point il est désagréable de ne pas maîtriser totalement sa motricité). Emmener quelqu'un dîner sur un bateau un soir d'orage est la pire chose que vous puissiez faire, à moins que vous ne souhaitiez rompre le romantisme naissant. Auquel cas c'est une excellente solution. Bravo, vous êtes machiavélique.
Grosso modo, de profil, vous ressemblez à un "S", mais un "S" vivant (et si vous ne me croyez pas, regardez un peu la photo ci-contre et vous vous rendrez compte, tout soudain, comme une illumination, que cette silhouette n'a effectivement rien à voir avec un "R"). Vous vous
repassez le film de la journée, très vite. Et pas nécessairement dans le bon sens, puisque vous vous dîtes que vous avez peut-être dansé sur "in the mood" dans le cabinet d'un type un peu louche qui vous offre des toblerones géants tout en suggérant que vous n'avez pas coupé vos canaux transitoires, mais que la peinture était fraîche.
Vous avez raison, c'était un peu long. Il faut dire, à ma décharge, que, parfois. Bien sûr.
C'est bien pour ça que je ne vous raconte pas le Dimanche.
PS: Sous la pression de cet ami, je me suis inscrite à un club de plongée. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir lui envoyer des colis de déchets divers et variés, si possibles moisis. Je tiens son adresse à votre disposition.



