santa_martiensJe vais vous avouer quelque chose, je me contrefiche de Noël.

Non mais franchement.

Attention,  je ne déteste pas Noël.

Mais simplement, ça m'indiffère. Et je ne vois d'ailleurs pas ce qu'il y a de festif à prendre 17 kilos en se bourrant de mauvais chocolat. Avant, elle me plaisait bien, cette fête. Et puis je me suis rendue compte que quelque chose me forçait à aimer ça.

Ce fut une révélation. 2007 fut d'ailleurs une année riche en révélations. Mais nous en parlerons le 31 Décembre. Ou un de ces quatre.

Noël, c'est pour les enfants. 

Et ces voeux pieux que je renouvelais chaque année, et que je m'empressais de ne pas réaliser, ne tiennent plus vraiment la route (je fume toujours, je continue d'abominer le sport, et je reste championne toutes catégories de la procrastination; dans une autre vie, j'ai été mousse sur un rocher. C'était très zen, mais j'en porte encore les stigmates).

J'ai lu quelque part, sur un blog très bien écrit mais dont le nom m'échappe malheureusement, qu'une fête comme Noel permettait de montrer que l'humain pouvait transcender sa nature. Tout cela est bel et bon. Malheureusement, je pense que l'emploi du conditionnel, ou du passé, serait plus adéquat.  Il fut un temps ou Noel permettait de transcender la nature humaine. Ou Noel pourrait éventuellement permettre à l'être humain de transcender sa nature, pour peu qu'il en ait envie, ou qu'il sache qu'il en a la possibilité. Ou encore à l'origine, dans des temps très reculés où Matel, les chocolats Jeff de Bruges et le réseau Orange n'existaient pas, les humains considéraient Noel comme une possibilité de transcender leur nature x30500humaine.

Aujourd'hui, le marketing indécent qui tourne autour de cette hypocrisie généralisée met dans la bouse un paquet de gens, ceux qui n'ont pas les moyens d'offrir à leurs enfants la wi dont ils rêvent. J'ai des exemples autour de moi. Bientôt, vous serez le dernier des crottins si vous n'êtes pas à même de combler, le temps d'un souffle, votre rejeton de dix ans avec un téléphone portable qui lui fabrique des baskets fluorescentes griffées, et qui font pouet en même temps (et pardonnez moi, mais je pense que vous êtes le dernier des crétins si vous vous endettez pour ça). J'ai vu hier un ado de 14 ans s'offrir un I-phone avec la carte de crédit de sa mère. 400 euros. Le vendeur ne s'est posé aucune question; je le sais, c'est le fils de ma meilleure amie, j'étais avec lui.

C'est une des raisons pour lesquelles, en ce moment, vous avez l'impression d'arpenter "le cimetière des mort-vivants" lorsque vous baguenaudez dans les rayons des hyper-marchés.

Et pas le "marshmallow wold" de Frank Sinatra.

En ce qui me concerne, j'ai trouvé la parade idéale.

Je pourrais transcender ma nature humaine, et aller servir des repas aux SDF. J'en ai conscience; mais je n'en n'ai pas encore trouvé le courage. J'ai du mal avec cette bonté là, je n'en suis pas encore capable. Je n'en serai peut-être jamais capable. Je suis une enfant gâtée du système, je peux gloser des heures sur la faim dans le monde. Agir, macache. Il n'y a plus personne. A défaut de les soulever, je me contente d'habiter les montagnes.

Alors je m'en vais.

Dans des endroits où je ne connais personne, et j'en profite pour travailler.

      Je n'ai donc pas attendu Noël pour offrir à NeveuBille son immonde sabre-laser, nous avons bien rigolé, il m'a même trouvé un surnom à cette occasion ("tatau-pupu", ce que je ne suis pas certaine d'apprécier. Je l'ai donc aussitôt renommé "commandant Pétoff", ce qu'il n'a pas apprécié non plus. ça lui apprendra le respect des aînés). J'ai également trouvé dans un bureau de tabac le cadeau de mon enfance, celui que ne manquait jamais de m'offrir mon grand-père à n'importe quelle occasion, le célébrissime "monsieur patate". C'est un petit sachet qui contient un costumes_plastiquechapeau, de petits pieds, une grosse paire d'yeux, une moustache, et de petites mains en plastique. Grace à ces accessoires extraordinaires, vous transformez n'importe quelle patate en hilarant petit bonhomme grotesque. J'ajoute que ça coûte 2,75 euro, ça ne vaut vraiment pas le coup d'en priver votre neveu; ça marche aussi avec une clémentine ou une poire. Et vous n'avez pas besoin de vous endetter pour ça (au pire, si vous êtes vraiment dans le rouge, vous ne boirez que 3 vins chauds au lieu de quatre, lorsque vous irez bousiller les baraques du marché de Noel, celui dont la musique sirupeuse vous scie les oreilles depuis 15 jours).

Cette année, un ami m'a prêté un minuscule chalet, quelque part en Suisse (je sais, c'est récurrent).

Je voulais aller à New-York, mais mon banquier me l'a formellement déconseillé, tout en appuyant fortement un fusil à canon scié sur ma tempe ( et je serais la dernière des crétines si je m'endettais pour ça). Je ne suis pas certaine qu'il y ait une connexion internet, c'est un endroit où il doit y avoir des ours. C'est bien connu, les ours grignotent les connexions internet du bout des crocs, ils en sont très friands. S'ils ne trouvent pas de connexions internet à grignoter, ils saccagent tout sur leur passage, c'est la raison pour laquelle on ne trouve plus un arbre au Groenland.

Et ça, Al Gore ne nous le dit pas.dallas2

C'est une vérité qui dérange.

Le soir de Noel, comme chaque soir dès que je serai là-bas, je vais faire un gros feu de cheminée (sauf si les ours ont tout saccagé sur leur passage), je vais prendre un gros bouquin, je vais m'ouvrir une bonne bouteille de Saumur-Champigny, et je vais dévorer un pain d'une demie-livre de foie gras.

Les doigts de pied dans les braises.

Je téléphonerai au commandant Pétoff en prenant un accent Russe, et je me ferai passer pour un habitant d'Alpha du centaure.

Cohérence oblige, vous ne m'en voudrez donc pas si cette année, je ne vous souhaite pas un "joyeux Noel", je me rends compte que je ne suis pas très à l'aise avec la transcendance de ma nature humaine.

Par contre, permettez moi de vous dire que je vous aime.