Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

dimanche 31 août

J'aimerais tant voir Syracuse

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Mon amie, mon lecteur, Montluçon, mon fils, ma bataille, montesquieu,glover2

New-York est une ville formidable.

Malheureusement, le temps manque.

Le boulot, par contre, ne manque pas.

Le gueux.

Je vous livre donc quelques clichés pris sur le vif.

Et je vous retrouve bientôt.

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Posté par Melle BillE à 10:49 - VieQuotidiennE - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


mercredi 13 août

haili hailo je retourne au boulot

Et pourquoi je n'irais pas à New-YorkNew-York je vous prie bien?

brooklynJamais je n'aurais crû ça possible, même si c'était prévu. Malgré tout, par acquit de conscience, j'ai tenu à obtenir l'aval de la faculté. "hello Django!" ai-je joyeusement apostrophé mon mécanicien en chef, avec tout le respect dû à son rang. "Hello Django!" m'a-t-il répondu (nous affectionnons tous deux les Django. Et même s'il ne s'agit pas des mêmes (lui opère en écoutant du Django Reinhardt, et j'apprécie les facéties vulgaires de Django Edwards. Chacun son truc, Dieu reconnaîtra les siens), cette affection partagée pour des prénoms improbables crée d'indéfectibles liens).

Certes, je suis encore un peu bancale, les secrets de la tour de Pise n'en sont plus pour moi. Des secrets. Certes, la température à New-York New-York au mois d'Août frôle le magma central, mais la climatisation n'est pas faîtes pour les pétoncles, et regarde un peu comme je te chaloupe du taxi à l'hôtel sans passer par la case trottoir (ah bon? La climatisation est faîtes pour les pétoncles? Bigre.). Et comme je te traverse Brooklyn en palanquin, avec des Nubiens tous nus pour m'éventer. Regarde, et apprends, jeune padawan.

Après un petit round d'observation au cours duquel il m'a palpée de haut en bas, provoquant ainsi de délicieux frissons (TOUT me paraît délicieux depuis quelques jours, même un doigt coincé dans un casse-noisettes, c'est étrange), Django a dit: "oui, allez-y Django, ça va vous faire du bien. Allez vas-y go go go vas-y melle Bille et rapporte moi une salade de la ferme communautaire Added Value de Brooklyn pendant que tu y es, et une petite poche à bonbon de Coney Island si ça n'est pas trop te demander Django melle Bille allez. D'avance merci, bien cordialement, Django".troy2

Aussi bien mon sang n'a-t-il fait qu'un tour, tu penses. "Avec un immense Volontiers" ai-je humblement répondu en courbant l'échine, limite obséquieuse. Mais c'est à cause de la cicatrice, en fait.

Quoi qu'il en soit, je n'ai plus un zloti en poche, il faut que je me remette au boulot.

Et je viens de faire l'acquisition d'une superbe gaine à boudins, le genre à tenir une nappe gazeuse droite. Ce qui n'est pas très sensuel, j'en conviens, mais personne ne m'a demandé de traverser Central Park en culotte, que je sache. Ni en sauts périlleux arrières d'ailleurs (autant que vous le sachiez, je refuserais, si d'aventure. Non pas que je veuille systématiquement bouder un bon moment, certes non, mais voyez-vous, j'ai fais une promesse. Il y a très longtemps, je me suis derrickengagée à ne jamais traverser Central Park en sauts périlleux arrières. Si je devais me parjurer, l'équilibre du cosmos en serait rompu, et nous sombrerions tous dans le grand oubli chaotique, et néanmoins primordial. Sachez le. Sans sandwiches. Alors non, je ne traverserai pas central park en sauts périlleux arrières, malgré ma sémillante gaine à boudins, il faut que vous le sachiez. Et si vous voulez, je conjugue encore une fois le verbe savoir. Sachiez.).

Je pars donc à New-York New-York demain, pour une semaine. Ce qui me parait complètement surréaliste.

Mais c'est la Loi.

Sachiez.

Sacha Pitoeff.

Satchmo.

Sache à vin (du verbe course en sacher).

Posté par Melle BillE à 09:59 - VieQuotidiennE - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 08 août

Roland de Roncevaux avait un cors (au pied)

Salut les saucissons!

Oui, bon, c'est vrai, cette surprenante introduction frise le manque de respect, j'ai honte.

Mais si vous vous imaginez qu'une résurrection est chose facile, vous vous fourrez le coude dans l'essoreuse, rien n'est moins aisé que se ré-approprier ses fonctions vitales. J'en parlais récemment avec Roger Hanin, devant un haninpetit pastis-orgeat dans le port de la ciotat. A moins que ce ne fût à Bézauche sur Menoge, parce que finalement, la Ciotat, c'est assez moche. D'ailleurs, ça n'était pas Roger Hanin, c'était une poule d'élevage. Enfin bref, où j'irai, les potirons. Ah mais (pardonnez cette exubérance, somme toute relativement badine, mais incontrôlable, car voyez vous, je suis heureuse).

Oui, aujourd'hui, je bénis Thor, ses confettis célestes et son marteau chantant.

Je pourrais même embrasser Roger Hanin sur la bouche.

Pour la première fois depuis le 27 Mai, je n'ai pas mal.

A peine un ventre labouré de l'intérieur, à peine un nichon griffé, à peine un dos en compote.

wolverineCar il faut dire ce qui est: depuis le 27 Mai, j'en ai bien chié.

Pour ce retour en fanfaronnade, je vais un instant laisser de côté la dérision délicate, parce que je suis très fière. Si. Même s'il est meurtri, couturé de tous les côtés, un peu déformé, je suis fière de mon corps.

Et bigrement heureuse dêtre en vie.

Je suis passée par à peu près tous les stades de la douleur et de la peur, et la mort a toqué sur ma tête pendant 10 jours entiers, entre autres sous la forme d'une hallucination particulièrement pénible: un ange au visage dévoré de vers était assis à mon chevet et tentait de me tuer.

Il était aussi réel que mon percepteur, la morphine et la mort sont de grands pourvoyeurs de cauchemars.

Je suis partie dans un voyage sauvage et glauque, des yeux jaunes et glacés suivaient le moindre de mes mouvements. Attachée sur mon lit, je me croyais tour à tour sur les rives du Gange, ou sur un fleuve en Bretagne; ce lit d'hôpital, c'était mon Styx à moi. Et tout ça était si réel qu'encore aujourd'hui, je suis hantée par ces images, bien plus que par cette cicatrice qui me raye de haut en bas.

J'ai mis deux mois à me tenir droite. Dévorée par des visions terrifiantes, j'ai eu si peur que ma rate en a explosé. Il a fallu l'enlever. La pauvre n'a pas tenu le coup.

Mais moi si.

Et la prothèse qui remplace aujourd'hui mon circuit de distribution aussi. Un mécanicien de génie a ouvert tout grand le capot et m'a greffé un miracle.

La cicatrice, c'est la carte au trésor, celle qui protège le butin, et qui indique que la vie est là: je suis vivante.

Il me restait 6 mois à vivre, au plus, et j'avais une chance sur 4 d'être tétraplégique. Je ne l'ai appris que récemment. Cette information rend le voyage encore plus magique, et force un respect définitif pour la moindre parcelle de vie.ben_bille

Il y a 20 ans, une voiture a brisé mes os en 53 endroits, je n'aurais jamais dû remarcher. Deux années plus tard, je galopai, je nageai, je grimpai sur les montagnes, et j'oubliai du même coup à quel point tout ça était précieux, et court.

Cette piqûre de rappel arrive à point nommé, c'est une sacrée chance de respirer, de communiquer, d'aimer, et d'être attentif au moindre souffle.

Parce qu'un jour, les vers vont me manger.

Je suis vivante. 

Je marche, je ris, je vais pouvoir recommencer à faire tout plein de bêtises, j'ai une troisième chance. Comme si une créature magique me secouait dans tous les sens et me braillait dans les oreilles: "Tu vas finir par comprendre,  oui ou merde??!!!??"

Je crois que oui.

Cette fois-ci, je n'oublierai pas que je suis une enfant gâtée par la vie.

Posté par Melle BillE à 09:46 - Commentaires [45] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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