Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

lundi 31 mars

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La bibliothèque, c'est ma passion.
Enfin non, en fait, pas du tout. Mais il faut bien commencer la rédaction d'un billet par une petite phrase accrocheuse, si je veux vous garder près de moi jusqu'au digestif.

Et je vous le demande je vous prie, qu'y a-t-il de plus accrocheur que "la bibliothèque, c'est ma passion"? Non mais franchement allez, pour une fois, soyez sincère.

kung_fuHein?

Bon, je vois que cette fois ci, nous sommes tous d'accord. Non mais sans rigoler, j'aime vraiment ça.

Il m'est arrivé d'aborder le sujet bibliothèque par le passé, mais je n'ai pas écrit, ce jour là, tout le bien que je pensais d'une telle institution. J'ignore à quoi elle ressemble dans d'autres villes de taille moyenne comme Périgueux, Bressuire, ou La Roche sur Yon, mais ici, à Annecy, la formule de la composition de l'air des bibliothèques ressemble très curieusement à la formule de la composition du formole.

Je me faisais cette réflexion cet après-midi, plantée devant Madame Courteneau, ma petite fiche manuscrite à la main. Lorsque j'avais 16 ans, j'étais ravissante, et madame Courteneau était déjà mon pourvoyeur attitré en grimoires Savoisiens; j' ai quelques décennies de plus, madame Courteneau est restée ce pourvoyeur attitré. c_sar

Mais elle n'a pas changé d'un iota, c'est incroyable. Ce qui explique probablement qu'elle ne me reconnaisse pas, car il m'arrive de me dégager de cette atmosphère curieusement intemporelle. A l'extérieur de la bibliothèque, le corps, soumis aux lois du temps, se flétrit petit à petit (et c'est tant mieux. Le chewing-gum sous ses fesses, c'était moi. Le coussin-péteur aussi. Quant au vieux camembert coincé entre deux livres sur l'étagère "histoire du comte vert et du comte rouge: la Savoie au temps des Frahans", c'était ma copine Christine, je le jure. Alors si vous comptez me mettre sur le dos la facture du groupe d'intervention qui a fermé et quadrillé le secteur quinze jours plus tard, voyez du côté de la rue du général Leclerc, monsieur le commissaire. Non, elle n'est pas mariée, elle porte toujours son nom de jeune fille; mais je ne la fréquente plus. Vous voulez que je vous l'écrive, monsieur le commissaire? Oui, c'est ça, avec deux "P". A votre service monsieur le commissaire, je suis du côté de la loi).

Madame Couteneau a une grâce particulière, on dirait qu'elle flotte à mi-chemin entre une partition de Debussy et un comprimé de xanax. Elle utilise depuis l'aube des temps le VRAI vocabulaire du bibliothécaire, fondé sur 3 mots indécrottables: "fiche", "cote" et "archives", qu'elle susurre de sa mini bouche en forme de smarties; ce qui donne à peu près ça, lorsque vous émettez le souhait de consulter un incunable: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?". J'ajoute que madame Courteneau est assise sur un balai, et que le chirurgien qui lui a greffé un cintre entre les deux épaules a perdu son temps: George Lucas n'a pas eu besoin d'elle pour le rôle de Z6PEO.

C'est terrible, un destin contrarié.

indiana_jonesRien que pour le plaisir, il m'arrive de remplir 10 fiches en une après-midi.

Parce que pour les délais, bienvenue dans l'île fantastique. J'ignore tout du voyage mystérieux qu'accomplit la fiche, une fois gobée par l'espèce de passe-plat qui sert à faire communiquer l'enfer et le paradis. On peut imaginer qu'elle traverse une sorte de Styx impétueux, qu'elle s'engouffre dans 2 ou 3 dimensions inconnues, avant de retomber, comme une feuille morte, sur le sol des souterrains. Là, si l'archiviste, par un extraordinaire hasard, venait à passer dans l'heure qui suit, on peut imaginer qu'il la ramasserait négligemment, avant d'aller chercher un sandwich à la cafétéria, et de téléphoner au service après vente de Darty pour une sombre histoire de bouilloire.

Mais en général, l'archiviste n'est même pas là. Tout le monde croit en sa présence, parce qu'il a dressé les blattes pour pointer à sa place, alors qu'il coule de paisibles journées à remplir les grilles de mots croisés de maître Capello. Ou qu'il participe au bingo du siècle, à Las-Vegas, en compagnie de Pia Zadora. Pendant ce temps, madame Courteneau flatte le flanc des lecteurs, et les fait patienter avec toute la courtoisie dont elle est capable (elle a, pour l'occasion, revêtu la tenue de grand inquisiteur mise à la disposition du personnel). L'ouvrage que vous attendez vous parviendra 10 minutes avant la fermeture des locaux; pour que vous compreniez bien qui est le maître ici.

De toute manière, à supposer que vous ayez vraiment envie de débusquer l'archiviste et de le traîner par les narines hors de sa tanière sordide, il vous faudrait le plan des sous-sols du pentagone (qui n'existe qu'en braille). Et Willy Wonka pour vous guider.

C'est scandaleux. james_bond

Tout le monde sait parfaitement que l'archiviste est un morceau de carton, un leurre destiné à nous faire croire qu'un érudit original hante encore les sous-sol de la bibliothèque.

ça fait 22 ans qu'il est mort, l'archiviste.

Enseveli sous une demi-tonne de manuscrits Sardes auxquels plus personne n'aura jamais accès. Sauf la division Tonnerre de la planète Vega Du Centaure, lorsqu'elle envahira la terre.

Mais madame Courteneau persiste à susurrer: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?".

Je la soupçonne d'être à la solde de la planète Vega Du Centaure.

Posté par Melle BillE à 21:14 - VieQuotidiennE - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ma chère Bille, ton récit me fait penser à mes longs séjours à la bibliothèque sainte geneviève, sur la montagne du même nom, en face du panthéon.
Nous avions alors coutume, mes potes zé moi-même, de supposer que certaines fiches de demande de consultation SUR PLACE, attention, devaient transiter par Jaurès, ou quelque illustre incomptént en matière de bibliothéconomie notoirement connu et, surtout, installé en face, et non dans le sous-sols de la sus-dite bibliothèque.
Quant à la planète véga, à moins que ses habitants ne soient consommateurs de papiers au lieu de chair humaine, je doute qu'ils aillent jamais au delà de la façade frigorifiante de toutes les Mme Courteneau...
Ah, au fait : j'ai, depuis ce temps, embrassé une carrière proche de celle des Courteneaux et consort (documentaliste), à ceci près que j'ai fait murer l'accès aux archives. L'accès aux grimoires est donc à la charge du lecteur dans le labyrinthe des travées, gniark gniark...

Posté par Leila Z, lundi 31 mars à 21:52

Arf mlle Bille sais-tu le maj que tu me fais ?
En effet je m'oblige à secouer l'épaisse couche de sédiment qui me recouvre afin de préciser une chose IMPORTANTE
si si, car je n'en dormirai pas si je ne le précise pas...
COTE s'écrit COTE et non pas CÔTE..
voilà c'est dit damned voit-on que je suis pire, bien pire qu'une bibliothécaire... je n'ose le dire... une documentaliste?
Voilà ma névrose maniaque étant repue, la bête se retire dans son antre..
(ceci dit, j'ai bien ri!

Posté par Montou, lundi 31 mars à 22:50

La monteras-tu la côte, la monteras-tu la côte ?
La côte est montée, le cheval est crevé ...

Posté par Mlle Prune, lundi 31 mars à 22:54

Avez-vous accompagne correctement vos frites avec la côte de boeuf afin que nous puissions vous faire parvenir le vin qui va bien dans les meilleurs délais ?

Posté par STV., lundi 31 mars à 23:01

Montou : Mlle Bille ne se compromettrait jamais à faire des signes avec son maj.

Posté par Mlle Prune, lundi 31 mars à 23:01

mlle Prune : hi hi vu comme ça mon "ripage" du L vers le J me semble plus sympathique, tiens pour la peine je vais peut-être arrêter de me cacher!

Posté par Montou, lundi 31 mars à 23:26

côte côte côte, si j'ai envie de mettre un ^ sur le o je le fais et hôp hôp hôp non mais hô
Bôn allez, je vais côrriger (par côntre, pôur les môntages, vôus pôuvez vôus brôsser, je ne vais pas tôut recômmencer afin de satisfaire vôtre pénlible méticulôsité ôrthôgraphique)

Posté par melle Bille, mardi 01 avril à 06:41

Leila et STV, mêrci d'avôir feint de ne pâs remarquer l'^ sur le o de côte (pour le vîn, ce sera ûn pômmard. Mêrci beaucôup).
Leila, les envahisseurs sônt tôujôurs friands de l'histôire des peuples qu'ils sôumettent; ne serait-ce que pôur mieux en détruire les traces.

Posté par melle Bille, mardi 01 avril à 06:53

Mlle Bille, and when the rain begins to fall
you ride my rainbow in the sky...
kikoo lol, enfin, je crois.

Posté par Ardalia, mardi 01 avril à 09:29

je suis sûre qu'en lui demandant un livre sur les Atlantes (c'en est une, pas de doute, ils ont des pouvoirs occultes),tu pourrais t'y faufiler, dans la travée, entre les deux blattes du fond (j'ai mes entrées, qu'est-ce que tu crois?) Peut-être même que tu verrais ton premier ovni en direct live...

Posté par tidoigts, mardi 01 avril à 11:12

je confirme, l'archiviste n'existe pas...
mais en revanche le monsieur dans la machine à café oui, et il s'amuse comme un fou à distribuer des jus de tomates au lieu du court sucré demandé.
et ça c'est très triste

Posté par Kalouette, mardi 01 avril à 12:34

Toujours aussi drole

Vous etes une valeur sure, Mlle Bille.
Mais ou trouvez-vous vos photos ? Pas a la bibliotheque je suppose...

Posté par Vagant, mardi 01 avril à 15:18

Alleluia !

Mon blog de Q est dans vos liens. Merci Mlle Bille !

Posté par Vagant, mardi 01 avril à 15:20

costumotheque

Bille as tu deja teste une costumotheque,... robe de maries , armure medieval, combi de Elvi ?

Posté par zelda, mardi 01 avril à 16:41

je la teste tous les jours, ma Zeldoun, tous les jours...
Ben oui, Vagant, un peu de sexe dans toute cette culture (ah ah comme ce jeu de mot est pitoyable) ne peut qu'agrémenter l'atmosphère du compartiment. Et vous allez rire, j'ai fait le montage James Bond à la bibliothèque, justement (ce doit être la raison pour laquelle les jeunes étudiants qui me côtoyaient avaient un oeil sournois)
Somewhere over the rainbow, Ardalia;-)
Ah ah, quel rigolo ce type dans le distributeur, Kalouette!
Maintenant que je sais que madame Courteneau est une Atlante, Tidoigts, je vais lui demander de me mettre en relation avec Patrick Duffy

Posté par melle Bille, mardi 01 avril à 18:40

Merde mais il y a au moins quarante récits dans ce billet. Merde alors, il y a plein de trucs à écrire.

Posté par monsieurmonsieur, mardi 01 avril à 20:06

Tu me donnes une belle idée, monsieurmonsieur...

Posté par melle Bille, mardi 01 avril à 20:28

Et c'est qui le meussieu qui prend les commentaires sur mon ordinateur pour les mettre sur vot blog? L'egxiste ou pas? Est-ce que ça se voit chez vous que j'ai craché mon café de rire? pasque chez moi, oui.

Posté par anita, mardi 01 avril à 22:00

d'ici, Anita, on ne voit rien. L'honneur est sauf;-)

Posté par melle Bille, mercredi 02 avril à 09:12

Mouahahahaha ! Le dressage de blattes m'a tué. Purée, c'est con, je devrais m'y mettre, dans dix ans je pourrai me la couler douce et elles feront tout le boulot. Ca vit longtemps ces bêtes-là ?

Posté par Anna, lundi 14 avril à 17:49

Annie Blattes (une mauvaise à laine)

Vi, vi, vi...
Les cafards (avec les escargots) sont les rares bestiaux à pouvoir survivre à une guerre nucléaire. Et ils existent depuis des millions d'années. (Ça fait peur, hein ?)
Ce Brahim - pour diner - je vais plutôt prendre une douzaine d'escargots qu'une douzaine de cafards...
Mais c'est chacun ses goûts, voyez...

Posté par Jacques, lundi 14 avril à 18:10

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