Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 26 décembre

christmas Le bougraton s'est bien vengé.

A peine j'émets quelques réserves, comme quoi je m'en bats les ventricules, de l'esprit de Noel, avec les musiques, les patins à glace, Frank Sinatra et le sapin, que le cadeau tombe: un virus qui vous les dévore, les ventricules. Avec de grosses dents jaunes. Il dévore aussi vos poumons, vos bronches, vos épaules, et une partie de vos pulls en mohair. Et remplace votre voix par un appeau à canard.

Quand vous pouvez parler.

C'est Noel, que la joie soit avec toi, mon ami, le père Noel est très réactif. Paix.

Je trouve cependant la coincidence pour le moins suspecte. jerry_lewis

Peut-être que le père Noel existe vraiment, et qu'il s'est dit: " Moi je me pèle les oignons dans mon chariot à clochettes,  essaie un peu de passer dans un radiateur électrique avec les jouets et tout le toutim quand tu fais du 215 en tour de hanches. Avec un gros manteau et des rennes enchantés. Tu t'en chaloupes les fesses sur un tambourin, melle Bille? Tiens, pour te punir, je t'offre un chapelet de petites cloques sur les poumons, qui vont exploser les unes après les autres en faisant "jingle bell" pendant très longtemps. Et j'ajoute de gros ganglions derrière les oreilles, comme ça tu as ta poupée Shreck quand tu regardes dans le miroir. ça t'apprendra les valeurs, melle Bille. Et joyeux Noel, pendant que j'y suis, melle Bille. Ow ow ow".

La vengeance du père Noel est assortie d'une extension inédite: la perte totale du goût et de l'odorat. C'est très étonnant comme sensation; vous pouvez manger tout ce que vous voulez, vos papilles ne sont capables de distinguer que les formes (carrés, ronds, triangles...), les textures, et le chaud et froid. Un peu comme lorsque vous découvrez la nourriture sous cellophane dans un avion, mais en encore plus neutre. Pendant que vous tentez de retrouver une émotion gustative, à travers de petits tests ridicules, comme lécher le contour alienmétallique de vos fenêtres pour voir si ça aurait plus de goût que votre chapon, ou mâchouiller un bout d'éponge, les petites cloques explosent sur vos poumons, et toutes vos bronches sont en crues. Si vous écoutez bien, vous aurez une idée assez précise de ce qui se passe lorsque le Mississipi sort de son lit en charriant plein d'alluvions.

De temps en temps, les brumes se déchirent et vous entr'apercevez une vague odeur. Pas de chance, c'est pile poil au moment où vous plongiez le nez dans un vieux pâté de campagne moisi qui traînait au fond du réfrigérateur. En chancelant, vous vous précipitez alors sur votre foie gras, dans l'espoir de pouvoir en saisir l'odeur fugace (ne parlons même pas du goût, il ne reviendra plus jamais, il faut en faire votre deuil).

Trop tard, les brumes se sont déjà refermées, et vous mâchonnez pensivement un vieux morceau de carton en attendant des jours meilleurs.

Vous n'imaginez pas à quel point c'est frustrant. J'ai fait une petite enquête autour de moi, aucun de mes amis n'a jamais vécu cette absence totale de goût et d'odeur, cette brutale déconnexion du monde des délices. Il m'a même semblé que certains d'entre eux ne me croyaient tout simplement pas.

Incapable de me déplacer ( le virus transforme également vos articulations en copeaux d'ouate particulièrement volatiles), j'ai fait venir un jeune et fringant médecin Dimanche dernier. Il s'est empressé de sortir une roue de sa trousse à outils, sur laquelle il m'a clouée au moyen de 4 blade_runnerseringues hypodermiques. Puis il m'a jetée sur mon lit comme un paquet de linge sale, et m'a menacée des pires tortures si je m'aventurais au-delà de la porte d'entrée dans la semaine à venir. "une sale infection généralisée", m'a-t-il dit tout en me brisant les coudes avec un maillet, afin de m'éviter la tentation de boire de l'alcool (un Sauternes 1981, luisant comme un bloc d'ambre liquide, extrêmement séduisant). Lorsque je lui ai parlé du minuscule chalet, du feu de cheminée, du bon bouquin et des doigts de pieds dans les braises, il a éclaté de rire comme Orson Wells; il est aussitôt descendu au parking afin de crever les pneus de ma voiture, mettre une pomme de terre dans le pot d'échappement, et scier les freins.

Et défoncer le pare-brise à coups de pelle.

Ce jeune médecin est, plus que probablement, un sbire du Père Noel. Son bras droit, sa vengeance personnifiée.

Son âme damnée.

20393059Je rédige ce billet du fin fond de mon domaine, un lit incroyablement confortable. Le sbire en a interdit l'accès à toute forme de vie extérieure, il a dissimulé ça et là quelques charges explosives; je ne suis pas autorisée à vous révéler leurs positions.

Aujourd'hui, l'infection s'étend aux maxillaires, j'ai l'impression d'avoir un porte-avion dans les gencives. Et les arcades sourcillières d'un mandrill.

Jamais plus je ne dirai du mal du Père Noel.

Je t'aime, Père Noel.

Posté par Melle BillE à 10:01 - VieQuotidiennE - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Solidarnosc !

Je suis pas autant atteint, mais, coïncidence, je suis aussi malade. Le Père Noël sait-il donc que c'est uniquement pour protéger mes enfants de la marginalisation précoce que je consens à les embobiner dans le mythe ?..
RV

Posté par Posuto, mercredi 26 décembre à 10:08

oui, Rv, c'est assez étrange comme coïncidence. Je soupçonne le bougreux de nous faire payer notre résistance.

Posté par melle Bille, mercredi 26 décembre à 10:10

I love your montages Miss

J'ai oublié : on ne te dit pas assez que tes montages photos sont à eux seuls une oeuvre grandiose. Je suis sûr qu'un jour tu en vivras et ce ne sera que justice, docteur (private joke à l'attention des nostalgiques du Pif Gadget des 70's-80's).
RV

Posté par Posuto, mercredi 26 décembre à 10:10

Moi je vais bien, merci (désolé, mais ma solidarité a ses limites que la raison ignore).

Posté par STV., mercredi 26 décembre à 10:20

RV, merci. Et puis ça tombe bien, c'est ce que je préfère, les montages;-)))
STV, si vous saviez à quel point je suis soulagée de savoir que vous allez bien, vous n'avez pas idée (je suis une personne empathique)

Posté par melle Bille, mercredi 26 décembre à 10:23

Moi qui ...

... t'enviais déjà pour ton Noël solitaire et glacé, du coup, je ne t'envie plus du tout et même je te plains.

UMA_qui_t'envoie_ses_bises_qui_guérissent_comme_aux_enfants

Posté par Umanimo, mercredi 26 décembre à 11:08

espérons qu'il y ait encore un peu d'enfant en moi quelque part, Umanimo...;-)))

Posté par melle Bille, mercredi 26 décembre à 12:19

Non ! je ne dirai pas "empathique de campagne" !
Il faut savoir se priver de ces peites joies misérables...
Je vous cite : "encore un peu d'enfant en moi quelque part"
Vous êtes la seule que je connaisse qui arrive à être en cloque des poumons.

Posté par Jacques, mercredi 26 décembre à 12:44

Mais mademoiselle Bille, avez-vous envisagé la possibilité que ce jeune et fringant médecin était tombé illico amoureux de vous, et qu'il ne voulait pas que vous sortiez pour être sûr de vous retrouver à la même place et pouvoir réchauffer sur vos joues ardentes de fièvre ses petits doigts gelés lors des longues courses dans la campagne à soigner les miséreux et les rennes du père Noël ?
(je m'entraîne pour le prix Marcel Proust)

Posté par madamedekeravel, mercredi 26 décembre à 17:06

Et j'espère bien que vous mesurez l'étendue de votre chance, Président
MadameDeKoua, vous lisez trop de romances. Cela vous perdra (mais vous permettra de gagner le prix Marcel Proust, chacun ses priorités)

Posté par melle Bille, mercredi 26 décembre à 18:16

Sens-tu encore la douleur ?

Posté par Monsieurmonsieur, mercredi 26 décembre à 20:42

Sans compter qu'avec "peites" au lieu de "petites", moi aussi j'avais un problème de "sans T".
Moouuuaaaahahahahihihi...

Posté par Jacques, mercredi 26 décembre à 20:47

seulement lorsque je ris, Monsieurmonsieur
En fanfare, la fin d'année, cher Président; en fanfare...

Posté par melle Bille, jeudi 27 décembre à 07:40

Bourgeons de ronce

...c'est ma médecine campagnarde (en infusion + miel + une lampée d'armagnac) quand je suis pris de quelque affection qui-met-au-lit...(Je rebondis ici depuis le blog d'Uma). Ce père Noël est donc un bien triste sire...Heureusement en Provence (où je vis quand je ne suis pas à Paris) il est encore peu fêté, car tout nouvellement arrivé dans les années 50...Je vous envoie le santon-metge (c'est le toubib en provençal)et lou ravi (comme tout simplet il a des dons...): si vous ne sentez pas quelques bonnes vibrations c'est que ce salaud de Père Noël est bien une ordure...Sourire...R.

Posté par Roberto, jeudi 27 décembre à 22:09

c'est affreux; j'en suis toute retournée...
mais que fait frère Nicolas, moizelle Bille?
prompt rétablissement...mes hommages au pair Noël, O toi le très gros (courbettes, fossettes, bizettes et talonnettes)
:-))

Posté par tidoigts, vendredi 28 décembre à 10:52

Comment elle va notre Bille? Le virus a-t-il reconnu son erreur et est-il allé hanter quelqu'un d'autre?


UMA

Posté par Umanimo, vendredi 28 décembre à 11:43

Au secours !

Moi aussi je suis tombé terrasé comme le premier Don Basile venu (c'est d'abord rumeur légère) : une crise de Betancourite aigüe, après avoir bouffé de l'Ingrid matin, midi et soir. Manquerait plus que ça se complique d'une Benazirbuttite et d'une Carlabrunite...

Posté par Jacques, vendredi 28 décembre à 14:22

vous plaignez pas, Président. Vous savez qu'on ne parle pas politique ici. C'est sale.
Uma, je vais mourir.
Tidoigts, je transmets à Noelle(la jeune fille au pair)
Merci Roberto. Mais comment bigre avez-vous découvert que je collectionnais les santons de Provence (ainsi que les boite de camembert et les zan)?

Posté par melle Bille, vendredi 28 décembre à 15:49

Melle Bille, faut que tu déménages à Cugnaux. Là-bas, c'est interdit de mourir, donc tu ne craindras plus rien.
La mort ne peut rien contre les arrêtés municipaux, force restant à la loi.


UMA

Posté par Umanimo, vendredi 28 décembre à 18:59

Z'êtes toujours pas guérie ? Dites, vous seriez pas en train d'arnaquer la médecine du travail des blogs par hasard ? Hein ? Moi ? Je vais toujours très bien, merci.

Posté par STV., vendredi 28 décembre à 19:21

Moi aussi je t'aime Melle Bille. Et moi aussi j'adore tes montages. Ils font bien rire mes renes. Je te souhaite un prompt rétablissement (mais ne t'avise plus d'usurper mon identité! Je fais régulièrement le tour des blogs et là, je t'ai captée ma fille!)

Posté par Le père Noël, vendredi 28 décembre à 20:28

C'est eski et bienfaiZan !

de prendre quelque tisane doucereuse agrémentée d'un zeste d'alcool fin. Camembert: au lait cru bien sûr. Zan: Harribo est arrivé, hélas ! Collectionner des santons ? Mieux vaut songer à mettre le petit Jésus dans la crèche !
Bon, j'espère que ce sera pour vous 37°2 le matin...

Posté par Roberto, vendredi 28 décembre à 21:13

Félicitations !

Je viens de Googliser le mot "bougraton". Le wagon3 est le seul site du Monde et de sa banlieue où on peut le trouver. P'tin, La Classe !

Posté par Jacques, samedi 29 décembre à 20:34

Alors, t'es guérite? Des bésites même si non.
;-)

Posté par Ardalia, samedi 29 décembre à 22:14

Tu ne vas peut-être pas le croire, Ardalia, mais je me suis fait une déchirure musculaire EN TOUSSANT (non mais je te jure, faut quand même avoir un kharma); ça m'a rappelé la fois où je m'étais foulé la cheville en enfilant un jean. Donc, pour finir en trompettes et orchestre cette magnifique année 2007, résumons-nous: Bronchite infectieuse, double otite, infection des sinus ET déchirure musculaire (et je ne veux pas entendre dire que c'est psychosomatique, je pourrais tuer). Pour répondre à ta question, je vais beaucoup mieux. Pas encore au point d'aller faire un dos crawlé dans le détroit de Bering, mais je devrais pouvoir faire du patin à glace sur le toit des voitures d'ici un ou deux jours. ça tombe bien, ce sera l'année prochaine.
Comme la vie est bien faite, by jovness.
Hé oui, Jacques, ça ne s'improvise pas, c'est une espèce de grâce génétique. Je suis l'élue.
Roberto, cul nu dans une cabane au bord de la mer, merci bien
Père Noel, c'était pour rire. Maintenant, tu me lâches un peu les poumons, je t'ai demandé pardon. je me repends. Argh.
STV, je suis si rassurée de savoir que vous êtes toujours en bonne santé; ça m'enlève un poids, non mais c'est fou.

Posté par melle Bille, dimanche 30 décembre à 15:34

õ_õ Ma pauvrinette!! Sal*ud de père Noël! Tu vas voir que la Bille a du ressort! Rien n'abat Bille!

Je te crois d'autant mieux que je me suis fais une déchirure intercostale en riant, c'est pas mal ridicule aussi... ;-)
Courage!

Posté par Ardalia, dimanche 30 décembre à 18:08

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