Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 05 décembre

A mon avis, le seul musée qu'il ne faille rater sous aucun prétexte, à Paris, est le musée des Arts et Métiers. Croyez-moi, ça vaut vraiment le coup.

J'ai très largement hérité des gènes de ma mère, qui n'a pas son pareil pour dénicher les endroits les plus iconoclastes (elle a récemment parcouru des centaines de kilomètres à travers une nature hostile pour aller visiter le musée du chaudron, mais elle peut passer 25 fois devant le MOMA sans en distinguer l'importance. Ni l'entrée d'ailleurs). J'ai été extirpée du même moule. Je m'endors dans l'instant pour peu que vous me placiez devant la Joconde, mais je peux rester une journée entière en état de stupeur mentale sous le tablier d'un pont, à en détailler le moindre boulon. Je visite cependant presque systématiquement les musées, au cas où ce fâcheux défaut disparaîtrait, au profit d'une soif intense de savoir un peu plus utile (cela dit, je doute que la Joconde soit très utile pour traverser la baie de San Francisco).

pendule_de_foucaultCependant, si vous m'accordez un tout petit peu de crédit, je vais vous expliquer pourquoi j'aime tant le musée des Arts et Métiers (je suis navrée, mais je suis, en ce moment même, très perturbée; je viens de découvrir que Neveubille, profitant d'une absence passagère, m'avait tatoué 3 flocons de neige à l'encre bleue sur l'avant-bras; ce qui me donne un petit côté prisonnier d'Alcatraz. J'éprouve donc un décalage certain entre la rédaction de ce billet, qui se veut culturel et passionnant, et ce poignet navrant(poignant?) qui pourrait appartenir au capitaine Crochet. Mais je réalise, à l'instant même également, que vos petits yeux rendus châssieux par la contemplation de votre écran n'étaient absolument pas à même de voir mes poignets. Par conséquent, faites comme si rien n'était arrivé).

Le musée des Arts et Métiers est probablement le seul musée au monde dans lequel vous puissiez à la fois rigoler, et passer à vos propres yeux pour un parfait abruti ( à moins que vous ne ressentiez un besoin irrépressible de poser tout un tas de questions dont vous ne comprendrez aucune des réponses, auquel cas vous passerez pour un parfait abruti aux yeux des autres).

Dès votre arrivée, dirigez vous d'un pas décidé vers la chapelle Saint Martin des Champs (surtout si vous arrivez à 17.15h, c'est à dire 3/4 d'heure avant la fermeture. Vous ne paierez pas l'entrée, mais vous serez instantanément ligotée par 3 représentants des forces de l'ordre, rouée de tricycle_Serpolletcoups, et jetée comme un quartier de boeuf sur le sol de la chapelle. Vous serez également menacée de mort par empoisonnement, et un guide véreux tentera de vous introduire de force dans une cheminée). Une fois ces petites formalités accomplies, vous allez découvrir une des plus extraordinaires réalisations de l'homme: "le pendule de Foucault". Je n'ai aucune autre explication à vous fournir, dans la mesure où j'ai atterri au beau milieu d'un aréopage de physiciens, et que je n'ai pas compris un traître mot du débat. Il était question de gravité, de force de Coriolis, peut-être même ont-ils parlé de raviolis et de porte-clefs, mais en Mésopotamien. Qui est une langue que je ne maîtrise pas. J'ai donc passé l'essentiel de mon temps à éviter de me prendre en pleine poire une boule en fonte de 12 kilos, suspendue à un câble d'acier antédiluvien qui menaçait de se rompre à tout instant.

L'effet strike serait intéressant si cela devait arriver.

Ensuite, on vous dirige vers un échafaudage de passerelles en acier et plexiglasse, sur lequel sont disséminés les véhicules les plus improbables de l'histoire des transports. Je conseille avec enthousiasme le tricycle à vapeur Serpollet, avéré selon la petite fiche explicative "incommode, pesant, et peu stable". J'aime l'idée qu'un homme ait un jour pu envisager de faire Paris-Roubaix aux commandes d'un tel véhicule, d'autant qu'il va beaucoup moins vite qu'un marcheur normal. N'essayez pas d'actionner la poire située à gauche du manche à balai, elle fonctionne. Vous allez faire retentir une espèce de corne de brume éclatante dont la déflagration va se propager d'étage en étage jusqu'aux oreilles des maîtres d'armes responsables de la discipline, qui vont arriver dans l'instant pour clones3vous paralyser la nuque et vous cassez les bras.

Comme je suis sujette au vertige, il m'a fallu parcourir le dernier étage quasiment à quatre pattes (je rappelle que les passerelles sont en plexyglasse, ce qui vous donne l'impression d'évoluer dans les airs sans parachute et de marcher sur des atomes, comme Magneto dans les X-men, mais avec beaucoup moins d'assurance); j'ai donc mis une bonne demi-heure à gagner l'ultime attraction: l'"engrenage intérieur à denture hélicoïdale de La Hire". C'est une espèce de truc en bois plein de dents qui ne sert absolument à rien. Ne serait-ce que pour ça, ça vaut drôlement le coup de courir le risque de faire une chute de plusieurs dizaines de mètres, et de vous retrouver aplatie au sol en mille morceaux sanguinolents. Les maîtres d'armes vous contemplent d'en bas, leurs visages ont la taille d'une tête de mouche, mais vous voyez bien qu'une lueur d'attente malsaine voile leurs regards malveillants. Ils attendent que vous tombiez.

Mon but atteint, j'ai dû redescendre à toute berzingue, car le musée fermait. Je vous prie de croire que ce ne fut pas une partie de plaisir, je suis revenue devant le pendule de Foucault les jambes molles comme de la barbapapa, et j'ai dû me jeter à terre pour éviter la boule de 12 kilos qui accomplissait de grands mouvements de balançoire mortels.

Je pense que les physiciens s'en servent comme d'une arme dissuasive, au cas où vous seriez tenté de rester après la fermeture.

PS: ce billet manque un peu d'amplitude (à la différence du pendule de Foucault); c'est parce que je travaille, en fait. La bonne blague.

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dimanche 28 octobre

Comment que je te reposte propre, le billet (par contre, je ne remets pas les liens, tout le monde s'en fiche, des liens)*

* sauf celui d'ernest et Bart

Platon_AristotelesJe me souviens d'un moment très amusant et très poétique de ma vie.

C'était à Monterey, en Californie, mon ami Ed et moi avions projeté de faire une petite descente en bathyscaphe, après une flânerie dans cette rue de la sardine chère à John Steinbeck (la déception est d’ailleurs à la hauteur du délicieux frisson expectatif, comme quand vous vous baladez sur l’acropole. Vous vous attendez à croiser Platon, et vous butez, au détour d’un vieux bout de colonne, sur Helmut Von Trummel, sa femme, son appareil photo, et sa horde d’enfants terriblement rougeaux et bruyants. Ou comme lorsque vous vous promenez dans Whitechapel, avec l’espoir un rien malsain de vous emmêler les semelles dans les boyaux d’une prostituée. Celle là même qui trinquait avec Jack l’éventreur quelques minutes plus tôt. Le temps qui passe, la mémoire historique et l’alcoolisme sont des fléaux. La famille d’ Helmut Von Trummel aussi).

Le petit bathyscaphe était une des attractions phares du merveilleux aquarium géant de la ville. Pour la somme de 80 dollars, nous sommes montés à 4 dans un petit sous-marin rond de la taille d'une voiture Dinky Toy, flambant rouge, et nous nous sommes immergés à quelques dizaines de mètres de profondeur, le nez collé à de minuscules hublots. Nous avons croisé de très près de petits trucs marins invraisemblables ( entre autres, une colonie de grosses boules gélatineuses accrochées sur un rocher; elles se dandinent au bout d’un long fil translucide, et passent la totalité de leur existence à happer le plancton qui passe. Lorsqu’elles ouvrent la bouche, elles vie_aquatique1ressemblent à Ernest et Bart. Elles ne font QUE ça, happer le plancton toute leur vie, sans jamais bouger. Ce doit être très long comme passage sur terre. D’autant que fatalement, vous vous demandez à quoi ça sert, au juste).

Enfin bon, c'était un chouette moment, nous avons vu des requins, des méduses, des forêts d'algues, des bancs de crevettes (l'une d’entre elles s'est d'ailleurs approchée très près de mon hublot, et je lui ai trouvé une vague ressemblance avec celle que j'avais dévorée dans mes spaghetti aux fruits de mer, à midi. C'était peut-être sa mère), nous avons observé plein de petits bidules colorés, transparents, frétillants, moches, sympathiques et VIVANTS. Tout compressés dans le bathyscaphe, le nez écrasé contre les parois épaisses et transparentes, nous nous sentions ravis et excités comme des gamins.

Ça valait 80 dollars, et j'en aurai volontiers payé 20 de plus pour m'offrir ce voyage délicieux.

De nos jours, les loisirs sont plus sophistiqués, et bien plus malins.

Aux Pays-Bas (à Drenthe pour être plus précis), on peut s'offrir pour 75 euros une heure en apnée dans un cercueil. Les candidats à l'inhumation s'allongent, et sont descendus dans une fosse de 1,50 de profondeur avant d'être recouverts par un bloc de béton de 3,5 tonnes.

housefrank_coffinHistoire de voir comment ça fait d'être mort.

On pourrait croire que cette activité reste un phénomène confidentiel, mais non. En fait, ça marche très très fort, et les organisateurs sont surbookés.

Ce qui est normal.

Se coucher dans un trou avec une chape de béton sur la tête, pour seulement 75 petits euros, c’est tout de même plus attractif qu’aller gratuitement aux champignons avec les copains, d’autant que vous avez des chances d’en trouver en grattant les parois de la fosse, tout en vous épargnant une longue marche dans des sous-bois truffés d’animaux dangereux. Bien à l’abri des bruits et des odeurs de la forêt, et des glissades involontaires sur un tapis de feuilles mouillées, au risque de vous briser le coccyx et de finir aux urgences (je rappelle que le docteur Ross n’existe pas). Toutes ses épreuves pour un résultat très hypothétique.

Les Amérindiens ont quelque chose d’assez similaire, la quête de vision. Sauf que chez eux, ça dure un peu plus longtemps, 3 ou 4 jours (ces Apaches sont d’un lent...), et qu’il n’y a pas de béton chez les Hopis (mais vous pouvez vous ensevelir sous quelques tonnes de rotin si vous le souhaitez. Et oui, j'avais envie de changer de tribu. Mais si je veux, je mets les Sioux, ou les Commanches. Tu vois comme je domine le monde?). Au terme de cette aventure, vous rencontrez votre animal totem, celui qui va vous protéger toute votre existence. C’est un bonus non négligeable. Reste à savoir quel sera votre animal totem lorsque vous sortirez de sous vos 3 tonnes de béton.

Il ne faudra donc pas s'étonner que le propriétaire du petit bathyscaphe de Monterey ait fait faillite, et se retrouve le nez dans la vase à compter les crevettes (j'ai mangé ta mère au déjeuner). Quel intérêt, aussi, de descendre sous la mer pour rencontrer des créatures colorées, gracieuses, rigolotes comme tout, parfois hideuses, mais à coup sûr totalement dénuées d’intérêt ?meduse_cc03

Il n’avait qu’à transformer son petit bathyscaphe en cercueil (je me demande si la pétoncle peut-être considérée comme un animal totem)

Bien fait pour lui.


Hop, comment que je te l'ai retorché propre le billet. Et maintenant, je file aux champignons (je suis navrée, nous avons peu de béton dans les forêts Savoyardes. Et croyez bien que je le déplore).

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vendredi 26 octobre

Patinage, mais presque (comment? Vous n'aimez pas ce titre? j'attends vos suggestions)

Harassée par l’intensité des recherches qu’il me faut faire à propos de l’étrange corporation des Frahans, dont le langage ésotérique appelé « Mourmé » fournit une pagaille de mots plus réjouissants les uns que les autres (saviez-vous que l’été et l’hiver, en langage Frahan, répondaient aux doux noms de fourcanche et crépioti ? Moi non plus. Je dois admettre que c’est passionnant, je vous fais un topo dès que j'ai terminé mes recherches), j’ai décidé cet après-midi de m’offrir une petite pause.

Plusieurs choix s’offraient à moi : mon_pied

* Louer "l'invasion des profanateurs de sépultures" et le regarder en grignotant des chips au ketchup

* il était un petit navire

* prendre le pain et le rompi

J'ai finalement opté pour une 4eme possibilité (c'est vraiment fou, le choix que la vie vous offre parfois):

* visionner la K7 des olympiades 2006 de patinage artistique programme libre que j'avais enregistrée, par pur intérêt, pour mon ami Nono.

Nono possède une villa Néronienne en Toscane qu'il me prête parfois, à condition, entre autres, que je lui copie les programmes les plus nullissimes de la planète. Ensuite il me les rend, d’un gracieux ‘grazié millé », et il me jette les clefs de la villa au visage, comme à une chienne. Je les attrape au vol avec les dents, je n'ai aucune dignité.

Je me débarrasse alors des cassettes suspectes en les transportant jusqu’à la benne à ordure avec des pinces de forgeron, la nuit, quand la ville dort (Nono est capable de me demander de lui enregistrer un sujet en Romanche non sous-titré sur la fabrication du fromage de tête dans le Tessin).

Mais pas celle-ci, car je me souvenais avoir vécu un moment délicieux en la regardant.

Une fois encore, je suis restée sans voix, la bouche ouverte, une barre Mars coincée à mi-chemin entre la langue et la glotte, en état de stupeur mentale. Les commentaires surréalistes de Nelson Montfort (accompagné de Philippe Candeloro. Un neurologue véreux et sans le sou avait, pour l'occasion, connecté un cerveau de la taille d'une daphnie à ses cordes vocales) accomplirent leur travail d’hypnose, avec fee_skatingGrand Volontiers.

Hi-Li-Ping et Ho-Fu-Wong-Hao, Japonais, évoluent avec grâce sur la glace.

Commentaires de Nelson Montfort: "Hé oui...sur l'air de "madame Butterfly", cet immmmmense opéra composé par l'immmmmmense Puccini...l'histoire de cette princesse Japonaise séduite et épousée par cet officier Anglais, Pinkerton....il l'abandonnera et la pauvre n'y survivra pas...elle se suicidera...oh!!!!!! Hi-Li-Ping vient de manquer son triple loots (image de Hi-Li-Ping qui se vautre à 1000 km/h contre les barrières de la patinoire, la face incrustée dans un bandeau publicitaire)!!!!! Quelle chute!!!!!.....hé oui, à l'image de la tragédie de Puccini, la jeune Japonaise vient de perdre ses chances d'accéder au podium...c'est le destin, Philippe (Candeloro dans un éclair de lucidité: "hé oui Nelson..."). chute

Lydia Putrefact et Joe Mannix, Américains, évoulent avec grâce sur la glace.

Commentaires de Nelson Montfort: "Hé oui...sur l'air du "Nouveau Monde" de l'immmmmmmense compositeur Vangelis consacré au film de l'immmmmmmmmmense réalisateur Riddley Scott, l'histoire de Christophe Colomb, interprêté par l'immmmmmmmmense Gérard Depardieu......La Santa-Maria, la Pinta et la Nina voguent sur les eaux bleues..........oh non!!!!!!!!!! non!!!!!!!!!!! oh mais non!!!!Lydia Putrefact s'est mal réceptionnée sur son quintuple triple axel triangulaire arrière (image de Lydia Putrefact catapultée en orbite et s'écrasant la tête la première sur les patins de Joe Mannix).......Quelle terrible déception!!!!!!.....hé oui, à l'image de Christophe Colomb désavoué à la fin de sa vie, le couple Américain perd ainsi toutes ses chances de monter sur le podium.......c'est ainsi, Philippe (Candeloro, champion toutes catégories de la syntaxe ampoulée: "hé oui Nelson")".

J'ai regardé une heure entière, et ce programme est de loin le plus fascinant qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps.

Les couples se sont pratiquement TOUS croûtés de manière spectaculaire (quand je pense que ces jeunes gens ont répété depuis 4 ans des programmes de super-héros réglés au micron près, et ce dans des costumes d'un goût de poupées de foire,  pour finir par se rétamer, le jour J et aux yeux du monde entier, contre les barrières de sécurité, je me dis qu'on est peu de chose. J'ai un grand respect pour les patineurs). Et Nelson Montfort, à chaque fois,  a trouvé le moyen d'établir un rapport entre le vautrin et le thème musical.

Ce type est un génie.

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lundi 22 octobre

Une envie Pouet ( un titre follement intriguant)

792891579_266db38a33Certains jours, on se réveille avec une envie bizarre; une envie qui n'a pas de nom. Vous avez déjà ressenti ça? Une envie dont vous ne connaissez pas l'objet? 

C'est le petit matin, vous buvez votre café, vous allumez une cigarette, vous regardez le monde en dehors, sous les fenêtres. Vous n'êtes pas chez vous, vous êtes ailleurs, dans une autre ville, dans un autre pays peut-être.  Et il y a là une vie que vous ne connaissez pas.

Il y a vous, le monde que vous ne connaissez pas, et cette envie bizarre qui n'a pas de nom.

C'est vaguement inquiétant. Juste vaguement, car l'envie vous fait frissonner, elle se glisse derrière vos yeux, et devant les heures à venir, mais elle n'a rien d'hostile. Vous vous demandez si vous n'êtes pas un peu dingue, tout de même. Ça n'est pas bien normal d'avoir juste envie de quelque chose; mais ce qu'elle veut, c'est seulement vous aider à pousser des portes, à respirer en mouvements, à apprendre autre chose.

De la curiosité?

Vous croyez?

Pas seulement. Cette envie là, indéfinie, elle vous force la main, elle vous oblige à faire des choses imbéciles, comme dire bonjour à des gens que vous ne connaissez pas et que vous ne reverrez jamais, comme prendre un billet d'avion pour n'importe où, comme jouer de la flûte à une grenouille, pour voir sa réaction ( si vous avez un basson dans votre sac-à-main, rien ne vous empêche d'essayer avec un basson; et sur une poule. Mais je confirme que la grenouille n'a aucun réaction si vous lui jouez de la flûte. C'est une expérience idiote, mais c'est une expérience).

L'envie vous susurre de vous amuser, elle vous rappelle à quel point le jeu était une affaire sérieuse, lorsque vous étiez petit. Souvenez vous comme vous étiez concentré lorsque vous emboîtiez vos lego, ou que vous donniez le biberon à votre poupée. Si vous ne vous souvenez pas, observez un enfant. Vous allez voir; et vous allez comprendre.

Vous sentez une poésie qui pousse le long de vos doigts, vous avez envie d'être autre chose que votre petit monde. Vous vous dîtes que vous êtes plus grand que ça, plus grand que ces limites que vous avez patiemment tracées le long de votre silhouette. Et vous avez envie. Follement. Plus encore.

C'est cette envie là, vous voyez.

PS: j'ignore si c'est un dommage collatéral, mais du coup, je n'ai plus vraiment envie d'écrire pour l'instant.

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vendredi 12 octobre

horror_beachMon ami (e) lecteur (trice) que j'aime tant, tu auras remarqué que ces temps-ci, je me fais dicrète (on me sussure que ça n'était pas gagné d'avance, c'est agréable de se sentir soutenue). J'ai beaucoup à faire, je prépare un mémoire sur l'art de dormir discrètement et sans baver lors d'une série de conférence sur les randonnées en haute-montagne. Une véritable bible, vous n'allez pas regretter, c'est moi qui vous le dis. Surtout le passage sur les chaussures en bois. Et le chapître sur George Clooney est impayable. Bien documenté et tout ça.

MAIS, et je vous conseille vivement d'aller faire un tour chez les POSUTO pour une revue de presse plus fouillée, je ne peux m'empêcher de rigoler tout doucement à la lecture de la dernière page de "Courrier International". Dans ce monde que nous arpentons chaque jour, Jim Rodgers, le maire de Belfast, a joyeusement décollé la tête de Lorraine Mallon en jouant à saute-mouton avec elle. Signalons pour la croustillance que Mme Mallone était déguisée en tomate. Pendant ce temps, un Saoudien a répudié sa femme qui regardait seule une émission présentée par un homme, considérant que son épouse s'était isolée avec le présentateur de télévison. La justice lui a donné gain de cause. Ce qui signifie que, du point de vue du Wahhabisme (doctrine très BenHurLTNstricte de l'islam en vigueur en Arabie Saoudite), je viens de me livrer à une partie triangulaire avec 2 ingénieurs du bâtiment, en regardant une publicité (et je ne vous raconte même pas la dose de plaisir dont je suis inconsciente, lorsque je regarde les débats de l'assemblée nationale).

Un contraste ubuesque.

Au cours de cette partie  de jambe-en-l'air effrénée,  j'ai découvert avec surprise une autre publicité, pour un jeu dans lequel vous êtes le plus intelligent du monde, si vous arrivez à mémoriser un menu composé d'1 carpaccio, de 2 pizzas et d'un jus d'orange. Ca s'appelle "cérébrale académie" (ça ne s'invente pas), et si vous mémorisez en plus le dessert, vous devenez Nobel de mathématiques. Attention, cet exercice exige un fabuleux effort de concentration, il n'est pas à la portée de tout le monde (regardez le spot dans le lien si vous ne me croyez pas, vous allez voir que ça n'est pas de la tarte).

Si j'avais pu être jeune aujourd'hui et avoir une WII pour entraîner mon cerveau, je serais probablement en route vers la gloire. Au lieu de ça, j'avais des piles de cahiers tout tâchés, gribouillés dans les marges, et des bouquins du poids d'un des piliers métalliques du viaduc de Millaud. Et je travaillais toute seule sur un bureau qui avait appartenu à mon frère, repeint en jaune canari par mon père. C'était quasi monacal, ça ne rigolait pas (sauf le jaune canari qui me distrayait un peu. J'ajoute que je garde de monsieur Libert, mon professeur de Français, un souvenir cauchemardesque. Il m'a forcée à apprendre en 2 jours les dialogues d'Antigone. Personnellement, j'aurais préféré mémoriser un carpaccio et 2 pizzas).

Quel gâchi.

Mais aujourd'hui, les agences marketing ne font pas passer les jeunes pour des cons.

Sans rigoler, ça me laisse toute étourdie.

lobby2C'est probablement la raison pour laquelle NESSIE n'est apparue que 2 fois cette année (contre 3 l'année passée), elle doit se sentir un peu nouille et pataude face aux capacités effarantes de notre intelligence. Elle sait d'instinct que nous ne cesserons jamais d'évoluer.

Et ça explique aussi pourquoi, une fois de plus,  les extra-terrestres ont renoncé à envahir la planète.

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jeudi 04 octobre

La vie est plutôt belle, vous vous croyez arrivée à un consensus assez simple, et paisible.

Voilà.

Vous regardez derrière vous, et mon Dieu que c'est dense et suractivé tout ça, mon Dieu que c'est de guingois, mais vous êtes là; arrivée au point dont vous rêviez 25 ans plus tôt (grosso modo); par des chemins biscornus qui n'appartiennent qu'à vous, vous avez largué les amarres en terre étrangère, vous vous êtes frottée au monde.

charles_canneEt finalement, vous en avez toujours ri. Une espèce de fatalisme joyeux s'est installé, vous avez appris une sorte de relativité sympathique et légère des choses. Chaque moment que la vie vous offre, vous le regardez avec gourmandise, comme si c'était un Rocher Suchar (vous n'aimez pas le rocher Suchard? J'ai du mal à vous comprendre parfois; expliquez moi comment on peut ne pas aimer un rocher Suchard. Au lait et éclats d'amandes et de noisettes)

Conséquences de tout ça, entre autres, vous avez essuyé les regards de vos compagnons du moment lorsqu'ils découvraient, un peu déstabilisés, que vous viviez dans un timbre-poste. Que vous n'aviez pas de lave-vaisselle. Que vous ne possédiez rien. A votre âge. C'est d'ailleurs en général la raison pour laquelle ils vous ont plaquée, vous êtes un peu trop louche. Je peux comprendre.

Vous avez découvert un beau jour que le quartier murmurait que vous étiez lesbienne ( cette conclusion procède d'une logique imparable: vous avez passé la quarantaine, vous n'avez pas d'enfants et vous vivez seule. Et en plus, vous avez l'air heureux. Vous dissimulez forcément un terrible secret) Un jour, un habitué du petit bar en bas de votre immeuble vous pose la question (notez bien, il faut un certain courage et une sacrée dose d'inconscience pour vous poser ce genre de question. Mais j'aime bien cette naïveté), et vous vous demandez si vous devriez hurler votre plaisir lorsque vous avez un amant, histoire de faire taire les commérages. Il n'est pas utile de perdre de l'énergie à vous défendre (j'ai une chanson de Brassens qui me trotte dans la tête).

De tout manière, ça ne marcherait pas. Parce qu'alors, vous deviendriez une pute. Et c'est inévitable, la plupart des gens parlent, ils aiment ranger dans des tiroirs les morceaux qui dépassent. La plupart des gens sont ordonnés, ils n'aiment pas la pagaille. D'ailleurs, c'est grace à ça que la terre tourne si bien; ils veillent sur vous.

Mais pour vous, tout va bien. Vous êtes assez satisfaite. Vous n'êtes pas tétraplégique, vous n'avez pas la lèpre, vous avez un toit et un lit pour dormir. Et même s'il est petit, ça suffit bien, votre nid est construit et vous y mangez à votre faim. Vous y abritez vos convictions.centenaire_comptoir

Bref, vous pensez vous reposer, un peu, un petit moment, et jouir de cet instant de conscience.

Tout va bien.

Voilà, vous y êtes.

Mais la vie, elle dit: "toi la Melle Bille, je te réserve encore des surprises de taille, je ne te laisserai pas tranquille, parce que tu n'as pas encore saisi exactement toute l'ampleur de ce qui t'entoure. Et tu n'as pas encore bien compris comment ça marche" (elle est comme ça, la vie. Elle fait des vagues et toi, tu choisis de te laisser porter, ou tu essaies d'être le plus fort. Mais à mon avis, tu ferais mieux de la laisser suivre son cours, parce qu'elle a quand même 100 milliards d'années d'avance sur toi. Face à elle, tu ressembles à une cuticule, alors laisse tomber. Enfin, tu fais ce que tu veux mais après, il ne faudra pas venir te plaindre).

J'ai un article à faire sur les bars de quartier. J'en déniche un, jamais vous n'avez vu ça. Le Centenaire. Je rentre, je prends des photos, je pose des questions, je bois un coup. C'est un bar dans lequel vous ne mettriez jamais les pieds normalement, il est à l'autre bout du centenairemonde, celui que vous ne comprenez pas.

Il existe, vous êtes obligé de l'admettre. Mais vous ne le comprenez pas.

Et là, alors que vous ne faites rien d'autre que votre boulot, vous voyez entrer votre amour de quand vous aviez 25 ans, et dont vous n'avez plus jamais entendu parler,  depuis qu'il est parti s'installer en équateur. Il en avait 27, il avait une vie de guingois à vivre.

Il vous reconnaît, vous le reconnaissez (dommage, vous l'appellez Eric alors qu'il s'appelle Hervé. Vous savez exactement qui il est, mais la mémoire ne conserve pas forcément les noms. Et les images viennent en dansant, par paquets entiers. Et dans l'ordre). Il est juste venu passer 3 semaines ici. En fait, il n'habite nulle part, il revient de 4 mois en Israel, et avant, il était à Haiti, au Canada, en Somalie. Depuis toutes ces années, il fait le tour du globe, il n'a pas l'intention de s'arrêter.

Comparée à lui, vous êtes abonnée à Phildar, vous tricotez sous une pendule depuis des siècles. Et ça fait tic-tac tic-tac avec une régularité à vous rendre marteau.

Mais lui,  il a conservé ce moment où vous avez parlé du disque de Phaestos, quelque 15 ans plus tôt. Et il vous le rappelle au bout de cinq minutes. Dans ce bar qui, le matin même, était encore en gestation dans une dimension annexe.

C'est le moment le plus épatant qui soit.

PS: La photo est publiée avec l'accord de Charles (un jour, je vous raconterai Charles. Et le Centenaire aussi)

Autre chose: allez faire un tour chez Sammy, il y a un billet précieux là-bas.

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mardi 02 octobre

Crotte, j'hésite encore sur la catégorie (jen virerais bien une mais je suis confrontée à un choix Cornélien. Bon, je tranche)


AmosphericDivingSuit          J'avais dit que je ne remettrais jamais les pieds à la piscine.

A cause du chlore, à cause des cabines, si petites qu'on a l'impression de se déshabiller dans une consigne, et parce qu'il y a toujours une des 2 portes qui s'ouvre au moment où vous enfilez votre culotte. Et que vous en sortez avec la coiffure d'Hervé Bazin, à cause des séchoirs placés soit trop haut, ce qui vous écrase bien les cheveux, ou trop bas, ce qui vous force à vous mettre à genoux. Alors merci bien, j'attendrai Waikiki et la piscine de George.

Avais-je dit.

C'était sincère, et sans appel.

Cependant, lorsque vous vous inscrivez à un club de plongée, on ne vous donne pas le choix. C'est ça, ou vous allez vous entrainer dans le loch Ness. A brasser la fange et les monstres. Et peu importe à l'entraîneur que vous ayez derrière vous 20 ans de combats à mains nues avec des poulpes dans l'Egée, vous allez faire de la plongée en piscine et plus vite que ça hop allez vas-y fais la bombe avec ta bouteille tu vas voir comme c'est rigolo.

L'eau, c'est mon élément rien qu'à moi. Il m'arrive même d'imaginer, dans mes rêves les plus fous, que je suis née avec des branchies, que j'étais la promise de Namor le prince de la mer, et que ceux qui se font passer pour mes parents m'ont en fait recueillie lors d'une chasse aux bigornaux, alors que je roulais, désemparée, dans l'écume rose du crépuscule. Depuis, je erre sans but à la surface d'un monde hostile qui n'est pas le mien: la terre. images

Mais en surface, la réalité est toute autre. C'est un véritable cauchemar visuel, et je comprends pourquoi on interdit l'accès de la piscine aux enfants et aux cardiaques les soirs d'entraînement du club.

Imaginez une bande de rigolos pourvus de géométries diverses et variées ( comment la vie a-t-elle pu faire preuve d'autant d'imagination est une question qui me hantera jusqu'à la fin de mes jours), chaussés de palmes aux coloris chatoyants, le visage tout compressé, sous un masque qui vous écrabouille tellement les yeux que vous croyez croiser le regard de Tommy Lee Jones lorsque vous vous regardez dans un miroir.  Et comme si tout ça n'était pas déjà suffisamment expressif (si je puis m'exprimer ainsi en ce qui concerne le regard de Tommy Lee Jones; dieu que je détesterais le croiser dans le Bronx à 2.00 du matin sous un réverbère, entre 2 prostituées et un dealer de boutons de culotte), il existe aujourd'hui pléthore d'accessoires extraordinaires qui peuvent vous rendre encore plus ridicule, comme le petit gant de piscine ci-contre qui, s'il n'accélère pas vos performances de façon significative, favorise la déroute d'éventuels attaquants.

Surprise. Action, réaction.

De nos jours, il convient de mettre un bonnet de bain si vous voulez plonger vivant dans une bassine olympique de chlore à l'état pur, des fois que vous dissimuliez une baleine ou des cobras sous vos cheveux. C'est comme ça et pas autrement, si tu n'es pas content tu vas t'entraîner dans le loch Ness, à brasser la fange ...etc...etc.  Ajoutez à ça la bouteille de 3 tonnes qu'on vous fixe sur le dos, vous allez voir comme votre équilibre en prend un coup, et avec quelle grâce vous allez claudiquer jusque dans le grand bain; il ne vous manque plus qu'une paire de clochettes autour des rotules, et le diadème de Liz Taylor dans Cléôpatre par dessus le bonnet pour plongeurque l'image atteigne les limites du supportable. Ajoutez le détendeur qui vous dilate les lèvres( comparé à vous, un mérou à un trait à la place de la bouche), et vous avez atteint votre but, vous ressemblez à une créature des abysses écrasée par la pesanteur.

Mais sous l'eau, c'est tout autre chose.

Je me suis tapie au fond de la piscine, et j'ai regardé.

Franchement, qu'est-ce que c'était chouette!

Le dernier souvenir que j'avais d'une plongée se situait en mer Egée, où j'avais disparu dans une forêt de bulles, les miennes, effrayée par un petit reflet furtif que j'avais pris pour un requin ( c'était l'hameçon de Yorgos, mon patron. J'ajoute la couardise à la lâcheté, histoire de ne pas vous prendre en traître). Mais là, en piscine, débarrassé de toute hypothèse mortelle, vous pouvez donner libre cours à votre rêverie.

Je vous assure que vous avez l'impression de voler.

Vous vous rendez-compte?

Vous êtes léger, relativement gracieux, dans un élément qui vous porte comme s'il vous aimait depuis toujours (ce qui est le cas, d'ailleurs), et raidersofthelostarkaff2vous respirez dedans.Vous avez la certitude qu'aucune des visions cauchemardesques du "monde du silence" ne va venir polluer cet instant d'apesanteur (sauf si vous pensez très fort au bonnet du commandant Cousteau, mais personne ne vous y oblige, c'est votre choix), et vous communiquez avec tout plein de gens qui flottent comme dans un rêve bleu. Et je peux vous dire qu'ils sont drôlement contents d'être là (sauf le petit grêle, là-bas, qui donnerait tout pour être à une conférence sur le moine Irlandais John Cormack O'Donnel et qui se demande bien par quel mystère il vient de dégringoler dans une piscine en compagnie de 12 trucs vaguement humains, mais pas tout-à-fait).

Et le bonus, c'est qu'ils sont en train de vivre la même chose que vous. Malgré l'effet mérou Tommy Lee Jones ( sans parler du reste), si vous regardez attentivement leurs yeux, vous y verrez du ravissement à l'état pur.

C'est une sensation beaucoup plus enivrante que manger bio. Sur le court terme, c'est vrai.

J'ai redécouvert, bêtement et de façon tout-à-fait fortuite, qu'oublier ce qu'on a pu ressentir des années auparavant était une bénédiction(et ça ne concerne pas que la plongée d'ailleurs). La beauté de ce monde naît non seulement de ses imperfections,  nombreuses, mais aussi de cette faculté à renouveler l'ivresse des moments passés. Et le plus extraordinaire, c'est que vous avez l'impression que c'est la première fois. D'une manière étonnement subtile, votre cerveau fait une espèce de copier-coller en mieux du moment précédent (votre cerveau n'est pas la moitié d'une courge). Alors oui, c'est vrai, ça n'est pas toujours facile, et nous ne sommes pas toujours équipés pour les combats auxquels nous sommes confrontés, de ça de là (cahin-caha, va chemine, va trottine...etc etc, pour la suite, voyez Merkes et Nerval, ils ont la partition). Mais quand même, c'est épatant.

Voilà.

Sinon, vous, ça va?

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PS: le mois prochain, nous sablons le champagne; je ne vous dis pas encore pourquoi, mais c'est une irréfutable preuve de la beauté de ce monde.

Posté par Melle BillE à 21:11 - Un mondE ExtraOrdinairE - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 26 septembre

Un monde effrahant (ne croyez pas que ce soit si facile)

Le plus beau métier du monde, c'est scaphandrier, tasse à café de George Clooney, Antoine qui fait la réclame pour les opticiens Atoll (les opticiens, donc),  le mien. Si.

Parce qu'on y apprend des choses extraordinaires.

Tiens, un exemple au hasard. Hier, j'ai appris un nouveau mot. Et en plus, c'est un corps de métier dont j'ignorais totalement l'existence. Le monsieur qui fait parfois appel à moi me regarde lourdement,  et me dit: "toi la melle Bille tu fais un reportage sur les Frahans et tu vas en interviewer un et plus vite que ça bouge tes fesses melle Bille".

Quid? Les Frahans?

Un instant de stupeur mental plus tard, je revins dans la discussion, qui s'était déjà envolée vers d'autres cieux prestigieux. Vous voyez, ça n'a l'air de rien, mais lorsqu'on vous demande de pondre quelques pages sur un sujet dont vous ignoriez totalement l'existence le matin même, alors que vous vous brossiez pensivement les dents avec ce nouveau dentifrice dont un ami vous a vanté les mérites, vous vous perdez instantanément dans un abîme de réflexions pertinentes (il serait effectivement plus simple de demander quelques précisions annexes, mais on m'a appris à me débrouiller seule. Et vous devriez faire pareil. Le jour où vous vous retrouverez frahanà manger des lichens, perdu au fin fond d'une jungle hostile en plein coeur du Yucatan, avec une bande de brutes sanguinaires peinturlurées aux fesses, vous ferez moins les malins, permettez-moi de vous le dire).

Qu'est-ce qu'un Frahan?

*Les Frahans ont toujours existé. Déjà, alors que l'homme n'en n'était qu'à balbutier maladroitement quelques outils de silex, et ce afin de dépecer les peaux de mammouth dont il se faisait de ravissants petits slips bien chauds (les hivers étaient rudes, alors. Pas ces hivers de tafioles que tu combats avec une légère laine polaire de mauvais goût. Non. Des hivers bien astringents. D'ailleurs il suffit de regarder les joues de Frahan le fils des âges farouches pour se rendre compte que ses pores ne sont pas dilatés. Pourtant, et c'est un fait remarquable, il est presque nu. Sauf le petit slip bien chaud en peau de mammouth).

*Au 18eme siècle, sous le règne de Louis XV, un célèbre Frahan botaniste acquiert une réputation mondiale grace à ses extraordinaires plantations de tulipes. On se frahan_la_tulipeles arrache de par le monde, il faut dire qu'elles sont vraiment belles. Et surtout, elles sentent une délicieuse odeur de picratin aphrodisiaque. C'est l'avènement de celui que les cours d'Europe surnommeront Frahan la Tulipe. Fait curieux, ce jardinier-botaniste coupait ses tulipes au sabre. Ce qui permettait de ne pas briser les tiges, soit disant, mais il ne faudrait pas non plus nous prendre pour des trompettes. Pure pose de cabotin, en fait. Ne lui jetons pas la pierre, je ne sais pas comment je réagirais si tout à coup, les grands de ce monde se mettaient à me faire des courbettes avec leurs souliers à boucles, leurs mouchoirs en dentelle et leurs petites jupettes, tout ça parce que j'ai inventé une fleur qui sent bon.

*Environ un siècle plus tard, Napoléon Bonaparte aura cette phrase célèbre lors de sa campagne d'Egypte: "Soldats, du haut de ces pyramides, 40 siècles de Frahans vous contemplent". Ce qui n'est pas rien, il faut dire ce qui est. Car j'ai parfois l'impression que vous ne mesurez pas tout-à-fait l'incroyable portée de ces informations. Non mais c'est fou, ça.

Enfin bon bref, passons.

*Il est à noter que Claude Joseph Rouget-De-Lisle, auteur de la Marseillaise, mourut sans pouvoir rectifier les paroles de l'hymne national. C'est à la suite d'un défaut de prononciation que la première strophe "allons Frahans de la patrie" fut transformée en "allons enfants de la patrie", il était temps de mettre un terme à tous ces ragots.il_faut_sauver_le_soldat_Frahan

Plus tard, Jacques Brel composera une chanson entièrement dédiée à ce sujet: "Les Frahans", dont le refrain entêtant est encore sur toutes les lèvres: "les frahans, les frahans, les fra, les fra, les frahans".

*En 1998, Steven Spilberg rend un vibrant hommage à cette corporation avec son film: "IL FAUT SAUVER LE SOLDAT FRAHAN".

Ne me dites pas que vous n'avez pas vu ce film.

Non, allez, c'est vrai?

Bon, écoutez, on doit pouvoir le trouver en DVD. Sinon, vous pouvez louer "les dents de la mer" ou "Indiana Jones et le temple maudit", c'est pas mal non plus. Avec un petit plateau-télé fromage et saucisson, c'est l'assurance d'une soirée réussie entre amis.

*D'un point de vue culinaire, il paraitrait que le Frahan au jambon se déguste tiède. Je tiens cette information de Jean-Luc Petitrenaud, il a consacré une "carte postale gourmande" à ce sujet, sur Paris-première, mais je ne sais plus quand. Notez bien, on s'en fiche.

*Sous forme gazeuse, le frahan sert à réguler la température à l'intérieur des réfrigérateurs. Veillez à bien laisser reposer le frigidaire si vous l'avez secoué pour mélanger ce qu'il y avait dedans, le frahan est un gaz instable.

"FRAHAN D'UN JOUR, FRAHAN TOUJOURS!".

C'est sur cette devise époustouflante de clarté que nous conclurons cette passionnante enquête.

Et pour des informations complémentaires, voyez ici, c'est drôlement intéressant.


Et hop, comment que je te l'ai torché propre l'article.

Posté par Melle BillE à 11:19 - Un mondE ExtraOrdinairE - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 23 septembre

Non si poteva entrarci dentro (vieille rengaine folklorique des Abruzzes)

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                       Entre nous, ce monde doit être terrifiant.

Il suffit de voir à quel point bon nombre de personnes font de petits replis précis, sans même vous regarder, lorsque vous leur tendez une invitation gratuite à participer à une des plus belles manifestations du cinéma Italien, pour comprendre qu'"étranger, toi qui passe cette frontière, abandonne tout espoir". Je me demande bien comment les voyageurs galactiques qui nous observent depuis des millénaires vont négocier lorsqu'ils vont descendre nous boulotter le cerveau. Notez bien, c'est peut-être la raison pour laquelle ils ne sont pas encore passés à l'acte. Ils ont peur.

Mais j'ai une autre hypothèse.

J'admets que 25 vespas lancées à tombeaux ouverts à travers la ville a de quoi surprendre. J'admets que c'est assez bruyant (vous avez l'impression de passer 3 heures à l'intérieur d'un essaim de frelons, mais en plus, ce sont des frelons péteurs), et j'admets que siroter un diabolo-citron dans des vapeurs d'essence a de quoi en rebuter plus d'un (ils n'ont qu'à boire du picratin, ça détruit les sens). C'est vrai, nous n'avons pas lutté contre le réchauffement de la planète ce jour là (les vaches non plus, d'ailleurs; il paraîtrait que c'est, en partie, à cause de leurs rots (et non pas de leurs flatulences comme des scientifiques peu sérieux ont tenter de nous en convaincre) que la couche d'ozone s'effiloche. Et je vous signale qu'elles font ça tous les jours, et même plusieurs fois. Alors n'allez pas me dire qu'on doit condamner la guêpe-ride). C'est vrai, nous sommes responsables de quelques arrêts cardiaques, mais ils étaient vieux et ne demandaient qu'à partir rapidement et sans douleur. Parce que l'hiver est proche.

Mais comme chaque année, Ettore Scola sera là, il fallait bien marquer le coup, nous sommes unis par des liens indéfectibles (à ce vespa_clounussujet, je tiens à préciser une bonne fois pour toutes parce qu'après, c'est le baffon du siècle dans ta face, que JAMAIS la haute-savoie n'a été Italienne. Nous appartenions au royaume de Piemont-Sardaigne, je vous en prie. Et ce jusqu'en 1860, ce qui fait de nous le dernier territoire rattaché à la France (c'est ainsi qu'aux dernières élections, il restait encore quelques personnes un peu désorientées qui cherchaient les bulletins de vote aux armoieries de la maison de Savoie). Personnellement, je m'en fiche un peu, mais ma grand-mère vous aurait retourné un bon gros gifflon en patois si vous aviez émis cette hypothèse, qu'éventuellement il parait que. Et ma grand-mère pesait 120 kilos. Vigilance, donc, vérifiez vos sources, elle peut encore revenir d'outre-tombe, on a vu plus édifiant. Sans compter que ça ne me surprendrait pas, mamie Margot était magique).

Bref, ce qui m'épate dans tout ça, c'est ce curieux mouvement de recul d'une certaine partie de la population, alors que vous les invitez gentiment à siroter un verre de chianti le soir de l'inauguration. Si vous n'aimez pas le chianti, il y aura du san-pelligrino rouge, celui avec le bonhomme canaille sur l'étiquette, avec sa casquette sur l'oeil et son pouce levé qui vous dit "jamais t'as bu un truc aussi bon de toute ta vie, mon pote". Et si vous n'aimez pas ça non plus, vous pouvez rencontrer Ettore Scola (d'accord, si vous avez soif, ça vous fait une belle jambe. Je vais vous dire, vous n'avez qu'à venir avec une gourde, personne ne fera attention à vous. Sauf peut-être Ettore Scola). Et puis il y a les films. Plein. Et des chouettes, ça, vous pouvez me croire.

Chaque année, ça me laisse sans voix, cette étrange méfiance envers tout ce qui est gratuit, festif et sympathique. Je ne m'y fais pas. haka_how_to_performC'est que quelque part, nous avons loupé ce pour quoi nous étions faits: SOURIRE. Et puis vivre, aussi. Nous sommes en train de perdre cette extraordinaire faculté à nous étonner et à saisir le moment.

Et s'il existe sur terre des gens suffisamment désespérés, ou aigris, ou simplement stupides, pour ne pas saisir l'occasion de la rencontre, je comprends pourquoi les voyageurs cosmiques hésitent à venir nous bouffer le cerveau (bien sûr que si qu'ils existent, ils piquent la moitié de mes chaussettes, mes cuillères à café, et parfois des objets beaucoup plus lourds A vous aussi d'ailleurs; mais vous refusez l'évidence, vous êtes aveugles).

C'est parce qu'ils n'ont pas envie d'être malades.

PS: cet après-midi, j'ai appris à faire le Haka des All Blacks. Je suis franchement grotesque, et je n'ai impressionné personne.

Mais c'est drôlement rigolo.

(essaie toi aussi)

Posté par Melle BillE à 20:53 - Un mondE ExtraOrdinairE - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 22 septembre

Rugbarbecuy (oh, mais que tout ceci est donc mystérieux)

Le bar de quartier, tout comme le rugby, est un des éléments fédérateurs de notre société, cette société qui,  en constante mutation, tend à perdre ses archaïsmes au profit de nouveaux modèles .

Non, allez, je rigole.

chabridEt je peux vous garantir que les archaïsmes vont nous coller le train encore un bon bout de temps, pas de panique. Je peux vous en parler, j'étais hier soir dans un bar de quartier pour regarder le match France-Irlande. Ne me demandez pas comment j'ai échoué là, c'est encore assez obscur. Je sais que nous étions dans un ravissant petit champs au bord du lac, que le crépuscule sentait bon le charbon de bois, que tout était paisible, et que la clarté de l'air se teintait de petits rires cristallins qui s'en allaient frapper la surface délicate de l'eau. Enfin bon, n'en faisons pas trop, c'était vraiment chouette, voilà. Après, c'est le trou noir.

Enfin non, pas tout-à-fait. L'un d'entre nous a soudain braillé d'une grosse voix pleine de touffes de terre: "hé! ya match à la buvette du marché! y nous attendent!!!! Putain allez on remballe tout fissa et on ripe!!" (oui, ce genre de phrase tend à légèrement ternir notre image de "cercle des poètes disparus", mais de toute manière, il y lulurre que plus personne n'est dupe, à commencer par nous. Grace au ciel, Romulus Grillus ne comprend pas un traître mot de Français, il pense que nous sommes Romanches. J'imagine qu'il a mis cette bourrasque inattendue sur le compte d'une quelconque coutume Alpestre, ce qui ne va pas contribuer à moderniser notre image). Bref, 10 minutes plus tard, nous étions tous au coeur des vieux quartiers, sur la terrasse de la buvette du marché, assis devant un gigantesque écran plasma, au milieu d'une horde assez hétéroclite. mailJ'avais encore une brochette chaude dans la poche, témoin de la rapidité avec laquelle certains d'entre nous avaient pris les choses en main, et c'est toute hébétée que j'ai laissé la patronne du bar m'estampiller la gorge d'un drapeau BleuBlancRouge, comme dans un rêve un peu effrayant. Au début du match, une personne m'a enfoncé sur le crâne la perruque de Bozo le clown (ce pourrait être celle de Germaine Jackson, n'était-ce ses couleurs pétaradantes), pour rire. Curieusement, ça ne m'a pas fait rire très longtemps. Mais je tiens à prouver mon élan participatoire (je ne sais pas si ce mot existe mais il me plaît bien, je vais donc le laisser vivre sa vie) en vous offrant cet intant immortel. Oui, c'est moi, et je suis heureuse de ne pas avoir d'enfants. Vous noterez cependant que je conserve une certaine dignité, même dans les situations les plus désespérées (les lunettes noires, c'est pour préserver mon anonymat; je vous rappelle qu'Annecy est une petite ville où l'on jase, et ça n'est pas du Count Basie. Je prie pour que personne, à part le portable de mon meilleur ami, ne m'ait surpris en train de faire la hola à 22.00 dans un bar de quartier. Les autres étaient tous ronds comme des boulons, on s'en fiche).

               Je serais bien rentrée tranquillement à la maison écouter une toccata et fugue de Lully en contemplant les merveilles du cosmos, mais un mauvais seau de vin rosé très frais m'a piégée dès le début de la rencontre, il me regardait d'un oeil torve en grognant. Je suis donc restée assise, coite, sur mes gardes, sous la perruque.

Un match de rugby, c'est fou. Surtout si vous regardez bien les mêlées. Moi, tu me lances le ballon, même pas en rêve je le touche. Parce que dans la minute, tu te prends 12 camions de chair humaine sur les épaules, et tu te retrouves tout plat, à brouter le gazon sous les crampons. Tu n'as plus qu'un petit morceau d'oreille. Et si tu tends le bras, il creuse assez profond pour toucher une veine de quartz. Alors vous pensez bien si je vais l'attraper, le ballon. D'autant que dans l'équipe de France, ils ont engagé Hagrid, celui qui dévore deux bébés vivants juste avant d'entrer sur le terrain (je le sais, le médecin légiste du stade de France est un ami, et il me doit quelques services. Regardez bien la photo là-haut. C'est pas Hagrid, peut-être?). Je dois admettre que je me suis surprise à hurler "wééééééééééééé!!!!!!!!" dans à peu près toutes les actions, ce doit être un réflexe de Pavlov. Ou une incohérence. Voire un peu des deux, mâtiné d'un snobisme de mauvaise foi. Je me suis levée, j'ai lancé mes bras en l'air, et j'ai chanté "Brasil" en faisant "toutoutou old_coupletoutou toutou" avec tous mes copains. Et le mauvais seau de rosé a cessé de me regarder en grognant, nous sommes tous frères dans un moment sportif.

Après le match, une vieille dame est venue s'assoir à notre table. Elle avait une pression à la main, un sac qui ressemblait à une boule disco dégonflée, et elle a fait venir deux copains à elle. Non mais vous vous rendez compte? Ils étaient à l'intérieur du bar, là où Attila avait semé des petits clous, là où il faisait la même température que dans les cheminées du Titanic, là où le point de compression ambiant atteint le record des abysses!!!Nous avons taillé le bout de gras jusque très tard. A eux trois, ils avaient à peu près l'âge de Roland de Roncevaux (Robert avait d'ailleurs une espèce de cors moderne qu'il faisait résonner dans la nuit avec une régularité de métronome, en hurlant "on a gagné! on a gagné!).  Fédérateur, je vous dis.

Je crois que Romulus Grillus a été légèrement déstabilisé, il n'avait jamais vu autant de Romanches en une seule fois. ça lui a fichu un coup.

Cet après-midi, je participe à un rallye vespa au nom assez enchanteur: "la guêpe-ride".

La vie est pleine de surprises.

PS: Un petit cadeau qui n'a rien à voir: du pur bonheur

Posté par Melle BillE à 10:03 - Un mondE ExtraOrdinairE - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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