Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 26 décembre

christmas Le bougraton s'est bien vengé.

A peine j'émets quelques réserves, comme quoi je m'en bats les ventricules, de l'esprit de Noel, avec les musiques, les patins à glace, Frank Sinatra et le sapin, que le cadeau tombe: un virus qui vous les dévore, les ventricules. Avec de grosses dents jaunes. Il dévore aussi vos poumons, vos bronches, vos épaules, et une partie de vos pulls en mohair. Et remplace votre voix par un appeau à canard.

Quand vous pouvez parler.

C'est Noel, que la joie soit avec toi, mon ami, le père Noel est très réactif. Paix.

Je trouve cependant la coincidence pour le moins suspecte. jerry_lewis

Peut-être que le père Noel existe vraiment, et qu'il s'est dit: " Moi je me pèle les oignons dans mon chariot à clochettes,  essaie un peu de passer dans un radiateur électrique avec les jouets et tout le toutim quand tu fais du 215 en tour de hanches. Avec un gros manteau et des rennes enchantés. Tu t'en chaloupes les fesses sur un tambourin, melle Bille? Tiens, pour te punir, je t'offre un chapelet de petites cloques sur les poumons, qui vont exploser les unes après les autres en faisant "jingle bell" pendant très longtemps. Et j'ajoute de gros ganglions derrière les oreilles, comme ça tu as ta poupée Shreck quand tu regardes dans le miroir. ça t'apprendra les valeurs, melle Bille. Et joyeux Noel, pendant que j'y suis, melle Bille. Ow ow ow".

La vengeance du père Noel est assortie d'une extension inédite: la perte totale du goût et de l'odorat. C'est très étonnant comme sensation; vous pouvez manger tout ce que vous voulez, vos papilles ne sont capables de distinguer que les formes (carrés, ronds, triangles...), les textures, et le chaud et froid. Un peu comme lorsque vous découvrez la nourriture sous cellophane dans un avion, mais en encore plus neutre. Pendant que vous tentez de retrouver une émotion gustative, à travers de petits tests ridicules, comme lécher le contour alienmétallique de vos fenêtres pour voir si ça aurait plus de goût que votre chapon, ou mâchouiller un bout d'éponge, les petites cloques explosent sur vos poumons, et toutes vos bronches sont en crues. Si vous écoutez bien, vous aurez une idée assez précise de ce qui se passe lorsque le Mississipi sort de son lit en charriant plein d'alluvions.

De temps en temps, les brumes se déchirent et vous entr'apercevez une vague odeur. Pas de chance, c'est pile poil au moment où vous plongiez le nez dans un vieux pâté de campagne moisi qui traînait au fond du réfrigérateur. En chancelant, vous vous précipitez alors sur votre foie gras, dans l'espoir de pouvoir en saisir l'odeur fugace (ne parlons même pas du goût, il ne reviendra plus jamais, il faut en faire votre deuil).

Trop tard, les brumes se sont déjà refermées, et vous mâchonnez pensivement un vieux morceau de carton en attendant des jours meilleurs.

Vous n'imaginez pas à quel point c'est frustrant. J'ai fait une petite enquête autour de moi, aucun de mes amis n'a jamais vécu cette absence totale de goût et d'odeur, cette brutale déconnexion du monde des délices. Il m'a même semblé que certains d'entre eux ne me croyaient tout simplement pas.

Incapable de me déplacer ( le virus transforme également vos articulations en copeaux d'ouate particulièrement volatiles), j'ai fait venir un jeune et fringant médecin Dimanche dernier. Il s'est empressé de sortir une roue de sa trousse à outils, sur laquelle il m'a clouée au moyen de 4 blade_runnerseringues hypodermiques. Puis il m'a jetée sur mon lit comme un paquet de linge sale, et m'a menacée des pires tortures si je m'aventurais au-delà de la porte d'entrée dans la semaine à venir. "une sale infection généralisée", m'a-t-il dit tout en me brisant les coudes avec un maillet, afin de m'éviter la tentation de boire de l'alcool (un Sauternes 1981, luisant comme un bloc d'ambre liquide, extrêmement séduisant). Lorsque je lui ai parlé du minuscule chalet, du feu de cheminée, du bon bouquin et des doigts de pieds dans les braises, il a éclaté de rire comme Orson Wells; il est aussitôt descendu au parking afin de crever les pneus de ma voiture, mettre une pomme de terre dans le pot d'échappement, et scier les freins.

Et défoncer le pare-brise à coups de pelle.

Ce jeune médecin est, plus que probablement, un sbire du Père Noel. Son bras droit, sa vengeance personnifiée.

Son âme damnée.

20393059Je rédige ce billet du fin fond de mon domaine, un lit incroyablement confortable. Le sbire en a interdit l'accès à toute forme de vie extérieure, il a dissimulé ça et là quelques charges explosives; je ne suis pas autorisée à vous révéler leurs positions.

Aujourd'hui, l'infection s'étend aux maxillaires, j'ai l'impression d'avoir un porte-avion dans les gencives. Et les arcades sourcillières d'un mandrill.

Jamais plus je ne dirai du mal du Père Noel.

Je t'aime, Père Noel.

Posté par Melle BillE à 10:01 - VieQuotidiennE - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 22 décembre

Joyeux Noel: modifications (mais appâtons le chaland avec un titre raccoleur)

santa_martiensJe vais vous avouer quelque chose, je me contrefiche de Noël.

Non mais franchement.

Attention,  je ne déteste pas Noël.

Mais simplement, ça m'indiffère. Et je ne vois d'ailleurs pas ce qu'il y a de festif à prendre 17 kilos en se bourrant de mauvais chocolat. Avant, elle me plaisait bien, cette fête. Et puis je me suis rendue compte que quelque chose me forçait à aimer ça.

Ce fut une révélation. 2007 fut d'ailleurs une année riche en révélations. Mais nous en parlerons le 31 Décembre. Ou un de ces quatre.

Noël, c'est pour les enfants. 

Et ces voeux pieux que je renouvelais chaque année, et que je m'empressais de ne pas réaliser, ne tiennent plus vraiment la route (je fume toujours, je continue d'abominer le sport, et je reste championne toutes catégories de la procrastination; dans une autre vie, j'ai été mousse sur un rocher. C'était très zen, mais j'en porte encore les stigmates).

J'ai lu quelque part, sur un blog très bien écrit mais dont le nom m'échappe malheureusement, qu'une fête comme Noel permettait de montrer que l'humain pouvait transcender sa nature. Tout cela est bel et bon. Malheureusement, je pense que l'emploi du conditionnel, ou du passé, serait plus adéquat.  Il fut un temps ou Noel permettait de transcender la nature humaine. Ou Noel pourrait éventuellement permettre à l'être humain de transcender sa nature, pour peu qu'il en ait envie, ou qu'il sache qu'il en a la possibilité. Ou encore à l'origine, dans des temps très reculés où Matel, les chocolats Jeff de Bruges et le réseau Orange n'existaient pas, les humains considéraient Noel comme une possibilité de transcender leur nature x30500humaine.

Aujourd'hui, le marketing indécent qui tourne autour de cette hypocrisie généralisée met dans la bouse un paquet de gens, ceux qui n'ont pas les moyens d'offrir à leurs enfants la wi dont ils rêvent. J'ai des exemples autour de moi. Bientôt, vous serez le dernier des crottins si vous n'êtes pas à même de combler, le temps d'un souffle, votre rejeton de dix ans avec un téléphone portable qui lui fabrique des baskets fluorescentes griffées, et qui font pouet en même temps (et pardonnez moi, mais je pense que vous êtes le dernier des crétins si vous vous endettez pour ça). J'ai vu hier un ado de 14 ans s'offrir un I-phone avec la carte de crédit de sa mère. 400 euros. Le vendeur ne s'est posé aucune question; je le sais, c'est le fils de ma meilleure amie, j'étais avec lui.

C'est une des raisons pour lesquelles, en ce moment, vous avez l'impression d'arpenter "le cimetière des mort-vivants" lorsque vous baguenaudez dans les rayons des hyper-marchés.

Et pas le "marshmallow wold" de Frank Sinatra.

En ce qui me concerne, j'ai trouvé la parade idéale.

Je pourrais transcender ma nature humaine, et aller servir des repas aux SDF. J'en ai conscience; mais je n'en n'ai pas encore trouvé le courage. J'ai du mal avec cette bonté là, je n'en suis pas encore capable. Je n'en serai peut-être jamais capable. Je suis une enfant gâtée du système, je peux gloser des heures sur la faim dans le monde. Agir, macache. Il n'y a plus personne. A défaut de les soulever, je me contente d'habiter les montagnes.

Alors je m'en vais.

Dans des endroits où je ne connais personne, et j'en profite pour travailler.

      Je n'ai donc pas attendu Noël pour offrir à NeveuBille son immonde sabre-laser, nous avons bien rigolé, il m'a même trouvé un surnom à cette occasion ("tatau-pupu", ce que je ne suis pas certaine d'apprécier. Je l'ai donc aussitôt renommé "commandant Pétoff", ce qu'il n'a pas apprécié non plus. ça lui apprendra le respect des aînés). J'ai également trouvé dans un bureau de tabac le cadeau de mon enfance, celui que ne manquait jamais de m'offrir mon grand-père à n'importe quelle occasion, le célébrissime "monsieur patate". C'est un petit sachet qui contient un costumes_plastiquechapeau, de petits pieds, une grosse paire d'yeux, une moustache, et de petites mains en plastique. Grace à ces accessoires extraordinaires, vous transformez n'importe quelle patate en hilarant petit bonhomme grotesque. J'ajoute que ça coûte 2,75 euro, ça ne vaut vraiment pas le coup d'en priver votre neveu; ça marche aussi avec une clémentine ou une poire. Et vous n'avez pas besoin de vous endetter pour ça (au pire, si vous êtes vraiment dans le rouge, vous ne boirez que 3 vins chauds au lieu de quatre, lorsque vous irez bousiller les baraques du marché de Noel, celui dont la musique sirupeuse vous scie les oreilles depuis 15 jours).

Cette année, un ami m'a prêté un minuscule chalet, quelque part en Suisse (je sais, c'est récurrent).

Je voulais aller à New-York, mais mon banquier me l'a formellement déconseillé, tout en appuyant fortement un fusil à canon scié sur ma tempe ( et je serais la dernière des crétines si je m'endettais pour ça). Je ne suis pas certaine qu'il y ait une connexion internet, c'est un endroit où il doit y avoir des ours. C'est bien connu, les ours grignotent les connexions internet du bout des crocs, ils en sont très friands. S'ils ne trouvent pas de connexions internet à grignoter, ils saccagent tout sur leur passage, c'est la raison pour laquelle on ne trouve plus un arbre au Groenland.

Et ça, Al Gore ne nous le dit pas.dallas2

C'est une vérité qui dérange.

Le soir de Noel, comme chaque soir dès que je serai là-bas, je vais faire un gros feu de cheminée (sauf si les ours ont tout saccagé sur leur passage), je vais prendre un gros bouquin, je vais m'ouvrir une bonne bouteille de Saumur-Champigny, et je vais dévorer un pain d'une demie-livre de foie gras.

Les doigts de pied dans les braises.

Je téléphonerai au commandant Pétoff en prenant un accent Russe, et je me ferai passer pour un habitant d'Alpha du centaure.

Cohérence oblige, vous ne m'en voudrez donc pas si cette année, je ne vous souhaite pas un "joyeux Noel", je me rends compte que je ne suis pas très à l'aise avec la transcendance de ma nature humaine.

Par contre, permettez moi de vous dire que je vous aime.

Posté par Melle BillE à 18:22 - VieQuotidiennE - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 14 décembre

Vous attendiez des nouvelles d'un hôtel miteux typique? Je suis navrée, j'ai perdu mes super pouvoirs.

J'ignore à quoi je dois attribuer rock_n_rollcette perte, mais je n'ai été capable de dénicher qu'une maison d'hôtes absolument charmante, avec de petits rideaux de cretonne à fleur, et une literie tout-à-fait confortable, à peine instable.

Instable ai-je dit? Oui je l'ai dit, je fais ce que je veux. Nous verrons pourquoi tout à l'heure.

C'était parfait, jusque dans le moindre détail, jugez plutôt: une pendule Elvis Presley dans le salon (avec Elvis Presley qui montre l'heure avec ses bras), un accueil Suisse à l'avenant (imaginez un yödler coiffé en banane, ça vous donne l'idée), et une de ces insomnies telluriques dont je suis coutumière depuis une bonne quinzaine d'années. Ces insomnies ont cependant un bon côté,  elles me permettent de tester tous les équipements de l'établissement, pendant que les pensionnaires perdent leur temps à se reposer et à faire des rêves merveilleux. Ils ne savent pas ce qu'ils ratent.

Je suis descendue en pantoufles dans le salon, ne perdant pas l'espoir de m'endormir instantanément sur place, et j'ai attentivement observé l'horloge Elvis Presley (avec la petite lampe de poche qui me permet de communiquer avec les extra-terrestres).

J'ai été drôlement déçue.

Celui qui a eu l'idée d'une telle merveille n'a pas été jusqu'au bout de sa trouvaille, et c'est bien dommage.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'une horloge Elvis Presley qui marque les heures en faisant "coucou" n'est pas crédible. Selon toute logique, chaque tranche horaire devrait être ponctuée d'un extrait de "jailhouse rock", on devrait même se faire un devoir d'esquisser de façon systématique quelques figures acrobatiques.  tango

Ainsi que de vigoureuses amplitudes pelviennes.

Pareil pour le tango d'ailleurs.

Ce serait un monde merveilleux, où chaque heure qui passe déclencherait une débauche de déhanchements suggestifs, même avec votre patron, ou votre facteur. Nous nous lancerions, tous, l'espace de quelques secondes, dans une folle compétition débridée de rock n'roll, et mon partenaire du moment m'appellerait Bille Haley (ah ah). Vous imaginez une horloge de ce style au restaurant? A la sécurité sociale? (c'est un mauvais exemple) Au trésor public?

Allez, je vous laisse y réfléchir une minute...

Vous avez vu comme c'est amusant?

Dans le cas d'une horloge à l'effigie de John Wayne (ça existe, j'ai vérifié), on se prendrait des coups de pétoires dans les oreilles, on mimerait des duels au milieu du désert Mojave, on pourrait même se jeter à plat ventre sous le bureau en poussant de petits cris effarouchés. Et après, nous irions tous boire un whisky à la cafétéria, les plus légères d'entre nous seraient entraîneuses de saloon, et les messieurs chiqueraient, et diraient  "damned"," blood n'guts" ou "holly shit", en bavouillant un jus noirâtre.

Dans un coin sombre, il y aurait un vague joueur de banjo, un peu inquiétant. Ce serait votre patron, il aurait des dents en or. Et des trous entre (je ne suis pas bien certaine de la syntaxe, là).

Tout ça grace à une horloge.

Ce serait un rudement bon moment.

lost_in_translation_park_hyattUn peu déçue par l'absence d'audace des horlogers, je suis remontée dans ma chambre, il était 2.00 du matin. Saviez-vous que certaines chambres d'hôtes sont équipées de lits à roulettes?

Lasse de chercher un repos réparateur, je me suis livrée à quelques petites expériences.

En prenant fermement appui sur le mur avec vos pieds, vous pouvez propulser votre literie, et vous avec, jusqu'au milieu de la chambre, et opérer une très légère rotation de l'ensemble en renversant tout sur votre passage. Vous explorez ainsi les quatre points cardinaux sans le moindre effort, afin de trouver l'emplacement exact qui convient à votre plongée dans les limbes.

En ce qui me concerne, c'est une croix sur une carte au trésor, les nuits de sommeil sont aussi rares qu'un dédé gagnant.

Il m'a semblé déceler une légère lueur d'effroi dans le regard du garçon d'étage lorsqu'il est entré avec mon petit déjeuner, et qu'il m'a découverte la tête à 10 cm de la corbeille, un pied battant furieusement l'air, et les deux mains arc-boutées sous le bureau. J'ajoute qu'un oreiller trônait près du radiateur (les nuits Helvètes sont fraîches en cette saison), et que la couette achevait d'opérer une retraite vers la porte de la salle de bain. feignasse

Mais j'ai fait comme si de rien n'était.

Après tout, il est à mon service, ce gueux.

Je sais qu'il est venu pendant la nuit, dans le noir dessein de me faire subir les derniers outrages, et de dérober ma maroquinerie et mon nécessaire de toilette. Il avait même probablement l'intention d'offrir ma crème hydratante à sa bonne amie, et de revendre mes chaussettes au marché noir.

Et c'est uniquement parce qu'il n'a pas été capable de déceler ma présence dans la pénombre qu'il ne m'a pas coupé les deux mains. Je suis d'ailleurs surprise qu'il n'ait pas buté contre la literie.

Alors son étonnement, je m'assois dessus.

Posté par Melle BillE à 11:49 - VieQuotidiennE - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 10 décembre

eraserheadUn mois de mon métier se déroule en principe dans les conditions suivantes: Je suis grosso modo 1 semaine et demi sur le terrain, et 15 jours plantée devant mon ordinateur, l'oeil vitreux et le cerveau comme une masse calcaire, à tenter de mettre en forme quelques phrases que le rédacteur-en-chef s'empresse joyeusement de mettre à la corbeille, dans un grand éclat de rire mutin. S'ensuit en général une vaste pluie joyeuse de confettis désordonnés.  Puis je passe 1 ou 2 journées à errer, nue et sans force, dans les couloirs de mon propre immeuble, et une ou deux alitée, le regard fixe, à dévorer tout ce qui me passe à portée de main, avec le sentiment mitigé du devoir accompli in extremis, dans les conditions les plus cahotiques.

J'ajoute que ces journée là, je ne me peigne pas.

Je viens à peine de quitter cette période de restructuration, il va d'ailleurs me falloir quelques heures pour découvrir par quel étrange mystère mes cheveux ont pu pousser de 2 mètres en 48 heures. D'autant qu'ils ont poussé frisés.

Sur le mois, il reste donc toujours un peu de temps libre que chacun utilise à sa guise, encore heureux. Certains d'entre nous vont chez le coiffeur, le résultat n'est d'ailleurs pas toujours à la hauteur.

Mais ceci est une autre histoire.shiningfilm_ebe9f

J'occupe ce temps libre à aller dans des endroits que mes amis refusent de fréquenter, pour d'obscures raisons. J'aime prendre la voiture, rouler, et m'arrêter, au hasard, dans un hôtel miteux typique. Je le choisis toujours miteux typique, car je n'ai pas les moyens de m'offrir un 5 étoiles (sauf lorsque j'y vais pour des raisons professionnelles, auquel cas je me fais un plaisir de saccager les draps, de déambuler de longues heures chaussée de douillettes pantoufles gracieusement fournies par l'établissement, et de vider le minibar avant de m'endormir, la bouche ouverte et les bras en croix, devant l'écran plasma, réglé sur une chaîne incompréhensible. Je suis très professionnelle, j'ai une conscience). Et je n'aime pas les chaîne hôtelières.

En congé, je refuse tout simplement de séjourner dans un hôtel où le propriétaire n'a jamais mis les pieds; Je comprends sa raison d'être, mais je nie tout bonnement son existence, ce qui est d'ailleurs réciproque. Les chaînes hôtelières et moi nous ignorons mutuellement, et le monde tourne rond.

Dans un petit hôtel miteux typique, on a toujours de merveilleuses surprises. Un lit conçu pour nain et fabriqué à partir du squelette d'une grosse caisse, des murs gazeux qui vous permettent de edwardprofiter de la passionnante conversation de vos voisins, quand il y en a, ce qui est assez rare, un concierge unijambiste, et tout un tas de petites anomalies, dont l'absence de café correct le matin n'est pas la moindre. Il est important que le petit hôtel typique miteux (ça change, j'aime bien) soit situé dans un quartier sordide ou, encore mieux, dans une campagne sordide. Ainsi, personne ne vous entendra hurler à la mort lorsque le garçon d'étage viendra vous faire la peau, vous couper vos deux mains et vous planter une paire de ciseaux dans les yeux, voler votre maroquinerie, et envelopper votre corps dans une couverture moisie rongée par les mites. Il ne vous violera qu'après, car il n'est pas bien malin.

L'orage apocalyptique qui ne manquera pas d'éclater couvrira le bruit des pelletés de terre qui tomberont sur votre corps sans vie, après que le garçon d'étage vous ait précipitée dans le trou creusé à cet effet.

On n'entendra plus jamais parler de vous, ni de votre maroquinerie.

Et votre voiture servira de maison pour les poules.

Ce genre de chose n'arrive jamais dans les chaînes hôtelières.

J'avoue me diriger 9 fois sur 10 vers la Suisse, pour le délicieux frisson d'exotisme que procure le fait de franchir une douane. Maismovie là n'est pas l'unique raison (je précise malgré tout que le fait de passer une frontière en chocolat est très émoustillant, ne serait-ce que pour le plaisir d'entendre l'accent du canton de Genève. Essayez donc de ne pas rire lorsque le douanier vous demandera si vous avez quelque chose à déclarer. Si vous y parvenez sans effort, c'est que votre vie est lugubre, j'en suis désolée). La Suisse, comme tout pays, est capable du pire comme du meilleur (sauf Waikiki, qui n'est capable que du meilleur), et je suis particulièrement fière de vous annoncer que je suis extraordinairement douée pour découvrir ce qu'elle a de pire en matière d'hôtellerie.

C'est donc d'un volant très joyeux, très expectatif, et très gourmand,  que je vais m'éclipser 2 nuits, et je suis à peu près certaine de ne pas vous décevoir à mon retour.

PS: franchement, tout ça pour ça, était-ce bien la peine de mobiliser votre attention?

Posté par Melle BillE à 09:28 - VieQuotidiennE - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 23 novembre

J'ai un rendez-vous galant.calendrier_2007_monster_mov

Le rendez-vous galant est un vaste problème, je n'ai jamais bien su gérer l'infinie subtilité de ses codes ( mais je sais qu'il vaut mieux ne pas s'y présenter avec la section cuivres et grosse-caisses du philharmonqiue de Berlin, je ne suis pas complètement stupide)

Au fil d'expériences assez désastreuses, je me suis rendue compte que les femmes amusantes n'intéressaient pas tant que ça le sexe opposé, et que sortir de son sac-à-main une trompette pour se lancer dans une imitation débridée de Louis Armstrong au moment du dessert n'était pas le plus sûr moyen de gagner le coeur d'un homme. Mieux vaut jouer de la harpe, réciter un poème, ou écouter attentivement les récits captivants de votre tête-à-tête (bon, je sais bien que vous, vous n'êtes pas comme ça. Et je sais bien que vous, là, vous avez rencontré LA perle rare. Hé ben moi pas. Ce qui me donne le droit de rognonner un peu de temps en temps, même si d'aucuns prétendent que c'est un choix).

S'il vous parle de ses enfants lors du premier rendez-vous, fixez un point quelconque à 2 cm au-dessus de son front , et repassez vous en boucle une scène hilarante de "scary movie 3".

Si cette première soirée est, finalement, un succès, vous pourrez donner libre cours à votre fantaisie lors du prochain rendez-vous. Vous pourrez même envisager de vous livrer à votre mime favori, celui qui a fait votre réputation: la pieuvre sous la couette.

frankenstein_JrMais pour le premier soir, mieux vaut s'en tenir aux règles de base.

Cette tactique assimilée, il reste un écueil de taille: la tenue de parade.

Il est un âge où le plus sûr moyen pour séduire est de se déshabiller. Certaines d'entre nous sont encore en pleine gloire, qu'elles se rassurent, ça ne dure pas. Un matin, elles vont se réveiller avec une fesse terriblement flasque, un tour de taille en boudin blanc, et des sillons nasogéniens profonds comme la fosse des mariannes. Et là, je rigolerai bien.

Arrive donc le moment où, pour parvenir au même résultat, il faut faire exactement le contraire: s'habiller pour séduire. C'est toujours une torture, d'autant que celui qui vous a invitée ne s'est pas posé autant de questions. Il arrive en général vêtu comme un zouave, vous vous demandez même s'il s'est coiffé avec un moulin à légumes. Et le pire, c'est qu'il est complètement charmant.

La femme est ainsi faite qu'elle pardonne à peu près tout à quelqu'un qui lui plaît, fut-il déguisé en membre d'honneur du cirque Knee.cosmos_1999

            Une tenue pour séduire fonctionne à peu près comme de la décoration intérieure, sauf si vous décidez de vous rendre à votre rendez-vous en pyjama. (Ce qui serait effectivement plus simple. regardez les stylistes de "cosmos 1999", ils ont parfaitement saisi l'astuce, et cette tenue confortable n'altère en rien les coupables relations qu'entretiennent Barbara Bain et Martin Landau)

Je vous donne un exemple:  si vous habitez un triplex de 413 mètres carrés, meublé avec raffinement et distinction, et que vous craquez pour un set de 6 verres à vin estampillés "fête du gros cep Ardéchois" avec sa carafe, avec une grosse grappe de raisin gravée dessus, vous allez être obligé de modifier la décoration de votre triplex de la cave au grenier (habiter un rond-de-serviette, ce qui est mon cas, allège considérablement les dommages collatéraux).

C'est un effet domino surprenant.

Pour les vêtements, c'est pareil. Il suffit d'un accessoire inadéquat pour réduire à néant tous vos efforts (un casque de pompier, par exemple. Ou une montre Mickey achetée à Euro-disney avec votre neveu). Vous mettez 3 heures à composer une tenue dans laquelle vous faites plutôt bonne figure et chtoc, quelque chose cloche tout soudain; et le pire est que vous ne savez pas exactement pourquoi vous avez cette dégaine de cosaque.

Et que vous ignorez à quel moment vous avez basculé dans le grotesque .

Vous saisissez donc à bras-le-corps l'ensemble de votre garde-robe, vous jetez tout à terre, la bave, ainsi qu'une floppée de jurons Auvergnats, aux lèvres, et vous essayez une 21 ème fois les multiples combinaisons possibles, dans un sens plutôt désordonné.

pyjama2Au même moment, celui qui vous a fixé rendez-vous regarde un match de cricket à la télévision en fumant la pipe, se cure les dents avec un pique-olive, les pieds en équilibre sur une table basse recouverte d'un napperon au crochet tissé par sa maman. Il consulte nonchalamment sa montre, et croque une tête d'ail. Il baille ostensiblement, s'étire, et se rend compte qu'un des ourlets de son pantalon est défait. Il pousse un bref soupir, et s'empare de l'agrafeuse. Pendant ce temps, sur l'écran,  Roger Moore sort de son pitch pour batter. Votre galant pousse un grand cri de contentement. Au dernier moment (je rappelle qu'un match de criquet peut durer jusqu'à 5 jours), il saisira à l'emporte-pièce une paire de chaussettes dépareillées, enfilera l'imperméable de Colombo, et sortira en sifflotant. Il n'est pas impossible qu'il fasse sauter, avec une certaine suffisance, les clefs de sa voiture dans sa main.

Alors que vous êtes encore à moitié nue dans votre salon, une chaussette sur le pied gauche et un bas sur la jambe droite, une main en l'air à cause du vernis, à tenter d'allumer nerveusement une septième cigarette avec votre ouvre-bouteille (attention, le bas est inflammable).

La créature du tiroir vous a encore dérobé votre soutien-gorge.

Et la coupe de cheveux d'Hugues Capet, vous l'avez improvisée en enfilant votre pull.

C'est un combat très inégal.

Posté par Melle BillE à 15:05 - VieQuotidiennE - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 20 novembre

russskaNe me demandez surtout pas comment j'ai pu en arriver là, je pense avoir été kidnappée par la chose de l'outre-monde, celle qui a 12 bras avec des peaux de banane au bout, et 2 ventres poilus. J'ai été droguée, dessaisie de ma personnalité, et recrachée des limbes par la porte de la cave.

Directement à la fête du caillon.

Je vous vois vous gratter la tête.

Quid du caillon?

Dans mon immense bonté, je vais vous donner une explication simple et factuelle: la fête du caillon n'est autre que la fête du cochon (je sais, c'est assez décevant comme révélation. Ah, c'est sûr, c'est pas le secret des templiers, hein, bande de geux. Mais vous ne pensez donc qu'à l'argent!??)

Et, par extension, celle du purin et du boudin.

Elle a lieu chaque année dans une des artères les plus étroites de la ville, et ce afin que vous ayez vous aussi votre souvenir de la fête du caillon: des revers de pantalon frottés au bousin de porc. Je précise par ailleurs que notre ville vient de recevoir un trophée pour sa contribution active au bon goût et à la culture, nous attendons Christine Albanel, Bernard-Henry Levy, maitre Capello et Jack Lang avec une certaine fete_cochonimpatience. Même, nous trépignons.

Comme il fait très froid, les odeurs sont en partie masquées; mais allez faire un tour dans un salon de thé surchauffé, après avoir gaiement devisé avec votre chef-cochon favori (ne vous avisez jamais de tailler le bout de gras avec la valetaille, vous ne récolteriez que de sordides histoires de boudin aux pommes, de voyages spatiaux, et de maisons de mauvaises qualités détruites par un promoteur véreux et poilu), vous allez comprendre rapidement que votre parfum a profité d'un instant d'inattention pour aller se perdre quelque part dans les neiges du Kilimandjaro.

Et entrer en méditation.

Grattez une allumette près de votre manteau, il explose. Allumez une cigarette près de l'enclos, il explose aussi. C'est une expérience de chimie amusante. On ne le dira jamais suffisement, le méthane est un gaz instable,  et hautement combustible. C'est ainsi que chaque année, toute une partie de la ville résonne de détonations diverses, avant de prendre feu avec entrain et constance.

Bonacieux, la constance.

L'association du quartier est très active, elle passe le reste de l'année à repeindre les façades. Et à envoyer des lettres d'insultes au maire.

Ainsi que des colis de purin sec anonymes, avec des signes kabbalistiques gravés dedans.

A la fête du caillon, on mange du cochon. Certains en profitent même pour griffonner quelques mots doux sur une tranche de lard, mexican_fiestaqu'ils glissent amoureusement dans le sac-à-main de leur promise. C'est une attention très appréciée des belles Savoyardes, qui répondent à ces avances discrètes en souriant largement, afin de mettre en valeur les vieux bouts de gras qu'elles ont entre les dents.

Car elles ont fait honneur au caillon. (c'est obligé, en fait. Si vous êtes une belle Savoyarde et que vous ne faites pas monter votre taux de cholestérol en ce jour saint, le maître-caillon vous balance un grand coup de jambon dans la mâchoire. Il vous épargne si vous n'êtes pas gâtée par la nature, le maître-caillon est un homme bon. (si quelqu'un dit qu'il se prénomme "Jean", je le passe au fil à couper le foie gras) double-parenthèse, je précise. Suivez, nom de Dieu!)

Lors d'une fête du caillon, de gros types habillés comme Obélix se baladent parmi les badauds avec un micro, et vous demandent, au débotté, de pousser le cri du cochon. Lorsque l'un d'entre eux s'est approché de moi, j'ai voulu faire mine de partir, mais le gros type m'a regardée comme s'il allait me coller la malédiction du caillon sous le bonnet. En plus du coup de jambon.  La malédiction du caillon est une chose atroce. Où que vous alliez, vous êtes poursuivie par un sanglier de la taille d'un château d'eau. Au théâtre, c'est embêtant. J'ajoute que vos pieds se transforment en sabots de cochon, ce qui n'est pratique 1) ni pour échapper au sanglier 2) ni pour vous chausser. Une réflexion s'impose donc, avant de dire "non".  De plus, j'ai la chance d'être entourée d'une kyrielle d'amis tous plus délicats les uns que les autres, de ceux qui vous enfoncent un sabre dans les reins et vous truffent les oreilles de pétards, pour vous pousser sur le devant de la foule, tout en scandant: "AL-LEZ-MELLE-BIL-LEU! FAIS-LE-CRI--DU COCHON! AL-LEZ-MELLE-BIL-LEU! FAIS-LE-CRI-DU-CO-CHON!"

Je voudrais bien vous y voir. Decoenne_20__201

Vous aussi, vous voudriez être à Waikiki.

Mais loin de George et son cochon (bon, oui, c'est vrai qu'il est mort, son cochon. Mais quand même, ça met du passif).

J'ai donc émis un "groiiiinnnnk" qui manquait certainement de conviction, car je n'ai pas remporté le gros lot: un panier garni contenant un ravissant chapelet de boudin, 3 saucissons aux myrtilles, une mantille Savoyarde (tissée en dentelle de boyaux, à la main) et quelques travers de porc. Notez bien, à côté du gagnant, je fais figure de pou. J'étais près du haut-parleur lorsqu'il a poussé son cri vengeur, et mon bonnet s'est mis à brûler d'un seul coup. Le haut-parleur a fondu, un des murs du château s'est lézardé, il paraîtrait même qu'au Mali, la terre a tremblé. Je ne voudrais pas jouer les cassandre, mais à mon avis, si on juxtaposait les fêtes du caillon et les catastrophes naturelles inexpliquées, nous y verrions tous plus clair. Et il ne faudra pas s'étonner si une planète disparaît l'année prochaine. Biffez vos agendas, nous en reparlerons.

ça n'est quand même pas bien compliqué de faire le ratio, mais on ne peut pas passer son temps à découvrir des vaccins, et résoudre dans le même temps les grandes énigmes de l'univers.

Finalement, on fait tout un plat de la rigueur scientifique, mais je n'hésiterai pas, pour ma part, à parler d'incompétence crasse.

Il fallait que ce soit dit.

Posté par Melle BillE à 18:21 - VieQuotidiennE - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 17 novembre

Déjeuner au restaurant avec un enfant de 5 ans, c'est un moment extra.

Surtout s'il s'agit de NeveuBille, l'enfant le plus délicieux de la planète.

NeveuBille est délicieux à bien des titres.

Il imite à la perfection Robert DeNiro, prononce sans faiblir des mots comme "néanmoins", "en l'occurrence", "pachyderme" et "motel", sans jamais se tromper sur le sens de ce qu'il raconte, et apprend par coeur et sans rechigner les chansons les plus incongrues d'un répertoire savamment choisi par mes soins.

Surtout, c'est un enfant définitivement joyeux, programmé chaque matin, dès le réveil, sur le mode couleurs. Un vrai petit arlequin.

Ce gosse est un sac-à-rire. Secouez-le, il en sortira des sons prodigieux.

NeveuBille est né sous le signe des gugusses.

Et comme il est asthmatique, il rigole comme Donald, au fin fond d'une trompette bouchée.

hawai2

Vous pensez bien si déjeuner au restaurant, ensemble, pour la première fois, représentait pour nous le challenge ultime, celui où nous allions enfin prendre la pleine mesure de ce qui nous sépare du reste du monde: l'art de bien se tenir en société.

NeveuBille et moi sommes complices ad vitam, j'adore être son jouet, comme il accepte d'être le mien. Sa petite gueule parfaite d'ange de cirque me bouleverse.

Bientôt, je l'emmènerai voir la mer.

En 5 ans, j'ai offert pêle-mêle à mon petit chupa un tambour, de nombreuses trompettes, une citrouille qui parle, une corne de brume de couleur indéfinie, et tout un tas d'instruments violents, dérobés au musée de la torture acoustique. Je lui ai rapporté d'Ecosse une cornemuse à sa taille. Parfois, au fond de la nuit, la haute-savoie prend des airs de highlands.

Il s'en sert très bien, souvent à des heures étonnantes, car NeveuBille est un musicien né. Son art n'attend pas. En échange, j'ai récolté un vieux requin en plastique, le viking Grosbaf, et une espèce de hochet pathétique. J'ai aussi une toupie qui doit me protéger des pieuvres. Elles sont nombreuses dans nos montagnes.

Un porte-clef Tigrou aussi; mais j'évite de m'en vanter.

Un ami cher, qui se reconnaîtra en lisant ces lignes, a crû bon d'ajouter quelques variantes ludiques à mes cadeaux. Il m'a fourni, sous le manteau, 3 balles clignotantes dont les propriétés bondissantes sont le fruit du labeur des techniciens de la NASA. Vous en faites tomber une à 10 cm du sol, vous la retrouvez, quelques minutes plus tard, en train de semer la panique au sommet du vatican. Dans le laps de temps écoulé entre les 2 actions, la balle clignotante a eu largement le temps de semer la mort sur son passage.

Si elle pouvait diffuser des ultrasons, ce serait une arme de destruction massive.

C'est un joujou extra.

Est-ce ma faute si NeveuBille a lâché l'une d'elle en plein restaurant?

Certainement pas.

(Je ne connais pas cet enfant, monsieur le commissaire divisionnaire)

J'ai donc fait comme si de rien n'était, pendant que l'objet s'empressait de semer la panique dans la périphérie, et j'ai aplati d'un coup sec la tête de NeveuBille, automatiquement parti en position Donald, dans son plat d'épinards. Le petit sac-à-rire s'est arrêté d'un coup, le doigt en l'air, comme d'habitude. Je lui ai fait signe de la fermer, et d'écouter. Après plusieurs rebonds désordonnés dans les assiettes, la balle s'est quelque peu essoufflée, pour reprendre de la vigueur dans l'escalier qui mène aux cuisines. Quelques jurons étouffés nous sont parvenus des entrailles de la terre.

Nous avons pouffé.

Lorsque NeveuBille a voulu récupérer sa balle, j'ai fait "stop", rien qu'en levant la main droit devant son petit nez, et j'ai extirpé de mon sac une seconde balle, en tous points identique.

Sans un mot.

La classe intégrale en matière d'éducation.

Mais je ne la lui ai pas donnée. Je l'ai lentement fait passer sous son nez, afin qu'il prenne la pleine mesure de ma puissance, et lui ai suggéré que là, il valait mieux ne pas retenter le coup. Mais que nous avions encore une folle après-midi devant nous, pleine de surprises. Je promis une visite dans un grand magasin, avec la balle.

Là où NeveuBille m'a vraiment épatée, c'est aux toilettes.

Debout sur un tabouret, sa brosse à dents dans la main droite et le verre dans la gauche (je ne tiens pas à ce que NeveuBille ait un sourire au scorbut ou au bétel), il m'a regardée droit dans les yeux et m'a dit: "regarde ce que je sais faire, TatauBille". Il s'est penché en avant, a levé sa jambe droite en arrière, a écarté les bras, et a craché son dentifrice dans le lavabo. Ptouii, d'un coup. Son adorable petit visage s'est fendu d'un immense sourire plein de mousse: "T'as vu, je sais cracher à une jambe, les bras ouverts. Tu sais faire ça, toi, TatauBille, cracher à une foster2jambe?".

A une jambe, pas sur une jambe.

Je dois admettre que j'ai été ébranlée.

Défiée, aussi.

J'ai donc adopté la même position, j'ai craché, mais en plus, je me suis gargarisée sur plusieurs octaves, histoire de bien lui faire comprendre qui était le chef de la meute (mais je ne suis pas montée sur le tabouret, il y a des limites)

ça lui a cloué le bec d'un coup.

Au type qui est entré pour se laver les mains aussi, d'ailleurs.

Si ça se trouve, c'était l'amour de ma vie.

Ben crottalors.

Posté par Melle BillE à 19:35 - VieQuotidiennE - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 15 novembre

Bonjour, il a neigé (ah, ça vous la coupe, une introduction pareille, hein? Prenez des leçons, mes amis. certes, un tel talent n'est pas donné à tout le monde, mais rien ne vous empêche d'essayer. Et de m'envoyer vos pauvres tentatives. Alors je rirai, d'un rire fargoprofond  et sardonique, car mon âme est noire comme la suie). Donc, il a neigé. Et, si vous êtes assidus, vous savez à quel point je déteste la neige. Et ce froid terrible qui vous façonne un petit visage tout plissé de sécheresse et de colère. Et ce vent qui vous crayonne du givre au fond des pupilles. Quand il fait vraiment froid, vos bras gèlent; ensuite, ils tombent. Mais il fallait quand même que je me rende dans un village, là-(très)haut sur la montagne, non mais vraiment, c'est un village qui n'existe pas (c'est bon ça, d'un point de vue grammatical et syntaxique. Très bon, même)

J'étais en quête d'un sculpteur.

Le village s'appelle "les Déserts" (on se demande bien pourquoi c'est au pluriel, d'ailleurs. Tiens, oui, pourquoi, d'ailleurs?), c'est en Savoie, c'est loin dans la montagne (bon, pour moi, c'est loin. Mais pour Paul-Emile Victor, c'est un peu le paillasson, voyez. Cela dit, je ne crois pas que Paul-Emile Victor soit un bon exemple, parce qu'il est mort. C'est fou d'ailleurs: citez-moi comme ça, au débotté, UN aventurier du grand nord actuel).

Bref, je suis allée aux Déserts.

"Les Déserts" en Savoie, c'est le genre de hameau dans lequel des chiens errent en grognant. Ils sont maigres, baveux, ils ont l'oeil torve et le poil sec, ils vous dévorent les genoux si vous commettez l'imprudence de sortir de votre voiture, sans avoir à portée de main un quartier de viande empoisonnée, ou un revolver.

Personne ne viendra à votre secours, la neige étouffe tout bruit de combat, c'est la jungle. starwars

Très froide, la jungle.

Les Déserts, c'est exactement le genre de hameau où vous vous attendez à trouver des chouettes clouées sur les portes.

La neige ayant surpris ma voiture avant que je n'aie le temps de l'équiper de ses chaussures d'hiver, je suis montée jusqu'au village à 2 à l'heure, en dansant une petite valse timide avec mes pneus, pour ne pas chuter dans le précipice. C'était très long, mais j'ai une conscience professionnelle. C'était très beau aussi, quoiqu'un poil extrème. A un moment, j'ai voulu sifflotter. Mais la glace me faisait mal aux lèvres, j'avais l'impression de sifflotter des clous.

J'ai poursuivi mon chemin. Parce que lorsque vous vous êtes engagé sur la route des Déserts, c'est terminé, vous ne ferez plus jamais demi-tour. La route est beaucoup trop étroite, et vous êtes poursuivi, dès le dixième  sapin, par une abominable créature sans nom qui hurle à la mort.

Elle est toute poilue, la créature, avec des griffes plein les mains, et des quartiers de chevreuil entre les crocs. Vous pensez bien si vous allez vous arrêter pour lui demander votre chemin, plutôt crever. Ce qui revient au même.

Bref, j'ai continué un petit moment, en me disant que j'allais peut-être découvrir inopinément un cimetière de mammouths; ce qui rendait le périple bien plus excitant. Je ne pouvais pas m'être trompée de direction, il n'existe dans cette montagne qu'une vague piste, qui se termine brutalement au milieu d'un tas de bois savamment empilé. J'ai eu l'impression qu'il s'agissait de maisons. Entre temps, mon rétroviseur s'était sib_riemétamorphosé. Il avait à présent la forme d'une intéressante sculpture sur glace Mérovingienne, quoique les sculptures sur glace Mérovingiennes ne soient pas parvenues jusqu'à nous.

Mais elles devaient ressembler à ça.

Je suis descendue de la voiture, en poussant très fort sur la portière pour écarter les congères vivantes,  celles qui viennent rabotter vos genoux, et mendier un sucre. Et je me suis retrouvée immergée jusqu'à la taille dans une substance blafarde, molle, et mortellement froide. C'est ce qu'on appelle de la neige. Ajoutez à cela que j'étais chaussées de bottes en daim, je ne vous décris donc pas l'état de mes pieds (je tiens d'ailleurs à rectifier dès aujourd'hui une légende, comme quoi les trappeurs, dans le grand nord Canadien, seraient tous chaussés de bottes en daim, avec des ficelles et de petits colifichets indiens en lapis-lazuli et turquoise pour faire joli. C'est faux. Si c'était vrai, ils auraient tous des pilons à la place des pieds). De toute manière, mes orteils sont devenus tout bleus, et se sont détachés les uns après les autres, dans un petit "cloc" ténu . L'ensemble de mes jambes est cependant resté cohérent, maintenu par mes chaussettes en laine peignée; je ne vais donc pas m'en plaindre.

Après avoir effectué deux ou trois rotations du tronc, afin de m'assurer que les chiens étaient bien tous gelés, et que la créature s'était arrêtée en route pour dépecer un sanglier et se fabriquer un pipeau avec ses défenses, je me suis extirpée de mon tas de neige, afin de trouver mon sculpteur. Un des tas de bois résonnait de voix et de cris, j'en ai déduis que la vie était là.

Bien joué, c'était le bistrot. Je suis entrée en esquissant de petits pas de menuet en diagonale, exactement comme je l'aurais fait si j'avais eu 8 jambes, à cause du gel.

"Bonjour mes amis!" ai-je hurlé à la cantonnade, et j'ai enlevé mon bonnet d'un geste aussi majestueux que rapide. En général, lorsque j'enlève mon bonnet (ou tout autre du_guesclin__photo1chapeau), tout un côté de ma chevelure se dresse, à cause de l'électricité statique, pendant que l'autre partie reste fermement plaquée à mon crâne. On m'a déjà proposé de l'argent contre une photo, mais mon art n'est pas à vendre, sachez le. Il faudra un jour qu'on m'explique comment font les autres femmes pour ne pas ressembler à des figolu lorsqu'elles enlèvent leurs chapeaux. J'ai une collègue, vous pouvez lui mettre un sac à patate sur le dos, des épluchures de pomme de terre qui tiennent avec des sparadraps autour des jambes, et un cendrier sur la tête, le monde se prosternera à ses pieds tant elle expire la classe et la distinction. Elle peut même se payer le luxe de roter à table, tout le monde va trouver ça charmant. Et très chic. Et lui demander en quelle langue elle récite ce délicat poème.

La grâce est loin d'être répartie de façon équitable, croyez moi.

Bref, lorsque j'ai enlevé mon bonnet, un silence est tombé au milieu de la neige. Il m'a même semblé entendre une bête hurler au loin. Avant que d'être jetée à terre, ligotée, emprisonnée dans un chaudron, et sacrifiée à la lune montante (ou clouée sur une porte), je me suis empressée de mettre en avant mes attributs humains, et de demander où habitait mon sculpteur.

ça me faisait une excuse, vous comprenez. Du coup, un gros monsieur très moustachu a tiré une chaise, m'a conseillé de m'assoir, et m'a servi un bon café bien chaud.

Et m'a répondu que le sculpteur habitait là-bas, aux déserts, de l'autre côté de la vallée.

Posté par Melle BillE à 11:34 - VieQuotidiennE - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 11 novembre

Tu cliques ici et tu as l'intégrale du morceau de Bob Dylan. Tu es aussi fort que Garcimore, bravo.

Posté par Melle BillE à 09:10 - VieQuotidiennE - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 09 novembre

Pope music

pope_et_billeJ'ai passé la matinée avec un pope (vous ne supposez pas d'emblée que cette occupation soit la plus hilarante au monde, hein? Vous avez bigrement raison. Mais je précise cependant qu'en ce moment, j'ai tendance à trouver tout amusant, comme une imbécile heureuse. C'est ce qu'on appelle une humeur badine. Et oui, je sais,  on ne badine pas avec l'humeur. Ah ah qu'est-ce qu'on rigole), c'était vraiment chouette.  Ces introductions sont de plus en plus complexes, je me demande si vous allez pouvoir suivre.

QU'EST-CE QU'UN POPE?

Un pope est un homme d'église extrèmement orthodoxe. Elle est bien bonne. Il ressemble un peu au père Noël, sauf qu'il s'habille en noir, qu'il ne se déplace pas en traîneau, et ne distribue pas de cadeaux. En fait, il ne ressemble pas du tout au père Noël, ça vous apprendra à me faire confiance.

COMMENT DIRE BONJOUR A UN POPE?

Vous ne vous étiez jamais posé la question? C'est le moment ou jamais. Sinon, j'ai une excellente recette de petits fours au saumon fumé, je viens de la tester, c'est délicieux. Si vous voulez, je vous en ferai lorsque vous viendrez me voir, ça rompra la glace entre nous. Lors de la prise de rendez-vous téléphonique, c'est assez facile, toutes les indications sont là. Par contre, une fois devant votre pope, qu'allez-vous dire? Bonjour mon pope? Salut à toi, Céleste? Mon conseil: éternuez; mais ne vous mouchez pas dans le gros morceau de tissu qu'il vous tend, c'est la manche de sa robe. Regardez le droit dans les yeux, quand bien même vous auriez la morve aux lèvres, n'oubliez pas qu'il voit votre âme. ça n'est pas un petit pétouet de rien du tout qui va entâcher la noblesse de votre coeur.

COMMENT ETABLIR LE CONTACT AVEC UN POPE?

Si vous avez rendez-vous avec un pope à 7.30 le matin, à 50 bornes de chez vous, attention: c'est un piège. Le pope, frais et dispos, va profiter de votre hébétude matinale pour bien rire de vous, ça ne lui arrive pas tous les jours alors il en profite. Si vous voyez un fin sourire sarcastique se dessiner sur son visage, rendez lui la monnaie de sa pièce, et précisez que ça ne fait pas très sérieux de porter un titre qui évoque l'ouverture d'une bouteille de Saumur Champigny. Vous allez voir comme il va moins faire le titan, votre pope. Il va vous raconter tout un tas de trucs auxquels vous ne comprendrez pas grand chose, je vous rappelle qu'il est 7.30, et que vous venez de traverser à toute berzingue une campagne en léthargie; si ça se trouve, vous avez encore vos boules Quiès au fond des oreilles, c'est la raison pour laquelle vous n'avez pas entendu beugler la vache sur laquelle vous avez roulé. Il va vous chanter un ou deux cantiques pour s'assurer que vous avez bien compris l'esprit de Noël orthodoxe, faire quelques bonnes blagues en Russe, et vous guider à travers un dédale d'icônes. Ensuite, il va manipuler un tableau de bord électrique terriblement vétuste, et l'église va se retrouver plongée dans l'obscurité. Ne vous popesprécipitez pas pour vous accroupir en ricanant dans un recoin obscur, votre pope ne cherche pas à jouer à cache-cache avec vous. Il voulait juste allumer les néons antédiluviens dissimulés derrière chaque icône. Si vous avez un grand manteau, ne vous approchez pas trop des bougies. Vous pourriez prendre feu, le reste de votre sommeil est hautement combustible. Ne montrez pas à votre pope que vous êtes encore en apesanteur autour d'une comète; car s'il s'en rend compte, il va vous donner les recettes des friandises de Noël dans le désordre, en précisant que l'une d'entre elle est extrêmement laxative. Il vous dira laquelle, mais en Russe. C'est une information intéressante. Vous allez dès lors l'imaginer passant son lendemain de Noël confiné dans les toilettes, un ouvrage pieux dans la main droite, une gourmandise sucrée dans la gauche.

Votre rencontre gagnera en épaisseur, en matière humaine, si je puis m'exprimer ainsi, mais vous allez avoir du mal à vous concentrer sur le reste.

COMMENT PRENDRE CONGÉ D'UN POPE?

Il n'est pas utile de sortir à reculons en vous courbant 22 fois comme sous LouisXIV. De toutes manières, vous vous serez endormie sur votre chaise, bercée par les lumières des bougies, et quelques chants Slaves en sourdine. En fait, c'est lui qui va prendre congé de vous. Il va retourner vaquer à ses saintes occupations, et vous allez vous réveiller 2 heures plus tard, avachie sous une icône antique, la tête dans un encensoir. Sortez discrètement. NE MANIPULEZ SURTOUT PAS LE TABLEAU ÉLECTRIQUE POUR ÉTEINDRE LA LUMIÈRE. D'une part, vous n'êtes pas chez vous; d'autre part, vous risquez de faire sauter tout le canton.

Ce qui n'est pas souhaitable.

PS: je vous prie d'excuser mes absences répétées. Rivée à mon ordinateur, avec de petits yeux châssieux et une scoliose de vieux python pour cause d'intense labeur, je n'ai même pas le temps de venir tous vous lire. J'irai me confesser, je promets.

Posté par Melle BillE à 17:18 - VieQuotidiennE - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Page précédente  1  2  3  4  5  6  7   Page suivante »