jeudi 17 janvier
Au début de l'histoire, j'avais prévu de vous raconter ma journée à Avoriaz. La neige, les glissades, la chute dans le gouffre, la bataille d'ours, le bonnet qui gèle directement sur la tête, le vin chaud solaire et tout ça.
Et puis, entre temps, il s'est passé hier. Et de deux maux, je préfère raconter le pire ( car le pire arrive toujours. Par exemple, si vous êtes pendu à un arbre, un oiseau peut vous faire caca sur la tête. Et si vous êtes pendu par les pieds, une vache peut venir vous brouter les cheveux avec son gros museau tout plein de bave. Et son gros souffle tiède et fétide).
Hier, donc.
Et j'ai une question à vous poser: Vous est-il déjà arrivé de vous sentir totalement déplacé dans un endroit, au point de préférer franchir le cap horn dans un tonneau pourri plutôt que renouveler l'expérience? Si vous cochez "oui", votre empathie est la bienvenue. Si vous cochez "non", sortez sans faire de bruit, mettez vous dos au mur les mains sur la tête, je reviens avec ma masse d'arme à clous. Je vous déconseille vivement l'option "je suis en train de vivre ce moment en lisant votre blog", à moins que vous n'aimiez le baiser de la mort; vous étiez prévenus.
Invitée dans un de ces pince-fesses de luxe que je redoute tout particulièrement, j'avais choisi pour l'occasion de ravissantes ballerines à talons minuscules. Elles sont un tout petit peu trop grandes, ces ballerines (je crois que j'ai maigri des pieds cet hiver, ce qui est assez surprenant comme dommage collatéral). Je dois donc recroqueviller les orteils à l'intérieur, pour les agripper à la semelle. Parce que si vous n'êtes pas très vigilant, une ballerine trop grande profitera de la situation pour fuir le contact de votre pied. Cette fuite sera facilitée par l'étroite complicité qu'elle entretient avec votre collant. On ne le dira jamais suffisamment, les objets sont des traîtres et fomentent des complots.
Je sais ce que vous êtes en train de penser. Vous vous dites que j'aurais dû mettre d'autres chaussures.
Certes, mais cette paire là était particulièrement gironde avec le reste de la tenue, et je ne vous demande pas pourquoi vous mettez des slips verts en lycra. Avec une braguette zippée. Pour information, si des gens comme moi n'expérimentaient pas au quotidien ce genre de chose, vous en seriez réduits à lire des manuels de mécanique, et des notices de tondeuses à gazon.
DANS LA SALLE DE RESTAURANT, IL Y A UN SOL ACAJOU-WENGE PASSE 37 FOIS AU POLISH.
Vous avez déjà essayé de marcher sur un parquet triple-cirage avec des chaussures trop grandes? Je vous recommande l'exercice, si vous souhaitez muscler vos orteils, ou si vous postulez pour Holiday on ice (d'ailleurs, bougez vous les fesses. Al Gore n'est pas très optimiste quant à l'avenir de ce spectacle réjouissant).
Par contre, vous pouvez vous en passer si vous souhaitez simplement déjeuner.
Bref, me voici assise à une table de 3 personnes. En découvrant les convives, je me dis que le hasard est une donnée très instable qu'il vaut mieux ne pas trop solliciter. Je suis face à un de mes partenaires préférés (vous imaginiez quoi au juste, que j'étais une nonne?), et à côté d'une femme frémissante, toute retravaillée vers le haut (je remarque avec stupéfaction qu' il est possible de se faire une queue de cheval avec la peau des joues), et qui passe ses week-ends entre Cortina d'Empezzo et Waikiki, la truie violette. Je suis à leur table, avec mes ballerines trop grandes, et le petit bouton de mon chemisier vient de lâcher et de sauter dans mon assiette comme un crachat, sa fuite révélant du même coup mon aspect le plus mammaire. Ptoui.
Dans un moment pareil, si vous aviez mon exubérance pulmonaire, vous voudriez vous aussi être sur les traces d'Emile Zatopek, si possible au fond des grottes de Lascaux, avec le chapeau de John Wayne enfoncé sur les yeux. Et des lunettes de soudeur.
Ptoui, donc, fait le petit bouton de mon chemisier. Cortina d'Empezzo étouffe un gloussement très haut de gamme, et fait mine de n'avoir rien vu. Mon partenaire occasionnel Le monsieur assis en face de moi , lui, n'a réellement rien vu, trop occupé à hypnotiser d'Empezzo à coups de bons mots, de clins d'oeil, et de rires sonores un peu brouillons. Je n'apprécie qu'à moitié, mais je ne prends pas le temps de lui planter une fourchette dans l'oeil, je suis déjà bien assez embêtée avec mes poumons. Quelques minutes passent, et j'aquiers à leurs yeux à peu près autant d'importance qu'un seau à champagne tout cabossé. Vous adresseriez la parole à un seau à champagne, vous (je veux dire, si vous étiez normaux)?
Eux non plus (ou lui arracher à la cuillère à moka, l'oeil. J'hésite encore).
Je profite donc de cette expérience de physique amusante pour tenter de faire un repli vers les toilettes. L'idée, c'est d'agrafer la petite broche de mon manteau sur mon chemisier, afin d'éviter que le maître de cérémonie se demande pourquoi il a invité les gros seins de Dolly Parton à ses agapes.
Las, au second pas, ziiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, ma ballerine droite s'échappe, et court se réfugier sous la table voisine. Ziiiiiiiiiiiiiiiiii, je ne peux pas tout contrôler non plus, il faut que la vie garde sa part de mystère. Sinon, que serions-nous, hein, que serions-nous? Arrogants, sûrs de nous, nous avancerions vers l'avenir, radieux, emplis de certitudes, et nous nous ferions bien chier. Ziiiiiiiiiiiii.
Résumons nous. Je suis debout, pied nu, les nichons déployés dans tous les sens, devant un parterre de personnes pour lesquelles
remarquer le supplément sudoku de "the economist" est le comble de la vulgarité (ce supplément est par contre le bienvenu dans les cuisines. Après avoir reçu le fouet, les bonnes le déplient, et y déposent les grains de caviar mal calibrés. S'ils sont d'humeur, les chats Afghans daigneront les lécher), c'est un triomphe (pas mal, cette phrase. Les professeurs de lettres vont en aimer l'aspect grammatical novateur et rebelle).
Très curieusement, cette fois-ci, mon partenaire occasionnel chauffeur n'a pas offert de me raccompagner.
PS à l'attention de la personne qui habite la riante commune de La Pignolière, dans le centre, et qui rend régulièrement visite à ce blog: franchement, vous devriez déménager.
Commentaires
un ptit lien
un petit lien pour remonter le moral avec cloonus
le voila
http://www.dailymotion.com/video/x2cbua_cameracafe
Tu as fini la transhumance vers les toilettes sur tes jolis collants ou tu as tenté de récupérer les évadées?
Bon, j'imagine bien la réponse (la proposition deux?). Moi j'aurai choisi la une.
Devant des ballerines si peu coopératives, l'abandon me parait la solution la plus appropriée. Ca leur apprendra.
UMA
Explication de texte
C'est pas juste ! Et pourquoi je ne suis jamais là quand ça arrive, tout ça ?
Je commente le billet :
"la bataille d'ours" : vous vous êtes vraiment jeté des ours à la tête ? P'tin la crise !
"son gros souffle tiède et fétide" : Ho, hé ! moi aussi, j'ai un gros souffle tiède et fétide, mais je ne donne pas de laid (euh...non) de lait
"au point de préférer franchir le cap horn dans un tonneau pourri" : Vi ! D'ailleurs j'y suis en ce moment (l'ADSL passe ach'ment mal et ila fait pas beau). Il reste une place de rameuse, dépêchez-vous je sens qu'on dérive un max.
"votre empathie est la bienvenue" : j'ai de l'empathie en croûte, ça ira ?
"je ne vous demande pas pourquoi vous mettez des slips verts en lycra" : qui m'a dénoncé ?
"les nichons déployés dans tous les sens" : vous avez un esprit sein dans un corps nichon ?
"si vous étiez normaux" : Pourquoi ? j'ai l'air normal ?
"mon partenaire occasionnel n'a pas offert de me raccompagner" : Tssss... renvoyez-le en cuisine avec les autres rats.
Ah oui !
J'approuve Jacques avec force. Renvoyez-le en cuisine avec les autres rats. (quant au lycra vert, Jacques, c'est moi qui suis la cafteuse)
Et ces ballerines ? Ont-elles souffert ? Qui a entendu leurs plaintes lancinantes dans l'ombre lugubre du soir perdu...
Kiki :-)
PS: et avec des grosses chaussettes, non ?
wé wé, Free; Mozinor est assez rigolo (sa video de James Bond est un régal). Mais qui est donc ce mystérieux free84 d'ailleurs?
Raté, Uma, j'ai récupéré l'évadée, l'ai copieusement rabrouée dès mon retour en lui imposant une chaussette du Président, celle qu'il avait au pied lorsqu'il est resté 15 jours dans les pyrénées sous un cagnard de la mort. Après avoir piétiné par mégarde une bouse.
Jacques, vous avez un sixième sens.
Kiki, non. Franchement non. Ou alors en fil d'écosse, les chaussettes, bien collées au mollet afin d'en dessiner le galbe affriolant.
Comment tu manques d'à propos!
"Résumons nous. Je suis debout, pied nu, les nichons déployés dans tous les sens, devant un parterre de personnes"
C'était pile le moment de chanter Habanera, enfin, voyons!
"Laborantin oiseux rebelle..."
Ouais, je vous avais laissé avec un problème de tong, je reviens, c'est la ballerine, donc rien de nouveau en fait.
Le train train quoi.
J'ai adopté depuis longtemps la technique du chat qui marche sur des coussinets. Comme chacun sait, c'est très confortable, discret et feutré.
Autre avantage : ça colle bien à la plante des pieds et en cas d'amant défectueux, on peut en extraire une griffe lacérante assez efficace.
bises.
Cher Charly, comme quoi la vie, c'est vraiment le pied...
Leila, et la technique sabot, c'est pas mal non plus. Vous vous collez 1 sabot de taureau sous la voûte plantaire. Si l'importun moufte, vous lui en décrocher un bon coup dans la mâchoire; cette technique exige souplesse et réactivité, mais une fois maîtrisée, elle apporte amour, gloire et beauté. Et terreur aussi.
Ardalia, effectivement, j'aurais dû faire ça, la main sur le coeur, avec une belle voix de stentor. Je pense que professionnellement, celà m'autait apporté un plus.
Ah ah ah.
Comme c'est joliment raconté, et comme tu n'as pas de chance...
Tu es sûre qu'on se voit vraiment quand tu montes à Paris ?
t'as peur que je mette des chaussures trop grandes? C'est ça? T'inquiète, les ballerines, je les ai foutu à la poubelle, celle qui est sur le pont du Mont Blanc (je dis ça pour les Suisses qui seraient intéressés)
La dernière illustration, c'est Dinner for One ?
Pierre Tchernia, sors immédiatement du corps du Président
corps de balai
Maudites ballerines pour corps de balai,
Même sur le lac des singes tu reste la grâce même .
Java Jalouse tes seins c'est tant pis pour elle, quand a Mr occasionnel il devrai se mettre au sudocoup .
Tu es inimitable et irresistible.
Réserve moi un tonneau je parts avec toi .
mieux vaut maigrir des pieds que maigrir des fesses !
Imagine que ce soit ta jupe (ou ton pantalon) que tu aies perdu !...
Je fais appel à Diogène unlimited pour louer les tonneaux, Zelda. Tu as une préférence pour la couleur des sièges?
Madame de KerCompostelle, c'est effectivement une perspective rassurante.
Vertitude
Mais comment Président?
Encore ce fameux slip vert légendaire ?
Toujours d'actualité! Quelle chance vous avez !Bernie prend vraiment soin de vos petits dessous.
Il est inusable ...C'est de la qualité ! Et même pas molletonné, Maurice!
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