samedi 03 mai
ce n'est qu'un tupperware, mes frères

dimanche 27 avril
viens jouer avec moi allez, fais pas ta bégueule tome II
Il y avait un jeu, vous êtes tout plein à avoir jouer et ça, c'est rien chouette. Pour connaitre la liste des participants et lire leurs délires de grands malades, c'est ici même.
Ce jeu est une extension du texte ci-joint. (oui, ça en fait des trucs à lire, hein?), sur une idée de monsieurmonsieur (c'est donc lui qu'il faut frapper avec un marteau)
Je ne serai malheureusement pas là aujourd'hui pour venir vous voir, je ferai une poussée dans vos univers dès ce soir.
Vous m'offrez tous aujourd'hui, bien malgré vous car je suis vile et sans scrupules, un merveilleux cadeau d'anniversaire.
Vous êtes tous dignes d'appartenir à la grande confrérie de Joachim Weston Joubert LeBlancMesnil Boz, commandant en chef de la division Tonnerre de la constellation Pegasus.
MERCI
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Le texte du Président (vous noterez au passage que ses montages sont largement mieux pourris que les miens, ce qui est un grand signe de distinction)
boomp3.com Les Aventuriers de l'Archiviste perdu 
"Mais par le Saint Reblochon ! Qu'est-ce qu'il f... cet archiviste de mes deux n… ?" murmure Melle Bille en Romanche et en elle-même (elle est troglodyte depuis ses aventure châtelaines). Il y a déjà quelques lustres qu'elle attrape des ampoules aux fesses à rester assise dans cette bibliothèque en attendant l'arrivée du livre Qui qui va à Waïkiki ? de George C., le célèbre savant tropico-hollywoodien, ouvrage que notre hérote héroesse Melle Bille doit consulter d'urgence dans le cadre de son enquête sur les amateurs de gorets domestiques.
Que se Pulmoll ? Elle a pourtant correctement rempli sa fiche avec la cote nananinanère, comme Mme Courteneau lui en avait intimé l'ordre… Ah c'est trop fort ! Gageons qu'elle en aura le cœur net ! Jaillissant de son siège au ralenti (pour ne pas attirer l'attention de Gontrude Courteneau), Melle Bille se musse d'un mouvement reptilien par le passe-plats promu au rang de passe-livres. Au lieu d'une alignée de rayonnages poussiéreux, elle se trouve instantanément projetée au sein d'un
étrange univers où coule une onde sombre.
Non, vous ne rêvez pas ! La voilà sur les rives du Styx, le fleuve des enfers. Tout en réalisant l'absurdité de la situation (on n'est jamais sur les deux rives d'un fleuve à la fois), elle perçoit une présence à ses côtés, comme surgie de nulle part. Elle reconnaît Wilbur Preston Tonnerre de la Rétif, le philosophe Boutéen, qui - sentant qu'on a besoin de sa sagesse proverbiale - lâche cet aphorisme puissant : "Ouais… hein ?". Fortifiée par tant de puissance intellectuelle, Melle Bille se jette à l'eau aux deux sens du terme et traverse le ru maléfique, Charon étant en grève ce jour-là et Cerbère dans sa famille en province (tombe bien ! elle a drôlement les miquettes avec les chiens, Melle Bille). Sur l'autre rive, elle lèche son singe sèche son linge et se dirige d'un pas souple et néanmoins conquérant vers de nouvelles aventures. Mais toujours pas de trace de l'archiviste… Las ! Doux Jésus ! Après moins d'une verste, elle se heurte au Dr. Frankenstien (de Frankenstein, Rosenstein & Frankenstien, les célèbres courtiers en reblochon bionique).
Le savant fou lâche illico des tas de vilains qui font rien qu'à embêter Melle Bille pour lui voler plein de morceaux de son corps d'albâtre afin de concocter des monstres z'affreux qui se présenteront en 2012 sous les couleurs du RPR (Rassemblement Pour le Reblochon). Et alors elle est même pas d'accord et elle appelle Georges Commissaire qui la fait souffler dans le ballon juste au moment où elle allume une cigarette, d'où explosion qui ferait sangloter d'humiliation Hiroshima comme Agacinski. S'en suit une suite (forcément) d'aventures avec de la musique qui fait peur et où c'est Melle Bille qui fait rien qu'à embêter les méchants. Et puis - moment fort - arrive la confrontation finale avec le Monstre construit par le Savant Fou avec des bouts z'et des morceaux d'innocentes victimes qui ne se doutaient de rien. Melle Bille gagne haut la main, grâce à ses Supers-Pouvoirs1. Le Dr. Frankenstien est happé par sa propre machine et aussitôt transformé en reblochon Beulet (Beulet ! c'est vous dire l'étendue de la catastrophe).
Finalement le Monstre se révèle être un charmant garçon, parce qu'il voulait même pas être Monstre, lui, hé d'abord, si on lui avait demandé son avis ! Bon, sur le physique, il y aurait des choses à dire, mais - dans l'ensemble - un être raffiné, délicat, érudit et fin diseur. Le parfait convive pour les dîners en ville. Il a d'ailleurs eu le bon goût de passer chez Mourad acheter du rosé bien frais pour donner un raout grandiose en l'honneur de Melle Bille : TUCs, bretzels, chips, rondelles de saucisson aux noisettes (qui font juste un bruit doux), gaufrettes et Pop-Tarts en dessert, rien n'est été épargné pour régaler sa nouvelle amie. La fête est somptueuse, la compagnie de qualité, Melle Bille et l'ex-monstre s'en envoient un vieux coup derrière leur absence de cravate (les costumes sont plutôt décontractés, tout dans le style post-néo-déstructuré) en regardant le soleil (récupéré du film précédent, budget oblige) se coucher sur le Lac du Martin (Lamartine s'excuse, pas pu venir, booké charrette !).
Ah oui, au fait ! Ne vous inquiétez pas pour l'archiviste. Il était juste allé aux cabinets. 1 : Note à benêts : Ici une explication s'impose (TVA 19.6%). Les Super-Pouvoir Billesques sont des dons dont la nue propriété est détenue par la ville sise directement en dessous d'un des chefs-d'œuvre architecturaux et pontonniers de notre époque : le Viaduc que vous savez. Des dons qu'a Millau, donc. Mais ! cette riante bourgade a eu la sagesse d'accorder l'usufruit de ces Pouvoirs Z'immenses à notre Bille (n'insistez pas, j'ai essayé "Bille à Millau", ça fait pas rigoler). Elle donc est nantie du don de double vue (à partir de la quatrième bouteille de rosé), du don de l'écriture, du don déductible du revenu imposable et du don Diego de la Vega (sponsorisé par la porcelaine Bernardaud). Tremblez, mortadelles mortels ! boomp3.com
La critique de Télérama : On sent toute l'intensité du drame social qui interpelle le spectateur dans ce nouvel avatar du cinéma boutéo-chablaisien. La version originale en romanche se prête bien à la rudesse des caractères et au misérabilisme post-industriel sous-jacent. Saluons ce beau conte de fées où les méchants sont toujours punis et où les gentils se marient à la fin. C'est beau comme un récit d'Agaz, le conteur.
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Le texte de Berthoise (ô combien surprenante Berthoise, son texte est un délice de surréalisme. Je me sens beaucoup moins seule)
Il y a des gens qui dès qu'on les rencontre, vous évoquent des animaux. Je ne parle pas de ces promeneurs de chiens qui par amour, par manque d'imagination ou par bête mimétisme, semblent vouloir ressembler à leur compagnon. Non, je parle de gens qui vous font croire à la métempsychose.
Melle Courteneau, la bibliothécaire, était une poule, oui, une poule. Pas une femme sensuelle, légère et un peu grasse qui appelle à la volupté, et que ces messieurs d'il y a longtemps nommaient une poule. Une vraie poule.
Elle avait le regard fixe et bougeait la tête brusquement avec les petits mouvements secs. Le cou long et ridé soutenait une indéfrisable d'un blond dit vénitien par la boîte de Réjécolor et qui virait immanquablement au roux pisseux. Frileuse et toujours emmitouflée dans un lainage à grosses mailles, elle paraissait se nicher dans ses plumes ébouriffées. Au dessus de ses mocassins et sous son éternelle jupe plissée, ses jambes maigres tricotaient des pas incertains. Les collants glissaient et faisaient aux chevilles comme les écailles des pattes.
Melle Courteneau était une poule.
Quand elle vous regardait en inclinant soudain la tête, et qu'elle répétait :" La cote, avez-vous indiqué la cote ?", vous preniez bien garde à ne pas vous tortiller, de peur qu'elle ne vous prenne pour un ver appétissant. La bouche pincée sur des dents qui n'avaient pas connu les joies de l'orthodontie et qui auraient pu la faire passer pour une perfide britannique, elle avançait la tête pour vérifier la fiche que vous posiez devant elle. Les mains osseuses, à la peau un peu sèche, aux doigts déformés par les rhumatismes, griffaient le comptoir pour agripper le papier.
Jacqueline Courteneau s'appelait Melle Courteneau et jamais personne n'aurait eu l'idée saugrenue de la surnommer Jacquotte, Jackie, ou même Line, cela aurait supposé une affection qu'elle était bien loin de provoquer.
Melle Courteneau était peureuse. S'adresser au public de la bibliothèque représentait un tel effort qu'elle ne pouvait prononcer que des phrases courtes, énoncées sèchement d'une voix qui manquait de miel.
Pourquoi avait-elle choisi un métier qui la mettait au contact de nombreuses personnes?
Bêtement, elle avait cru que la bibliothèque était un univers fermé et préservé qui la garderait loin du tumulte de la ville et de ses dangers, tel un poulailler protège ses pensionnaires des vilains renards. Mais maintenant qu'elle ne pouvait plus courir des piles de livres dans les bras et surtout grimper aux échelles pour atteindre les plus hauts rayons, elle était condamnée à rester derrière le comptoir et à transmettre à l'archiviste les fiches de demande d'ouvrages spécifiques.
Aussi, quand Melle Bille, une habituée qu'elle avait vu grandir puis vieillir, venait à la recherche de quelque rare volume, elle se redressait sur ses ergots et tenait à vérifier la fiche. C'est qu'elle la connaissait, Melle Bille, une journaleuse à l'humour bizarre. Elle savait bien que c'était elle, la coupable de tours pendables qui, même après toutes ces années, ne la faisaient toujours pas rire.
Elle avait peur de ses traits caustiques, elle craignait ses demandes étranges, et croyait, pauvre cul serré qu'elle était, que Melle Bille la persécutait.
Par maigre vengeance, Melle Courteneau retardait le moment de transmettre à Melle Bille ce qu'elle avait demandé, elle n'avait pas compris que c'était le plus sûr moyen de la revoir le lendemain. Elle avait confié ses craintes concernant cette lectrice assidue à l'archiviste qui régnait au sous-sol. Il l'avait patiemment écoutée pérorer sur les prétendus méfaits de Melle Bille. Puis, il avait ri et l'avait renvoyée à la surface en lui disant de ne pas s'inquiéter.
C'est qu'il connaissait la vérité sur l'identité de Melle Bille, car si Melle Courteneau était une poule, Melle Bille était une Végasienne mutante protéiforme chargée par ses congénères de tester la résistance des humains à l'humeur moqueuse et l'appétit des habitants de Véga.
Il semblerait que le tempérament morose et l'esprit borné de Melle Courteneau aient définitivement poussé les Végasiens à renoncer à envahir la Terre. Eux, qui n'aiment rien tant que la bravoure, les bons mots et la franche rigolade, devant le rapport catastrophé de Melle Bille sur le nature de certains humains, s'en sont allés ailleurs porter leur rêve de monde meilleur et de poularde Marengo. Mais par une facétie digne de Véga, ils n'ont pas jugé utile de prévenir Melle Bille de leur changement de projets. Elle continue donc à hanter certains lieux ,dont la bibliothèque, en étudiant les différents spécimens de la race humaine et en cherchant inlassablement ce qui pourrait convaincre ses congénères à s'installer ici. On la peut voir aussi sur la toile, essayant de faire passer ses rapports pour Véga pour des billets d'humeur.
Seuls quelques esprits éclairés, comme l'archiviste, ont su décrypter les messages et ainsi connaître la vérité sur Melle Bille.
samedi 26 avril
La grande encyclopédie du jardinage: introduction
Je soupçonne les cardiologues de n'avoir aucun sens de l'humour. En tout cas, le mien n'est pas très drôle. Il me semble pourtant que si je passais mes journées à sonder l'organe noble et à découvrir de palpitants vices de procédure, je le ferais avec un gros nez rouge et des confettis dans la poche.
Pour détendre un chouia l'atmosphère.
Mais mon cardiologue est un sphinx. Je viens de passer quelques moments en sa compagnie, et je doute qu'il puisse un jour remplacer au pied levé le gugusse du cirque Knee.
Notez bien, ça n'est probablement pas le genre de promotion qu'il attend de la vie, je peux comprendre.
Vous êtes certainement très nombreux à avoir passé un scanner abdominal, mais pour moi, c'était une première. J'ai d'ailleurs fait un voeu pour l'occasion. C'est fou à quel point vous vous sentez démunie lorsque vous découvrez que vous avez mis vos chaussettes à l'envers, au moment de vous allonger, totalement vulnérable, sous une espèce de télévision psychédélique qui vous montre en gros plan vos organes internes. Curieusement détachée, vous contemplez un ensemble de viscères qui vous rappelle étrangement un film de série B: "le Blob". Le son est à l'avenant. Ce bruit de camion-poubelle, c'est votre flux sanguin, vous explique votre cardiologue d'un ton lugubre, avant de se pencher plus en avant sur l'écran et d'émettre une petit "ho" surpris, comme s'il découvrait un minuscule camion en plastique au fond d'une pochette-surprise de la taille d'un moulin.
Vous, vous dîtes "qu'est-ce que c'est, mon bon docteur?", et il vous répond que vous avez un caillot dans l'aorte. Voilà qui corse légèrement une situation déjà relativement précaire. Vous vous demandez alors à quel moment il va découvrir une contrebasse ou un trident dans votre ventricule gauche, et vous essayez de vous souvenir à quel endroit vous avez garé votre vélo, des fois que. Peine perdue. Vous hébergez probablement les compagnons de la chanson dans votre cerveau, c'est la raison pour laquelle vos souvenirs sont imprécis.
Ensuite, après vous avoir oint l'ensemble du corps d'une espèce de gel froid et gluant comme de la colle à tapisserie, le bon docteur va vous déguiser en sapin de Noel en vous collant ça et là de petites ventouses en plastique, qui vont tomber les unes après les autres pendant qu'il aura le dos tourné. Votre électrocardiogramme est plat, ce qu'il ne comprend pas. Vous, vous savez qu'il est en train de prendre le poult d'une table chirurgicale, toutes les petites ventouses se sont détachées et gisent, orphelines, de chaque côté de vos flancs.
Mais vous n'osez rien dire.
Parce que le spécialiste, c'est lui.
Excédé, il va vous recoller les ventouses avec de la colle cyanolite, qu'il enlèvera ensuite à l'aide d'un scalpel très précis. Puis il va grommeler quelques mots en Araméen dans un énorme dictaphone, avant d'écouter à nouveau votre flux sanguin. Vous vous dîtes que le bruit produit pas les tonnes d'eau qui s'échappent du barrage des trois gorges doit ressembler à ça, et que vous êtes au bord d'une catastrophe écologique sans précédent. Vous le lui dîtes avec un faible petit sourire apeuré, ça ne le fait absolument pas rire.
Encore un râteau.
Puis votre bon docteur va vous remettre une liasse de diagrammes divers, et se mettre à délirer en vous parlant d'ouverture des sigmoïdes et de leur caractère échogène, de vos valves tricuspides, de votre anneau mitral, et de votre crosse aortique. Vous vous étonnez de la tournure ésotérique que prend cette conversation, avant que de réaliser qu'il doit être en train d'écrire un livre de science-fiction; et que son assistante lui a fait boire une potion hallucinogène à son insu.
"Avez-vous des questions?", va-t-il vous demander pendant que vous vous rhabillez, toute gluante, et que vous en profitez pour remettre vos chaussettes à l'endroit. Vous lui demandez alors si vous pouvez continuer à faire 4 heures de tennis par jour, un jogging, une via-ferrata, à avoir des rapports sexuels avec l'association de quartier, à poursuivre votre entraînement de femme-catapulte, et à apprendre par coeur les sonnets d'Ibn Al' Suleiman, le célèbre poète Persan du XIeme siècle.
Ce qui, une fois de plus, ne fera rire que vous.
Avec le nombre de râteau que vous avez pris, vous pouvez envisager de remodeler l'ensemble du jardin botanique de Genève.
Mais comme le bon docteur n'a pas répondu à cette question, j'ignore si j'y suis autorisée.
De toute manière, je n'y connais strictement rien en jardinage.
Ce qui résoud bien des problèmes.
samedi 19 avril
Dark Vador est une grosse tapette
Oui, j'ai effacé le billet précédent. Mais j'ai gardé les commentaires alors mouquette je vous prie bien.
Mais malgré tout, je vous dois quelques explications. Si si. Après, vous allez imaginer des choses, et la vie est déjà bien assez compliquée comme ça, allez. Je vais donc vous expliquer pourquoi fumer peut parfois s'avérer fort utile. Car si je n'avais pas fumé, je n'aurais pas vu la nécessité de contempler mes poumons par le biais d'une radio (mon médecin non plus, d'ailleurs, c'est un type bien). Je vous rassure, mes poumons vont très bien. Par contre, à la faveur de l'éclatante lumière d'un jour inondé de soleil, le bon docteur et moi avons découvert une excroissance suspecte, habilement dissimulée contre mon coeur, que j'ai fort rouge au demeurant. Un gros bébé de 8,2 cm, que nous avons immédiatement baptisé "anévrisme", car c'est un nom qui lui sied bien. Il s'avère qu'un anévrisme de cette dimension est à peu près aussi bienvenu sur une aorte que l'Alien de Ripley. Il peut en outre causer les mêmes dommages
corporels, en légèrement plus gore. Une bonne nouvelle cependant, les effets spéciaux sont gratuits.
Forte de cette nouvelle assez déstabilisante, je me suis évanouie de peur, avant d'aller voir un chirurgien. Pendant quelques jours, mon humour s'est échappé. C'est vrai, quand on n'est pas médecin, on imagine que ça peut péter à tout instant, et on se tient le thorax même lorsqu'on touille son café, histoire d'assurer à son aorte un minimum de protection.
C'est grotesque, je sais.
En découvrant la radio et ses conclusions, mon chirurgien a dodeliné du chef, s'est appuyé un instant contre la potence d'un de ses patients (qu'il exhibe dans son bureau, en écorché, comme preuve de son savoir-faire), a chancelé imperceptiblement, avant de me demander de m'asseoir et de se mettre à me parler comme à une enfant de 5 ans. En articulant bien. C'est à ce moment que j'ai réalisé à quel point il ressemblait à Patrick Mac Goohan.
Ce qui n'est pas nécessairement un signe de réussite.
Il a sorti d'un repli de l'espace tout un tas de petites prothèses en tissu (celles en or massif sont réservées à Liberace et à Elton John), me signifiant par là que je n'avais pas le choix. Nous avons envisagé un bref instant une opération au très cossu medical center de San-Diego, mais il semblerait que la sécurité sociale ne se laisse pas facilement convaincre. Trop chaud, trop moite, trop Pacifique. En toute simplicité, l'opération aura donc lieu aux abattoirs de La Villette, réalisée en odorama par John Waters ET Tim Burton.
Lorsque j'ai demandé au numéro 6 ( le prisonnier, suivez, bon Dieu!) à quelle date aurait lieu cette petite sauterie, il a balayé l'horizon d'un revers de la main, avant de lâcher un laconique: "avant-hier si possible".
C'était effectivement une bonne blague.
Et lorsque je lui ai demandé quels efforts je devais éviter, il m'a simplement répondu que "de toute manière, si ça pète, ça pète", que je fasse une compétition d'aviron, ou que je tape le carton avec Jacob Petticoat. J'ai d'ailleurs apprécié ce cartésianisme, que je considère comme particulièrement respectueux. Sincèrement.
Comme mon plus gros effort consiste à éplucher une pomme de terre, je ne suis pas franchement rassurée, et n'ai pas, pour l'instant, 
l'anévrisme le coeur à me concentrer sur autre chose. Si j'écris d'autres billets avant l'opération, ils risquent donc d'être un peu monotones, je vous prie de me pardonner pardon je vous prie donc. Mais peut-être ce blog va-t-il se transformer pour un temps en une mine de renseignements pratiques concernant le traitement des anévrismes géants. Ensuite, j'écrirai une encyclopédie. Je serai traduite en 47 langues, je serai célèbre, on s'arrachera ma compagnie.
Hé oui.
Voilà donc le pourquoi du comment du bidule précédent que j'ai crû bon d'effacer. Une fois la peur dépassée, une espèce de fatalisme joyeux vous saisit, vous mettez de l'ordre dans vos affaires, vous vous palpez de temps en temps le grumeau cardiaque avec une espèce de distance, vous vous demandez vaguement si c'est douloureux lorsque ça explose. Sans rigoler, je trouve ça assez logique.
Et vous regardez votre paquet de cigarettes avec une nostalgie très romantique.
Parce que c'est grace à lui que vous avez découvert que votre coeur s'est changé en citrouille.
Voilà pourquoi fumer peut parfois s'avérer fort utile.
PS un peu émotif du 21 avril (ne te découvre surtout pas d'un fil, tu pourrais le regretter): byjovewellbondieu, que la vie est intéressante. I say.
vendredi 11 avril
Gloire à toi, J
"Laissez moi mourir, Doc, ça ne vaut pas la peine de s'acharner" murmurai-je, languide, au jeune médecin qui palpait habilement mon
sternum, et manipulait dans le même temps son stéthoscope comme s'il s'agissait d'une foreuse. Je reconnais que faire appel 2 fois à SOS médecins en 4 jours peut paraître un peu louche, à l'instar de ces femmes qui bouchent exprès leurs canalisations pour le plaisir douteux de converser fuite avec un plombier; mais j'ai deux bonnes raisons: l'apparition soudaine d'un désordre cutané aussi vilain qu'imprévisible, 24 heures après la prise des premiers médicaments ( en gros, mes mains et mes avant-bras ressemblent aujourd'hui à une planche d'anatomie illustrant la variole), et un léger doute quant à l'efficacité des remèdes prescrits par le premier médecin. Sans compter qu'on peut faire jouer les Gypsy Kings au complet sur mon front, ça ne les changera pas du brasero classique à la lueur duquel ils réinventent chaque jour l'art du chant grégorien, et dont ils se servent ensuite pour faire griller des sardines.
Avant d'aller fracturer le coffre fort de Roger Hanin.
J'ignore de quelle école de médecine sort ce premier docteur, mais je le soupçonne d'avoir complété sa formation avec un herboriste du parc de la Vanoise, ou un grand druide du "Breizh ma bro de Languivinec an eol ha zo glaz" de Brocéliande. Quasiment gazeux, il m'a auscultée comme on ausculte un parchemin rare, le visage affublé de ce grand sourire un peu niais qu'affectionnent Nicolas Hulot et Allain Bougrain-Dubourg ( maintenant que j'y repense, il avait même cette étrange coupe de
cheveux moyen-âgeuse qu'on retrouve sur certaines gravures d'époque ). Il a diagnostiqué une pneumopathie, mais m'a conseillé de faire fi d'une médication coûteuse et dangereuse.
Aussi m'a-t-il prescrit quelques placebo en "ium", du miel, une patte de lapin, et UN médicament à consonance vaguement allopathique. Il m'a ensuite recommandé de me frotter l'intérieur des poumons à l'aide d'une éponge naturelle. Pour finir, il m'a décrit les différents arômes des sirops Dollin, afin que je fasse le bon choix gustatif, et m'a caressé la cage thoracique, avec une infinie compassion. Puis il est parti en dansant comme un elfe, dans son sillage flottait une douce effluve de thym, il fredonnait une chanson de Maxime Le Forestier.
Deux jours plus tard, j'étais sans muscles, et la copropriété tenait ma toux pour responsable de la fissure de 3 mètres qui zébrait dorénavant la façade de l'immeuble. Et mes mains ressemblaient à celles d'un apiculteur novice, et imprudent.
Incapable de me déplacer normalement (je veux dire par là que j'aurais pu ramper, certes, mais ça n'est pas un service à rendre aux enfants), je rappelai derechef SOS, précisant cette fois-ci qu'ils seraient bien avisés de ne pas m'envoyer Nicollain Bougrhulot-Duboushuaïa s'ils voulaient s'éviter des dommages collatéraux fâcheux.
Je connais très bien les membres de la pègre Marseillaise.
Même, ils m'apprécient.
"Avez-vous de la fièvre?" se renseigna Leone ( ceci n'est pas un jeu de mot pourri sur la Sierra Leone. Cliquez sur le lien si vous l'osez). Je posai un carambar sur mon front, il fondit instantanément. "oui, il semblerait " répondis-je, de cette voix incertaine et galactique dont la maladie nous affuble tous un jour ou l'autre.
Manifestement, la technique du Carambar n'a pas encore reçu l'aval de la profession, car Leone me demanda de lui fournir de plus amples précisions. Je répondis très vite: "39,2". C'est triste de devoir mentir, mais nous ne sommes pas tous équipés comme le CHU de Grenoble, et je n'ai jamais été capable de décrypter un thermomètre, qu'il s'agisse de la météo du Cantal ou de la météo rectale.
Mettez ça sur le compte d'une insuffisance cérébrale, je n'ai pas honte.
Bref, dans les deux heures, un allopathe convaincu frappait à ma porte de son petit maillet à réflexes, et diagnostiquait dans la minute un début de pneumonie. Une vraie.
Les jambes et les bras en gaz, c'est à cause du manque d'oxygène dans le sang. Du coup, vous vous déplacez comme un théorème mathématique.
Alors je veux bien croire qu'il ne soit pas nécessaire de faire appel au scalpel pour soigner un bouton de pus, mais le cataplasme de fougère macérée se révèle tout aussi inefficace sur une fracture ouverte.
Et les mains d'apiculteur, on s'en fout, c'est une allergie.
Probablement dûe à un des placebo de oui-oui le médecin de Francis Cabrel.
Celui qui exerce dans la cabane au fond du jardin.
mercredi 02 avril
Viens t'amuser avec moi, allez, fais pas ta bégueule
Dans son commentaire du billet précédent, monsieurmonsieur m'a donné une chouette idée: faire du vrai blog participatif, interactif, canif et récréatif. Je vous livre tout brut ce commentaire:
"Merde mais il y a au moins quarante récits dans ce billet. Merde alors, il y a plein de trucs à écrire"
monsieurmonsieur est un homme de lettres.
Et je dis chiche, parce que c'est une belle idée, et qu'il a raison. Je vous propose donc de piquer un moment ou une situation, enfin bon, de piquer un truc du précédent billet, et de le développer. Et chacun d'entre vous postera son récit sur son blog disons...pour le 27 Avril (c'est une date très importante), avec les liens des autres participants (ceux qui ne souhaitent pas poster sur leur blog peuvent m'envoyer leurs textes par e-mail. Et si d'aventure tout ça ne vous paraissait pas très clair, je reste à votre disposition pour toute information complémentaire. Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de toute ma considération, et ces quelques fleurs à rempoter avant l'été)
D'accord?
Le 26 Avril
, 11 participants, c'est la classe
* L'arroseur arrosé, c'est monsieurmonsieur, l'inspirateur de cette tentative (tu es très heureux d'être la muse de ce billet, hein, monsieurmonsieur?): faire de ce blog un lieu d'échange et de convivialité. Au fait, quelqu'un a prévu d'apporter une tarte aux anchois?
* Le Président, qui, comme d'habitude, rue dans les brancards et n'en fait qu'à sa tête. Jacques, votre lamentable tentative de détourner un texte sans vous creuser un chouïa la cervelle n'abuse que vous. Vous êtes un prince du crayon, alors faites un effort. Recommencez en respectant les règles bordel!
* Je suis très curieuse de lire le texte du macaron (non mais parce que normalement, un macaron, ça n'écrit pas si je ne m'abuse. Peut-être que je fais là preuve d'une certaine étroitesse d'esprit, mais ça me parait un tantinet surréaliste. Enfin bon, ce blog est parfois très expérimental)
* STV va nous pondre le sien quelque part entre une colline froide et un lac d'azote liquide, je possède un stock de moufles de contrebande si ça intéresse quelqu'un. Ainsi qu'un passe-montagne en état de marche. Rouge (moche, mais chaud)
* Le roi Ubu s'en mêle aussi; ça, c'est une sacrée bonne surprise dis donc!
* Miss Ardalia s'en mêle à son tour, ça commence à jouer gras.
* Zelda participera-t-elle elle aussi à ce jeu trépidant?
* Vagant va-t-il nous commenter la vie sexuelle débridée de Madame Courteneau?
* Mais que va bien pouvoir inventer Sandrine ?
* Et Berthoise, alors, hein? Et Berthoise?
* Tiphaine entre à son tour dans la danse. C'est rien la classe, quand même.
lundi 31 mars
http://www.JohnDeLaMotteAchard.vega. Sur abonnement uniquement

La bibliothèque, c'est ma passion.
Enfin non, en fait, pas du tout. Mais il faut bien commencer la rédaction d'un billet par une petite phrase accrocheuse, si je veux vous garder près de moi jusqu'au digestif.
Et je vous le demande je vous prie, qu'y a-t-il de plus accrocheur que "la bibliothèque, c'est ma passion"? Non mais franchement allez, pour une fois, soyez sincère.
Hein?
Bon, je vois que cette fois ci, nous sommes tous d'accord. Non mais sans rigoler, j'aime vraiment ça.
Il m'est arrivé d'aborder le sujet bibliothèque par le passé, mais je n'ai pas écrit, ce jour là, tout le bien que je pensais d'une telle institution. J'ignore à quoi elle ressemble dans d'autres villes de taille moyenne comme Périgueux, Bressuire, ou La Roche sur Yon, mais ici, à Annecy, la formule de la composition de l'air des bibliothèques ressemble très curieusement à la formule de la composition du formole.
Je me faisais cette réflexion cet après-midi, plantée devant Madame Courteneau, ma petite fiche manuscrite à la main. Lorsque j'avais 16 ans, j'étais ravissante, et madame Courteneau était déjà mon pourvoyeur attitré en grimoires Savoisiens; j' ai quelques décennies de plus, madame Courteneau est restée ce pourvoyeur attitré. 
Mais elle n'a pas changé d'un iota, c'est incroyable. Ce qui explique probablement qu'elle ne me reconnaisse pas, car il m'arrive de me dégager de cette atmosphère curieusement intemporelle. A l'extérieur de la bibliothèque, le corps, soumis aux lois du temps, se flétrit petit à petit (et c'est tant mieux. Le chewing-gum sous ses fesses, c'était moi. Le coussin-péteur aussi. Quant au vieux camembert coincé entre deux livres sur l'étagère "histoire du comte vert et du comte rouge: la Savoie au temps des Frahans", c'était ma copine Christine, je le jure. Alors si vous comptez me mettre sur le dos la facture du groupe d'intervention qui a fermé et quadrillé le secteur quinze jours plus tard, voyez du côté de la rue du général Leclerc, monsieur le commissaire. Non, elle n'est pas mariée, elle porte toujours son nom de jeune fille; mais je ne la fréquente plus. Vous voulez que je vous l'écrive, monsieur le commissaire? Oui, c'est ça, avec deux "P". A votre service monsieur le commissaire, je suis du côté de la loi).
Madame Couteneau a une grâce particulière, on dirait qu'elle flotte à mi-chemin entre une partition de Debussy et un comprimé de xanax. Elle utilise depuis l'aube des temps le VRAI vocabulaire du bibliothécaire, fondé sur 3 mots indécrottables: "fiche", "cote" et "archives", qu'elle susurre de sa mini bouche en forme de smarties; ce qui donne à peu près ça, lorsque vous émettez le souhait de consulter un incunable: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?". J'ajoute que madame Courteneau est assise sur un balai, et que le chirurgien qui lui a greffé un cintre entre les deux épaules a perdu son temps: George Lucas n'a pas eu besoin d'elle pour le rôle de Z6PEO.
C'est terrible, un destin contrarié.
Rien que pour le plaisir, il m'arrive de remplir 10 fiches en une après-midi.
Parce que pour les délais, bienvenue dans l'île fantastique. J'ignore tout du voyage mystérieux qu'accomplit la fiche, une fois gobée par l'espèce de passe-plat qui sert à faire communiquer l'enfer et le paradis. On peut imaginer qu'elle traverse une sorte de Styx impétueux, qu'elle s'engouffre dans 2 ou 3 dimensions inconnues, avant de retomber, comme une feuille morte, sur le sol des souterrains. Là, si l'archiviste, par un extraordinaire hasard, venait à passer dans l'heure qui suit, on peut imaginer qu'il la ramasserait négligemment, avant d'aller chercher un sandwich à la cafétéria, et de téléphoner au service après vente de Darty pour une sombre histoire de bouilloire.
Mais en général, l'archiviste n'est même pas là. Tout le monde croit en sa présence, parce qu'il a dressé les blattes pour pointer à sa place, alors qu'il coule de paisibles journées à remplir les grilles de mots croisés de maître Capello. Ou qu'il participe au bingo du siècle, à Las-Vegas, en compagnie de Pia Zadora. Pendant ce temps, madame Courteneau flatte le flanc des lecteurs, et les fait patienter avec toute la courtoisie dont elle est capable (elle a, pour l'occasion, revêtu la tenue de grand inquisiteur mise à la disposition du personnel). L'ouvrage que vous attendez vous parviendra 10 minutes avant la fermeture des locaux; pour que vous compreniez bien qui est le maître ici.
De toute manière, à supposer que vous ayez vraiment envie de débusquer l'archiviste et de le traîner par les narines hors de sa tanière sordide, il vous faudrait le plan des sous-sols du pentagone (qui n'existe qu'en braille). Et Willy Wonka pour vous guider.
C'est scandaleux. 
Tout le monde sait parfaitement que l'archiviste est un morceau de carton, un leurre destiné à nous faire croire qu'un érudit original hante encore les sous-sol de la bibliothèque.
ça fait 22 ans qu'il est mort, l'archiviste.
Enseveli sous une demi-tonne de manuscrits Sardes auxquels plus personne n'aura jamais accès. Sauf la division Tonnerre de la planète Vega Du Centaure, lorsqu'elle envahira la terre.
Mais madame Courteneau persiste à susurrer: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?".
Je la soupçonne d'être à la solde de la planète Vega Du Centaure.
vendredi 28 mars
Atoll! Les opticiens! (pardon)
Aujourd'hui, j'ai pris un jour de congé, et je suis allée voir Sean Bacrutin. Sean Bacrutin, c'est mon vendeur informatique, celui qui ressemble à la fois à Sean Connery, à Jean-Pierre Bacri, et à Jacques Balutin ( je sais que vous êtes au courant, mes vieux fidèles, mais il faut aussi penser aux autres.
Ceux qui arrivent dans le troisième wagon par le biais de recherches surréalistes, comme "frahan sous la neige" ou "cape et d'épée camembert", et qui se retrouvent coincés sur cet écran par un petit dispositif hypnotique intégré. C'est un système très ingénieux). Sean Bacrutin affiche toujours une mine très affairée dès qu'il me voit pénétrer son champs de vision; Or, je sais très bien que deux minutes plus tôt, il se curait le nez en regardant un extrait de "Matrix: revolution" sur l'écran plasma du magasin.
Je jurerais qu'il cherche à m'éviter.
On se demande bien pourquoi.
Serait-ce parce que je le salue toujours d'un "Hello Sean!" dans le plus pur style Californien, alors qu'il s'appelle Roland ( c'est écrit sur sa petite pancarte en plastique. Il pourrait tout aussi bien s'appeler "Buse le seigneur des Carpathes" ou "Ignace de Loyola le danseur de tango Argentin" d'ailleurs. Ou Winifred Leblanc de Bressuire. Pour moi, il est, et restera, Sean Bacrutin; ne serait-ce que parce que ça me fait rire, et qu'elles sont bien rares, les occasions de rire, de nos jours, allez)? Serait-ce parce que je souhaite avoir plus de renseignements sur la palette graphique que je viens d'acquérir au prix d'immenses sacrifices financiers, et avec laquelle je suis incapable de reproduire autre chose qu'un dessin de style "télécran" tout hachuré? Serait-ce parce qu'il sait que mon QI informatique dépasse rarement celui de l'huître?
Toujours est-il qu'il fait semblant de ne pas me voir, le scélérat. Mais je peux être aussi opiniâtre que Léon Blum. Et en outre, je dispose d'une botte secrète imparable:
j'ai tout mon temps.
Me voyant approcher, Sean Bacrutin a plongé le nez dans la plaie béante d'un disque dur, probablement éventré par son propriétaire au terme d'une tentative de dialogue avortée. Il a plongé tellement loin que je me suis demandé s'il avait prévu des crampons et une corde de rappel. Je me suis donc penchée au-dessus de la machine, ai mis mes deux mains en porte-voix, et lui ai braillé quelques recommandations de base: "Quoi qu'il arrive, Sean, ne perdez pas votre sang-froid! Je suis à la surface, prête à faire intervenir le 27eme BCA en cas de besoin! Nous restons en contact par radio! Sean? Vous m'entendez, Sean? Je vous descends un sandwich? Ici la surface, Sean! Répondez moi, nous sommes tous très inquiets!"
Sean a fait un petit écart nerveux, s'effritant
l'oreille au passage sur un circuit intégré qui trainait là, sans but, comme une âme désoeuvrée. " aaaaaahhhhhhhh bonjour melle Bille.....désolé.....je ne vous avais pas vu....tellement de boulot....." me dit-il avec autant d'assurance qu'un sparadrap mouillé. Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, je lui ai jeté la palette graphique au visage, et lui ai planté le stylet dans l'oeil. Cette réaction pourrait paraître disproportionnée, mais Sean et moi avons un vieux contentieux. Lorsque j'ai vendu ma propriété du Lubéron afin d'acquérir un MP3, il m'a refourgué une espèce de grille-pain sans mode-d'emploi. Encore aujourd'hui, je ne peux qu'y enregistrer une chanson des Beatles. La plus courte. Bien entendu, le jour où je suis venue réclamer mon dû (un mode d'emploi en Français, avec de petits paragraphes clairs et concis), il m'a regardée comme s'il regardait un enfant un peu niais, et m'a procuré un CD de synchronisation. En précisant cependant que"c'est à la portée de n'importe qui pourtant". Sa condescendance allusive m'insupporte. Le CD contient effectivement une masse d'informations impressionnante, je crois qu'il s'agit d'un manuel à l'usage du mécanicien en chef d'un sous-marin subatomique de la dernière génération. Comme MP3, ça me parait un peu encombrant, surtout si je dois coller mon oreille au réacteur pour entendre "yellow submarine".
Depuis, même lorsque les appareils fonctionnent relativement bien, je me fais un devoir de rendre visite à Sean Bacrutin; parce que je sais
que je lui fais peur, il me prend pour sa mémé. Je serais capable de lui poser n'importe quelle question pour le déstabiliser. Pourquoi les steaks tartare ne portent pas de pattes d'éléphant par exemple. De toute manière, quoi qu'il arrive, il aura toujours ce regard voilé de lassitude, mais courtois, qu'on réserve aux personnes un peu simples. Autant lui crever un oeil, ça divisera la manifestation de son mépris; et je ne vois pas pourquoi je me gênerais, d'autant qu'il m'a fallu vendre ma propriété de Malibu pour acquérir ce télécran moderne qu'est le ZSION472QP3ZW modèle 55TT avec 2 mines de rechange pour le stylet ( je rassure tout de suite les constructeurs de la dite palette, pas de danger qu'on utilise les 2 mines supplémentaires. Compte tenu des résultats de base, la calotte glaciaire aura fondu et se sera intégralement reconstituée avant que la première ne s'use.) Je pensais pouvoir dessiner directement mes petits dessins merdiqueux sur l'ordinateur, et m'épargner ainsi l'usage du crayon, de la gomme, et du scanner.
Bernique.
Le résultat est d'un moche.
Comme je répugne à me remettre en question, j'estime que c'est la faute de Sean Bacrutin.
Et qu'il doit payer pour ça.
mercredi 26 mars
une terrible sensation d'inachevé étrangla soudain le lecteur attentif: "quelle arnaque", murmura-t-il. Il n'avait pas tort.
C'est peu dire que j'entretiens des rapports circonspects avec la race canine; un chien, c'est avant tout 12 rangées de crocs baveux truffés de germes, une mâchoire conçue pour broyer un porte-avion, des petits yeux très cruels avec une tête de mort à la place de la pupille, une tumeur maligne logée en plein cerveau (et qui grossit au fil du temps), le tout monté sur 8 pattes, et enveloppé d'une espèce d'étoupe rèche et malodorante. 
Aux jeux olympiques d'hiver de Saporo, en 1972, j'ai remporté la médaille d'or de saut à ski. Une espèce de mâtin de Naples était à mes trousses, et je me suis retrouvée par hasard sur la rampe de lancement.
Mon record reste invaincu.
C'est vous dire mon bonheur lorsque mon ami Paul m'a demandé de veiller sur Léon Blum pendant 3 jours.
Léon Blum est un énorme machin d'environ 700 kilos, d'une couleur indéfinie, vaguement repoussante, et totalement inédite. Maronnasse est le premier mot qui me vient à l'esprit. Maronnasse, c'est le "bleu Klein" de Léon Blum, une marque déposée à sa naissance. Depuis, quelques autres représentants de l'espèce ont tenté de la reproduire, sans succès. Sur la porte d'entrée de mon ami Paul, un écriteau signale "attention, chien bizarre"; et lorsque vous prenez le risque de sonner, le galop des septs mercenaires annonce dans la seconde l'arrivée de Léon Blum, qui est un chien vif malgré les apparences.
Mais je ne peux rien refuser à Paul, ne serait-ce que parce qu'il a des mains comme des battoirs, qu'il peut lâcher Léon Blum sur mes traces à tout instant, et que je lui dois depuis la guerre des Gaules une forte somme d'argent, dont les intérêts suffiraient à entretenir la ville de Chicago pendant toute une saison.
Je me suis donc confortablement installée dans la maison de mon ami Paul, résignée à trainer sur mes talons un gros paillasson crotteux de couleur indéfinie pendant ces quelques jours. Car Léon Blum est un affectif. Pire encore, il m'aime d'un immense amour canin, et ne me lâche pas des pupilles. Lorsque je suis à la salle de bain, il monte la garde dans le couloir. Et si par mégarde je ferme mal la porte, je le retrouve dans la cabine de douche. C'est d'ailleurs assez saisissant de découvrir cet énorme machin poilu au fond du bac; sans parler de cette phrase surréaliste que vous devez prononcer à voix haute: "sors d'ici, Léon Blum!".
Bien que Léon Blum soit un molosse plutôt bonasse, je ne perds jamais de vue son fantastique pouvoir de dissuasion, il pourrait gober mes deux jambes rien qu'en baillant. J'ai donc passé la première soirée en sa compagnie totalement figée devant le feu de cheminée, la nuque aussi rigide qu'on gros morceau de siporex. Mais le pire, face à une telle menace, reste la nuit. Car vous ne savez jamais exactement où elle se cache (la menace, pas la nuit). Malgré sa taille de bison, Léon Blum maîtrise parfaitement la téléportation silencieuse. C'est ainsi que, saisie au beau milieu de l'obscurité par une envie subite de me rafraîchir le visage dans le lavabo des toilettes, j'ai marché sur le dos de Léon Blum, qui s'était glissé au pied de mon lit à la faveur de la pénombre nocturne. Il s'est instantanément redressé, et j'ai eu tellement peur que j'ai crains un instant que mes sphincters ne se relâchent. Mais j'en ai vu d'autres (ne serait-ce que Joe Pesci au petit-déjeuner). J'ai braillé: "putain, Léon Blum! Merde!", avant de lui signifier son congé, et j'ai vu son énorme derrière poilu disparaître dans l'encadrement de la porte. Le derrière, mais pas la queue. 
Car Léon Blum s'était discrètement couché dans le couloir, pas trop loin.
Comme à contrecoeur.
Au petit matin, encore enveloppée d'un nuage rêveur et vaporeux, j'ai soulevé une paupière molle. A deux centimètres, la grosse tête de Léon Blum, posée sur le rebord du lit comme une flaque pleine de touffes, me fixait de ses deux grands yeux mouillés. Mon pacemaker a produit un son de guimbarde, j'ai fait un triple axel arrière en diagonale dans un style très personnel, et me suis retrouvée accrochée, par réflexe, au plafonnier. Léon Blum a suivi toute la manoeuvre rien qu'avec les yeux. Sa tête n'a pas dévié d'un iota, je crois qu'elle est trop lourde.
"putain, Léon Blum, merde!".
"Wouffff!" a-t-il aussitôt protesté. Et j'ai compris qu'il avait faim, car il regardait mes membres avec une attention soutenue et suspecte. Je suis descendue à toute berzingue à la cuisine, nue comme un ver, coiffée comme un empereur Romain période décadante, avec Léon Blum aux fesses. Lorsqu'il a faim, Léon Blum retrouve une motricité de gazelle, et vous avez tout intérêt à lui fournir dans la minute un flanc d'orignal ou quelque chose d'approchant. Sinon, il vous en cuira, tudieu peste. J'observai l'incroyable pouvoir de mastication du monstre quelques instants, frissonnai vaguement, et montai prendre ma douche. Quelques secondes plus tard, alors que
je coulais de paisibles instants sous l'eau tiède, j'entendis la porte s'ouvrir. Dans un petit grincement discret et furtif.
Léon Blum, plus opiniâtre que jamais, était de retour.
Je ne me souviens plus très bien de la suite. Je crois qu'il m'a tendu la serviette, et qu'il m'a séché les cheveux, avec les attentions d'une duaigne. Il se peut même qu'il ait fredonné une chanson de Frank Sinatra. Je n'ai aucune certitude, bien entendu; tout se passait comme dans un rêve. Mais il me semble que c'est arrivé comme ça.
Le reste du séjour fut à l'avenant. Je suis allée au cinéma avec Léon Blum, j'ai joué au scrabble avec Léon Blum, fait une bataille de boules de neige avec Léon Blum. Nous avons feuilleté la presse ensemble, et nous avons eu un échange assez vif sur les origines de la poésie Galloise. Léon Blum pense qu'elle trouve ses sources dans les "mabinogion", ce en quoi je ne suis pas tout-à-fait d'accord. Mais Léon Blum sait de quoi il parle, sa pelisse maronnasse est de la même couleur que la jupette en peau de cwecht yggyrfffw, le seigneur de l'autre monde.
En outre, elle sent aussi la crotte sèche de canard, ce qui est un signe des dieux.
mardi 18 mars
je voulais dessiner une tête de mort, mais ce titre est un abruti qui ne veut rien savoir. Je n'y peux rien.
On m'a confié un appareil photo d'une complexité incroyable.
Je crois qu'avec le prix du boitier, je pourrais m'offrir une élégante jaguar
amphibie turbo-propulsée, avec sièges cuir et tableau de bord ronce de noyer, un melon (ou une courge, ou une banane) en diamant de taille respectable, une nouvelle vie dans les colonies de l'espace, une coupe de cheveux chez John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly hills, et une clef USB potable, qui cuisine du risoto au safran. Il est même probable qu'avec la menue monnaie, je puisse tous vous inviter à une raclette géante sur le plateau des Glières à Waikiki, cet Eden si doux où des indigènes batifolent, nus, innocents, et vous offrent des Bounty au goût de paradis. Avec Roussette de Seyssel à volonté, et poire au dessert. Et des girls en costume folklorique au café. Je n'ose imaginer ce que je pourais m'offrir avec l'objectif, la somme dépasse mon entendement, et me plonge dans un coma dépassé dès que je l'évoque. Lorsqu'on me confie ce genre de produit, je deviens gauche et gourdasse; alors que je suis normalement un prodige de dextérité, les chirurgiens font appel à moi pour recoudre les plaies les plus délicates. Celles des foies, des fois (pardon). A l'origine, j'ai sincèrement pensé que c'était une marque de confiance de la part de la rédaction. J'ai remercié en m'inclinant très bas.
Mais j'ai vite réalisé qu'il s'agissait d'un piège grossier, destiné à accélérer ma chute.
Oh que c'est vil.
Comment? mettriez-vous mon analyse en doute? Vous voulez crapahuter dans des ruines glissantes, et probablement hantées, avec 4kilos d'or greffés sur le nombril? Croyez-moi, le jour où ça vous arrivera, vous ferez beaucoup moins les malins. Personnellement, je préfèrerais qu'on m'ait confié un nourrisson (en cas de chute, vous pouvez justifier d'un gigottement inopiné).
Mon hôte était ravi de me faire visiter sa gigantesque ruine romantique, perchée à hauteur du Machu-Picchu; surtout lorsqu'il m'a fait découvrir les oubliettes, situées à un point indéfini quelque part au centre de la terre, après 3 heures de marche humide et désagréable. J'ai décroché un sourire assez faiblard quand il a dit: "les oubliettes servaient aussi de garde-manger"( Maintenant que j'y pense, j'aurais dû lui faire une horrible grimace, au lieu de ce rictus idiot et particulièrement peu naturel. Je ne risquais rien, les démons du château avaient emballé la
lumière dans du chaterton). Je crois pouvoir jurer qu'à cet instant, il fit un clin d'oeil bonhomme. "Ahah" me suis-je esclaffée sans conviction, les griffes repliées sur l'objectif de l'appareil photo.
Devinez quoi? Cette forteresse Savoyarde possède le plus long boyau souterrain de la région. Il n'est pas éclairé, on le parcourt à la lueur d'un ver luisant d'une lampe-torche. Il a mille ans, il est long de trois cents mètres. Personne n'y va jamais, sauf son propriétaire, qui vérifie de temps à autres la solidité des anneaux auxquels il a fixé les membres de ses rares visiteurs. On se demande bien pourquoi d'ailleurs, l'endroit serait presque primesautier, avec quelques petits coussins ça et là.
Mais c'est interdit.
A cause des trolls.
Le boyau s'enfonce. De temps à autres, une dépression très glissante vous surprend; et vous êtes dans l'incapacité de récupérer votre assiette en faisant balancier avec vos bras (greffés, je vous le rappelle, sur l'objectif le plus cher du monde, mais qui ne vous sert pas à grand chose dans les entrailles de la terre. C'est bien malin). Votre hôte est loin de se douter que vous passez par toutes les configurations possibles (en tout cas dans le monde de la matière), afin de ne pas vous rétamer contre les pierres ancestrales. Il continue de vous narrer par le menu toutes les horribles histoires du lieu, parfaitement inconscient du fait qu'un autre drame terrible se joue dans son dos. A l'arrière, les
mains rivées sur son appareil photo à 17 milliard de pétro-dollars, une espèce de mille-pattes à forme humaine danse en silence une formidable carmagnole .
Loin au dessus de votre tête, il neige. Vous ne voyez rien, vous réalisez parfaitement dans quelle situation se trouve Stevie Wonder lorsqu'il fait ses courses, mais vous pouvez sentir une haleine glaciale se glisser jusque dans votre nuque.
Et vos deux rotules viennent de s'inverser.
(Et vous pourriez me dire ce qui l'empêcherait, le propriétaire, de s'enfuir en courant et de me laisser seule affronter les trolls? Hein? Qu'est-ce qui l'en empêcherait? Le type tout bien dans sa tête qui pète un câble, d'une pichenette, ça s'est déjà vu. Alors là, j'aurais l'air bien maligne avec mon appareil photo à mille millions, mes genoux de flamand rose, et ma carte de sécurité sociale en plastique. J'ai l'impression que vous ne vous rendez pas bien compte de la dramaturgie du moment. Vous, vous lisez tout ça bien tranquillement, mollement assis dans votre chesterfield; peut-être même que vous avez l'audace de fumer une pipe. C'est bien simple, vous liriez la recette de la rose des sables au dos d'un paquet de cornflakes avec la même nonchalance.
Peut-être même que vous faites semblant de lire, à seule fin d'échapper à une quelconque contrainte domestique.
Vous me décevez beaucoup.
Enfin bon, je vois qu'il est inutile de tenter de vous convaincre, vous vous en foutez.)
Le soir même, j'ai participé à une réunion sex-toys (je tiens à signaler que c'était à des fins professionnelles, je réalise un dossier sur ces objets étonnants, c'est dans l'air du temps, n'allez pas encore imaginer des choses. Si j'avais voulu faire du journalisme politique, je serais à "courrier international". Et ne faites pas les bégueules, le sexe mène le monde). Lorsque mon téléphone a sonné et que j'ai vu s'inscrire "anonyme", j'ai pensé que c'était ma copine Niniv. Elle est la seule personne qui ose m'appeler après 20.00, en anonyme. J'ai donc décroché sans complexe, j'ai dit "allo?", au moment où l'hôtesse clamait haut et fort, en nous montrant une chose qui ressemble à clou de girofle, mais très gros et très articulé: "ET VOICI LE PLUG ANAL!" ( je suis navrée si d'aventure ce détail vous paraissait choquant, mais je me suis juré de ne dire que la stricte vérité. J'ajoute que moi non plus, je ne savais pas de quoi il s'agissait au juste).
A 10 centimètres du combiné.
Figée par cette intervention pétaradante, je n'ai pas dit un mot. A l'autre bout du fil, après quelques secondes de suspension aérienne assez angoissantes, j'ai entendu mon hôte de l'après-midi, ce châtelain littéraire et flamboyant, se râcler délicatement la gorge avant de me dire d'un ton détaché: "j'ai beaucoup apprécié notre rencontre; je ne veux pas vous déranger d'avantage, mais je serais ravi de rester en contact avec vous". Je ne saurai jamais ce qu'il voulait vraiment.
J'ai bien honte.
PS: n'imaginez surtout pas que je vais vous raconter en détail le déroulement d'une soirée tupper-toy. Ce blog est un espace décent, dédié à la poésie et à la culture. Par contre, j'envoie le magazine sur demande écrite. Et je tiens également à préciser qu'il s'agissait de mon dernier château. Achever un dossier sur une ruine, c'est peut-être un signe.



