Le Troisième Wagon

le quotidien d'une journaliste-pigiste; car un blog futile, c'est un blog utile. Parfois, ce blog parle également des santons de provence et de Cosmos 1999. Mais c'est plus rare.

mercredi 23 mai

Bon allez je change de titre, mais j'ai loupé mon train bon Dieu (vous me direz, ça change pas grand chose, c'est vrai)

Parce que vous croyez peut-être que c'est facile? (je suis navrée, mais c'est la seule introduction que j'aie pu trouver. Je conviens bien volontiers (avec Grand) que ça n'est pas ce qui se fait de plus chic dans le monde de l'écriture, mais imaginez un peu ce que ce serait s'il n'y avait carrément pas d'introduction. Il n'y aurait tout bonnement pas de texte. Hé oui, gros malin, tu n'avais pas pensé à ça, mais tu as bien de la chance de m'avoir pour te guider sur ce long chemin semé d'embûches, et qui pourtant sent la noisette. C'est alors que soudain je pensai: mais où ai-je bien pu fourrer ce porte-clef terriblement moche que vient de m'offrir NeveuBille? Alors elle s'en fut, voûtée par le poids des ans, et nul ne sut ce qu'il advint de cette étrange créature mi-femme-mi-reblochon (ce qui n'était pas très pratique pour parler puisqu'elle avait une croute à la place du visage, mais de toutes manières, elle n'avait pas grand chose à dire) dont le destin était scellé dès sa naissance. Elle aurait pu choisir autre chose. Mais non. Voilà. Passons à autre chose.107263608_2d5436996f

Vous savez ce que je préfère dans cette vie? Exactement. Enfin bon, il y a plein d'autres choses qui me plaisent, mais ça, j'aime tout particulièrement. Non, pas ça, encore que, mais ça j'aime vraiment beaucoup. Bref, j'aime bien larver. Et dans cette ville que j'aime tant (non, George, n'insiste pas, je ne viendrai jamais vivre dans ta villa de 47 pièces avec 2 piscines et vue sur la mer que tu viens d'acquérir à Waikiki et dont tu m'as envoyé le titre de propriété, libellé à mon nom, accompagné d'un chèque de 400.000 dollars pour les frais de bouche, c'est très gentil, mais je préfère rester dans mon studio de 11 mètres carrés, mes alpages qui sentent le purin et qui grouillent de pervers sexuels en knickers, chez moi. Je t'ai demandé de ne pas insister. Si tu continues, je t'envoie mon gibbon, fais gaffe.), cette ville magique, donc, est truffée d'endroits spécialement conçus pour le larvage (en machine, à 30°, avec un peu d'assouplissant, mais pas d'essorage parce que le lin, c'est fragile). Je les connais tous, vous pensez bien. Cependant, hier, mûe par une espèce de langueur consécutive à quelques jours de fol émoi, je décidai de faire simple, et d'aller m'applatir sur les pelouses du Pâquierpaquier (veuillez trouver ci-dessous une vue aérienne d'une tome de Savoie du Pâquier. Dieu que c'est documenté tout ça!)

Vous avez remarqué à quel point l'instinct grégaire est vivace chez l'être humain? Vous pouvez trouver un immense endroit totalement désert et vous y poser comme un plot; dans les 10 minutes, votre espace sera envahi par une horde d'enfants belliqueux et piailleurs, de leurs parents, accompagnés parfois de leurs ancêtres, du gardien d'immeuble et de la famille du boulanger, qui sont des amis de longue date. Votre regard se porte sur l'horizon, personne. Votre petit endroit tranquille est devenu aussi bruyant que la foire du trône alors que quelques mètres plus loin, c'est le monde du silence. Si ça ne m'énervait pas autant, je prendrais le temps de me pencher sur cet étonnant phénomène, mais dans ce cas précis, j'ai plutôt envie de sortir la boîte à gifflons et de la jeter à la figure des importuns.

Bref, il vous est à tous arrivé de savourer sereinement une lampée d'à-plat dos sur un gazon frais, et de voir soudain une ombre passer devant votre soleil. C'est un maquillagehomme, il cherche à lier conversation, il vous demande l'heure. Toute bercée que vous êtes par cette douceur estivale, vous ne pensez pas à mal et donnez, avec Grand Volontiers, l'heure qu'il se fait, en l'occurence 13.30. Merci, vous dit-il, et le voilà planté comme un poteau les pieds contre votre flanc droit. "Quel beau temps! qu'est-ce que vous faites dans la vie? Ah bon? vous ne faites rien? comme c'est agréable! vous êtes femme au foyer?" A ce stade de la conversation, comme je n'ose pas envoyer le néfaste brouter contre le gravier, je réponds n'importe quoi. Que j'ai 5 enfants, que je suis agent secrète mais chut il ne faut pas l'ébruiter car l'herbe a des oreilles, et je finis par dire que je me concentre sur l'étude du bruit du gazon qui pousse, ce qui a pour effet de faire fuir l'incongrû. C'est assez agréable de se faire un peu draguer, je ne vais pas faire la bégueule, mais si c'est par un type manifEstement passé par l'école véronique et Davina question vestimentaire, et qui a plein de trous dans la bouche, je me sens un peu moins honorée, il faut dire ce qui est.

Je referme les yeux. 5 mn de pure béatitude plus tard, ils sont tirés de leurs ténèbres par des frottements furtifs. ça fait Fffffffff ffffffff fffffffff et tchoc, je me prends un truc sur le pied. C'est un jongleur, avec une touffe de cheveux comme un kougloff, torse nu, qui s'est installé dans ma périphérie. Il jongle, mal, avec 5 balles, la cinquième vient de m'enboutir la tong. Encore heureux qu'il ne le fasse pas avec des torches, je suis hautement inflammable. Je commence à sentir une hire légère m'envahir, qu'est-ce qu'il fout là alors que 100 mètres plus loin, c'est le début du désert Mojave? La prochaine fois, je baliserai mon territoire avec des rateaux invisibles spécialement dressés pour claquer au nez des envahisseurs, et je creuserai une fosse pleine de poix bouillante autour. Dès lors, j'assisterai, pleine de morgue et de dédain, à leur pénible et douloureuse agonie. L'homme est un loup pour l'homme.

FFFffffffff FFFFffff ffffffffffffffffff....., probablement terrifié par la décharge mentale de haine pure que je viens de lui balancer dans le front, le jongleur s'éloigne de quelques mètres, le kougloff toujours en équilibre instable sur la tête (après réflexion, je ne peux tout simplement pas envisager que ce soit des cheveux). Il est instantanément remplacé par un abondant troupeau d'enfants (environ une quarantaine), habillés de t-shirts rouges et jaunes. Au début, je n'ai pas bien compris cette lubie d'habiller des gosses de manière aussi binaire. Mais, une fois répartis en deux groupes bien distincts (les jaunes et les rouges, donc), et lancés comme des boulets bien sonores à la poursuite d'un ballon ovale, c'est devenu lumineux. Ils disputaient deux matchs de rugby simultanés à quelques oldencablures de mes narines. Coup d'oeil sur l'horizon, le désert est toujours là, prêt à accueillir dans son vide sidéral toute la population de Bogota (je ne sais pas trop pourquoi je prends cet exemple; c'est assez irrationnel, mais je ne vais pourtant pas en changer un iota parce que. Vous n'aurez pas ma peau). J'ai suivi avec un certain intérêt le déroulement du match. C'est fou comme ces petites teignes issues de l'enfer profitent du rugby pour envoyer des gadins granitiques à leurs copains. Vous admettrez qu'un placage n'a aucune raison d'être en l'absence d'un ballon, du moins chez les gens civilisés. Et vous savez pourquoi il n'est plus dans la mêlée, le ballon? Parce qu'il vient de s'écraser sur mon sac (le sac de billes, ah ah elle est bien bonne), après avoir tournoyé de guingoi dans les airs pendant quelques instants de tension insoutenable. Et vous savez pourquoi je ressens une terrible tension croître dans mon estomac à cet instant? Parce que mon tube de crème solaire est dans mon sac, et vient d'expulser sous le choc tout son suc à l'intérieur, en ruinant mon portable, mes cigarettes, mon portefeuille et mes lunettes. Je suis brièvement tentée de réduire le ballon en purée (encore que je ne vois pas avec quoi mais c'est une figure de style), mais les instituteurs semblent avoir été recrutés sur un porte-avion ou dans l'armée de Charles Martel, et je ne me lance dans un conflit que si je suis certaine de gagner. C'est la raison pour laquelle on me juge pacifique. En réalité, je suis lâche, mais ne le dites pas au Président, je vous paierai grassement.

Vous avez déjà essayé de nettoyer des lunettes préalablement plongées dans un pot de margarine molle? Je vous recommande l'exercice, c'est très zen, surtout si vous le faites avec du papier journal bon marché. Après, vous avez l'impression de percevoir le monde depuis l'intérieur d'une baratte. En fait, vous ne voyez plus rien. Sans compter que vous êtes grotesque. Dans le même temps, j'ai ressenti une terrible piqûre à l'intérieur du coude, et j'y ai découvert un de ces insectes épouvantables, harnaché comme un chevalier de la table ronde, indestructible et probablement préhistorique, dont la vision au microscope vous provoque un arrêt cardiaque. C'était très chouette.

Lorsque les joueurs de Djembé sont arrivés, je me suis un peu abandonnée au fatalisme. J'aime le Djembé, ça me procure même de petites boules d'émotions au niveau du plexus. Même, des fois, je pleure tellement ça me secoue l'intérieur.magnum MAIS PAS QUAND J'ESSAIE DE DORMIR. Je suis donc allée voir une amie qui habite à l'extérieur de la ville. Lorsque nous nous sommes posées sur sa terrasse avec un petit verre de rosé, le voisin a démarré sa tondeuse. Une tondeuse, c'est exactement comme un bateau à moteur (enfin non, n'allez pas tenter de faire le guignol dans la baie de Cannes avec une tondeuse, ça comporte quelques risques), ça calle tout le temps. Et ça vous scie la moelle lorsque ça redémarre en projetant de petites mottes de terre dans tous les sens. Si possible dans votre verre. Et s'il est trop petit, votre visage fera très bien l'affaire (d'autant que vous n'avez pas vos lunettes pour voir arriver les projectiles).

Afin de finir en fanfare cette journée de détente quasi bouddhiste, je suis allée au cinéma, où mon magnum aux amandes a profité de l'obscurité pour se répandre sur la jambe droite de mon pantalon. Gris et blanc.

Et marron aussi, maintenant.

Posté par Melle BillE à 16:24 - VieQuotidiennE - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 07 mai

"Duel": un film de Steven Spielberg plein de rebondissements merveilleux, et un petit peu flippant (je mets un "s" ou pas, RV?)

Vous allez dire que ça n'arrive qu'à moi. C'est faux. ça nous arrive à tous, mais chez certaines personnes, c'est condensé sur une vingtaine d'années. Après, ce sera triste et morne, assez plat, et pas franchement festif. Mais très paisible.

voiture

J'ai passé une très mauvaise journée. Trèèèèès mauvaise. Pourtant, tout avait bien commencé, par une belle matinée bleue, je partitais (si, je l'écris comme ça me chante et bien malin qui saura m'en dissuader) en direction de Lugdunum, nommée ainsi à l'époque reculée des druides et des farouches gaulois en hommage au dieu Lug, l'apollon du coin.

Chouette alors, un peu de culture.

Je roulais benoitement, savourant à l'envie la moindre particule de soleil (et je ne vous dis pas à quel point c'est agréable de se prendre des flashs dans l'iris à travers un pare-brise constellé de mouches aplaties). Vitesse de croisière autorisée, pas plus pas moins (je respecte tes lois, mon Président. Regarde, je me prosterne car tu m'aimes, et avec moi les handicapés, les abîmés, les souffreteux, les goitreux, les pompes à vélo et les lunettes Lissac), voici que s'approche dans mon champs de vision un gros camion. Je n'aime pas les camions, j'en ai peur. Quand on double un camion, on est déporté sur à peu près 20 mètres avant de rétablir son assiette, et les conducteurs vous regardent comme s'ils avaient des grenades à clous à la place des yeux. Je déteste doubler les camions, je me sens minuscule et fragile, je rentre tellement la tête dans le cou que je me retrouve avec les cheveux sur les épaules et le menton dans le décolleté. En fait, la condition optimum pour rouler, c'est le Dimanche, sur une autoroute déserte à 25 voies, droite et plate. J'hésite toujours à doubler un camion, alors forcemment, à force d'hésiter, je me retrouve à lui lécher le pare-choc à la même vitesse que lui.  Lorsqu'il n'y a plus rien d'autre à faire (à part rentrer de force dans sa remorque en faisant une roue arrière), je me décide, je mets mon clignotant en faisant bien attention à ce qu'il ne soit pas trop agressif (les grenades à clous, souvenez vous), je regarde dans mon rétroviseur, je ferme les yeux, je retiens ma respiration et je m'engage. C'est exactement ce que j'ai fait ce matin, sauf pour la phase finale; parce que lorsque j'ai regardé dans mon rétroviseur, j'y ai vu deux autres camions s'approcher à tombeaux ouverts, côte à côte.  Ils étaient sur moi le temps que ma bouche s'arrondisse, je me suis donc retrouvée HPIM1278dans la configuration ci-contre. A 110 km/heure, entourée de 3 brontosaures.

C'est à ce moment que j'ai entendu le bruit. Je suis parfaitement incapable d'imiter un bruit de voiture; je peux faire la cornemuse, la guimbarde, le coucou suisse, le poirier et un ferry dans la nuit, je peux même imiter Robert DeNiro et Phil Collins (c'est le secret de mon succès), mais le bruit d'un roulement déglingué dans une roue, macache. Par contre, je peux vous dire que ça donne du jeu à la direction, sans trop risquer de me tromper ( il parait même qu'on peut perdre une roue si le roulement atteint le dernier stade de la décrépitude. merci à l'ami qui m'a rassurée en braillant comme un patier, ça ajoute au suspens et maintenant, j'ai la même oreille que monsieur Spock, mais sourde. C'est malin) .

Me voici donc avec un volant qui ouinwalle (le verbe ouinwaller est très apprécié en haute-savoie. Il se dit d'une voiture, d'une hanche ou d'un cerveau. En fait, il signifie "tanguer", vous l'aurez compris), le coeur au milieu du front, les yeux projetés dans 12 directions à la fois. Rétroactivement, ça m'a fait penser au film avec Yves Montand, "la menace". C'est fou à quel point la peur peut vous faire perdre tous vos moyens, j'ai failli appeler ma maman, c'est dire. ça n'a pas duré très longtemps, à peine une éternité, mais sans rigoler, là, je me suis dit que j'allais mourir. J'ai frôlé la barrière de sécurité plusieurs fois, d'un chaloupement assez proche de ce mambo qui m'est si cher, et puis j'ai vu la voie qui menait à une station-service, j'ai tourné le volant et zooooooooonnnnnn je me suis engagée, toujours à 110 km/h (enfin, je crois. En fait, je n'ai pas vraiment regardé, ça n'avait plus beaucoup d'importance puisque j'étais persuadée que j'allais finir en copeaux). Hé bien croyez moi, ça ne se maîtrise pas comme ça. J'ai fait le premier dérapage de ma vie, Remy Julienne serait fier de moi, et j'ai déboulé sur le grand espace qui précède les pompes comme un cavalier de l'apocalypse surgi des terres du malin (ça me plait bien, cette image). Dans un grand bruit de Grand Volontiers.

Là, je me suis arrêtée, les jambes en nylon et le foie au niveau des narines, je suis sortie en liquide sur le bitume fumant et j'ai lâché un grand claquement de dents dans le vide. Avec un roulement moisi dans la roue. Et puis, lorsque j'ai voulu téléphoner, le mobile m'a glissé des doigts, a décrit une arabesque très élégante sur l'horizon avant de s'écraser à quelques mètres, en deux morceaux bien distincts. ça a fait "chtock", bien en relief dans ce silence si particulier qui suit un cataclysme.

Maintenant, la batterie tient avec du scotch, ça fait bien classieux (et je ne te parle pas de mon pacemaker que j'ai raccroché sur mon ventricule gauche avec 3 agrafes et un jet de laque). Merci Berliet .

PS: pas de billet demain, je vais reposer mes nerfs à la campagne et faire de la trotinette

Posté par Melle BillE à 19:12 - VieQuotidiennE - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 04 mai

J'irai cracher sur vos tongs.

terroir    Bonjour. Il y a des matins comme ça où tu es obligée de te lever tôt pour faire du café et le petit dejeuner et après, tu te retrouves avec plein de temps devant toi une fois que la bourrasque est passée alors autant écrire un petit truc avant de consulter ton agenda. Je vais d'emblée faire taire d'une pichenette ceusses qui pensent que je suis inconstante dans la rédaction de mes billets, mais il est des sujets que l'on se doit de révéler au public. Etre professionnelle, c'est ça; il faut savoir faire fi de ses sentiments personnels et mettre de côté son bien-être, l'information n'attend pas.

               Hier, j'ai assisté à la nocturne de la grande foire internationale de La Roche sur Foron (ça vous la coupe, je sais; mais ne soyez pas amers, vous aussi vous aurez votre heure de gloire, ce n'est qu'une question de temps). J'aime bien ce genre de manifestation, ce n'est pas tous les jours que vous pouvez assister à une démonstration de Massey-Fergusson au biogaz, coincée entre les "cheminées faufeux" avec du vrai faux feu et de vraies vilaines fausses bûches, et la ligne de mobilier de salon " Joseph Molève, pour un salon de rêve", qui vous rappelle le fauteuil de repos Everstyle à ses pires moments, c'est à dire tous. De temps à autre, proximité Helvète oblige, un gros coucou jailli d'un recoin sombre vous braille un "coucou!" tellurique dans les oreilles, et vous vous retrouvez sourd comme un caquelon pendant les 10 minutes qui précèdent le "coucou!" tonitruant suivant , c'est très folklorique ( et un peu lassant malgré tout).

Mais je n'étais pas très à l'aise. Vous est-il déjà arrivé de vous sentir grotesque d'un bout à l'autre de la soirée, tout simplement parce que le déguisement que vous avez choisi s'avère parfaitement inadapté à l'endroit dans lequel vous allez divaguer? En ce qui me concerne, c'est une chose qui m'arrive assez souvent, mais je ne m'y fais pas. Bref, j'ai choisi pour l'occasion une ravissante petite robette ultra chic, présent de Noêl de princesse Zelda, qui n'est pas du genre à vous faire cadeau d'un torchon en toile de jute avec des trous dedans. Elle, elle picore des haribo avec les princes au quarante septième étage d'un building avec piscine olympique sur le toit et ferrero rochers en or massif, tu penses bien si elle va mettre des grosses culottes en crochet avec une50 jupe en rotin raide par dessus, et un collier de graines équitables autour du cou. Et lorsque j'ai une envie folle de porter quelque chose (je parle de vêtements ou de toast, pas de parpaings), je me fais un devoir de plier les éléments à ma volonté, j'ai des pouvoirs déments.  Alors, pour casser le look un peu polo-de-Bagatelle-garden-party-à-Cabourg-et-pince-fesses-en-diamant (je vous rappelle que le diamant est la seule pierre précieuse avec laquelle on puisse rayer n'importe quoi. Même les fesses), j'ai mis des tongs achetées 4,90 au supermarché.

La classe, c'est inné.

Donc nous voilà parties, mes tongs à 2 kopeks, ma petite robe waikiki-chic-regarde-un-peu-mes-poumons, et moi, à travers les tracteurs, le mobilier vrai massif verni brillant rustique à tapisserie scène de chasse médiévale, et les radiateurs dernier cri en forme de cathédrale de Paray-le-monial, avec pour seul objectif le quartier-roi du lieu: les produits du terroir. L'ami qui m'accompagnait, allez savoir pourquoi, s'est perdu dans la contemplation d'un pare-chocs de tracteur; je ne l'ai revu que très tard, dans l'obscurité, alors que lui et moi cherchions manifestement à nous extirper à tâton de ce labyrinthe après avoir vécu les mille angoisses. Nous nous sommes très courtoisement salués dans deux langues étrangères indistinctes, avant de réaliser que nous étions venus ensemble ( cette amnésie temporaire est la pure manifestation de l'effet psychédélique produit sur l'organisme par un pâté de campagne aux oignons confits arrosé de Mondeuse). Il a regardé mes tongs, un sourcil légèrement arqué, et m'a avoué d'un ton un rien pâteux qu'elles étaient bien moches, et que l'une d'entre elles avait un petit côté de guingois qui donnait à mes orteils une allure crispée (je sais toujours m'entourer de fidèles compagnons très observateurs, et très peu courtois. C'est le secret de ma réussite).

tongsTU PARLES QUE MES ORTEILS AVAIENT L'AIR CRISPES, LA PETITE FICELLE CENTRALE DE LA TONG A PETE AU MOMENT OU JE DONNAIS UN COUP DE PIED INVOLONTAIRE DANS UN SEAU DE CIDRE (4,90 euros. ça vaut pas plus). TU VEUX QUE JE TE RACONTE LA HONTE DE LA TONG VOLANTE AU-DESSUS DES FROMAGES??!!!?

                              Elle a fait zzzzzzziiiiiiiiiiiiii par dessus le tonneau et je l'ai récupérée 2 mètres plus loin, au pied d'un superbe chalet reconstitué en rondins des alpages; il m'a bien semblé l'entendre ronronner de plaisir. Après, j'ai fait tous les stands en boitillant tout en crispant les orteils autour de la ficelle, c'était insoutenable. C'est la raison pour laquelle je me suis finalement greffée à l'étal du patrimoine gastronomique, en attendant la nuit. Je sais TOUT du jambon Savoyard et de la viande des grisons, je peux vous rencarder, j'ai de super adresses (et quelques papiers gras vaguement griffonnés d'une écriture hésitante et partiellement effacée ( le stylo-bille n'adhère pas très bien sur des tâches de graisse) que j'ai retrouvés en boulettes compactes au fond de mon sac-à-main).

Par contre, ma petite robe semble avoir eu un franc succès; un gros monsieur à moustaches a même tenté de la monnayer contre un jambon cru et une caisse de Roussette; mais je suis persuadée qu'il pensait que c'était une nuisette (ah, le correcteur orthographique s'emballe, il me propose noisette, puisette ou poussette. Pourquoi pas roussette?), et que j'étais venue sur le stand pour m'offrir un apéritif dinatoire juste avant d'aller taquiner la couette.

Je suis très heureuse d'exercer mon métier de journaliste avec autant de classe et de distinction, je pense être très rapidement contactée par des médias influents qui me confieront des dossiers sensibles, ou par une agence de conseil en image qui me chargera de faire rire Condoleeza Rice.condy_rice

Ce qui n'est pas gagné.

(ne vous méprenez pas; sur cette photo, Condoleeza Rice est prise d'un fou rire qu'elle réprime à grand peine)

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mercredi 02 mai

J'ai prévu d'allonger ce billet au fil des jours, ça ne te dérange pas j'espère?

beakbille

                Finalement, un blog, c'est exactement comme dans la vie, il y a des moments d'essoufflement (et en général, lorsque j'écris ce genre de croquinistouille, je croule tout soudain sous une tripotée de trucs à raconter, ce qui n'est pas sans incohérence. Cela dit, si tu connaissais l'étendue de mes incohérences, tu t'enfuirais en hurlant et ça me rendrait très triste, alors je te l'accorde; mais sois gentil, j'ai autre chose à faire que développer un contre-argument stérile. Viens plutôt te balader avec moi sous ce gai soleil (encore qu'il pleuve aujourd'hui, mais tu conviendras que ça n'est pas ma faute) hop, j'ai envie d'aller voir du côté de Saint-sévère et il y a une petite valise pique-nique dans le coffre).

Le 4 Mai 2007: Bon, en fait et comme je le disais plus haut, c'est lorsque j'écris ce genre de croquinistouille que je croule juste après sous des trucs follement intéressants à raconter. Je suis d'une prévisibilité affligeante. Si. (tu dis ça pour me consoler?)

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vendredi 27 avril

shake_it

  Voilà. Un rien kitschos, mais c'est pour marquer le coup, parce qu'aujourd'hui, je te prends la claque du centenaire. Dès maintenant, je me concentre donc sur l'invention d'une chaise roulante musicale, d'une paire de béquilles de survie téléscopique avec kit de massage intégré, et d'un sonotone qui diffuse en continu des huiles essentielles. Belle journée à tous!!!!!

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jeudi 26 avril

Le cas Noé (je fais comme je veux si je veux mettre un titre bien bouffon ça n'est pas toi qui va m'en empêcher)

canoe     Hier, au crépuscule, on m'a prêté un canoé. C'est chouette comme début, non? Il faisait doux comme la joue de NeveuBille,  le lac se reposait tout poudreux de chaleur, c'est beaucoup trop gâchi de ne pas en profiter, limite après tu le paies on va te dire "c'est bien fait t'avais qu'à saisir l'occasion mais c'est toujours pareil tu saisis pas ta chance et après tu viens te plaindre que "ouiiiiiiiiiiii mais j'avais un autre truc à faire" alors basta tu n'as aucune excuse va te coucher et éteins moi cette télé qui ne raconte que des carabistouilles tu me remercieras plus tard".

Je n'ai pas le pied très marin, le droit surtout qui, pour des raisons que les anciens connaissent, n'éprouve jamais la moindre émotion. Totalement insensible, il ne me prévient pas lorsqu'il s'enfonce sur une punaise ou un pylone à haute-tension, il préfère me laisser le soin de la découverte (ce dont je lui sait gré, il ne faut jamais perdre une occasion de se confronter à l'aventure la plus échevelée). Donc, lorsque je grimpe à bord d'un canoé, je fais toujours très attention à ce que personne ne me regarde, parce que j'ai l'air bien tarte, je m'embusque derrière les roseaux, je jette l'éventuel témoin en pâture aux brochets et j'embarque en souplesse, non sans avoir provoqué de splendides remous qui ne manquent pas d'attirer tous les regards,  jusqu'alors tournés vers la splendeur du crépuscule. Mais je m'en fiche un peu, parce qu'une fois partie, même si j'oscille de droite à gauche comme un métronome, personne ne peut me reconnaître; alors tu vois bien comme je m'en contrecogne les genoux.

C'est vraiment chouette, le canoe. D'abord, ça ne fait pas de bruit (sauf lorsque vous rencontrez une couleuvre d'eau longue comme un intestin, mais là, c'est VOUS qui faites du bruit, exprès, pour la détourner de ses sombres projets, à savoir s'entortiller autour de votre pagaie pour venir dévorer votre sandwich au jambon. Si, j'en suis certaine.). Ensuite, vous pouvez vous imaginer plein de trucs; que vous êtes "tripes-à-la-graisse-d'oie" de la tribu des indiens Huron  Tlingits (ça c'est pour faire plaisir à RV POSUTO, mais je trouve que Huron, ça sonne un rien mieux) et que vous naviguez sur le Yukon à la recherche du trésor des castors enchantés, ou l'héroïne d'un film de Sam Peckinpah, prisonnière de "tripes-à-la-graisse-d'oie", à qui vous avez piqué son WACRFCA4ZEAAZCACJ0NF3CARD9M06CAXR6CCRCAZU3ICDCA2F54LFCAD9IME9CA5V4I74CAWY9Z7HCAJ2LSBUCAJZNKQ5CAQ8FC56CA40YO0LCAWEHJ4GCACO2CZJCAGH12A8CAOEKNGCCAL2RO2Kcanoé pendant qu'il cuvait son eau-de-feu. Et puis, vous regardez les poissons ("tripes-à-la-graisse-d'oie" les pêche à mains nues, mais je vous rappelle que c'est un Huron Tlingits. En outre, je vous rappelle aussi qu'il s'agit d'une fiction. ça ne vous ferait peut-être pas de mal d'être un peu attentif de temps à autres), vous trempatouillez les mains dans l'eau fraîche et vous les laissez venir vous picorer le bout des doigts, vous sentez un petit vent tiède qui vous rigole dans les cheveux et qui descend sur votre nuque comme un lutin.

Et le silence. Vous avez pénétré tout ce bleu suspendu de silence, à peine entrouvert par le clapotis régulier de la pagaie; vous n'avez plus besoin de rien, vous êtes juste là. Exactement.

ET C'EST EN GENERAL A CE MOMENT QU'UN GROS BOUSIN A MOTEUR PROPULSE A 1000 PARSECS/SECONDE (C'EST LA RAISON POUR LAQUELLE VOUS NE L'AVEZ PAS ENTENDU VENIR) PASSE A 5 CM DE VOTRE COQUE EN VOUS HorsBord1954posterTHPULVERISANT LE TYMPAN. S'ensuit un ballotage de fin du monde, votre frêle embarcation entre dans une phase épileptique incontrôlable au cours de laquelle vous allez perdre votre sandwich (la couleuvre opiniâtre va se précipiter dessus, elle vous suit discrètement depuis votre départ, habilement dissimulée sous la ligne de flottaison), votre gourde (c'est affreux d'avoir le gosier comme une rape-à-fromage alors que vous êtes entourée d'eau), votre pantalon et votre sens de l'orientation (normal, vous avez fait 3 tours sur vous même, dont un dans le sens vertical).

Il est inutile de hurler, non seulement ces enfoirées de truies violettes de merde élevés au purin fringants yachteurs ne vous ont même pas vue, mais plus encore, ils s'en battent l'abdomen pour faire de la musique. Ils disparaissent en 1 seconde à l'intérieur d'une gerbe d'écume, laissant dans leur sillage de petits rires plein de champagne. Gardez votre calme et votre salive, il va vous en falloir pour rentrer.

Et vous ne mangerez pas non plus, la couleuvre vous dit merci.

NDLA: JE SIGNALE QUE DANS LES COMMENTAIRES,  RV DES POSUTO DONNE UN COURS DE GEO POUR ME METTRE BIEN POCA LA HONTAS (qui appartient à la tribu des arapaos. Enfin je crois. Bon, de toute manière, on s'en fout, c'est jamais qu'un dessin). SANS RIGOLEZ, VOUS TROUVEZ PAS QUE CA SONNE BIEN: HURON+YUKON? (RV, ILS ONT TOUS DIT "OUI" EN MASSE, C'EST PAS POUR DIRE)

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mercredi 25 avril

Parce que tu crois que c'est facile d'habiter au bord d'un lac quand il fait 30°?

billebeach

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mardi 24 avril

fruits_and_vegetablesJe viens de faire mes courses (c'est une chose que je fais avec Grand Volontiers lorsque je suis au zénith de mes possibilités. Oui, je suis actuellement au zénith de mes possibilités; ce qui est très triste, quand on regarde bien. Car forcément viendra le moment de la chute, tout est mouvement et souviens toi d'Icare, tu te la pètes un peu moins quand tu te retrouves en puzzle au sol avec des bouts de cire sur le col du fémur), j'en suis restée comme 2 ronds de flanc.

Je pars du principe un peu naze que JAMAIS je ne mangerai de nourriture en boîte. Si vous me cuisinez une boîte lorsque vous m'inviterez à déjeuner (car ce jour viendra, je le sais), je vais sortir une ardoise de mon sac-à-main et je vais frotter mes ongles dessus, vous le regretterez toute votre vie. ça me parait un peu bizarre d'ouvrir une boîte de haricots. Dans mon esprit, les boîtes sont réservées aux chaussures, aux crayons de couleur et à la nuit, pas à la nourriture (remarquez, peut-être que vous mangez des crayons de couleur en cachette, une fois la maison endormie, discrètement dissimulé derrière le vaisselier de votre grand-mère. Plus grand chose ne m'étonne mais soyez gentil de ne pas me faire part de vos déviances, j'ai encore quelques illusions sur le genre humain). Vous l'avez deviné, j'achète toujours du frais, si possible sur le marché (à la relecture de ce début de billet, je ne peux m'empêcher d'être effarée par son prodigieux intérêt, je me demande pour quelle obscure raison les grands quotidiens ne m'ont pas encore contactée; je dois faire l'objet d'un complot).

JE SUIS AU REGRET DE VOUS ANNONCER QU'AVEC 20 EUROS, VOUS NE POUVEZ VOUS PROCURER QU'ENVIRON 3 RADIS, UNE CAROTTE TOUTE MOLLE, UNE BARQUETTE DE FRAISES GARIGUETTES ET 1 CONCOMBRE. Parce que si vous voulez mettre un peu de couleurs dans vos salades en les agrémentant de poivrons jaunes, verts et rouge, ça vous coûtera le même prix qu'un billet d'avion pour Sidney en first avec danseuses intégrées au siège et repose-pied fraîcheur citron senteur lilas. Et vous aurez en prime un repas chantant, mais pas frais (notez bien que pour la couleur des poivrons, vous pouvez toujours les colorier avec les crayons que vous mangez d'ordinaire discrètement dissimulé derrière le vaisselier de votre grand-mère, mais la mine n'adhère pas très bien sur la chaire du poivron. J'ai essayé).poivrons

Tiens, dites donc, je vais faire une petite digression pour vous signaler que lorsque vous faites cuire des oeufs durs et que vous les oubliez sur la plaque électrique, toute l'eau s'évapore, et au bout d'un moment, les oeufs se fendent et se mettent à siffler comme une fuite de gaz. Je viens d'en faire l'expérience, j'ai eu peur qu'ils ne me sautent au visage tellement ils se plaignaient. Quelles expériences merveilleuses nous réserve la vie quotidienne!

Mais revenons à notre billet d'avion pour Sidney (si vous m'interrompez tout le temps, ça ne va pas être facile). Certes, il existe de multiples possibilités de mettre de la couleur dans vos salades, en biaisant discrètement et en y incorporant des denrées farfelues, voire indigestes: des fraises tagada de votre neveu (ou chipée à Zelda), des timbre-postes récupérés sur de vieilles enveloppes, une pile R3 Duracell usagée, un tesson de bouteille d'orangina ou encore une balle de golf peinte de la couleur de votre choix. Ce qui ne vous coûte pas un sou, et habille votre entrée d'une féérie bigarée. Vos invités n'y verrons que du feu, surtout s'ils ont les yeux crevés. Mais qu'en est-il si vous aimez réellement les poivrons?

freaksIl va vous falloir faire des choix.

Achetez de quoi vous nourrir le mois entier avec un féculent. Je tiens à la disposition de qui le souhaite, moyennant une modeste rétribution car je ne suis ni philanthrope ni membre de la cuisine des mousquetaires, les différentes façons d'accomoder le riz basmati de manière à lui donner la saveur et la consistance d'un soufflé au fromage ou d'un gîte à la noix. Je suis également spécialiste des desserts, mon riz basmati façon gâteau de Savoie remporte toujours un franc succès.

Le jour de votre choix, achetez 3 poivrons. Mangez les.

Je tiens à remercier publiquement les différents lobbies agro-alimentaires grâce auxquels nous devons faire chaque jour un nouvel effort d'imagination pour manger bien, bon, exotique et nouveau.

Moins coûteux, ce serait trop facile, et beaucoup moins stimulant.

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vendredi 20 avril

Journal de campagne (c'est de saison)

sous_la_tente                        Un bruit court qu'à la campagne, les nuits sont parfois fraîches et humides. Je suis soucieuse de m'appuyer sur des faits tangibles et scientifiques, avant d'affirmer quoi que ce soit. Je n'ai pas charge d'âmes, je peux mettre ma vie en danger, seule la vérité importe. Je tiens donc à remercier publiquement Toon, le fils d'amis précieux, d'avoir mis à ma disposition un matériel scientifique de haute volée: une toile de tente extrèmement poreuse, un duvet de l'épaisseur d'une feuille de gélatine, et une lampe-torche. JE SUIS EN MESURE DE CONFIRMER QU'A LA CAMPAGNE, OUI,  LES NUITS SONT FRAÎCHES ET HUMIDES, JE DIRAIS MÊME QUASI LIQUIDES, ET QU'UNE LAMPE-TORCHE ATTIRE DANS SON FAISCEAU TOUTES LES CRÉATURES NOCTURNES ET BELLIGÉRANTES.

         A l'origine, je trouvais ça plutôt chouette de passer une nuit sous la tente; ça faisait ressurgir tout plein de souvenirs ( j'aime beaucoup le bruit de la fermeture-éclair dans la nuit; si vous êtes doué et que vous avez l'oreille musicale, vous pouvez organiser un petit concert avec les criquets et les bousiers). Sur le coup de 22.30, légèrement échauffée par quelques verres de Molette de Seyssel dégustés à la fraîche, je me suis dirigée vers mes quartiers d'un pas subtilement tâtonnant (je suis bouddhiste borderline, et je n'aime pas écraser sous mon poids les insectes égarés, c'est la raison pour laquelle ma démarche semble parfois hésitante, à la limite de la chute. Alors de nuit, dans l'herbe, sur un terrain en pente, je ne vous dis pas). Je me suis glissée dans l'habitacle, toute emmitouflée de vieux souvenirs adolescents, la fermeture-éclair a fait "ziiiiiiiiiiiip", j'ai feuilleté quelques pages à l'envers sous l'éclairage diffus de la lampe et hop, j'ai plongé la tête la première dans un sommeil de plomb.

mygale1.30 plus tard, j'avais les yeux grands ouverts, le dos en compote, et cette impression diffuse et lancinante d'être compressée à l'intérieur d'un sushi, au fin fond d'un réfrigérateur. J'étais à moitié étouffée par mon duvet, dans lequel j'avais, semble-t-il, dansé une carmagnole effrénée. La fermeture-éclair me sciait la glotte, j'étais cernée de mille petits bruits suspects, et le vent s'était levé. C'est fou comme on se sent seule sous une toile de tente poreuse qui laisse passer la moindre goutte d'humidité, lorsqu'on entend, au loin, le ronflement sonore de ses hôtes. De toute évidence, ils sont loin de se douter qu'à quelques mètres, sous leurs fenêtres, un drame affreux est en train de se jouer. Ils dorment tranquillement, blottis dans l'épaisse chaleur de leur édredon, enfoncés dans leurs oreillers moelleux, pendant que vous essayez de trouver la position qui vous permettra d'échapper aux rejets de cerisier qui vous labourent le visage et les hanches. Entre autre. A la faveur de la nuit, mon duvet est devenu si humide que je me suis demandé si je n'étais pas à l'intérieur d'un bathyscaphe; j'ai rapidement rejeté cette hypothèse lorsque j'ai mis la tête hors de l'abri, et qu'après avoir balayé l'ensemble du territoire et un bon nombre de choses volantes et vrombissantes, le faisceau lumineux de ma lampe-torche a éclairé les petits yeux phosphorescents d'une vache ( les vaches ne sont pas des animaux aquatiques).

Je me suis repliée ( ce terme prend tout son sens par un tel froid) à l'intérieur du réfrigérateur. Comme je m'agitais dans tous les coins tout en tenant la lampe-torche pour réintégrer le duvet, une punaise, une petite araignée et un insecte indéterminé sont apparus successivement dans le sillage lumineux et désordonné. J'ai repensé à ce que me disait mamie Margot lorsque j'étais enfant: "les petites bêtes ne mangent pas les crotalegrosses"; mais j'ai crû bon d'ajouter mentalement "non, mais elles peuvent les piquer sur l'oeil et après, tu ressembles à Frankenstein pendant 3 jours et tu te retrouves avec le pouvoir de séduction du capitaine crochet". C'est curieux comme on perd le sens du rationnel lorsqu'on a peur; on peut aller jusqu'à imaginer un crotale embusqué au fond du duvet. Je me suis même demandé comment je réagirais si une mâchoire ricanante se découpait soudain dans la petite lucarne transparente située sur le haut de la tente, celle qui vous permet de voir le danger venir. Assez mal, je pense. N'empêche, de loin, ça doit faire drôlement bizarre de voir un petit igloo qui bouge dans tous les sens au milieu de la nuit noire, avec plein de lumière à l'intérieur. Un peu comme Las-Vegas vu d'avion, en plus modeste.

Pour finir, Pavarotti le coq du voisin a déployé son chant dans l'aube naissante (en fait, il ne s'appelle pas Pavarotti; mais il devrait. Je me suis d'ailleurs perdue dans la contemplation de sa démarche grotesque, et je me suis dit que ça n'était pas bien malin d'avoir choisi le coq comme emblème national, parce que bonjour comme c'est moche, une démarche pareille); du coup, je me suis moi aussi déployée dans l'aube naissante, toute humide, et j'ai désespérement tenté de faire miens les préceptes enseignés dans le bouquin de T.C. MacLuhan: "pieds nus sur la terre sacrée".

Pieds nus sur la terre sacrée mes fesses, il n'y a rien de noble à se dresser le matin les talons enfoncés dans une bouse de vache, grelottante, les cheveux tout mouillés, une cloque sur la paupière et toute penchée à cause des courbatures.

   

Posté par Melle BillE à 10:01 - VieQuotidiennE - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 17 avril

Qui Valence ment va sûrement (alors là je me suis surpassée)

valenceTu es un lecteur attentif, méritant, sympathique, il me semble même déceler parfois une ombre de bienveillance de ta part à mon endroit, je vais donc aujourd'hui te confier le secret d'un petit voyage réussi même si tu ne sais pas au juste où tu vas et que tu n'as pas de Tomtom GPS pour te guider ni un frère Bogdanov dans ton tableau de bord pour te téléporter pile poil là où ton destin t'attend, à l'aube, à l'heure où blanchie la campagne même si vois-tu personne ne t'attend ne t'inquiète pas ça viendra il y a une justice.

Tu emportes avec toi le CD d'"Ocean's eleven" et tu veilles à ce qu'il se coince au bout de 10 km en faisant "tic tic tic tic tic". Lorsque tu t'arrêtes sur une aire de repos pour le décoincer avec un tournevis ou un coupe-ongles (n'essaie pas de le faire avec un balle de tennis), tu vas aux toilettes et tu signes de ton nom (tu peux aussi signer Gary Cooper ou Eugène De la Motte) la feuille du personnel de nettoyage collée sur le mur des lavabos, ça leur fera un petit jeu ce soir et toi, ça ne te coûte rien. Alors tu peux bien répandre un peu de joie autour de toi à moindre frais, la bonté est humaine, tu sais.

Tu ne fais pas deux choses en même temps, sinon tu vas t'incruster à 130 dans la barrière de sécurité, et tu fais des écarts de route tous les 10 mètres, après on croit que tu as bu. C'est mauvais pour ton image; pour remplacer le CD, tu chantes à tue-tête parce que tu es très heureux de rouler sous un ciel bleu Klein et sous un soleil qui frôle la damnation éternelle. Tu peux aussi imiter une cornemuse si tu sais faire (tu peux aussi découvrir que tu imites très bien la cornemuse, puouinnnn  pouinnnn puinnnnn,  ta vie ne sera plus jamais pareille dès cet instant, surtout quand tu vas voir Connor MacLeod surgir sur le siège du passager avec son kilt et son épée à 2 mains. )

Lorsque tu arrives près de la ville où on t'attend, si tu rates la sortie, tu ne freines pas comme un bouseux en balançant un chapelet d'insultes, c'est mauvais pour ton coeur et pour ta vie. Tu continues, au pire, jusqu'à Marseille, comme ça en plus tu verras la mer. Si tu es perdu et que tu t'arrêtes en rase campagne devant le concessionnaire Mercedes, tu en profites pour regarder le dernier modèle et tu le trouves un rien ostentatoire, du coup tu es très heureux d'avoir un pouvoir d'achat de Figolu. Plus, ce serait trop, te dis-tu par devers toi.

Une fois dans la ville, tu en fais 10 fois le tour sans faire exprès, pour bien t'imprégner des lieux; c'est important, après tu pourras faire croire aux copains que tu connais super bien l'endroit parce que tu as vu les travaux sous tous les angles. Tu peux même aller faire un tour dans les bourgades alentours, cela va te faire ressentir ce qu'à vécu Christophe Colomb lorsqu'il s'est gouré en croyant avoir débarqué en Amérique. Dès que tu trouves une place, tu te gares, peu importe l'endroit. Si ça ressemble à un coupe-gorge, c'est ton problème. Cela dit, si tu donnes à ton correspondant une indication de ce style: "je suis garée sous l'enseigne "Pognes Dragon Suisses", c'est un peu ésotérique mais bon, vu que tu es natif, ça devrait te parler, mais j'ignore où se trouve ce quartier", il y a des chances pour que tu attendes assez longtemps. Prévois des boissons, quelques grilles de sudoku, un mirliton et des fusées de détresse.

ATTENTION: Choisis judicieusement le quartier où tu vas attendre jusqu'au siècle prochain. Si c'est un quartier un peu mal famé, ne mets pas ton décolleté spécial gros-poumons et ne balance pas nonchalamment ton sac à main près des hanches, à moins que tu n'aimes voir passer 25 fois une R21 bleue remplie à raz-bord de grosses têtes hilares et concupiscentes qui vont te demander combien tu prends, si tu fais un tarif de groupe et si "tu es jolie mademoiselle tu veux venir avec nous pour faire un tournoi d'échecs?". Même si tu joues très bien aux échecs, n'en crois rien, ils vont t'emmener dans un bowling et vont te montrer tout un tas de petits dessins cochons (n'allume pas non plus une cigarette en regardant effrontement les voitures, il ne faudra pas venir te plaindre si tu deviens un fait divers après ça; tu regardes en l'air et tu fais semblant de t'intéresser à la migration des coléoptères, c'est mieux. Ne crois pas non plus que tu sois réellement jolie. Ils essaient de te flatter pour obtenir de toi des choses que la morale réprouve)

SUR LA ROUTE DU RETOUR:  Si tu prends la mauvaise direction, n'oublie pas que Cassis et ses calanques, ça n'est pas si loin finalement. Le rosé, tu le boiras avec le papet; ça change.

Posté par Melle BillE à 12:05 - VieQuotidiennE - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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