lundi 01 octobre
question catégorie, j'hésite souvent entre "vie quotidienne" et "monde extraodinaire"
C'est un délicieux moment; un des meilleurs. Vous êtes au chaud sous votre couette, il doit être quoi, 7.00? Vous vous étirez, exactement comme un chat (enfin, vous aimeriez que ce soit comme un chat, mais en fait, vous vous étirez exactement comme un berger des Pyrénées. Le chien.). Vous envisagez le week-end sous les prétextes les plus délicieux, c'est un grand moment de joie, et puis vous vous renfoncez très mollement dans une espèce de flottaison absente. Pas un bruit au dehors, ou si peu? Quelques raclements de pieds, quelques gouttes de pluie, à peine un ou deux mouvements un rien suspects dans l'aube. Pas de quoi fouetter un canard, il fait humide; vous poussez un petit soupir de satisfaction, ça fait comme le son d'un morceau de caoutchouc dégonflé, très souple. Vous rassemblez vos membres et vous refermez les yeux (en fait, vous ne les avez même pas ouverts), vous allez vous rendormir bien au chaud.
Vous y êtes?
Vous aimez ça, hein?
Non.
Car vous voilà soudain projetée à l'intérieur de 10 cornets à piston, ce qui n'est pas banal. Quelqu'un pourrait m'expliquer ce que faisait la fanfare militaire du 27eme BCA sous mes fenêtres samedi matin (et le premier qui ose prétendre qu'elle me jouait l'aubade va se prendre une torgniole DeLuxe, rien qu'avec le vent je fais tourner un champs d'éoliennes pendant 3 jours, et j'alimente en électricité une ville de la taille de poitiers)? Cela dit, ils ont joué "ghostbuster" et "in the mood", je suppose que c'est pour ça qu'ils sont venus sur la place; A la caserne, ça la fiche mal. Je crois que le chef d'orchestre, rendu fou par des années de "sambre et Meuse", avait organisé une
échappée belle discrète et sans prétention, afin de satisfaire ses instincts contrariés. A l'heure qu'il est, lui et ses complices sont probablement au gnouf, à regretter amèrement cette petite escapade musicale.
Merci pour le réveil, c'était parfait. Mais la prochaine fois que vous faites ça sans prévenir, je catapulte une grenade direct dans le cornet du basson, on verra bien qui l'emportera.
Et puis je suis allée à Genève, cétait vraiment chouette (la locution "vraiment chouette" sera introduite dans l'édition 2008 du petit Larousse. Je le sais, j'ai mes sources. C'est la raison pour laquelle elle est très fréquente sur ce blog, je tiens à rester une femme dans le vent).
Surtout lorsque le directeur de l'hôtel bien cossu que j'étais chargée de découvrir m'a fait descendre au sous-sol, en omettant de me préciser que la peinture de la rampe était fraîche. Je suis désolée, mais une rampe, c'est fait pour se tenir. ET LES PANNEAUX INDIQUANT LA PEINTURE FRAICHE, C'EST PAS FAIT POUR LES GNOUS! Sinon, on mettrait autre chose. Du coup, j'étais un peu gênée avec ma paume toute blanche, et surtout, j'étais horriblement confuse de laisser derrière moi une empreinte de gibbon au beau milieu d'une surface immaculée. Ça va lui faire un choc, à monsieur Sprunz, lorsqu'il va la découvrir (vous pensez bien que je n'ai rien dit. Après un tel aveu, tout le monde se retrouve dans une situation un peu floue où personne n'ose gifler personne, ce qui plombe un peu la spontanéité de la conversation).
Ensuite, je suis allée rendre visite à un type pas possible, qui écoute vos vies antérieures et vous explique pourquoi vous avez un quotidien peu harmonieux (si votre quotidien est harmonieux, vous n'avez aucune raison d'aller voir un type pas
possible. Ne discutez pas, il pourra vous le confirmer, le malheur et le mal-être sont ses fonds de commerce. Il en vit très bien d'ailleurs, son cabinet est truffé d'antiquités et d'objets précieux, on s'attend à voir arriver un commissaire-priseur à tout instant). Si vous ne vivez pas très bien, ça n'a rien à voir avec votre pouvoir d'achat, ni avec votre santé vacillante, c'est parce que vous n'avez pas coupé vos canaux transitoires. Bien. Un déboulonné du citron de plus, ça faisait longtemps. Quelques visites et centaines de francs Suisses plus tard, il vous impose les mains sur le plexus, il a le pouvoir de guérir vos écrouelles, c'est un type fantastique. Ça fera 400 francs suisses merci. Non, je préfère du liquide.
Et si votre quotidien ne se débouche pas, c'est parce que vous n'avez pas suivi ses instructions à la lettre ( parce que vous vous doutez bien qu'il y a plein de trucs rébarbatifs à faire entre les séances, ne croyez pas que le bien-être soit un dû, malgré ce qu'on a pu vous raconter dans vos jeunes années). Une chose assez sympathique, il préconise de satisfaire sa faim dès qu'elle se manifeste, sous quelque forme que ce soit. C'est ainsi que sa clientèle s'est peu à peu transformée en une bande d'obèses démoralisés, dans un pays où vous achetez des toblerones géants à tous les coins de rue; certains même sont gratuits, ce qui favorise l'addiction. C'est leur faute s'ils sont devenus obèses, ils n'ont pas suivi les instructions à la lettre (pour ce genre d'individu, c'est aussi votre faute si vous êtes bossu et contrefait, vous n'avez pas suivi les instructions à la lettre). J'ai eu très peur qu'il ne me sonde de son regard bleu métallique, et qu'il ne découvre ainsi que j'avais ruiné la rampe du grand escalier de l'hôtel de monsieur Sprunz, on prête toujours à ce genre de personnage des dons extra-lucides. En tout cas, il n'a rien dit, il s'est contenté de répondre à mes questions par monosyllabes assez confuses. En fait, il parle comme Michael Lonsdale. Il va falloir que je réécoute la bande.
Un éclat de rire intérieur plus tard, j'ai retrouvé un ami qui, météo frileuse et Suisse oblige, m'a entraînée dans un de ces endroits louches où, après quelques verres d'alcool frelaté, vous vous retrouvez à onduler de manière indécente.
A cause du rouli, parce que
vous dînez sur un bateau, et que le lac Léman en colère, c'est comme le cap Horn, sauf que le capitaine est Suisse, bien rasé, et qu'il n'a pas les cheveux filasses et tout collés par le sel et les embruns.
C'est fou à quel point la ligne de flottaison d'un navire peut avoir raison de la vôtre. Vous découvrez que vous êtes capable d'inventer une danse, de faire des calembours effrayants sans rougir, et de développer des théories incohérentes à propos d'à peu près tout. Avec énormément de conviction.
Vous maîtrisez parfaitement le Milglouche, et vous êtes probablement la seule. Rien que pour ça, votre auditoire est hypnotisé, ça n'est certainement pas pour votre décolleté qui frôle bien malgré vous le 1417 Celsius. A cause du gîte.
Et puis, au moment de rentrer, vous croisez votre reflet dans un miroir. Un reste de lucidité vous fait prendre conscience que cette fois-ci, la ligne de flottaison du bateau n'y est pour rien, vous avez une silhouette de frahan flamand rose. Sauf que vos genoux continuent de fonctionner dans un sens à peu près humain (Rappelez vous à quel point il est désagréable de ne pas maîtriser totalement sa motricité). Emmener quelqu'un dîner sur un bateau un soir d'orage est la pire chose que vous puissiez faire, à moins que vous ne souhaitiez rompre le romantisme naissant. Auquel cas c'est une excellente solution. Bravo, vous êtes machiavélique.
Grosso modo, de profil, vous ressemblez à un "S", mais un "S" vivant (et si vous ne me croyez pas, regardez un peu la photo ci-contre et vous vous rendrez compte, tout soudain, comme une illumination, que cette silhouette n'a effectivement rien à voir avec un "R"). Vous vous
repassez le film de la journée, très vite. Et pas nécessairement dans le bon sens, puisque vous vous dîtes que vous avez peut-être dansé sur "in the mood" dans le cabinet d'un type un peu louche qui vous offre des toblerones géants tout en suggérant que vous n'avez pas coupé vos canaux transitoires, mais que la peinture était fraîche.
Vous avez raison, c'était un peu long. Il faut dire, à ma décharge, que, parfois. Bien sûr.
C'est bien pour ça que je ne vous raconte pas le Dimanche.
PS: Sous la pression de cet ami, je me suis inscrite à un club de plongée. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir lui envoyer des colis de déchets divers et variés, si possibles moisis. Je tiens son adresse à votre disposition.
mardi 25 septembre
Etoile à matelas (ça change)
Vous m'auriez été bien utile ce matin, au lieu de rêvasser devant votre café comme une grosse feignasse; vous auriez pu m'aider à descendre le matelas futon de 32 tonnes que j'avais acheté à un ferronnier d'art (mais Nippon) il y a 5 ans, et cela m'aurait évité de balayer tous les paillassons de l'étage dans un tonnerre d'apocalypse. A 6.00.
Enfin bon, vous n'étiez pas là, n'en parlons plus.
Car grâce à ce nouveau matelas ultra magnifique fabriqué spécialement à mon intention dans les laboratoires de la NASA, je vais enfin récupérer ma souplesse légendaire, ne plus me froisser bêtement la C10 en éternuant sous la couette et, accessoirement, dormir à nouveau. Ce qui ne m'est pas arrivé depuis la guerre des Gaules. Et j'ai testé pour vous, je peux aussi exécuter quelques figures compliquées de trampoline, sauf que dans ce cas là, je me fracasse le crâne contre le plafond. Ou je passe direct par la fenêtre.
Du coup, j'évite.
Mais là n'était pas mon propos, je me pencherai sur la notice plus tard. En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, les matelas des temps modernes sont fournis avec une notice, au cas où vous soyez tenté de faire de la mobylette avec. Ou un pannetone. Attention, ça n'est pas sa fonction, vous serez infiniment déçu. Et vous sombrerez dans la dépression. Cependant, il m'a semblé hier que ces notices pouvaient avoir une certaine utilité, surtout lors d'un achat effectué par un membre de la famille Bille.
Je suis très fière de Neveubille. 
Grâce à lui, l'esprit pratique qui nous caractérise n'est pas en danger.
Nous déjeunions tranquillement ensemble hier, avec une amie. J'étais toute émoustillée (je sais, il m'en faut peu. Mais cela fait de moi une camarade facile à satisfaire; nonobstant), émoustillée, donc, à la perspective de cette nouvelle matière du sommeil sur laquelle j'allais pouvoir étendre de tout son long ma colonne vertébrale, ainsi que les quelques accessoires qui s'y rattachent. Mon amie m'a vivement conseillé de bien vérifier l'état du matelas, celui qu'on lui avait livré l'année passée avait une large estafilade bien moche, sans compter que du coup, il a été foutu en moins de 2 ( à partir d'un certain âge, les sujets de discussion s'étendent à des domaines très divers et jusqu'alors inconnus, comme l'achat d'une bonne literie, ou le fond de l'air qu'il est frais. Et je ne suis pas certaine que ce soit une bonne nouvelle).
En entendant ça, Neveubille a levé très droit son index de même pas
5 ans et a dit, très sentencieux: "effectivement, c'est parce que le monsieur a dû aller dans la cuisine avec, et qu'il l'a coupé avec le gros couteau" (les parents de Neveubille et moi sommes très attachés à lui apprendre les mots les plus ridicules qu'on puisse trouver dans la bouche d'un enfant de 5 ans, comme "effectivement", "épatant", "absolument succulent" et "vertigineux". Neveubille s'acquitte de sa tâche à la perfection, il ne veut pas nous décevoir. C'est un enfant très attachant, épatant, et absolument succulent. Effectivement.).
Je lui ai répondu que je doutais que qui que ce soit ait jamais envisagé de hacher un tartare de boeuf avec un matelas de 140 coincé sous l'aisselle (cette phrase est très mal construite, mais je pense que vous en saisissez le sens, car vous êtes intelligent. Effectivement.).
Neveubille a réfléchi une nano-seconde. J'ai fermé les yeux, attendant le pire; le petit doigt s'est à nouveau pointé vers le ciel, et l'adorable et tout menu flûtiau de voix a rétorqué: "effectivement, c'est la preuve qu'il n'était pas bien malin, ce monsieur, hein?".
Imparable. (épatant, absolument succulent. Effectivement)
Dernière minute: J'apprends à l'instant que Ronaldus Barbecus a fait une chute à vélo hier. Son lacet de chaussure s'est coincé dans le pédalier. ça m'a fait penser à Isadora Duncan, en moins dramatique (l'histoire n'en parlera jamais). Je me prends à rêver; si les petits cochons ne menaçaient pas de nous dévorer à tout instant, Ronaldus Barbecus et moi ferions un couple absolument formidable. Effectivement (épatant, absolument succulent.).
lundi 17 septembre
En fait, quand j'y réfléchis bien, je n'ai aucun titre en ma possession. Preuve s'il en est de mon incapacité à gérer mon avenir
Ce midi, j'ai mangé une choucroute.
Tu as vu comme c'est intéressant?
J'ai aussi décidé qu'aujourd'hui, je m'adresserais directement à toi. J'y ai pensé dès le matin, au réveil. Je me suis dit "tiens, je vais faire de ce jour une grande réunion fraternelle"; c'est important, la fraternité, tu comprends? Il faut que nous prenions soin les uns des autres. Après tout, on n'est pas des brouettes. Et peut-être qu'un jour, tu seras bien content de relire ce billet, lorsque tu seras abandonné, et que tu croupiras quelque part dans un bouge crasseux. Bien sûr, à ce moment, tu n'auras pas forcément sous la main un ordinateur, d'autant que tu n'auras peut-être plus de main non plus.
Qu'importe! Peu doivent nous chaloir ces sombres perspectives, rions, que diable, car la choucroute est bonne! Soyons optimistes, et imaginons que ce jour n'arrivera pas (mais on ne sait jamais, prépare toi quand même, n'oublie pas que le Krakatau peut se réveiller à tout instant ( c'est assez bizarre, comme nom, Krakatau. Vous aimeriez vous appeler monsieur ou madame Krakatau, vous?). Et je ne te raconte même pas si c'est Yellowstone. Sans compter que bon, des fois. Même si tu souhaites un pantalon plus serré au niveau des fesses, ce que je ne te conseille pas, parce que ça risque de ne pas être très joli)
Mais je n'ai pas fait que manger une choucroute.
Juste avant, j'ai pris la gamelle du siècle en vélo.
Et tu sais pourquoi?
Hein, dis, tu sais pourquoi?
Tu veux le savoir? (en même temps, ça m'ennuie un peu de te le dire parce que tu vas en tirer de hâtives conclusions, et je n'en sortirai pas forcément grandie. Celà dit, faisons fi tout de go de cette honte à venir! Rions, ami, et gambadons de concert dans les verts pâturages! Car c'est bien mal de croire que tu vas t'imaginer que je suis une indécrottable adolescente (ce que tu penseras si tu es bon), ou une navrante névrosée (ce que tu penseras si tu es méchant, ou professionnel des maladies mentales). 
Je vais te le dire. Mais auparavant, tu dois signer ce papier, là, où il est écrit: "je m'engage à ne pas ricaner de melle Bille, même si j'en ai très envie et que rien ne m'empêche de le faire une fois que je serai aux cabinets et que personne ne me verra, parce qu'après, elle sera très triste. Si je ne respecte pas cet engagement, elle viendra en personne me perforer la tempe à l'aide de la perceuse de son grand-père, celle qu'elle a trouvé au fond de la cave et qui a une grosse mèche toute rouillée et très émoussée. Et après, elle rebouchera le trou avec du mastic. Et collera une fraise tagada dessus, pour que j'aie bien la honte. En plus des troubles moteurs"
Maintenant que tu as signé, tu peux lire.
Je suis tombée de vélo parce que j'ai regardé, en roulant, 3 affiches successives de la nouvelle pub Nespresso, celle avec la grosse tête de George Clooney dessus. Et à la troisième sucette, je me suis crouté le trottoir et je t'ai fait un triple lutz, le genre que Nelson Montfort rêve de commenter un jour tout en sachant très bien que ça n'arrivera jamais. Je te concède qu'à mon âge, une telle explication est assez affligeante (il faut dire aussi, pour ma défense, que l'avenue de Brogny en vélo est tout, sauf festive; si tu ne me crois pas, tu vas chez mappy et tu lui demandes une vue aérienne d'Annecy, tu vas voir comme c'est joyeux, même les corbeaux évitent de voler en parallèle, c'est dire. Il faut bien s'occuper pendant qu'on pédale, que veux-tu?). Mais j'ai suffisement de quant-à-moi pour assumer une aussi pathétique révélation: je suis une midinette. Blonde. Et instable. et je t'emmerde. pardonne cet excès de grossiereté, mais tu conviendras que tu l'as bien cherché.
Maintenant, mon vélo est tout déglingué, et j'ai une rotule en carton. Bleu, le carton. Et très épais.
Au départ, j'avais prévu de te raconter comment j'avais découvert les secrets d'un barbecue réussi ce week-end. Je voulais même te faire cadeau d'une précieuse recette de sauce qui fait tripler le tour de taille rien qu'en la regardant. Et si tu la respires, tu gonfles des épaules aussi (mais elle ne se mange pas, c'est juste pour faire joli sur les godivaux. Une lady godiva, des chevaliers godivaux).
Mais du coup, je dois me concentrer sur le procès que je vais faire péter au croupion de George, cette espèce de petite frappe gominée qui fait chuter le cours de la bille. Aussi te faudra-t-il attendre un jour ou deux. Sauf bien entendu si ça ne t'intéresse pas, auquel cas tu es libre d'aller faire une compétition d'aviron.
Et la sauce, ô précieux ami, je te la prépare au synthol.
PS: Si d'aventure, mon ami lecteur, il te venait à l'esprit que ce blog parle un peu trop boustifaille en ce moment, et de crouttins galactiques en général, tu aurais raison. Que veux-tu que je te dise?Cela prouve au moins que tu es attentif. Je te tire d'ailleurs mon chapeau, ça n'arrive pas tous les jours.
jeudi 13 septembre
La vie, c'est formidable (ce titre est une fois de plus sponsorisé par Charly Oleg,c'est vraiment dommage qu'il ne le sache pas)
Charly Oleg. (en fait, on s'en fiche tous un peu de Charly Oleg. Mais après, Olivier braille parce qu'on ne met pas de lien. Certes certes, celui-ci n'était peut-être pas nécessaire. Certes. Mais les faits sont là )
Je préfère que vous le sachiez tout de suite, ce billet n'est pas très utile.
C'est vrai, j'en lis plein qui nous apprennent tout un tas de trucs sur tout un tas de machins, drôlement bien écrits, des billets à la fin de la lecture desquels vous vous sentez un peu moins ignare (je me demande si cette phrase remporterait un prix quelconque lors d'un festival de grammaire. Peut-être en Serbie. Et encore, rien n'est moins sûr), il y en a même, quelquefois, vous vous demandez de quoi ils parlent au juste. Mais ça n'est pas bien grave, parce que bon, même Mike Brand ignorait tout du sens de la première chanson qu'il a chanté, ce qui ne l'a pas empêché de devenir un magnifique play-boy. Avec le bonheur que l'on sait (oui, je sais, c'est mal). Enfin voilà, avec le genre de billet que vous lisez en ce moment, vous n'apprendrez rien. Et peut-être même pire.
Mais aujourd'hui, je me suis attardée sur du futile, j'ai pris un jour de congé, et je suis allée à Genève boire un café. Comme ça, tout-à-trac. (si j'avais eu le temps, j'aurais peut-être poussé jusqu'à Rome, mais pas nécessairement. J'aime bien Genève. Par contre, je ne suis pas fan de Vierzon)
Et manger une salade au bord du lac.
Et regarder l'horizon bleu et brumeux, plein de mirages. Un peu comme si la ligne de flottaison palpitait au loin; le genre de flou qui laisse supposer que, là-bas, il se passe des choses.
C'était drôlement chouette, d'autant que j'ai eu une espèce de révélation. Oui, ces choses là arrivent encore, même en ces périodes troubles truffées de mécréants.
Je n'avais rien de particulièrement palpitant à faire, je m'absorbai donc dans la contemplation de ma salade, et réalisai du même coup, légèrement déstabilisée, à quel point elle était jolie. Toutes ces petites crevettes, élégament recroquevillées comme des virgules roses entre les feuilles de salade vertes et rouges, c'était vraiment ravissant. En fait, c'était aussi joli qu'un tableau, mais, cerise sur le gâteau, ça se mangeait, et c'était délicieux.
Je me suis soudain surprise à penser que nous avions bien de la chance de pouvoir dévorer d'aussi charmants petits plats, avec les doigts, comme des cochons (encore que je ne sois pas certaine que les pieds de cochon soient équipés de doigts à proprement parler. Et même, rien qu'à l'idée, j'en frémi. Vous imaginez un pied de cochon avec des doigts?), ou avec des couverts, d'une manière un peu plus civilisée (notez que les couverts n'empêcheront pas la vinaigrette de se répendre joyeusement sur votre chemise, et d'affirmer ainsi son désir profond de rester en votre compagnie).
Cette phrase était beaucoup trop longue, trop de virgules (les crevettes), trop de parenthèses (les doigts des pieds de cochon. Brrr, j'en frémi encore). Ce qui l'a rendue incompréhensible. Mais compactée, ça donne à peu près ça:
Quoi qu'il en soit, une salade aux crevettes, c'est bien joli, pour peu qu'on prenne le temps de s'y attarder.
Sans compter qu'avec cette méthode, du coup, vous ne vous ennuyez jamais.
Après, Romulus Grillus est arrivé. Et j'ai acquis à peu près autant de stabilité qu'un boson de Higgs. (oups, crotte et fichtre, on dirait bien que c'est une information, ça. Si ça dérange, ne vous gênez pas pour l'ignorer, nul ne songerait à vous en faire grief. d'autant que c'est assez hermétique, on ne sait même pas dans quel sens ça se lit, alors tu penses bien si ça me gêne).
Qui soit dit en passant n'existe peut-être même pas, vu que le monde de la science se pose encore la question.
Mais là encore, je me suis surprise à penser que nous avions bien de la chance de pouvoir papotter boustifaille, comme ça, bêtement, au bord d'un grand lac rempli de clapotis, alors qu'une météorite pouvait à n'importe quel moment venir percuter la terre et anéantir toute forme de vie dans la minute.
Hé oui, mine de rien, ça ne l'est pas, rien.
Et puis je suis rentrée. Lorsque je vais à Genève (parce que bon, si je traverse Aoste à toute berzingue, je ne me pose pas vraiment de question), je ne sais jamais par quel mystérieux hasard j'arrive à en sortir. Je me retrouve en territoire pantoufle, après avoir découvert bien malgré moi quelque nouvelle douane, ou quelques merveilles improbables, comme l'université de l'horloge ou le musée Wütric (navrée pour le lien, Olivier, ça n'existe pas sur internet. Cela dit, je ne sais pas non plus ce qu'est le musée Wütric, je me suis contentée de faire une marche arrière devant la façade. Si ça se trouve, c'est un musée horrible, avec des morceaux de pieds dans du formol, ou des tarines de rillettes fossilisées. Oui, j'aurais pu y aller, mais vraiment, je n'en n'avais aucune envie. Et pour être tout-à-fait honnête, ça ne m'intéresse même pas).
Et je suis allée prendre quelques verres de rosé avec des amis pour célébrer l'arrivée de l'été indien (En haute-savoie, nous avons un été indien remarquable. Il dure ce qu'il dure, et un beau jour, nous sommes ensevelis sous des congères, et l'armée vient nous en extirper en forant la glace. C'est ainsi qu'au fil du temps, la Haute-Savoie est devenue célèbre. Un vieil adage ne dit-il pas "c'est pas congère, mais on se débrouille"?).
C'était dans un petit bar de quartier, il faisait si doux que nous avons improvisé un pique-nique. Sur le trottoir. Du coup, ça m'a rappelé Romulus, que je n'avais d'ailleurs pas oublié. Il n'a pas tort, rien n'est plus convivial qu'un pique-nique. Quel sage, ce Romulus. Non mais vraiment. En plus.
Enfin bon bref, la vie est formidable.
Ne serait-ce qu'à cause de l'existence des salades de crevettes, et des pique-nique improvisés.
Et parce qu'une météorite de la taille d'une montagne menace de pulvériser nos petites existences environ toutes les 10 heures ( si vous en doutez, lisez le dernier livre de Bill Bryson; peut-être que lui, vous le croirez).
Et puis merde, simplement, c'est formidable.
mardi 04 septembre
London4 (hé oui, une imagination sans bornes. C'est la recette de mon succès)
Si c'est social et réfléchi, je suis pour. Bien sûr que je suis pour. Le droit de grève est un droit inaliénable, jamais je ne le remettrai en cause.
Examinons les alternatives.
En taxi, à supposer qu'on ait de quoi s'offrir un taxi (25 livres pour faire environ 5 km. Ici, si tu t'offres un sandwich, tu peux rembourser la dette du quart-monde), il faut actuellement 3 heures pour se rendre du point A au point B (ne parlons pas du point L ou P, c'est le rebord du monde). Cela dit, encore faut-il trouver un taxi. Si vous faites une croix au pif sur la carte de France, en fermant l'oeil (celui qui n'est pas crevé), vous avez plus de chance de trouver le trésor de Montségur.
Qui, je vous le rappelle, n'existe pas.
Grace au ciel, les bus fonctionnent. Chouette. Cependant, ils ne sont pas si nombreux (je tiens à signaler que le n° 205 est un pur fantasme. Tout le monde croit qu'il existe, mais c'est une illusion collective, un truc de David Copperfield destiné à nous faire croire qu'il est le plus grand magicien du monde. Et réflexion faite, il l'est probablement, vu que tout le monde y croit. Normal, il tient sa technique de Garcimore ). Même à impérial, la capacité reste limitée. Ce qui n'est pas le cas de Londres.
Grace au ciel, il reste vos jambes. Chouette. Cependant, elles ne sont pas si nombreuses (enfin moi, je n'en n'ai que 5). Tiens, hier soir, j'ai marché exactement 3heures et 15 minutes pour rentrer à mon hôtel. Vous le croirez si vous voulez, j'ai mis la journée à m'en remettre. Le truc, en fait, c'est que vous n'avez pas le choix. C'est ça, ou vous vous allongez sur le trottoir, et vous attendez que l'armée du salut vienne vous proposer une soupe, et une bible. Après que les golden boys and girls de la city se soient essuyés les pieds sur vos bras. Et que les punks vous aient vômi sur la tête.
Sauf que l'armée du salut est coincée quelque part entre le point A et le point B. Elle ne viendra pas, vous allez mourir. Sans bible.
Autant marcher.
Vous avez 22 rendez-vous dans 47 points différents de la ville, c'est drôlement compliqué. Votre avenir professionnel dépend de ces rendez-vous. Bon, au pire, vous pouvez toujours vous trancher la gorge avec le daypass qui ne vous sert plus à rien mais qui vous a coûté 10 livres. Vous déployez des trésors de diplomatie pour annuler vos rendez-vous, vous faites vos interviews par téléphone, vaguement, vous n'avez pas vraiment la tête à ça, vous pensez à votre avenir professionnel.
La boule que vous avez au sternum est à peu près aussi grosse que vos cuisses, rendues granitiques grâce au 3.15h de marche de la veille. C'est toujours ça de pris. Tiens, regarde un peu, j'ai les cuisses de Swcharzenegger dans "Kalidor et la lampe qui pète"; mais je ne rentre plus dans mes pantalons.
Et puis tout d'un coup, vous vous rendez compte que vous participez à un moment. Qu'il faudrait sans doute savoir en tirer partie. Bien sûr, vous ne savez pas trop comment, alors vous ouvrez le mini bar et vous vous emparez joyeusement d'une mignonette de "famous grouse" à 4,50 livres.
Au point où vous en êtes, autant le vivre, ce moment.
By jove.
lundi 03 septembre
London3 (court, bref, à cause d'un pépin; ahah je blague, mais c'est une situation très désagréable)
Ce billet sera court, car je dois faire face à une situation effroyable (et sans illustration, parce que j'ai les nerfs comme des tranchées). D'aucuns pourraient penser que j'ai la poisse, et je ne suis pas nécessairement en désaccord.
PARCE QUE LA, TU VOIS, LE METRO A DECIDE DE FAIRE GREVE, IL N'Y A AUCUN TAXI DE LIBRE, ET JE NE TE RACONTE PAS LES BUS (je viens de passer 1.30 à attendre à l'arrêt et le 205 n'est jamais venu; et pourtant, comme chanterait Jo Dassin, le chanteur qui fout le bourdon avec sa main qui balaie l'espace et son visage de 3/4 en plein dans l'écran (sans parler bien entendu de son costume blanc et des cols pelle-à-tarte de ses chemises, mais je m'égare, bref, j'ai attendu attendu il n'est jamais venu) ET JE SUIS A L'AUTRE BOUT DE LONDRES AVEC UN SAC DE 35 KILOS SUR LES BRAS (enfin non, pas là à cet instant. A cet instant, je suis dans un débit de boisson à claviotter frénétiquement, car par Dieu sait quel miracle, la wi-fi n'est pas en grève. Vive l'informatique libre, à bas le métro, qu'on leurs brisent les os.).
Lorsque j'aurai terminé mon verre de vin, je reprendrai la route, telle une voyageuse égarée, et damnée, tant qu'à faire. Je vais donc m'autoriser une petite pause vulgaire, ce qui n'est pourtant pas mon genre; bouche toi les yeux, ami de bon aloi, by jove.
PUTAIN DE NOM D'UNE MERDE DE METRO DE CHIASSE, JE TE CONCHIE!!!! (n'était-ce votre respect. By jovness and guts holly shit good lord. Et tu es gentil, tu me rends mon briquet parce que si en plus je ne peux pas fumer, je te prédis une grosse fission nucléaire d'ici peu et je te fous le feu à la Tamise tu vas voir de quoi je suis capable lorsque je libère la bête qui est en moi. Enfin non, puisque je n'ai plus de briquet. Mais ce sera pire, donc. By ma fie)
London2 (c'est bien. En ce moment, je ne me casse pas le bonnet avec des titres, c'est drôlement pratique)
Lorsque vous êtes à Londres, rien ne doit vous empêcher d'aller à Camden Town, seule, à 22.00. Rien, à moins que vous ne cultiviez la plus élémentaire des prudences, celle qui consiste à ne pas vous balader avec un appareil photo à 12 millions de dollars en plein quartier punk.
Attention. En sortant du métro, vous allez vous faire accoster par une horde chevelue (rouges et bleus, les cheveux. Et parfois assortis de quelques mèches vert-morve). Vous reconnaitrez aisément la chef, c'est celle qui a des lunettes avec des têtes-de-mort à la place des verres (je pense qu'elle voit par de petits trous situés au niveau des dents), un kilt Ecossais sur des collants troués (avec un voile de mousseline par dessus), un ceinturon avec des clous de tapissier, et des bagues grosses comme des grenades sur les 10 pouces. En outre, elle est assise sur une bouche d'incendie, les jambes largement écartées, et vous apostrophe dès votre sortie du métro avec une certaine véhémence.
Le mieux est d'adopter une attitude servile et veule, et de donner directement votre appareil photo, votre montre, vos chaussures et votre carte vitale; ça ne vous évitera pas un passage à tabac en règle, mais vous pourrez biffer de votre agenda ce petit rituel de passage dès votre arrivée dans le quartier, ce qui vous donnera l'impression de contrôler la situation.
Autre possibilité: Ne pas aller à Camden Town, seule, à 22.00. Restez terrée comme un rat dans votre hôtel, et attendez des jours meilleurs. Ils viendront (consultez votre horoscope).
Ou choisissez d'aller prendre votre 22 o'clock à Buckingham Palace (dommage que Granny soit morte, vous auriez pu avoir du gin dans votre thé). Au mieux, faites comme moi. Sortez juste le nez de la bouche de métro, pivotez de 180°, reprenez votre daytraveller pass et retournez directement d'où vous venez (passez avec dignité devant le controleur, vous ne lui devez
rien). Le mariage Sikh était bien, sauf que je n'ai pas digéré le curry de poulet, cuisiné sur une base d'épices inconnus et détonnants. J'aurais pu rentrer en volant, j'étais équipée d'un moteur à explosions (ces carnets de voyage sont d'un raffiné).
Sinon, sur le petit matin, j'ai rêvé que j'étais aux sports d'hiver avec Lucius Clounus. Le curry, sans doute.
Mais c'était sympa comme tout.
PS: Pardon si je ne réponds pas à tous les commentaires, je n'ai pas trop le temps. Je me rattraperai à mon retour, promis (regarde, je crache par terre).
samedi 25 août
Pas de quartier (question titre, je m'améliore chaque jour)
J'habite un quartier très festif; en soi, il n'a rien d'exceptionnel, c'est un quartier avec ses petits commerces, ses pavés, ses arbres, bref, un quartier sans histoires (je répète le mot "quartier", quartier quartier, Jacques Cartier. Ah Tudieu quel délicieux frisson). Ce qu'il a d'exceptionnel, mon quartier (oh que c'est bon), ce sont ses habitants. J'ai parfois l'impression que tous les frappadingues de la
région, irrésistiblement attirés par ce quartier cet endroit, se sont un jour levés, ont laissé tout en plan chez eux pour entamer une longue transhumance, afin de coloniser ce quartier ces quelques mètres carrés de pur concentré dément. Ne rigolez pas, c'est ainsi que je suis arrivée ici il y a 7 ans. Irrésistiblement attirée moi aussi.
Ne vous méprenez pas, dément ne signifie pas que des Raëliens s'y livrent à des orgies stellaires tous les soirs, ni que qui que ce soit remonte la rue en triple salto arrière en chantant à tue-tête une chanson grivoise (encore que j'aimerais assez voir ça); c'est bien plus subtil que ça. Tiens, je vous donne un exemple. En ce moment même, au 1er étage de l'immeuble d'en face, un type tout en noir coiffé d'un stetson est en train d'invectiver tout ce qui bouge (et même ce qui ne bouge pas, il s'adresse aussi aux reverbères); j'ajoute qu'il a la voix de Daffy Duck et qu'il n'a qu'une seule chaussette (d'habitude, il fait ça sur fond de "breakfast in America". Soit il est archi-fan de Supertramp, soit il ne possède qu'un seul CD). Je n'ai jamais compris un traitre mot de ce qu'il disait, pour la bonne et simple raison que ses phrases ne sont qu'une succession d'onomatopées à 3 syllabes totalement incohérentes. Mais l'essentiel est qu'il se comprenne.
Et ce n'est qu'un exemple. Hier soir, monsieur Bernicol (ça n'est pas son vrai nom, bien sûr. Le vrai nom de monsieur Bernicol est beaucoup plus grotesque que ça) a fait sauter les plombs de tout le quartier (oh que c'est bon). Vers 22.00 h., nous avons tous entendu distinctement une espèce de larsen effrayant ricocher de tympans en tympans, avant d'être plongés dans une obscurité totale pendant quelques minutes. C'est sympathique comme tout lorsque le courant revient et que les alarmes des différents commerces se déclenchent, ça donne une idée assez précise de ce à quoi doit ressembler l'apocalypse. Monsieur Bernicol est sorti sur son balcon et s'est publiquement excusé, ce dont nous lui savons tous gré. Ce qui n'explique pas à quelles terribles expériences électriques il se livre dans l'intimité de ses appartements. Pour autant
que je sache, monsieur Bernicol, avant de prendre sa retraite dans les années soixantes, exerçait la profession de majordome chez un Grand de ce monde, pas chez EDF. Peut-être tente-t-il d'entrer en contact avec un repli caché de la galaxie (ah tiens, "breakfast in america" vient de démarrer. Je me disais aussi...). Tout-à-fait entre nous, je ne crois pas que monsieur Bernicol soit réellement à l'origine de la coupure; mais le fait qu'il y ait songé en dit long sur ses activités (dont la mentale n'est pas la moindre)
Au troisième étage de ce même immeuble, madame Pluto, également retraitée, regarde chaque soir la télévision debout en riant, quel que soit le programme (notez bien, elle regarde peut-être en boucle "la grande vadrouille"). J'ajoute qu'elle dîne en même temps. Ce doit être une des conséquences annexes du réchauffement de la planète. Mais qui suis-je pour émettre de telles hypothèses?
Ce matin, j'ai glissé sur une agrafeuse que la créature du tiroir (cf billet ici-même) a glissée sous mon pied pendant que j'avais la tête ailleurs. Et ma voisine ressemble de plus en plus à son chien (ou l'inverse). Elle ne se précipite pas encore sur moi pour me lécher les mollets, mais ça viendra.Sans parler du guitariste tout pourri qui squatte le banc sous mes fenêtres depuis le printemps, et qui ne s'améliore guère dans sa version de "je m'suis fait tout p'tit devant une poupée", version qui représente l'intégralité de son répertoire. J'en suis réduite à lui jeter des croûtes de fromage, je n'ai plus de pot-de-fleurs. Ni d'horloge Comtoise. Quelqu'un pourrait-il m'expliquer la raison pour laquelle il a choisi précisement ce quartier (oh que c'est bon)?
Ci-dessous, un extrait des "nouvelles polyphonies Corses", une vraie merveille. ça va vous plaire. Si. Vous et moi avons connu des moments plus raffinés, c'est vrai. But comme disait ce bon vieux Dylan de sa vieille voix qui grince: "the times they are-a-changing"
mercredi 15 août
"Laisse les gondoles à Venise", un titre sponsorisé par Ringo Willicat (mais qu'est-il donc devenu?)
Ce matin, mon meilleur ami partait pour Venise, le saligaud, et je l'emmenais à l'aéroport. Jusque là, rien que de très banal, c'est vrai. SAUF QUE LE JOUR OU LES COMPAGNIES AÉRIENNES CESSERONT D'AFFRÉTER DES AVIONS A 5.30 LE MATIN, TOUT LE MONDE Y TROUVERA SON COMPTE, COMMANDANTS DE BORD COMPRIS. Parce que c'est bien joli de se lever à 2.30, mais quand vous traversez un barrage alcootest une heure plus tard, les fringuants officiers sont de très mauvaise humeur (ce qui est logique, si vous réfléchissez bien. Je suis certaine que vous aussi, si vous étiez coincé à verbaliser tous les nez rouges de la planète pendant qu'ailleurs, des femmes lascives au regard de braise s'offrent aux bas instincts de l'homme sur de langoureux tempi de rumba, vous l'auriez sacrément mauvaise.), et vous font capoter sur le bas côté afin de vérifier que vous n'avez pas absorbé une quantité indécente de château Petrus. C'est normal, vous avez une tête à faire peur (d'ailleurs, vous faites peur. Mon meilleur ami a eu un léger mouvement de recul lorsqu'il m'a aperçue sous un réverbère, à 3.00h, vaguement dessinée dans la brume). Je ne sais pas si l'officier qui m'a fait souffler dans son amusant joujou est un fétichiste, mais il est resté à discutailler le gras pendant 15 minutes,
probablement ravi de pouvoir s'adresser à une personne capable de dire "bonjour" sans culbuter sur les consonnes. Cela dit, il faut un certain courage, ou une bonne dose de perversion, pour engager la conversation avec "la créature du lac noir", je salue l'exploit.
Mis en retard par cet impondérable, nous avons traversé Genève en roues arrières, à 230 km/h sur la bretelle de sécurité, comme Michel Vaillant. C'était épatant, bien qu'un rien stressant. D'autant que je déteste rouler dans Genève, j'ai toujours peur que ma route soit coupée par un coucou géant ou un couteau Suisse à moteur. De plus, nos bons amis Helvètes ont une notion de la signalisation qui n'appartient qu'à eux; ils peuvent vous indiquer une épicerie fine par 25 panneaux de tailles et de couleurs différentes, alors que la direction de l'aéroport ne vous sera communiquée que lorsque vous passerez à mach 3 devant la tour de contrôle. Je me suis garée sur le parking dans un grand crissement de roues, comme Michel Vaillant, non sans avoir effectué au préalable une marche arrière sur la voie rapide, comme il est indiqué dans tous les manuels de voyage Suisses. Nous avons fait la queue à l'enregistrement des bagages, noyés dans un flot d'Indiens chatoyants dans leurs saris multicolores, ce devait être un Genève-Venise-Udaïpur. J'avais moi même une tête de sari multicolore, ce qui n'a choqué personne. C'est bon de se sentir acceptée.
Mon meilleur ami en sécurité dans son avion, le saligaud, je suis retournée sur mes traces de pneu encore fraiches, POUR RETOMBER SUR LE BARRAGE EN SENS INVERSE.
Vous savez quoi? La maréchaussée est extrêmement professionnelle, elle vous fait souffler dans le ballon 2 fois en 2 heures, pour le cas où vous ayez absorbé un litre de rhum blanc dans l'intervalle (ne me dites pas qu'ils ne m'ont pas reconnue. Si vous croisiez le chemin de la malédiction des Carpathes, vous ne l'oublieriez pas de sitôt). Un brin lasse, mais consciente de l'autorité qui émane naturellement d'un uniforme, et de la peur qu'elle engendre, je me suis pliée de bonne grace à cet instant ludique. A l'intérieur, je me sentais ravagée, ce qui n'a manifestement pas effrayé le capitaine (vous pensez bien s'il en a vu d'autres, ça fait 10 ans qu'il se tape les barrages à 4.00 du matin devant le Macumba, et qu'il fait péter des points à des gens qui ressemblent à des effets spéciaux). Bout de gras (l'histoire du "bonjour" et des consonnes fonctionne aussi dans le sens inverse), "allez allez bonne route et bonne journée!", première, seconde, clignotant, et roule que je te roule, pendant que mon meilleur ami s'envole pour les lagunes, les gondoles, et la fondation Peggy Guggenheim.
Le saligaud.
Le jour se lève, c'est beau. Un peu décalée par l'absence de sommeil et cette horde d'uniformes flottant dans l'aube, je me suis arrêtée au sommet du Mont Sion. C'est étonnant, mais soudain, lorsque vous vous retrouvez dressée dans un monde si vaste et si doux, beaucoup de choses perdent de leur importance; il est 6.00 du matin. A vos pieds, les brumes achèvent de lècher les collines, et droit devant, aussi long que votre regard puisse porter, les montagnes bleues, imprécises, à peine dessinées sur l'horizon, ondulent comme un lent murmure en définissant le lointain. Mais elles sont bleues; pleines de bleus. C'est fou comme à cet instant précis, vous perdez la notion du temps; c'est comme s'il n'y avait que vous, et votre ventre qui s'acoquine au moment.
En fait, il n'y a jamais que le monde. Avec vous dedans.
Mais c'est vraiment chouette.
Rien que pour ça, je pourrais remercier mon meilleur ami.
Ce saligaud.
PS: en franchissant la porte de ma maison, tout à l'heure, je me suis soudain souvenue avoir donné rendez-vous cet après-midi aux bains des Pâquis, à Genève.
C'est intelligent de faire 4 fois la même route dans la même journée.
vendredi 10 août
pathetic instinct (mais si, cherchez bien)
Au terme d'une soirée destinée à ravir les papilles gustatives de mes invités (et par là même tenter de leur soutirer les détails les plus sordides de leur existence afin de les faire chanter, dans le but avoué de m'offrir tout ce dont vous n'osez pas rêver mais moi si), force m'est d'admettre que je n'ai effectivement pas les attributs qui feraient de moi celle que le sexe opposé s'arrache avec les dents (avec les griffes aussi; et par tous les moyens d'ailleurs).
Je suis probablement la seule personne au monde capable de rater des aubergines farcies. C'est tout juste si je ne rate pas l'ouverture d'un pot de yoghourt, c'est dire (quant à l'ouverture de la finale de "jeux sans frontières", n'en parlons même pas). Après le temps de cuisson requis, mes aubergines farcies ressemblent à des langues de dragon de komodo. Très rugueuses et très sèches. On peut d'ailleurs s'en servir de tapette à mouches ou de chausse-pied, j'ai essayé ce matin, ça fonctionne très bien (en ce qui concerne les mouches, je ne sais pas encore si c'est à cause de l'odeur ou du choc, des tests sont en cours).
Je sais bien que tout ça n'intéresse personne, allez, ne venez pas me chanter la messe en Romanche, je ne suis pas aussi naïve. Mais j'avais besoin d'en parler. La vie est dure, parfois. Je voudrais tant voir Syracuse, l'île de Pâques et Kairouan, voir les grands oiseaux qui s'amusent, à courber l'aile sous le vent. Voir les jardins de Babylone, et le palais du grand lama, rêver aux amants de Vérone, au sommet du Fuji-yama (je remercie Henri Salvador pour le prêt).
Je suis anéantie.
NDLR: vous espériez quoi au juste, un billet sur le Mahatma Gandhi?



