Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 26 décembre

christmas Le bougraton s'est bien vengé.

A peine j'émets quelques réserves, comme quoi je m'en bats les ventricules, de l'esprit de Noel, avec les musiques, les patins à glace, Frank Sinatra et le sapin, que le cadeau tombe: un virus qui vous les dévore, les ventricules. Avec de grosses dents jaunes. Il dévore aussi vos poumons, vos bronches, vos épaules, et une partie de vos pulls en mohair. Et remplace votre voix par un appeau à canard.

Quand vous pouvez parler.

C'est Noel, que la joie soit avec toi, mon ami, le père Noel est très réactif. Paix.

Je trouve cependant la coincidence pour le moins suspecte. jerry_lewis

Peut-être que le père Noel existe vraiment, et qu'il s'est dit: " Moi je me pèle les oignons dans mon chariot à clochettes,  essaie un peu de passer dans un radiateur électrique avec les jouets et tout le toutim quand tu fais du 215 en tour de hanches. Avec un gros manteau et des rennes enchantés. Tu t'en chaloupes les fesses sur un tambourin, melle Bille? Tiens, pour te punir, je t'offre un chapelet de petites cloques sur les poumons, qui vont exploser les unes après les autres en faisant "jingle bell" pendant très longtemps. Et j'ajoute de gros ganglions derrière les oreilles, comme ça tu as ta poupée Shreck quand tu regardes dans le miroir. ça t'apprendra les valeurs, melle Bille. Et joyeux Noel, pendant que j'y suis, melle Bille. Ow ow ow".

La vengeance du père Noel est assortie d'une extension inédite: la perte totale du goût et de l'odorat. C'est très étonnant comme sensation; vous pouvez manger tout ce que vous voulez, vos papilles ne sont capables de distinguer que les formes (carrés, ronds, triangles...), les textures, et le chaud et froid. Un peu comme lorsque vous découvrez la nourriture sous cellophane dans un avion, mais en encore plus neutre. Pendant que vous tentez de retrouver une émotion gustative, à travers de petits tests ridicules, comme lécher le contour alienmétallique de vos fenêtres pour voir si ça aurait plus de goût que votre chapon, ou mâchouiller un bout d'éponge, les petites cloques explosent sur vos poumons, et toutes vos bronches sont en crues. Si vous écoutez bien, vous aurez une idée assez précise de ce qui se passe lorsque le Mississipi sort de son lit en charriant plein d'alluvions.

De temps en temps, les brumes se déchirent et vous entr'apercevez une vague odeur. Pas de chance, c'est pile poil au moment où vous plongiez le nez dans un vieux pâté de campagne moisi qui traînait au fond du réfrigérateur. En chancelant, vous vous précipitez alors sur votre foie gras, dans l'espoir de pouvoir en saisir l'odeur fugace (ne parlons même pas du goût, il ne reviendra plus jamais, il faut en faire votre deuil).

Trop tard, les brumes se sont déjà refermées, et vous mâchonnez pensivement un vieux morceau de carton en attendant des jours meilleurs.

Vous n'imaginez pas à quel point c'est frustrant. J'ai fait une petite enquête autour de moi, aucun de mes amis n'a jamais vécu cette absence totale de goût et d'odeur, cette brutale déconnexion du monde des délices. Il m'a même semblé que certains d'entre eux ne me croyaient tout simplement pas.

Incapable de me déplacer ( le virus transforme également vos articulations en copeaux d'ouate particulièrement volatiles), j'ai fait venir un jeune et fringant médecin Dimanche dernier. Il s'est empressé de sortir une roue de sa trousse à outils, sur laquelle il m'a clouée au moyen de 4 blade_runnerseringues hypodermiques. Puis il m'a jetée sur mon lit comme un paquet de linge sale, et m'a menacée des pires tortures si je m'aventurais au-delà de la porte d'entrée dans la semaine à venir. "une sale infection généralisée", m'a-t-il dit tout en me brisant les coudes avec un maillet, afin de m'éviter la tentation de boire de l'alcool (un Sauternes 1981, luisant comme un bloc d'ambre liquide, extrêmement séduisant). Lorsque je lui ai parlé du minuscule chalet, du feu de cheminée, du bon bouquin et des doigts de pieds dans les braises, il a éclaté de rire comme Orson Wells; il est aussitôt descendu au parking afin de crever les pneus de ma voiture, mettre une pomme de terre dans le pot d'échappement, et scier les freins.

Et défoncer le pare-brise à coups de pelle.

Ce jeune médecin est, plus que probablement, un sbire du Père Noel. Son bras droit, sa vengeance personnifiée.

Son âme damnée.

20393059Je rédige ce billet du fin fond de mon domaine, un lit incroyablement confortable. Le sbire en a interdit l'accès à toute forme de vie extérieure, il a dissimulé ça et là quelques charges explosives; je ne suis pas autorisée à vous révéler leurs positions.

Aujourd'hui, l'infection s'étend aux maxillaires, j'ai l'impression d'avoir un porte-avion dans les gencives. Et les arcades sourcillières d'un mandrill.

Jamais plus je ne dirai du mal du Père Noel.

Je t'aime, Père Noel.

Posté par Melle BillE à 10:01 - VieQuotidiennE - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 22 décembre

Joyeux Noel: modifications (mais appâtons le chaland avec un titre raccoleur)

santa_martiensJe vais vous avouer quelque chose, je me contrefiche de Noël.

Non mais franchement.

Attention,  je ne déteste pas Noël.

Mais simplement, ça m'indiffère. Et je ne vois d'ailleurs pas ce qu'il y a de festif à prendre 17 kilos en se bourrant de mauvais chocolat. Avant, elle me plaisait bien, cette fête. Et puis je me suis rendue compte que quelque chose me forçait à aimer ça.

Ce fut une révélation. 2007 fut d'ailleurs une année riche en révélations. Mais nous en parlerons le 31 Décembre. Ou un de ces quatre.

Noël, c'est pour les enfants. 

Et ces voeux pieux que je renouvelais chaque année, et que je m'empressais de ne pas réaliser, ne tiennent plus vraiment la route (je fume toujours, je continue d'abominer le sport, et je reste championne toutes catégories de la procrastination; dans une autre vie, j'ai été mousse sur un rocher. C'était très zen, mais j'en porte encore les stigmates).

J'ai lu quelque part, sur un blog très bien écrit mais dont le nom m'échappe malheureusement, qu'une fête comme Noel permettait de montrer que l'humain pouvait transcender sa nature. Tout cela est bel et bon. Malheureusement, je pense que l'emploi du conditionnel, ou du passé, serait plus adéquat.  Il fut un temps ou Noel permettait de transcender la nature humaine. Ou Noel pourrait éventuellement permettre à l'être humain de transcender sa nature, pour peu qu'il en ait envie, ou qu'il sache qu'il en a la possibilité. Ou encore à l'origine, dans des temps très reculés où Matel, les chocolats Jeff de Bruges et le réseau Orange n'existaient pas, les humains considéraient Noel comme une possibilité de transcender leur nature x30500humaine.

Aujourd'hui, le marketing indécent qui tourne autour de cette hypocrisie généralisée met dans la bouse un paquet de gens, ceux qui n'ont pas les moyens d'offrir à leurs enfants la wi dont ils rêvent. J'ai des exemples autour de moi. Bientôt, vous serez le dernier des crottins si vous n'êtes pas à même de combler, le temps d'un souffle, votre rejeton de dix ans avec un téléphone portable qui lui fabrique des baskets fluorescentes griffées, et qui font pouet en même temps (et pardonnez moi, mais je pense que vous êtes le dernier des crétins si vous vous endettez pour ça). J'ai vu hier un ado de 14 ans s'offrir un I-phone avec la carte de crédit de sa mère. 400 euros. Le vendeur ne s'est posé aucune question; je le sais, c'est le fils de ma meilleure amie, j'étais avec lui.

C'est une des raisons pour lesquelles, en ce moment, vous avez l'impression d'arpenter "le cimetière des mort-vivants" lorsque vous baguenaudez dans les rayons des hyper-marchés.

Et pas le "marshmallow wold" de Frank Sinatra.

En ce qui me concerne, j'ai trouvé la parade idéale.

Je pourrais transcender ma nature humaine, et aller servir des repas aux SDF. J'en ai conscience; mais je n'en n'ai pas encore trouvé le courage. J'ai du mal avec cette bonté là, je n'en suis pas encore capable. Je n'en serai peut-être jamais capable. Je suis une enfant gâtée du système, je peux gloser des heures sur la faim dans le monde. Agir, macache. Il n'y a plus personne. A défaut de les soulever, je me contente d'habiter les montagnes.

Alors je m'en vais.

Dans des endroits où je ne connais personne, et j'en profite pour travailler.

      Je n'ai donc pas attendu Noël pour offrir à NeveuBille son immonde sabre-laser, nous avons bien rigolé, il m'a même trouvé un surnom à cette occasion ("tatau-pupu", ce que je ne suis pas certaine d'apprécier. Je l'ai donc aussitôt renommé "commandant Pétoff", ce qu'il n'a pas apprécié non plus. ça lui apprendra le respect des aînés). J'ai également trouvé dans un bureau de tabac le cadeau de mon enfance, celui que ne manquait jamais de m'offrir mon grand-père à n'importe quelle occasion, le célébrissime "monsieur patate". C'est un petit sachet qui contient un costumes_plastiquechapeau, de petits pieds, une grosse paire d'yeux, une moustache, et de petites mains en plastique. Grace à ces accessoires extraordinaires, vous transformez n'importe quelle patate en hilarant petit bonhomme grotesque. J'ajoute que ça coûte 2,75 euro, ça ne vaut vraiment pas le coup d'en priver votre neveu; ça marche aussi avec une clémentine ou une poire. Et vous n'avez pas besoin de vous endetter pour ça (au pire, si vous êtes vraiment dans le rouge, vous ne boirez que 3 vins chauds au lieu de quatre, lorsque vous irez bousiller les baraques du marché de Noel, celui dont la musique sirupeuse vous scie les oreilles depuis 15 jours).

Cette année, un ami m'a prêté un minuscule chalet, quelque part en Suisse (je sais, c'est récurrent).

Je voulais aller à New-York, mais mon banquier me l'a formellement déconseillé, tout en appuyant fortement un fusil à canon scié sur ma tempe ( et je serais la dernière des crétines si je m'endettais pour ça). Je ne suis pas certaine qu'il y ait une connexion internet, c'est un endroit où il doit y avoir des ours. C'est bien connu, les ours grignotent les connexions internet du bout des crocs, ils en sont très friands. S'ils ne trouvent pas de connexions internet à grignoter, ils saccagent tout sur leur passage, c'est la raison pour laquelle on ne trouve plus un arbre au Groenland.

Et ça, Al Gore ne nous le dit pas.dallas2

C'est une vérité qui dérange.

Le soir de Noel, comme chaque soir dès que je serai là-bas, je vais faire un gros feu de cheminée (sauf si les ours ont tout saccagé sur leur passage), je vais prendre un gros bouquin, je vais m'ouvrir une bonne bouteille de Saumur-Champigny, et je vais dévorer un pain d'une demie-livre de foie gras.

Les doigts de pied dans les braises.

Je téléphonerai au commandant Pétoff en prenant un accent Russe, et je me ferai passer pour un habitant d'Alpha du centaure.

Cohérence oblige, vous ne m'en voudrez donc pas si cette année, je ne vous souhaite pas un "joyeux Noel", je me rends compte que je ne suis pas très à l'aise avec la transcendance de ma nature humaine.

Par contre, permettez moi de vous dire que je vous aime.

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mardi 18 décembre

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Posté par Melle BillE à 12:19 - FouRReTouT - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 14 décembre

Vous attendiez des nouvelles d'un hôtel miteux typique? Je suis navrée, j'ai perdu mes super pouvoirs.

J'ignore à quoi je dois attribuer rock_n_rollcette perte, mais je n'ai été capable de dénicher qu'une maison d'hôtes absolument charmante, avec de petits rideaux de cretonne à fleur, et une literie tout-à-fait confortable, à peine instable.

Instable ai-je dit? Oui je l'ai dit, je fais ce que je veux. Nous verrons pourquoi tout à l'heure.

C'était parfait, jusque dans le moindre détail, jugez plutôt: une pendule Elvis Presley dans le salon (avec Elvis Presley qui montre l'heure avec ses bras), un accueil Suisse à l'avenant (imaginez un yödler coiffé en banane, ça vous donne l'idée), et une de ces insomnies telluriques dont je suis coutumière depuis une bonne quinzaine d'années. Ces insomnies ont cependant un bon côté,  elles me permettent de tester tous les équipements de l'établissement, pendant que les pensionnaires perdent leur temps à se reposer et à faire des rêves merveilleux. Ils ne savent pas ce qu'ils ratent.

Je suis descendue en pantoufles dans le salon, ne perdant pas l'espoir de m'endormir instantanément sur place, et j'ai attentivement observé l'horloge Elvis Presley (avec la petite lampe de poche qui me permet de communiquer avec les extra-terrestres).

J'ai été drôlement déçue.

Celui qui a eu l'idée d'une telle merveille n'a pas été jusqu'au bout de sa trouvaille, et c'est bien dommage.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'une horloge Elvis Presley qui marque les heures en faisant "coucou" n'est pas crédible. Selon toute logique, chaque tranche horaire devrait être ponctuée d'un extrait de "jailhouse rock", on devrait même se faire un devoir d'esquisser de façon systématique quelques figures acrobatiques.  tango

Ainsi que de vigoureuses amplitudes pelviennes.

Pareil pour le tango d'ailleurs.

Ce serait un monde merveilleux, où chaque heure qui passe déclencherait une débauche de déhanchements suggestifs, même avec votre patron, ou votre facteur. Nous nous lancerions, tous, l'espace de quelques secondes, dans une folle compétition débridée de rock n'roll, et mon partenaire du moment m'appellerait Bille Haley (ah ah). Vous imaginez une horloge de ce style au restaurant? A la sécurité sociale? (c'est un mauvais exemple) Au trésor public?

Allez, je vous laisse y réfléchir une minute...

Vous avez vu comme c'est amusant?

Dans le cas d'une horloge à l'effigie de John Wayne (ça existe, j'ai vérifié), on se prendrait des coups de pétoires dans les oreilles, on mimerait des duels au milieu du désert Mojave, on pourrait même se jeter à plat ventre sous le bureau en poussant de petits cris effarouchés. Et après, nous irions tous boire un whisky à la cafétéria, les plus légères d'entre nous seraient entraîneuses de saloon, et les messieurs chiqueraient, et diraient  "damned"," blood n'guts" ou "holly shit", en bavouillant un jus noirâtre.

Dans un coin sombre, il y aurait un vague joueur de banjo, un peu inquiétant. Ce serait votre patron, il aurait des dents en or. Et des trous entre (je ne suis pas bien certaine de la syntaxe, là).

Tout ça grace à une horloge.

Ce serait un rudement bon moment.

lost_in_translation_park_hyattUn peu déçue par l'absence d'audace des horlogers, je suis remontée dans ma chambre, il était 2.00 du matin. Saviez-vous que certaines chambres d'hôtes sont équipées de lits à roulettes?

Lasse de chercher un repos réparateur, je me suis livrée à quelques petites expériences.

En prenant fermement appui sur le mur avec vos pieds, vous pouvez propulser votre literie, et vous avec, jusqu'au milieu de la chambre, et opérer une très légère rotation de l'ensemble en renversant tout sur votre passage. Vous explorez ainsi les quatre points cardinaux sans le moindre effort, afin de trouver l'emplacement exact qui convient à votre plongée dans les limbes.

En ce qui me concerne, c'est une croix sur une carte au trésor, les nuits de sommeil sont aussi rares qu'un dédé gagnant.

Il m'a semblé déceler une légère lueur d'effroi dans le regard du garçon d'étage lorsqu'il est entré avec mon petit déjeuner, et qu'il m'a découverte la tête à 10 cm de la corbeille, un pied battant furieusement l'air, et les deux mains arc-boutées sous le bureau. J'ajoute qu'un oreiller trônait près du radiateur (les nuits Helvètes sont fraîches en cette saison), et que la couette achevait d'opérer une retraite vers la porte de la salle de bain. feignasse

Mais j'ai fait comme si de rien n'était.

Après tout, il est à mon service, ce gueux.

Je sais qu'il est venu pendant la nuit, dans le noir dessein de me faire subir les derniers outrages, et de dérober ma maroquinerie et mon nécessaire de toilette. Il avait même probablement l'intention d'offrir ma crème hydratante à sa bonne amie, et de revendre mes chaussettes au marché noir.

Et c'est uniquement parce qu'il n'a pas été capable de déceler ma présence dans la pénombre qu'il ne m'a pas coupé les deux mains. Je suis d'ailleurs surprise qu'il n'ait pas buté contre la literie.

Alors son étonnement, je m'assois dessus.

Posté par Melle BillE à 11:49 - VieQuotidiennE - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 10 décembre

eraserheadUn mois de mon métier se déroule en principe dans les conditions suivantes: Je suis grosso modo 1 semaine et demi sur le terrain, et 15 jours plantée devant mon ordinateur, l'oeil vitreux et le cerveau comme une masse calcaire, à tenter de mettre en forme quelques phrases que le rédacteur-en-chef s'empresse joyeusement de mettre à la corbeille, dans un grand éclat de rire mutin. S'ensuit en général une vaste pluie joyeuse de confettis désordonnés.  Puis je passe 1 ou 2 journées à errer, nue et sans force, dans les couloirs de mon propre immeuble, et une ou deux alitée, le regard fixe, à dévorer tout ce qui me passe à portée de main, avec le sentiment mitigé du devoir accompli in extremis, dans les conditions les plus cahotiques.

J'ajoute que ces journée là, je ne me peigne pas.

Je viens à peine de quitter cette période de restructuration, il va d'ailleurs me falloir quelques heures pour découvrir par quel étrange mystère mes cheveux ont pu pousser de 2 mètres en 48 heures. D'autant qu'ils ont poussé frisés.

Sur le mois, il reste donc toujours un peu de temps libre que chacun utilise à sa guise, encore heureux. Certains d'entre nous vont chez le coiffeur, le résultat n'est d'ailleurs pas toujours à la hauteur.

Mais ceci est une autre histoire.shiningfilm_ebe9f

J'occupe ce temps libre à aller dans des endroits que mes amis refusent de fréquenter, pour d'obscures raisons. J'aime prendre la voiture, rouler, et m'arrêter, au hasard, dans un hôtel miteux typique. Je le choisis toujours miteux typique, car je n'ai pas les moyens de m'offrir un 5 étoiles (sauf lorsque j'y vais pour des raisons professionnelles, auquel cas je me fais un plaisir de saccager les draps, de déambuler de longues heures chaussée de douillettes pantoufles gracieusement fournies par l'établissement, et de vider le minibar avant de m'endormir, la bouche ouverte et les bras en croix, devant l'écran plasma, réglé sur une chaîne incompréhensible. Je suis très professionnelle, j'ai une conscience). Et je n'aime pas les chaîne hôtelières.

En congé, je refuse tout simplement de séjourner dans un hôtel où le propriétaire n'a jamais mis les pieds; Je comprends sa raison d'être, mais je nie tout bonnement son existence, ce qui est d'ailleurs réciproque. Les chaînes hôtelières et moi nous ignorons mutuellement, et le monde tourne rond.

Dans un petit hôtel miteux typique, on a toujours de merveilleuses surprises. Un lit conçu pour nain et fabriqué à partir du squelette d'une grosse caisse, des murs gazeux qui vous permettent de edwardprofiter de la passionnante conversation de vos voisins, quand il y en a, ce qui est assez rare, un concierge unijambiste, et tout un tas de petites anomalies, dont l'absence de café correct le matin n'est pas la moindre. Il est important que le petit hôtel typique miteux (ça change, j'aime bien) soit situé dans un quartier sordide ou, encore mieux, dans une campagne sordide. Ainsi, personne ne vous entendra hurler à la mort lorsque le garçon d'étage viendra vous faire la peau, vous couper vos deux mains et vous planter une paire de ciseaux dans les yeux, voler votre maroquinerie, et envelopper votre corps dans une couverture moisie rongée par les mites. Il ne vous violera qu'après, car il n'est pas bien malin.

L'orage apocalyptique qui ne manquera pas d'éclater couvrira le bruit des pelletés de terre qui tomberont sur votre corps sans vie, après que le garçon d'étage vous ait précipitée dans le trou creusé à cet effet.

On n'entendra plus jamais parler de vous, ni de votre maroquinerie.

Et votre voiture servira de maison pour les poules.

Ce genre de chose n'arrive jamais dans les chaînes hôtelières.

J'avoue me diriger 9 fois sur 10 vers la Suisse, pour le délicieux frisson d'exotisme que procure le fait de franchir une douane. Maismovie là n'est pas l'unique raison (je précise malgré tout que le fait de passer une frontière en chocolat est très émoustillant, ne serait-ce que pour le plaisir d'entendre l'accent du canton de Genève. Essayez donc de ne pas rire lorsque le douanier vous demandera si vous avez quelque chose à déclarer. Si vous y parvenez sans effort, c'est que votre vie est lugubre, j'en suis désolée). La Suisse, comme tout pays, est capable du pire comme du meilleur (sauf Waikiki, qui n'est capable que du meilleur), et je suis particulièrement fière de vous annoncer que je suis extraordinairement douée pour découvrir ce qu'elle a de pire en matière d'hôtellerie.

C'est donc d'un volant très joyeux, très expectatif, et très gourmand,  que je vais m'éclipser 2 nuits, et je suis à peu près certaine de ne pas vous décevoir à mon retour.

PS: franchement, tout ça pour ça, était-ce bien la peine de mobiliser votre attention?

Posté par Melle BillE à 09:28 - VieQuotidiennE - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 05 décembre

A mon avis, le seul musée qu'il ne faille rater sous aucun prétexte, à Paris, est le musée des Arts et Métiers. Croyez-moi, ça vaut vraiment le coup.

J'ai très largement hérité des gènes de ma mère, qui n'a pas son pareil pour dénicher les endroits les plus iconoclastes (elle a récemment parcouru des centaines de kilomètres à travers une nature hostile pour aller visiter le musée du chaudron, mais elle peut passer 25 fois devant le MOMA sans en distinguer l'importance. Ni l'entrée d'ailleurs). J'ai été extirpée du même moule. Je m'endors dans l'instant pour peu que vous me placiez devant la Joconde, mais je peux rester une journée entière en état de stupeur mentale sous le tablier d'un pont, à en détailler le moindre boulon. Je visite cependant presque systématiquement les musées, au cas où ce fâcheux défaut disparaîtrait, au profit d'une soif intense de savoir un peu plus utile (cela dit, je doute que la Joconde soit très utile pour traverser la baie de San Francisco).

pendule_de_foucaultCependant, si vous m'accordez un tout petit peu de crédit, je vais vous expliquer pourquoi j'aime tant le musée des Arts et Métiers (je suis navrée, mais je suis, en ce moment même, très perturbée; je viens de découvrir que Neveubille, profitant d'une absence passagère, m'avait tatoué 3 flocons de neige à l'encre bleue sur l'avant-bras; ce qui me donne un petit côté prisonnier d'Alcatraz. J'éprouve donc un décalage certain entre la rédaction de ce billet, qui se veut culturel et passionnant, et ce poignet navrant(poignant?) qui pourrait appartenir au capitaine Crochet. Mais je réalise, à l'instant même également, que vos petits yeux rendus châssieux par la contemplation de votre écran n'étaient absolument pas à même de voir mes poignets. Par conséquent, faites comme si rien n'était arrivé).

Le musée des Arts et Métiers est probablement le seul musée au monde dans lequel vous puissiez à la fois rigoler, et passer à vos propres yeux pour un parfait abruti ( à moins que vous ne ressentiez un besoin irrépressible de poser tout un tas de questions dont vous ne comprendrez aucune des réponses, auquel cas vous passerez pour un parfait abruti aux yeux des autres).

Dès votre arrivée, dirigez vous d'un pas décidé vers la chapelle Saint Martin des Champs (surtout si vous arrivez à 17.15h, c'est à dire 3/4 d'heure avant la fermeture. Vous ne paierez pas l'entrée, mais vous serez instantanément ligotée par 3 représentants des forces de l'ordre, rouée de tricycle_Serpolletcoups, et jetée comme un quartier de boeuf sur le sol de la chapelle. Vous serez également menacée de mort par empoisonnement, et un guide véreux tentera de vous introduire de force dans une cheminée). Une fois ces petites formalités accomplies, vous allez découvrir une des plus extraordinaires réalisations de l'homme: "le pendule de Foucault". Je n'ai aucune autre explication à vous fournir, dans la mesure où j'ai atterri au beau milieu d'un aréopage de physiciens, et que je n'ai pas compris un traître mot du débat. Il était question de gravité, de force de Coriolis, peut-être même ont-ils parlé de raviolis et de porte-clefs, mais en Mésopotamien. Qui est une langue que je ne maîtrise pas. J'ai donc passé l'essentiel de mon temps à éviter de me prendre en pleine poire une boule en fonte de 12 kilos, suspendue à un câble d'acier antédiluvien qui menaçait de se rompre à tout instant.

L'effet strike serait intéressant si cela devait arriver.

Ensuite, on vous dirige vers un échafaudage de passerelles en acier et plexiglasse, sur lequel sont disséminés les véhicules les plus improbables de l'histoire des transports. Je conseille avec enthousiasme le tricycle à vapeur Serpollet, avéré selon la petite fiche explicative "incommode, pesant, et peu stable". J'aime l'idée qu'un homme ait un jour pu envisager de faire Paris-Roubaix aux commandes d'un tel véhicule, d'autant qu'il va beaucoup moins vite qu'un marcheur normal. N'essayez pas d'actionner la poire située à gauche du manche à balai, elle fonctionne. Vous allez faire retentir une espèce de corne de brume éclatante dont la déflagration va se propager d'étage en étage jusqu'aux oreilles des maîtres d'armes responsables de la discipline, qui vont arriver dans l'instant pour clones3vous paralyser la nuque et vous cassez les bras.

Comme je suis sujette au vertige, il m'a fallu parcourir le dernier étage quasiment à quatre pattes (je rappelle que les passerelles sont en plexyglasse, ce qui vous donne l'impression d'évoluer dans les airs sans parachute et de marcher sur des atomes, comme Magneto dans les X-men, mais avec beaucoup moins d'assurance); j'ai donc mis une bonne demi-heure à gagner l'ultime attraction: l'"engrenage intérieur à denture hélicoïdale de La Hire". C'est une espèce de truc en bois plein de dents qui ne sert absolument à rien. Ne serait-ce que pour ça, ça vaut drôlement le coup de courir le risque de faire une chute de plusieurs dizaines de mètres, et de vous retrouver aplatie au sol en mille morceaux sanguinolents. Les maîtres d'armes vous contemplent d'en bas, leurs visages ont la taille d'une tête de mouche, mais vous voyez bien qu'une lueur d'attente malsaine voile leurs regards malveillants. Ils attendent que vous tombiez.

Mon but atteint, j'ai dû redescendre à toute berzingue, car le musée fermait. Je vous prie de croire que ce ne fut pas une partie de plaisir, je suis revenue devant le pendule de Foucault les jambes molles comme de la barbapapa, et j'ai dû me jeter à terre pour éviter la boule de 12 kilos qui accomplissait de grands mouvements de balançoire mortels.

Je pense que les physiciens s'en servent comme d'une arme dissuasive, au cas où vous seriez tenté de rester après la fermeture.

PS: ce billet manque un peu d'amplitude (à la différence du pendule de Foucault); c'est parce que je travaille, en fait. La bonne blague.

Posté par Melle BillE à 11:06 - Un mondE ExtraOrdinairE - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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