vendredi 29 février
Où Robinson Crusoe explique à vendredi qu'il a mis son pagne à l'envers
Je vais essayer de garder mon calme.
Ce billet était consacré à Yvan Rebroff, voilà tout ce qu'il en reste.

Parfois, la cruauté de l'informatique ne connait pas de limites.
Je suis maudite.
mercredi 27 février
Ce serait presque un billet sérieux. Mais ne te fie pas aux apparences.
"ah ben vous, on peut dire que vous avez réussi votre vie! ça fait plaisir de bon matin, de rencontrer des gens comme vous!".
J'ai réussi ma vie, moi?
Franchement, ça m'a fait drôle, que cette petite pepette belle comme un coeur, pétillante comme un mini pétard multicolore, me sorte au petit jour (et au débotté) une phrase pareille. Et c'est d'autant plus intéressant que cette question là, je me la pose depuis quelques temps. J'ai donc considéré cet enthousiasme juvénile comme une sorte d'augure moderne, une réponse des dieux.
Examinons la situation de plus près. Réussi par rapport à quoi au juste, et tout d'abord selon bien comment pire (ah ah, vous voilà déstabilisé par la construction anarchique de cette phrase. Mais réussir sa vie, c'est aussi savoir faire évoluer la langue Française. Vous verrez, nous en reparlerons dans 2 ou 3 décennies, lorsque l'expression "avec Grand Volontiers" fera partie du protocole. Je signale d'ailleurs qu'elle fait déjà fureur au Borlazoliputz, un petit royaume extrêmement novateur, et précurseur dans bien des domaines. Rappelons pour la petite histoire que le roi du Borlazoliputz a inventé le slip en galuchat; ce qui n'est pas bête du tout, puisque le galuchat n'est autre que le cuir de peau de raie, un étonnant poisson-chanteur. Bien sûr que si. Sérieux, vous ne connaissez pas Charles Raie? Mais dans quel monde vivez-vous? Enfin bon, l'affiche ci-contre est, une fois de plus, une preuve de mon éclatant savoir )?
Tu vois, mon bel ami (car ce sujet mérite un tutoiement copain, un sourire de connivence, voire une petite claque sur les fesses et un mandat-poste d'un montant faramineux), il existe des normes de réussite, et je ne suis pas tout-à-fait certaine de me reconnaitre dans l'une d'elles.
Je te donne un exemple.
Dormir sous une yourte quelque part en Haute-Tarentaise, pour les besoins d'un article, est-il un symbole de réussite professionnelle?
Attention, sois attentif au lieu, mon bel ami. Tu n'es pas en train de parcourir les steppes Mongoles à dos de poney nain, et nul fougueux Kirghiz édenté ne t'attend avec un thé au beurre de yak. Tu n'écouteras pas davantage sa magnifique ritournelle, cette lente mélopée propice à la romance et à l'abandon languide sous le dôme étoilé des cieux, par une belle nuit froide et limpide. Tu es en Haute-Tarentaise, et tu cherches désespérément une station service car tu n'as plus de gazole. Et va trouver une station service en Haute-Tarentaise, tu vas voir comme tu t'amuses. Il existe une théorie, développée dans les années soixantes par le philosophe-géographe Géronimo Moenne-Loccoz, qui affirme que cette vallée serait un leurre destiné à attirer les âmes faibles, afin de mieux les détrousser. Tu vas traverser tout un tas de petits villages peuplés de spectres blafards, sous une pluie battante. Et ton lecteur CD va tomber en panne, car la Haute-Tarentaise se traverse en silence (lorsque tu tomberas en panne sèche, ce sera encore plus silencieux. Comme ça, tu pourras entendre distinctement le bruit que fait une faux lorsqu'elle s'abat sur ta nuque).
C'est la Loi.
Je te donne un autre exemple.
Ramasser les croûtes de tome éparses qui jonchent la couette, après avoir partagé un repas alité, et plutôt mouvementé, avec un homme qui va vite ressauter dans son slip en galuchat, est-ce le symbole d'une réussite affective?
Attention, sois attentif à la situation, mon bel ami.
Il est 4 heure de l'après-midi, le compte a rebours a commencé.
Dans quelques minutes, tu vas assister au décollage de la fusée Ariane (avec son slip en galuchat). D'ici une petite heure, elle atterrira pile à côté de son épouse, dans un grand potin de casseroles bringueballantes. Pendant que tu iras prendre un apéritif bien mérité avec tes amis de toujours, et que tu afficheras l'air béat et repu d'un gnou à la retraite. Après, tu rentreras chez toi, tu te feras une soupe, et tu regarderas "FBI portés disparus" en te coupant les ongles des pieds.
Tu fumeras une cigarette, aussi.
Et, en contemplant Jack Malone à travers les volutes bleutées, les talons en équilibre sur la table basse, il est possible que tu aies une petite pensée pour la fusée Ariane (et son slip en galuchat). Et que tu te dises que tout ça finira un jour.
Il est même possible que tu prennes conscience d'un fait troublant: tu vieilliras seule.
Je pourrais te donner un troisième exemple, celui de la réussite financière.
Mais en fait, ça ne serait pas très intéressant. Parce que, comme c'est le cas pour les deux autres, la réponse à la question posée serait forcément "oui". Réussir sa vie, c'est assumer les conséquences de ses actes, même s'ils vont à l'encontre des normes classiques de la réussite. L'important, c'est d'y prendre du plaisir.
Pépette a donc raison. De nos jours, la manière dont les dieux répondent à nos questions est assez surprenante, mais je ne m'étonne plus de rien (je rappelle qu'à l'époque Romaine, un vol de corbeaux suffisait). D'autant que.
Sur ce, je vous laisse, je file discutailler le gras avec mon banquier.
Je me demande s'il porte un slip en galuchat.
mercredi 20 février
"par les foudres de Béhémoth, sois maudit, sale pétoncle" murmura Paul sans détacher les yeux de Mac Dermott, cet ignoble salaud
Oui mais, cependant, j'exerce une activité pour laquelle je dois parfois faire des sacrifices. Me donner corps et âme sans rechigner, tester de petites choses idiotes, et, parfois même, mettre ma vie en danger. Une nouveauté chaque jour, c'est un métier.
Et c'est mon choix.
Et si j'ai mentionné le snowkite dans le billet précédent, ça n'est pas tout-à-fait par hasard. Non pas que je m'intéresse particulièrement à ce sport ridicule ( je trouve d'ailleurs pour le moins curieux que l'on fasse systématiquement appel à moi, lorsqu'il s'agit de faire un sujet sur LE domaine que je déteste le plus: le sport+ le ski+le froid+le danger+la vitesse. Compte tenu de mon grand âge, j'en viens à soupçonner un complot ); mais vous comprenez, on m'a obligée.
D'ailleurs, c'est vraiment dégueugueu, de profiter ainsi de ma bonté, et de mon pouvoir d'achat défaillant. Me refiler ce genre d'article, c'est de la cruauté pure.
Je vais donc vous demander d'être très empathique, et d'imaginer la chose suivante: Vous êtes au sommet d'une montagne battue par des vents glaciaux qui vous font sortir les yeux des orbites, et qui vous gèlent les oreilles. Vêtue avec la grâce que l'on sait, sanglée dans un harnais de parachutiste, aux côtés d'un type bronzé acajou, qui est obligé de vous enfoncer un porte-voix dans le tympan pour que vous compreniez bien les directives (à cause du vent, et des oreilles gelées). Avant la fin de la première phrase, une bourrasque va gonfler votre voile et vous faire décoller de plusieurs mètres en arrière, loin de votre moniteur, qui continuera de parler (à cause du vent, et du
manque de visibilité. Pour lui, vous êtes toujours à 2 cm de sa bouche, alors que vous explorez déjà la terre Adélie). Ne paniquez pas, une seconde bourrasque va vous faire chuter lourdement sur le sol bien damé, et vous traîner à toute berzingue sur plusieurs dizaines de mètres, pour vous ramener exactement à votre point de départ. Votre instructeur sera surpris de constater à quel point vous êtes attentive. Je ne saurais trop vous conseiller de vous munir de protège-joues, le frottement contre la neige gelée est très abrasif, et incroyablement douloureux (pensez aussi aux protège-dents, on ne sait jamais).
Mais tout le monde rigole, et vous voilà devenu la coqueluche des pistes. Dorénavant, on va s'arracher votre présence.
Surtout pour distraire les enfants, pendant que les adultes se défonceront au Red Bull avant de se livrer à tout un tas d'acrobaties puériles et dangereuses. Moi, mes parents m'emmenaient faire de la luge, une belle luge en bois. Ma mère marchait gauchement dans la neige comme une espèce de canard coiffé d'un bonnet, pendant que mon père applaudissait lorsque je prenais à 2 à l'heure un virage serré, sur un patin, et que je partais brouter la poudreuse comme un culbuto. C'était le comble du bonheur. Maintenant, les enfants voient leurs parents accomplir de superbes arabesques dans les cieux, et ils les applaudissent. 
Ce qui n'est pas nécessairement pire.
Le snow-kite est une activité incroyable. Dès la première traction (je ne parle pas du galop d'essai navrant raconté plus haut, mais de la première véritable glissade, celle au terme de laquelle j'aurais dû, selon toute logique, chuter dans un abîme, m'emmêler dans une ligne à haute-tension, ou embrasser un poteau), j'ai senti une espèce d'ivresse s'emparer de tous mes membres. Toute frissonnante d'émoi, j'ai poussé un petit cri de ravissement, avant de décoller à l'horizontale, exactement comme superman (mais avec des habits différents, et sans la cape).
La force de traction d'une voile est stupéfiante. D'une seconde à l'autre, vous passez de l'état solide à l'état gazeux, et toutes les prières de votre enfance vous reviennent en mémoire sous forme compacte. Avant de vous lancer, regardez bien autour de vous, et ne croyez surtout pas que vous allez pouvoir vous livrer à de spectaculaires cabrioles maîtrisées. Mais vous allez enfin savoir ce que ressent exactement un macaron placé dans l'œil d'un énorme cyclone.
Certes, cette information n'a pas grande valeur. Mais qu'importe ton avis, manant, je contrôle la rédaction de ce billet aussi bien que ma voile, tu n'as aucun pouvoir céans, je suis le chef.
Par contre, il faut admettre que la présence de cette voile est bien pratique pour se jouer des obstacles, malgré son manque manifeste de maniabilité. J'ai ainsi frotté des pieds une poubelle, répandant du même coup un flot d'ordures sur la surface immaculée de la piste, mais sans dommages corporels. Sans mon indomptable cerf-volant, je l'aurais percutée de plein fouet. Je suis ensuite partie au petit bonheur la chance, tantôt les articulations en X, à quelques mètres de hauteur, tantôt traînée à genoux, puis à plat ventre, tout en râclant furieusement le sol de ma planche. Avec quelques variantes sur les flancs. Le tout à la vitesse du son. Pendant ce temps, mon moniteur devait être occupé ailleurs, à boire quelques vins chauds en surfant sur les vents. Je ne suis pas certaine d'être parvenue à trancher correctement la jugulaire d'un skieur avec le bord coupant de mon snow-board, mais je suis à peu près certaine de l'avoir assommé, avant de rebondir encore une fois vers les cieux, en arrière (le vent avait tourné), ma nuque traçant au passage un profond sillon dans la neige. J'ai émis un son inédit, il ne s'agissait peut-être pas de moi.
C'était vraiment divertissant, quoiqu'un peu fatigant.
Bref, au terme de cette ébouriffante expérience, je ne suis pas certaine d'être la personne la plus qualifiée pour parler correctement de l'ivresse du snow-kite, et de ses bienfaits.
Pourtant, je vais le faire, car je n'ai aucune déontologie.
Quelle honte.
BONUS!!!!!!!! Le troisième wagon t'offre une vidéo qui ne te rajeunit pas: "ride like the wind", le "petit plus illustration" (mais regarde les lunettes du moustachu qui pianotte un des 37 claviers du clip, et tu mesureras toute l'étendue du temps qui passe).
Un jour, je serai fière de ce blog.
Mais morte.
PS: il faudra un jour qu'on m'explique la raison pour laquelle je choisis de tester une activité de plein air précisement le jour où il fait gris comme dans un cul d'âne. Je suis claquée, bonne nuit, faites de beaux rêves.
dimanche 17 février
"il n'était guère épais" dit-il à Tolstoï, non sans mépris
Soudain, j'éclatai d'un rire gras et tonitruant.
Ceci n'a rien à voir avec le billet d'aujourd'hui, mais ça faisait un moment que j'essayais de débuter par cette phrase, sans jamais y parvenir. C'est enfin chose faite, je ne vois pas pourquoi j'ai hésité si longtemps, c'était finalement plus facile que je ne le pensais.
Non, en fait, je voulais vous parler de Raymond Loewy, et de ces mots pétillants d'imbécillité qu'on prononce parfois à la suite d'un repas enlevé. Du genre: "tiens, et si on se mettait à faire de la marche active pour muscler notre absence de fesses? Hein?". Tournez 7 fois votre langue dans votre bouche avant de poser une question de ce type, car sachez qu' il y aura toujours une abrutie du même acabit que vous pour relever le défi; sauf qu'elle, elle sera sérieuse, pas émêchée pour deux sous, et follement partante.
Je ne demandais rien à personne, je feuilletais les mémoires de Raymond Loewy bien au chaud sous la couette. C'était un type formidable, un génie rigolo comme tout. Il aurait pu rendre élégantes les courbes d'un ornithorynque, et inventer le Daiquiri glacé. Mais le Daiquiri glacé existait déjà, aussi s'en enfilait-il des litres afin d'en parfaire la recette. En outre, il était amoureux des trains, exactement comme moi dites donc. Un maître.
Je passais un moment délicieux.
Dans la chaleur de mon lit, tout en fumant mollement une cigarette extraite d'un paquet dessiné par Raymond Loewy, je pensais également à cette foule bigarrée amalgamée sur les autoroutes glaciales, prête à tout pour venir déposer des emballage de chewing-gum et des canettes de bière aux pieds des pistes de ski. Et se casser les jambes sur des arrêtes rocheuses rendues coupantes comme des rasoirs par le gel. Et tomber dans des précipices. Raymond Loewy n'aurait jamais fait ça, il préférait la Floride. Et Waikiki. Exactement comme moi dites donc.
Quand soudain, ma copine Zazouille a sonné à la porte. Sur le coup, bien sûr, je ne savais pas que c'était ma copine Zazouille. Quelle ne fut donc pas ma surprise de la découvrir dans la lumière du couloir, parfaitement adaptée au sport, chaussée d'élégantes baskets (en fait, les baskets ne sont jamais élégantes. Plutôt moches, même. Elles vous font les pieds comme des rognons colorés. Je suis certaine que Raymond Loewy détestait les baskets).
Elle sautillait sur mon paillasson en exhalant de petits paquets de souffle, un sourire béat collé sur la bouche. Le mien s'est
instantanément effondré (je veux dire par là que j'adore ma copine Zazouille, mais à la buvette du marché ou au cinéma, pas lorsqu'il faut marcher activement derrière le Transsibérien). Il était trop tard pour mimer la lèpre, et son enthousiasme était tel que refuser aurait fait naître en moi un épouvantable sentiment de culpabilité.
J'ai donc dis OK, rascal, mais c'est moi qui choisit le parcours. Je pensais en l'occurence à la distance qui sépare mon immeuble du bar "la Villa", situé à 27 mètres très exactement, qui dispose d'une terrasse chauffée, et d'un petit vin du Chili vraiment délicieux. Mais la bougresse ne s'est pas laissée prendre à un piège aussi grossier. Cela dit, je ne pense pas qu'il soit du meilleur goût de se rendre à la villa chaussée de rognons, et vêtue comme un alpiniste prêt à l'ascension du Makalu. Raymond Loewy non plus d'ailleurs.
Je ne sais pas si la marche active est réellement efficace pour les fessiers. Ce que je peux par contre affirmer, c'est que la marche
active par grand froid réduit votre visage à la dimension d'un citron, mais lyophilisé. Au terme d'une petite foulée de 15 minutes, vous flottez déjà dans votre bonnet, et vous envisagez la rédaction d'un dictionnaire des insultes les plus crues, à dire en toute occasion et par tous les temps.
Lors d'une marche active en hiver, par exemple.
Zazouille s'était parfaitement renseignée, elle me montra comment faire. Vous raidissez le mollet, contractez la fesse, tendez la cuisse, rentrez le ventre, relevez les épaules, tout ça en même temps, et vous partez comme un boulet de canon en faisant d'amples mouvements des coudes. Un peu comme un playmobile dénué de conscience. Si vous croisez une connaissance, et qu'elle vous lance un désinvolte: "hé! salut Iron-man! T'es sorti avec Dardevil?", vous êtes en droit de la provoquer en duel, ou plus simplement de l'assommer, et de la mettre dans une poubelle. Sauf si c'est Raymond Loewy. Il vous toisera de pied en cap, fera "tsss tsss tssss" avec sa bouche, et vous le remercierez pour ça.
Zazouille m'a rapidement distancée, je la soupçonne de ne pas être tout-à-fait l'amie qu'elle prétend. Je me suis retrouvée seule et frigorifiée, dans le noir d'un parc hostile, hébétée d'être là. Comme réveillée d'un long coma dépassé, lorsque vous découvrez que vos amis et votre famille en ont profité pour vous déguiser comme une tome. J'ai cependant continué ma course, certaines personnes sont capables de faire à pied Irkoutsk-Vladivostok en 3 heures. Ou de traverser le détroit de Bering en nage-papillon. .
Sauf que les gens qui traversent le détroit de Bering en nage-papillon ne le font pas lestés d'une demie-tonne de clefs en fonte. Alors en mode marche active, je ne vous décris même pas le tintamarre, je suis certaine d'avoir réveillé toute la population d'un village perdu dans les Causses.
Et franchement, qu'est-ce qu'on a l'air tarte, imaginez un peu. Ou peut-être que vous avez déjà vu ça en vrai? (auquel cas vous ne nous avez pas fait partager votre expérience, soit par pitié, soit par respect. Quel que soit votre motif, sachez qu'il ne tient pas. Le monde doit savoir. Je croyais sincèrement que la marche active était une pure invention, un fantasme issu du festival du film d'animation, ou des ateliers Pixar).
Le gros avantage d'habiter Annecy tient au fait que 90% de ses habitants pratiquent la marche active, le roller, le ski de fond, le vélo, le jogging, le judo, le tir aux pigeons, la catapulte, le saut à l'élastique, le snowkite, le funambulisme, le jonglage avec des pétards Cobra allumés, la pâte-à-sel tonique, et les barres parallèles. L'animation dans les parcs atteint son point culminant le soir, après les
heures de bureau. J'ajoute que tous les prétextes sont bons pour pratiquer un sport quelconque pendant les heures de bureau, comme bander ses muscles pour saisir son gobelet de café, faire des pompes en réunion, ou une clef de lutte à votre patron, plutôt que lui serrer banalement la main (j'essaie depuis des années de me fondre dans la masse, mais c'est tout le contraire, ma masse musculaire fond). C'est une ville très stimulante d'un point de vue gymnaste. Vous passez donc inaperçue malgré vos baskets en rognon, votre bonnet trop grand, votre anorak en acier et votre ridicule pantalon molletonné qui fait "ffffffffff ffffffffffff" à chaque enjambée.
Je crains malheureusement d'être une Annécienne déviante, il va me falloir accepter de vieillir avec des vis dans les hanches, un teint brouillé, et une fesse concave.
Allongée.
Mais sous la couette, avec Raymond Loewy.
mercredi 13 février
Il a fait un peu frais aujourd'hui. Beau, mais frais. Mais beau.
PS (oui, j'aime bien mettre des PS au début, c'est déroutant): je ne parlerai pas de la saint Valentin, j'ai déjà dit tout le bien que je pensais de cette fête ici
Aujourd'hui, je vais te parler du merveilleux métier de buraliste. Oui, je t'en ai déjà parlé une fois, je te félicite pour ton excellente mémoire, tu dois manger beaucoup de poisson. Mais c'était sur un autre blog, si tu te souviens bien, et j'ai un nouveau visiteur d'antigua et Barbuda qui aimerait peut-être savoir ce qui se dit en France de ce merveilleux métier.
Tiens, regarde un peu comme il est chouette le drapeau d'Antigua et Bermuda Barbuda.
| 23:32:52 | N/A | N/A | N/A | ![]() |
69.50.70.248 | Provenance inconnue |
Provenance inconnue mes fesses, tu viens d'Antigua et barbapapa Barbuda.
Mais avant que de vous (finalement, le vouvoiement s'impose parfois) entretenir de cette délicieuse profession qu'est le buralisme, burationisme, boureliaturiste ce délicieux métier
de buraliste, laissez moi vous narrer la singulière déconvenue dont je fus la victime la nuit dernière, tard, à l'heure où la pègre estourbit d'innocentes victimes, à l'heure où vous dormez (à moins que vous ne fassiez partie de la pègre, ce qui soit-dit en passant ne m'étonnerait pas plus que ça), à l'heure où l'écrivain maudit, fiévreux, peine à trouver ces quelques mots qui seront à jamais gravés dans l'airin de l'Histoire. Il faut vous dire que pénétrer dans mon immeuble revient à violer les 772 serrures à points de fort Knox. Si vous y parvenez sans connaître les 22 codes, que vous évitez les sacs de ciment qui vous dégringolent sur la nuque dès que vous faites un pas de travers, que vous réussissez à tromper le judas et la reconnaissance digitale qui vous passent l'iris au laser et le pouce à la ponceuse, et si vous arrivez à l'étage souhaité en possession de tous vos membres, je suis étonnée qu'on n'ait pas fait appel à vous pour le rôle de Benjamin Gates. Enfin bref, j'avais totalement oublié un des codes, le plus vital, celui qui permet de sortir du premier sas de compression. Je me suis donc retrouvée devant l'interphone, le cerveau totalement plat, à 2 heure du matin.
Un code, on le fait sans y penser vraiment. Ce n'est pas le cerveau qui agit, mais le doigt. Il sait exactement où se diriger sur le J'ai négligemment appuyé sur mon interphone, au cas où une entité bienveillante se soit dissimulée dans mon appartement pendant mon absence (pour échapper à la terrible vengeance de Gnôôôr l'Innommable, qui la poursuit depuis la nuit des temps à travers les 13 dimensions). Aucune réponse, bien entendu ( il s'agit donc d'une entité malveillante, c'est toujours bon à savoir). A partir de cet instant, mon index a perdu toute retenue, et s'est mis à tapoter frénétiquement sur le clavier dans tous les sens. Pendant ce temps, j'essayais de vider mon cerveau, afin de favoriser un réflexe reptilien. Las, un récipient à sec ne se vide pas (non, va demander à tous ceux qui se sont retrouvés en plein désert avec une gourde en peau de bouc à sec, tu parles avec l'au-delà, bravo, tu es un médium et tu ne le savais pas, tu vas pouvoir gagner ta vie maintenant). Je crois que tout y est passé: mon numéro de J'ai donc choisi, fatalement, la solution extrème: appeler quelqu'un afin qu'il daigne m'ouvrir. Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte de la situation. Il est 2.30 du matin, vous avez la bouche un peu pâteuse, et votre voix ressemble à un vieil élastique détendu de la voyelle. Dans une minute, vous allez faire retentir une corne de brume dans un appartement inconnu, et vous allez dire: "boooouuuussssoir, j'a oublé mon queude bour rentrer dans mon chezmoi que ce serait trèèèèèèèès sympa si tu pouvais m'ouvreur le porte vous voule bien?", ou quelque chose d'approchant. Si vous ne prenez pas dans la seconde un coup de tromblon en pleine poire, vous êtes chanceux. Donc, vous appuyez au hasard, mais très vite, en espérant que la personne concernée n'entendra rien. Vous préféreriez largement qu'elle fasse une rupture d'anévrisme. Ce qui est très paradoxale. Cela dit, cet immeuble est exclusivement peuplé de nonagénaires sourds comme des marmites, le réglage du volume des sonnettes atteint donc un niveau acoustique formidable. C'est bien simple, le plan ORSEC se déclenche à chaque manipulation. Un peu comme lors d'un concert de cors des Alpes. Aucune chance, donc, qu'on ne vous entende pas. Il se pourrait même que certains habitants meurent en plein sommeil, terrassés par une crise cardiaque. A la cinquième pression sur 5 interphones différents restés sans réponse, j'ai eu comme une illumination. Mon index a tapé à toute vitesse sur le clavier, dans une sorte de transe mystique, un pentagramme magique. Un souffle divin. Clic, la porte s'est ouverte. J'ignore d'où a surgi cet éclair de connaissance, mais il était drôlement bienvenu, pile poil au moment où une voix étouffée et chancelante, marquée par la stupeur, s'échappait du dernier interphone. De la vie, enfin. Mais il est trop tard, mon pote, je ne te laisserai pas avoir la moindre prise sur moi, je suis le maître du monde, je connais le code. J'ai ignoré le fâcheux, me suis engouffrée sur la pointe des pieds dans le second hall, et j'ai bâillonné l'ascenseur. Dans ce cas très précis, vous avez tout intérêt à faire museau, il en va de votre réputation (je vous rappelle que vous êtes saoul comme un Polonais, et qu'il est 2.30 du matin. Et que vous êtes extrèmement lâche). Je crois que ma valise roulante a fait un peu de grabuge dans les couloirs, et que j'ai laissé tomber mon trousseau de clefs plusieurs fois sur le carrelage, mais va prouver que c'était moi, hein? Sans rigoler, vous auriez fait quoi, vous? Vous auriez trompetté partout que c'était vous, la détraquée qui appuie sur tous les interphones à 2.30 du matin, comme une sale gosse, avant d'aller se mettre au chaud sous sa couette? Alors vous pensez bien qu'après une telle aventure, la profession de buraliste, je m'en tapes un peu la fesse sur un tambourin. Et je m'en tape aussi d'Antigua et |
mercredi 06 février
Le boursin fortement aillé donne mauvaise haleine, mais qu'est-ce que c'est bon sur de petits toasts bien chaud (c'est un choix)
Voilà, le printemps ne devrait plus tarder.
J'ai une horloge interne pour ça; lorsque j'entre en ébullition et que soudain, je cesse de ressembler à un ersatz mal dessiné de

Françoise Sagan (avec le pull à col roulé noir et les cheveux bien filasses), c'est que le soleil n'est pas loin.
Bref, ce matin, j'ai eu envie d'être jolie, bien habillée, légère et bien coiffée. Ce qui est un défi titanesque; mais souvenez vous, le printemps ne devrait plus tarder.
Et hop voilà un billet bien torché.
Pour commencer, après votre bain douceur et volupté aux huiles essentielles de cervelas, et votre peeling à l'éponge scotch côté vert, vous enfilez une paire de bas qui tiennent tout seuls en vous boudinant bien le haut des cuisses (tout à un prix. Mais au vu du résultat, je me demande s'il ne serait pas moins coûteux d'enfiler 2 sacs poubelles de 200 litres, et de les fixer avec du chaterton. Moins raffiné, certes, mais tellement plus confortable). En général, l'un des deux pète: vous avez tiré trop fort, vous êtes championne du lancé de roue d'émental, ne l'oubliez pas. Maintenant, votre bas ressemble à un filet de pêcheur. Notez bien que c'est du meilleur goût lorsque vous avez 16 ans, que vous aimez les crucifix, et les coupe-gorges urbains (parce qu'une gothique sur un tracteur, c'est assez inhabituel. Possible, mais inhabituel). Et que vous chérissez votre scoliose et vos fesses plates. Mais passé la puberté, ça tourne vite mère maquerelle dans le port de la Ciotat. Mais nous verrons ce détail plus tard, lorsqu'il sera temps de parfaire notre tenue générale. Pour l'instant,
occupons nous de nos cheveux. Vous êtes brune, la crinière longue et ondulée? Cessez de lire ce billet et passez votre chemin, je n'ai pas de conseil à donner à Gina Lollobrigida, qu'elle se débrouille avec Phoebus et Quasimodo, ça n'est déjà plus mon problème.
Affaire classée.
Vous êtes blonde, et votre coiffure ressemble à une vague étoupe de ramoneur?
Bienvenue, je t'aime.
Achète le "hair conditionner drammatically marvellous and different from the others and magical mystery tour from the Beatles" de John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly hills. ET LIS BIEN LES INSTRUCTIONS de John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly Hills. Car n'oublie pas qu'il t'en cuira si, pour dieu sait quelle raison malsaine, tu devais ne pas respecter le temps de pause indiqué par John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly Hills. Tes cheveux deviendront comme des spaghettis, mais pas cuits, et se casseront tout seuls, tu n'as pas besoin de peigner des spaghettis (ni de te faire une raie de côté. De toute manière, c'est vilain, la raie de côté. Surtout de dos. Ah ah, qu'est-ce qu'on rigole). Bon. Une fois que tu as mis toute la boite sur ta tonsure, tu dois t'envelopper la tête dans une serviette chaude.
"Pardon excusez-moi John Frieda coiffeur des stars de Beverly Hills, je vais peut-être dire une belle ânerie, mais comment dois-je faire pour chauffer une serviette?
-Plusieurs solutions tentatives sont possibles, melle Bille. *Tu la mets sur un radiateur, et de temps à autres, tu la retournes. Au bout d'une demi-journée, elle est vaguement tiédasse, mais tu n'en n'as plus besoin, car entre temps, tes cheveux sont tombés sur le sol par petits
paquets crépus. Voilà une bonne chose de faite. *Tu la chauffes au sèche-cheveux, la résistance pète, tu fais sauter les plombs du quartier, et toutes les alarmes des commerces environnants se déclenchent. Tu finiras ta journée au poste. *Tu la mets au four, thermostat 7, pendant 20 minutes. Lorsque tu la poseras sur tes cheveux, la chaleur va faire fondre le produit John Frieda le coiffeur des stars de Beverly Hills, et ton cerveau avec. *Tu vas à l'aéroport du coin, tu choisis un avion de taille moyenne, et tu mets la serviette dans le réacteur; ne reste pas trop près du réacteur. L'avion décolle avec ta serviette, et te décolles la tête par la même occasion. Quelques kilomètres plus loin, il va s'abîmer sur un village, à cause de la serviette qui s'est coincée dans la turbine. Mince alors, te voilà responsable d'un pécoricide (si tu ne comprends pas ce mot, tu me téléphones). C'est moche, mais il fallait réfléchir plus tôt; tu passeras l'éternité face à ta conscience. *Tu fais un feu de bois, tu mets ta serviette dedans. Elle brûle. Tu as vu comme elle brûle vite? *Tu la mets dans le toaster, mince elle est trop grande (ou le toaster est trop petit; mais tu n'es pas non plus sensé engloutir chaque matin la tartine du cyclope, c'est pour ça que les toasters ont une capacité de toaster, pas de serviette). *Tu peux aussi tenter l'accélérateur de particules du CERN, mais là, à la sortie, ta serviette aura disparue; transformée en protons, neutrons et bosons. C'est une loi de l'univers.Tu peux essayer de les mettre sur ta tête, pour ce que ça te coûte, mais l'effort est inutile. Va plutôt boire un coup avec Raoul au bar de la Raclette qui chante.
Bref, c'est infaisable, à moins que tu ne téléphones à l'Impérial Palace pour te faire livrer sur le champ. Faut pas pousser, ce ne sont que des cheveux, et pense à regarder tes relevés bancaires avant de te lancer dans cette aventure follement chic, mais suicidaire. Sinon, tu prends un avion et tu viens te faire coiffer chez moi, John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly Hills".
Merci John Frieda, coiffeur des stars de Beverly Hills.
PS: Et les bas dans tout ça?
Tu n'en n'as plus besoin, sauf si tu veux t'en mettre un sur la tête pour faire le casse du siècle.
Car je te rappelle que tu es chauve.
lundi 04 février
Joachim Du Bellay (1522-1560)
10 000 choses sont effrayantes.
Sylvester Stallone.
Un représentant de l'agence immobilière t'annonce d'une voix de rapière émoussée (et qui grince): "Bonjour melle Bille. Tu as un rappel de charges de 741 euros. Tu peux payer tout de suite. Bonne journée melle Bille, je te crache au visage".
Une lettre d'amour de Michou.
Je laisse à ton imagination le choix des 9997 autres, les possibilités sont vastes, et ton esprit fertile.
Voilà, ce sera tout, bonne journée à tous.
Bien cordialement, melle Bille.
Non, je rigole, allez. Mais il faut que tu saches que bientôt, sur terre, IL N'Y AURA PLUS DE VRAI FLAN PÂTISSIER AUX BONS OEUFS FRAIS. Tout fout le camps, je suis anéantie.
Tu as peur, hein, mon ami?
Je vais t'expliquer la situation, patiente un peu, tu es vraiment trop pressé parfois. Tiens, je te donne un exemple. Lorsque je suis revenue de Gresy sur Aix, moi, j'ai pris mon temps (je suis navrée; j'aurais voulu te parler de destinations plus exotiques, comme Topeka, Winnipeg, Albuquerque ou Marovoalavo, mais est-ce ma faute si la Savoie ne fut rattachée à la France qu'en 1860? Est-ce ma faute si la purée de carotte de Monoprox fond dans la poele par petits fragments caillouteux pas très bons? Est-ce ma faute si ton paquet de farine s'est ouvert dans ton sac-à-main et que maintenant, ton portefeuille ressemble au père Noel? Tu sais, j'en ai vraiment raz le bol d'être ton bouc émissaire. Il va falloir que tu te prennes en charge une bonne fois pour toutes parce que là, la coupe est pleine).
En sortant de Grésy sur Aix, donc, je fus prise d'une de ces petites faims hypnotiques, de celles qui te font croire que tu vas mourir tout sec si tu n'ingères pas une quantité respectable de glucose dans les plus brefs délais j'ai eu envie d'un flan. Comme j'étais à la campagne et que j'avais bon nombre de petits villages sinistres riants à traverser, je n'ai pas jugé très sain d'aller engraisser une pâtisseries industrielles (en réalité, ce sont les pâtisseries industrielles qui nous font engraisser), je suis donc partie en quête du flan perdu.
(là, il faut que tu cliques sur le petit lecteur)
boomp3.com J'ai d'abord erré longtemps dans "la biole". "La Biole" est un pâté de maisons qui s'étend sur 11m2, traversé par un pont de
singe, et dont les habitants sont de forme cubique. Ils disposent d'un dépôt de pain fermé depuis la grande guerre, et rebaptisé secrètement "musée du pain", à cause des fossiles. Comme la tradition orale est restée très vivace dans ces contrées sauvages abandonnées de Dieu, ça n'est indiqué nulle part. Attention; une fois engouffré dans "La Biole", tu n'en sortiras plus jamais, le terrain sur lequel le village se situe est domicilié dans une dimension parallèle. Avec de gros trous dedans. Le dépot de pain aussi. Mais moi, j'ai un truc pour me sortir des situations les plus désespérées.
Et je ne partage pas mes informations.
Après "La Biole", tu traverses le bucolique "Albens".
"ALBENS": 203 maisons, 27 habitants et demi, dont un oeil.La boulangerie est fermée. Et des poules avec des dents et des bras. Riante petite bourgade de Haute-Savoie. La boulangerie est fermée. Le boucher vous fera goûter ses délicieux petits flans aux rognons de cheval.La boulangerie est fermée. Attractions:part de flan miraculeuse grotte miraculeuse à 3 km, en direction de Saint Felix.La boulangerie est fermée.
Nous voici donc à Saint Félix. A l'heure qu'il est, ce n'est plus d'un flan dont j'ai besoin, c'est du samu. Je conduis d'un orteil agité par le manque, mes mains cyanosées ne me sont plus d'aucun secours, ma vue se trouble, je vois une part de flan géante obscurcir l'horizon. Je fonce dessus, l'écume aux dents, je la percute de plein fouet.
Mince, c'était le maire du village.
Je me suis arrêtée à 3 cm de ses souliers, dans un crissement de l'enfer, en projetant partout plein de petits graviers. Exactement comme les 4 cavaliers de l'apocalypse. Je suis sortie de la voiture, les yeux fous, je l'ai agrippé par le revers de son veston et je lui ai flanqué une baffe de forgeron et lui ai demandé OU AU JUSTE J'ALLAIS POUVOIR TROUVER UN VRAI FLAN PÂTISSIER NOM DE DIEU C'EST QUAND MÊME PAS BIEN COMPLIQUE MERDE!
3 options s'offraient à lui: *Il me répondait que la boulangerie était fermée, et je jetais son corps démembré aux orties. * Il me répondait qu'il n'y avait pas de boulangerie, et je téléphonais sur le champs à Knut le Hardi et sa horde de barbares sanguinaires, dont la spécialité est d'arracher à la trayeuse électrique les yeux des maires de Saint Felix. En outre, ils n'ont rien à me refuser, il ne manquerait plus que ça, après tout ce que j'ai fait pour eux*Il me répondait "tout droit, puis à gauche. La spécialité de Saint Félix, c'est le flan pâtissier aux oeufs frais, notre renommée est mondiale. D'ailleurs, tenez, pas la peine de vous déplacer, j'en ai sur moi", il sortait une part de flan de sa poche revolver, et je lui jurai allégeance jusqu'à la fin du monde.
Le bougre s'en est bien sorti, il m'a dit d'une voix doucereuse (j'ai bien senti la cruauté dans son intonation, heureux qu'il était de me priver
ainsi de toute réaction hostile) "il faut aller jusqu'à Alby sur Chéran La boulangerie est fermée, et vous prenez la direction de Mûres. Là, vous allez aux BalmettesLa boulangerie est fermée, et vous prenez la route de Gruffy. Par contre, je crois qu'elle ferme à 4 heures, la boulangerie de Gruffy"; et il a détalé dans un grand éclat de rire satanique.
En dansant une petite gigue.
Il était 4 heure et quart.
Alors tu comprends, les pâtisseries industrielles, finalement, elles ont un sacré rôle à jouer dans l'équilibre mental des habitants de la Haute-savoie.
vendredi 01 février
Le pont de la rivière Kwai (fil RSS. Suivez, bon dieu!)
Et ce fit alors que tu te rendu compte que parfois je m'énerva pour pas grand chose et cependant. Bien que. Et malgré tout que tu m'excuses, c'est comme dit.
Voilà, c'est fait, je viens de jeter par la fenêtre "l'élégance du hérisson", de Muriel Barbery. Il est peut-être tombé sur une tête. Je ne jette pas souvent les livres par la fenêtre. La dernière fois, c'était "L'amant", de Marguerite Duras (forcément Marguerite Duras). Et c'était la fenêtre d'un train. Du coup, je suppose que les vaches ont été satisfaites (mais je ne sais pas ce que ça peut donner au niveau du lait). Je les imagine bien, sous un arbre, soulever délicatement les pages de leurs petits sabots mutins. Et rêver d' horizons lointains, et d'amours improbables décrites en langage codé.
Avant de brouter le tout avec cette sympathique nonchalance bovine. On aurait tort de prendre les vaches pour des imbéciles; et les hérissons pour des dandys.
Un hérisson n'est pas élégant, c'est un
hérisson.
Au début, j'ai trouvé le livre alléchant.
Ensuite, il m'a énervée.
C'est très rare qu'un livre m'énerve; au pire, je le délaisse comme un vieux collant moche, et je l'abandonne sur un banc.
Au cas où.
Mais au fil des pages, j'ai senti le sentiment d'agacement grandir, sans trop savoir pourquoi.
Maintenant, je sais.
"L'élégance du hérisson" est une manne prétentieuse, pompeux sous le faux decorum de la simplicité. Une imposture. A moins qu'il ne s'agisse d'un piège, un canular d'intellectuel(le) pour intellectuel(les). Bien sûr, c'est un livre "dans le vent" (il y a belle lurette que cette expression ne l'est plus, par contre), il gratouille et écorche. Il se donne bonne conscience, aussi. Dès le début, il vous fait accroire qu'on peut aimer Kurosawa ET Bruce Willis (mais pas en même temps). C'est d'ailleurs à ce moment que je me suis reconnue, et j'ai laissé exploser un petit "youpi" interne, pour ne pas effrayer le tanin de mon Saumur-Champigny. Mais si tu veux d'autres références à "Die Hard" ou "Boire et déboires", tu t'adresses à la presse spécialisée, pas à la concierge de Muriel Barbery. Ou tu loues les DVD en cachette, tu t'auto-licencies ès Bruce Willis dans le plus grand des secrets, parce que tu n'en n'entendras plus jamais parler. C'était la caution "je suis exceptionnelle parce que je m'intéresse à tout (pourtant, je suis concierge), mais je préfère quand même te balancer 22 références bien culturelles afin que tu saches qui tu as devant toi. C'est pas de la merde (pourtant je suis concierge).".
Intarissable sur Ozu et sur la grammaire, elle prend cependant soin de cacher toute cette belle science à son entourage. On se demande bien pourquoi. Il y a fort peu de chance pour que l'entourage en question s'en pose la moindre, il est à 99 francs pour cent
composé de crétins patentés insondablement riches (effet, cause).
Les seules richesses de Renée sont sa culture et son cerveau; et dieu sait si ça épate, une culture pareille. Nom d'un chien rends toi compte: tu lui dis bonjour, elle est capable de déceler que tu n'as pas placé l'accent tonique sur la bonne syllabe. Et ça, limite ça lui colle une attaque; mais silencieuse, l'attaque. On ne sait jamais: des fois que les riches, ces gros abrutis, s'apercevraient qu'un cortex en ébullition mijote sous ses bigoudis.
Une sacrée prise de risque, si vous voulez mon avis. Et qui ne s'impose pas. Renée préfère donc passer pour une grosse abrutie à son tour, et infuser sa science dans la pénombre de sa loge, avec sa copine Manuela et son chat Léon (ça me rappelle une chanson bien buse: napoleon est en avion avec sa femme et son cochon. Je ne sais pas pourquoi, c'est bizarre). Bien sûr, il faudrait aussi parler de la gamine suicidaire, la surdouée qui veut faire cramer la baraque. Mais franchement, je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Si ça se trouve, à la fin, c'est le banquet d'Obélix, avec des cornemuses et des lanceurs de marteau. Et Bruce Willis. Là, pour le coup, je serais bluffée.
Qu'est-ce que c'est chiant (pardonnez ce trait linguistique un tantinet vulgaire, et cette absence d'objectivité, mais je ne m'appartiens plus, c'est vendredi et il fait froid).
Donc, hop, d'un bras souple et déterminé, j'ai envoyé joyeusement valdinguer cette escroquerie manifeste (ce qui m'ennuie, c'est qu'il n'y ait pas de vaches au pied de mon immeuble. Elles auraient peut-être aimé brouter un hérisson). Et je me suis plongée pour la seconde fois dans "Charlémoi", un livre massif et délicat, écrit par Christine Jeanney. Aux éditions arHsens. Madame Posuto en personne. Du lourd, du bien vrai, du bien écrire. Charmant comme un ruisseau, mais puissant comme un fleuve. Et pas prétentieux pour deux sous. Je ne sais pas où elle va chercher ses images, Kiki; ça aussi ça m'énerve, mais pas pareil.
C'est quelqu'un capable de tout, elle peut même écrire ça: « Ce monde autour
est bien réel, il a des montagnes tangibles, une place dans un système solaire et une galaxie et moi, au point P, le Vous êtes ici cerclé de rouge sur les plans de villes, je suis presque deux fois plus important qu’une mouche ou qu’une poussière d’antenne de crevette, c’est-à-dire que dalle, et mettre la puissance de mon cerveau au service de mon nombril c’est comme si Dieu s’occupait seulement de sa coiffure et n’assurait pas le service après-vente. » . Alors tu vois, ça ne rigole pas.
Elle devrait s'appeler Muriel Barbery, tiens. Comme ça, tout le monde s'arracherait son livre.
On le rebaptiserait "l'élégance de "Charlémoi""(double guillemets, je ne me fouts pas de votre gueule. Mais je crains que Renée n'en prenne ombrage).
PS: une photo hors-sujet s'est habilement glissée dans ce billet. Sauras-tu la trouver?





clavier, vous pouvez parfaitement vous brosser les cheveux, ou peler une orange avec les dents, pendant que votre main droite accomplit machinalement son petit périple. Mais je venais de passer 4 jours à faire un autre code, là-bas loin dans la capitale, un laps de temps largement suffisant pour désorienter mon index devant cette nouvelle et palpitante énigme. Grosso modo, j'ai la mémoire d'un oeuf, et le doigt qui va avec. Me voilà donc, à 2 heures du matin, en état de stupeur mentale dans le hall de mon immeuble.
carte bancaire, de sécurité sociale, un poème chiffré de Gérard de Nerval, la formule (de mémoire) de l'eau de javel, pour finir dans une sorte d'apothéose gestuelle à la Léonard Bernstein, lorsqu'il dirigeait la symphonie pastorale. Mais toujours pas de déclic. Il était 2.30, ma valise commençait à grogner, elle me faisait peur. Il faut aussi préciser qu'après avoir méthodiquement joué au boulier Chinois pendant quelques heures (mais avec des verres de vin, car votre meilleur ami vous attendait à la descente du train, et vous êtes allée vider quelques fines grappes en sa compagnie), il est tout-à-fait raisonnable d'envisager qu'une valise puisse grogner.