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Monsieurmonsieur a proposé un jeu. Allez voir de quoi il s'agit. Je me prête à cet exercice avec Grand Volontiers.

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Le vaisseau-école Altamir-prooot, section littérature, plan supérieur 3Z, altitude relative. Dans le calme de sa petite cellule, Grwxcfo se met au travail.

« C’était une matinée guillerette, une de ces matinées où l’on sent que tout peut arriver.

Mais le meilleur du tout, rien que le meilleur.

Pierre s’étira lentement et, comme chaque matin, fut surpris de trouver Louise à ses côtés. Encore là.

Il passa un souffle du bout des doigts sur son épaule, s’abîma un instant dans la contemplation de ses courbes rondes, à peine recouvertes du drap, et se gratta pensivement la tête. Il n’en revenait toujours pas de sa chance. Louise, la belle Louise, lui faisait l’honneur de partager sa vie depuis deux mois déjà. Il était tombé amoureux fou dès le premier regard. Il avait croisé son chemin et depuis, il entendait enfin le chant des oiseaux, il voyait enfin les nuages avancer dans le ciel, il découvrait enfin à quel point le simple goût d’une pomme pouvait être doux.

Bref, à travers le filtre de la beauté de Louise,  Pierre découvrait enfin la Vie.

Une sacrée révélation.

Jusqu’à Louise, la vie pour Pierre se bornait à la vie. Se lever, s’habiller, faire consciencieusement son travail, rentrer, et lire un bon bouquin. Manger aussi, parce qu’il le faut bien. Il ne savait pas s’il était heureux ou malheureux. Il était, simplement. Bien sûr, il avait une vie sociale, des connaissances, des préférences ; Pierre n’était pas insensible. Il savait aussi qu’il avait des membres, des bras et des pieds ; des organes aussi, rate, pancréas, grand colon, foie, estomac. Et il savait que tout ça fonctionnait grâce au cœur.

Mais le jour où son cœur cogna fort, ce fut à cause de Louise.

Et chaque matin, il n’en revenait pas de cette découverte.

Il fut tiré de sa rêverie par la cloche de la porte d’entrée. Il passa une robe de chambre et descendit. Sur le perron, le facteur lui tendit une carte, et fit un clin d’œil :

« Bonne nouvelle, Docteur Cénas ! Un de vos patients qui va revenir ! » Pierre passa sur le fait que le facteur avait lu la carte, et la parcourut rapidement

« Amélioration, mais digestion toujours difficile et grande lassitude. Signé : Auber »

Le cœur de Pierre cogna fort. Mais cette fois-ci, ça n’était pas à cause de Louise. Il remonta quatre à quatre les escaliers vers la chambre à coucher, et secoua sa maîtresse pour la réveiller

« Quoi ? »dit-elle, encore toute brumeuse dans son demi-réveil.

Il lui montra la carte.

« Merde -murmura-t-elle, oubliant d'un coup tout le romantisme de la situation- je t’avais bien dit qu’Auber était un dur à cuire. Tu n’as pas mis suffisamment de poison. Il va falloir tout recommencer, et trouver autre chose, il va bientôt rentrer. La prochaine fois, donne lui des médicaments plus forts »

Et elle se mit à chercher fébrilement l’alliance qu’elle avait enlevée le jour du départ de son mari pour l’hôpital de Besançon. »

Grwxcfo cligna des yeux et posta mentalement le texte à Pri, son professeur de littérature d’anticipation. La note lui parvint instantanément : « c’est bien, Grwxcfo. Mais méfiez-vous de votre imagination un peu trop débridée, et de votre manque de précision. Que sont ces bras et ces jambes dont vous parlez ? D'autre part, les prénoms sont tout-à-fait imprononçables. Décrivez mieux. Votre note sera de bleu sur Elfon, tendance krin bémol. Persévérez. »