lundi 31 mars
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La bibliothèque, c'est ma passion.
Enfin non, en fait, pas du tout. Mais il faut bien commencer la rédaction d'un billet par une petite phrase accrocheuse, si je veux vous garder près de moi jusqu'au digestif.
Et je vous le demande je vous prie, qu'y a-t-il de plus accrocheur que "la bibliothèque, c'est ma passion"? Non mais franchement allez, pour une fois, soyez sincère.
Hein?
Bon, je vois que cette fois ci, nous sommes tous d'accord. Non mais sans rigoler, j'aime vraiment ça.
Il m'est arrivé d'aborder le sujet bibliothèque par le passé, mais je n'ai pas écrit, ce jour là, tout le bien que je pensais d'une telle institution. J'ignore à quoi elle ressemble dans d'autres villes de taille moyenne comme Périgueux, Bressuire, ou La Roche sur Yon, mais ici, à Annecy, la formule de la composition de l'air des bibliothèques ressemble très curieusement à la formule de la composition du formole.
Je me faisais cette réflexion cet après-midi, plantée devant Madame Courteneau, ma petite fiche manuscrite à la main. Lorsque j'avais 16 ans, j'étais ravissante, et madame Courteneau était déjà mon pourvoyeur attitré en grimoires Savoisiens; j' ai quelques décennies de plus, madame Courteneau est restée ce pourvoyeur attitré. 
Mais elle n'a pas changé d'un iota, c'est incroyable. Ce qui explique probablement qu'elle ne me reconnaisse pas, car il m'arrive de me dégager de cette atmosphère curieusement intemporelle. A l'extérieur de la bibliothèque, le corps, soumis aux lois du temps, se flétrit petit à petit (et c'est tant mieux. Le chewing-gum sous ses fesses, c'était moi. Le coussin-péteur aussi. Quant au vieux camembert coincé entre deux livres sur l'étagère "histoire du comte vert et du comte rouge: la Savoie au temps des Frahans", c'était ma copine Christine, je le jure. Alors si vous comptez me mettre sur le dos la facture du groupe d'intervention qui a fermé et quadrillé le secteur quinze jours plus tard, voyez du côté de la rue du général Leclerc, monsieur le commissaire. Non, elle n'est pas mariée, elle porte toujours son nom de jeune fille; mais je ne la fréquente plus. Vous voulez que je vous l'écrive, monsieur le commissaire? Oui, c'est ça, avec deux "P". A votre service monsieur le commissaire, je suis du côté de la loi).
Madame Couteneau a une grâce particulière, on dirait qu'elle flotte à mi-chemin entre une partition de Debussy et un comprimé de xanax. Elle utilise depuis l'aube des temps le VRAI vocabulaire du bibliothécaire, fondé sur 3 mots indécrottables: "fiche", "cote" et "archives", qu'elle susurre de sa mini bouche en forme de smarties; ce qui donne à peu près ça, lorsque vous émettez le souhait de consulter un incunable: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?". J'ajoute que madame Courteneau est assise sur un balai, et que le chirurgien qui lui a greffé un cintre entre les deux épaules a perdu son temps: George Lucas n'a pas eu besoin d'elle pour le rôle de Z6PEO.
C'est terrible, un destin contrarié.
Rien que pour le plaisir, il m'arrive de remplir 10 fiches en une après-midi.
Parce que pour les délais, bienvenue dans l'île fantastique. J'ignore tout du voyage mystérieux qu'accomplit la fiche, une fois gobée par l'espèce de passe-plat qui sert à faire communiquer l'enfer et le paradis. On peut imaginer qu'elle traverse une sorte de Styx impétueux, qu'elle s'engouffre dans 2 ou 3 dimensions inconnues, avant de retomber, comme une feuille morte, sur le sol des souterrains. Là, si l'archiviste, par un extraordinaire hasard, venait à passer dans l'heure qui suit, on peut imaginer qu'il la ramasserait négligemment, avant d'aller chercher un sandwich à la cafétéria, et de téléphoner au service après vente de Darty pour une sombre histoire de bouilloire.
Mais en général, l'archiviste n'est même pas là. Tout le monde croit en sa présence, parce qu'il a dressé les blattes pour pointer à sa place, alors qu'il coule de paisibles journées à remplir les grilles de mots croisés de maître Capello. Ou qu'il participe au bingo du siècle, à Las-Vegas, en compagnie de Pia Zadora. Pendant ce temps, madame Courteneau flatte le flanc des lecteurs, et les fait patienter avec toute la courtoisie dont elle est capable (elle a, pour l'occasion, revêtu la tenue de grand inquisiteur mise à la disposition du personnel). L'ouvrage que vous attendez vous parviendra 10 minutes avant la fermeture des locaux; pour que vous compreniez bien qui est le maître ici.
De toute manière, à supposer que vous ayez vraiment envie de débusquer l'archiviste et de le traîner par les narines hors de sa tanière sordide, il vous faudrait le plan des sous-sols du pentagone (qui n'existe qu'en braille). Et Willy Wonka pour vous guider.
C'est scandaleux. 
Tout le monde sait parfaitement que l'archiviste est un morceau de carton, un leurre destiné à nous faire croire qu'un érudit original hante encore les sous-sol de la bibliothèque.
ça fait 22 ans qu'il est mort, l'archiviste.
Enseveli sous une demi-tonne de manuscrits Sardes auxquels plus personne n'aura jamais accès. Sauf la division Tonnerre de la planète Vega Du Centaure, lorsqu'elle envahira la terre.
Mais madame Courteneau persiste à susurrer: "avez-vous rempli correctement la fiche avec la cote de l'ouvrage afin que nous puissions la faire parvenir aux archives dans les meilleurs délais?".
Je la soupçonne d'être à la solde de la planète Vega Du Centaure.
vendredi 28 mars
Atoll! Les opticiens! (pardon)
Aujourd'hui, j'ai pris un jour de congé, et je suis allée voir Sean Bacrutin. Sean Bacrutin, c'est mon vendeur informatique, celui qui ressemble à la fois à Sean Connery, à Jean-Pierre Bacri, et à Jacques Balutin ( je sais que vous êtes au courant, mes vieux fidèles, mais il faut aussi penser aux autres.
Ceux qui arrivent dans le troisième wagon par le biais de recherches surréalistes, comme "frahan sous la neige" ou "cape et d'épée camembert", et qui se retrouvent coincés sur cet écran par un petit dispositif hypnotique intégré. C'est un système très ingénieux). Sean Bacrutin affiche toujours une mine très affairée dès qu'il me voit pénétrer son champs de vision; Or, je sais très bien que deux minutes plus tôt, il se curait le nez en regardant un extrait de "Matrix: revolution" sur l'écran plasma du magasin.
Je jurerais qu'il cherche à m'éviter.
On se demande bien pourquoi.
Serait-ce parce que je le salue toujours d'un "Hello Sean!" dans le plus pur style Californien, alors qu'il s'appelle Roland ( c'est écrit sur sa petite pancarte en plastique. Il pourrait tout aussi bien s'appeler "Buse le seigneur des Carpathes" ou "Ignace de Loyola le danseur de tango Argentin" d'ailleurs. Ou Winifred Leblanc de Bressuire. Pour moi, il est, et restera, Sean Bacrutin; ne serait-ce que parce que ça me fait rire, et qu'elles sont bien rares, les occasions de rire, de nos jours, allez)? Serait-ce parce que je souhaite avoir plus de renseignements sur la palette graphique que je viens d'acquérir au prix d'immenses sacrifices financiers, et avec laquelle je suis incapable de reproduire autre chose qu'un dessin de style "télécran" tout hachuré? Serait-ce parce qu'il sait que mon QI informatique dépasse rarement celui de l'huître?
Toujours est-il qu'il fait semblant de ne pas me voir, le scélérat. Mais je peux être aussi opiniâtre que Léon Blum. Et en outre, je dispose d'une botte secrète imparable:
j'ai tout mon temps.
Me voyant approcher, Sean Bacrutin a plongé le nez dans la plaie béante d'un disque dur, probablement éventré par son propriétaire au terme d'une tentative de dialogue avortée. Il a plongé tellement loin que je me suis demandé s'il avait prévu des crampons et une corde de rappel. Je me suis donc penchée au-dessus de la machine, ai mis mes deux mains en porte-voix, et lui ai braillé quelques recommandations de base: "Quoi qu'il arrive, Sean, ne perdez pas votre sang-froid! Je suis à la surface, prête à faire intervenir le 27eme BCA en cas de besoin! Nous restons en contact par radio! Sean? Vous m'entendez, Sean? Je vous descends un sandwich? Ici la surface, Sean! Répondez moi, nous sommes tous très inquiets!"
Sean a fait un petit écart nerveux, s'effritant
l'oreille au passage sur un circuit intégré qui trainait là, sans but, comme une âme désoeuvrée. " aaaaaahhhhhhhh bonjour melle Bille.....désolé.....je ne vous avais pas vu....tellement de boulot....." me dit-il avec autant d'assurance qu'un sparadrap mouillé. Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, je lui ai jeté la palette graphique au visage, et lui ai planté le stylet dans l'oeil. Cette réaction pourrait paraître disproportionnée, mais Sean et moi avons un vieux contentieux. Lorsque j'ai vendu ma propriété du Lubéron afin d'acquérir un MP3, il m'a refourgué une espèce de grille-pain sans mode-d'emploi. Encore aujourd'hui, je ne peux qu'y enregistrer une chanson des Beatles. La plus courte. Bien entendu, le jour où je suis venue réclamer mon dû (un mode d'emploi en Français, avec de petits paragraphes clairs et concis), il m'a regardée comme s'il regardait un enfant un peu niais, et m'a procuré un CD de synchronisation. En précisant cependant que"c'est à la portée de n'importe qui pourtant". Sa condescendance allusive m'insupporte. Le CD contient effectivement une masse d'informations impressionnante, je crois qu'il s'agit d'un manuel à l'usage du mécanicien en chef d'un sous-marin subatomique de la dernière génération. Comme MP3, ça me parait un peu encombrant, surtout si je dois coller mon oreille au réacteur pour entendre "yellow submarine".
Depuis, même lorsque les appareils fonctionnent relativement bien, je me fais un devoir de rendre visite à Sean Bacrutin; parce que je sais
que je lui fais peur, il me prend pour sa mémé. Je serais capable de lui poser n'importe quelle question pour le déstabiliser. Pourquoi les steaks tartare ne portent pas de pattes d'éléphant par exemple. De toute manière, quoi qu'il arrive, il aura toujours ce regard voilé de lassitude, mais courtois, qu'on réserve aux personnes un peu simples. Autant lui crever un oeil, ça divisera la manifestation de son mépris; et je ne vois pas pourquoi je me gênerais, d'autant qu'il m'a fallu vendre ma propriété de Malibu pour acquérir ce télécran moderne qu'est le ZSION472QP3ZW modèle 55TT avec 2 mines de rechange pour le stylet ( je rassure tout de suite les constructeurs de la dite palette, pas de danger qu'on utilise les 2 mines supplémentaires. Compte tenu des résultats de base, la calotte glaciaire aura fondu et se sera intégralement reconstituée avant que la première ne s'use.) Je pensais pouvoir dessiner directement mes petits dessins merdiqueux sur l'ordinateur, et m'épargner ainsi l'usage du crayon, de la gomme, et du scanner.
Bernique.
Le résultat est d'un moche.
Comme je répugne à me remettre en question, j'estime que c'est la faute de Sean Bacrutin.
Et qu'il doit payer pour ça.
mercredi 26 mars
une terrible sensation d'inachevé étrangla soudain le lecteur attentif: "quelle arnaque", murmura-t-il. Il n'avait pas tort.
C'est peu dire que j'entretiens des rapports circonspects avec la race canine; un chien, c'est avant tout 12 rangées de crocs baveux truffés de germes, une mâchoire conçue pour broyer un porte-avion, des petits yeux très cruels avec une tête de mort à la place de la pupille, une tumeur maligne logée en plein cerveau (et qui grossit au fil du temps), le tout monté sur 8 pattes, et enveloppé d'une espèce d'étoupe rèche et malodorante. 
Aux jeux olympiques d'hiver de Saporo, en 1972, j'ai remporté la médaille d'or de saut à ski. Une espèce de mâtin de Naples était à mes trousses, et je me suis retrouvée par hasard sur la rampe de lancement.
Mon record reste invaincu.
C'est vous dire mon bonheur lorsque mon ami Paul m'a demandé de veiller sur Léon Blum pendant 3 jours.
Léon Blum est un énorme machin d'environ 700 kilos, d'une couleur indéfinie, vaguement repoussante, et totalement inédite. Maronnasse est le premier mot qui me vient à l'esprit. Maronnasse, c'est le "bleu Klein" de Léon Blum, une marque déposée à sa naissance. Depuis, quelques autres représentants de l'espèce ont tenté de la reproduire, sans succès. Sur la porte d'entrée de mon ami Paul, un écriteau signale "attention, chien bizarre"; et lorsque vous prenez le risque de sonner, le galop des septs mercenaires annonce dans la seconde l'arrivée de Léon Blum, qui est un chien vif malgré les apparences.
Mais je ne peux rien refuser à Paul, ne serait-ce que parce qu'il a des mains comme des battoirs, qu'il peut lâcher Léon Blum sur mes traces à tout instant, et que je lui dois depuis la guerre des Gaules une forte somme d'argent, dont les intérêts suffiraient à entretenir la ville de Chicago pendant toute une saison.
Je me suis donc confortablement installée dans la maison de mon ami Paul, résignée à trainer sur mes talons un gros paillasson crotteux de couleur indéfinie pendant ces quelques jours. Car Léon Blum est un affectif. Pire encore, il m'aime d'un immense amour canin, et ne me lâche pas des pupilles. Lorsque je suis à la salle de bain, il monte la garde dans le couloir. Et si par mégarde je ferme mal la porte, je le retrouve dans la cabine de douche. C'est d'ailleurs assez saisissant de découvrir cet énorme machin poilu au fond du bac; sans parler de cette phrase surréaliste que vous devez prononcer à voix haute: "sors d'ici, Léon Blum!".
Bien que Léon Blum soit un molosse plutôt bonasse, je ne perds jamais de vue son fantastique pouvoir de dissuasion, il pourrait gober mes deux jambes rien qu'en baillant. J'ai donc passé la première soirée en sa compagnie totalement figée devant le feu de cheminée, la nuque aussi rigide qu'on gros morceau de siporex. Mais le pire, face à une telle menace, reste la nuit. Car vous ne savez jamais exactement où elle se cache (la menace, pas la nuit). Malgré sa taille de bison, Léon Blum maîtrise parfaitement la téléportation silencieuse. C'est ainsi que, saisie au beau milieu de l'obscurité par une envie subite de me rafraîchir le visage dans le lavabo des toilettes, j'ai marché sur le dos de Léon Blum, qui s'était glissé au pied de mon lit à la faveur de la pénombre nocturne. Il s'est instantanément redressé, et j'ai eu tellement peur que j'ai crains un instant que mes sphincters ne se relâchent. Mais j'en ai vu d'autres (ne serait-ce que Joe Pesci au petit-déjeuner). J'ai braillé: "putain, Léon Blum! Merde!", avant de lui signifier son congé, et j'ai vu son énorme derrière poilu disparaître dans l'encadrement de la porte. Le derrière, mais pas la queue. 
Car Léon Blum s'était discrètement couché dans le couloir, pas trop loin.
Comme à contrecoeur.
Au petit matin, encore enveloppée d'un nuage rêveur et vaporeux, j'ai soulevé une paupière molle. A deux centimètres, la grosse tête de Léon Blum, posée sur le rebord du lit comme une flaque pleine de touffes, me fixait de ses deux grands yeux mouillés. Mon pacemaker a produit un son de guimbarde, j'ai fait un triple axel arrière en diagonale dans un style très personnel, et me suis retrouvée accrochée, par réflexe, au plafonnier. Léon Blum a suivi toute la manoeuvre rien qu'avec les yeux. Sa tête n'a pas dévié d'un iota, je crois qu'elle est trop lourde.
"putain, Léon Blum, merde!".
"Wouffff!" a-t-il aussitôt protesté. Et j'ai compris qu'il avait faim, car il regardait mes membres avec une attention soutenue et suspecte. Je suis descendue à toute berzingue à la cuisine, nue comme un ver, coiffée comme un empereur Romain période décadante, avec Léon Blum aux fesses. Lorsqu'il a faim, Léon Blum retrouve une motricité de gazelle, et vous avez tout intérêt à lui fournir dans la minute un flanc d'orignal ou quelque chose d'approchant. Sinon, il vous en cuira, tudieu peste. J'observai l'incroyable pouvoir de mastication du monstre quelques instants, frissonnai vaguement, et montai prendre ma douche. Quelques secondes plus tard, alors que
je coulais de paisibles instants sous l'eau tiède, j'entendis la porte s'ouvrir. Dans un petit grincement discret et furtif.
Léon Blum, plus opiniâtre que jamais, était de retour.
Je ne me souviens plus très bien de la suite. Je crois qu'il m'a tendu la serviette, et qu'il m'a séché les cheveux, avec les attentions d'une duaigne. Il se peut même qu'il ait fredonné une chanson de Frank Sinatra. Je n'ai aucune certitude, bien entendu; tout se passait comme dans un rêve. Mais il me semble que c'est arrivé comme ça.
Le reste du séjour fut à l'avenant. Je suis allée au cinéma avec Léon Blum, j'ai joué au scrabble avec Léon Blum, fait une bataille de boules de neige avec Léon Blum. Nous avons feuilleté la presse ensemble, et nous avons eu un échange assez vif sur les origines de la poésie Galloise. Léon Blum pense qu'elle trouve ses sources dans les "mabinogion", ce en quoi je ne suis pas tout-à-fait d'accord. Mais Léon Blum sait de quoi il parle, sa pelisse maronnasse est de la même couleur que la jupette en peau de cwecht yggyrfffw, le seigneur de l'autre monde.
En outre, elle sent aussi la crotte sèche de canard, ce qui est un signe des dieux.
mardi 18 mars
je voulais dessiner une tête de mort, mais ce titre est un abruti qui ne veut rien savoir. Je n'y peux rien.
On m'a confié un appareil photo d'une complexité incroyable.
Je crois qu'avec le prix du boitier, je pourrais m'offrir une élégante jaguar
amphibie turbo-propulsée, avec sièges cuir et tableau de bord ronce de noyer, un melon (ou une courge, ou une banane) en diamant de taille respectable, une nouvelle vie dans les colonies de l'espace, une coupe de cheveux chez John Frieda, le coiffeur des stars de Beverly hills, et une clef USB potable, qui cuisine du risoto au safran. Il est même probable qu'avec la menue monnaie, je puisse tous vous inviter à une raclette géante sur le plateau des Glières à Waikiki, cet Eden si doux où des indigènes batifolent, nus, innocents, et vous offrent des Bounty au goût de paradis. Avec Roussette de Seyssel à volonté, et poire au dessert. Et des girls en costume folklorique au café. Je n'ose imaginer ce que je pourais m'offrir avec l'objectif, la somme dépasse mon entendement, et me plonge dans un coma dépassé dès que je l'évoque. Lorsqu'on me confie ce genre de produit, je deviens gauche et gourdasse; alors que je suis normalement un prodige de dextérité, les chirurgiens font appel à moi pour recoudre les plaies les plus délicates. Celles des foies, des fois (pardon). A l'origine, j'ai sincèrement pensé que c'était une marque de confiance de la part de la rédaction. J'ai remercié en m'inclinant très bas.
Mais j'ai vite réalisé qu'il s'agissait d'un piège grossier, destiné à accélérer ma chute.
Oh que c'est vil.
Comment? mettriez-vous mon analyse en doute? Vous voulez crapahuter dans des ruines glissantes, et probablement hantées, avec 4kilos d'or greffés sur le nombril? Croyez-moi, le jour où ça vous arrivera, vous ferez beaucoup moins les malins. Personnellement, je préfèrerais qu'on m'ait confié un nourrisson (en cas de chute, vous pouvez justifier d'un gigottement inopiné).
Mon hôte était ravi de me faire visiter sa gigantesque ruine romantique, perchée à hauteur du Machu-Picchu; surtout lorsqu'il m'a fait découvrir les oubliettes, situées à un point indéfini quelque part au centre de la terre, après 3 heures de marche humide et désagréable. J'ai décroché un sourire assez faiblard quand il a dit: "les oubliettes servaient aussi de garde-manger"( Maintenant que j'y pense, j'aurais dû lui faire une horrible grimace, au lieu de ce rictus idiot et particulièrement peu naturel. Je ne risquais rien, les démons du château avaient emballé la
lumière dans du chaterton). Je crois pouvoir jurer qu'à cet instant, il fit un clin d'oeil bonhomme. "Ahah" me suis-je esclaffée sans conviction, les griffes repliées sur l'objectif de l'appareil photo.
Devinez quoi? Cette forteresse Savoyarde possède le plus long boyau souterrain de la région. Il n'est pas éclairé, on le parcourt à la lueur d'un ver luisant d'une lampe-torche. Il a mille ans, il est long de trois cents mètres. Personne n'y va jamais, sauf son propriétaire, qui vérifie de temps à autres la solidité des anneaux auxquels il a fixé les membres de ses rares visiteurs. On se demande bien pourquoi d'ailleurs, l'endroit serait presque primesautier, avec quelques petits coussins ça et là.
Mais c'est interdit.
A cause des trolls.
Le boyau s'enfonce. De temps à autres, une dépression très glissante vous surprend; et vous êtes dans l'incapacité de récupérer votre assiette en faisant balancier avec vos bras (greffés, je vous le rappelle, sur l'objectif le plus cher du monde, mais qui ne vous sert pas à grand chose dans les entrailles de la terre. C'est bien malin). Votre hôte est loin de se douter que vous passez par toutes les configurations possibles (en tout cas dans le monde de la matière), afin de ne pas vous rétamer contre les pierres ancestrales. Il continue de vous narrer par le menu toutes les horribles histoires du lieu, parfaitement inconscient du fait qu'un autre drame terrible se joue dans son dos. A l'arrière, les
mains rivées sur son appareil photo à 17 milliard de pétro-dollars, une espèce de mille-pattes à forme humaine danse en silence une formidable carmagnole .
Loin au dessus de votre tête, il neige. Vous ne voyez rien, vous réalisez parfaitement dans quelle situation se trouve Stevie Wonder lorsqu'il fait ses courses, mais vous pouvez sentir une haleine glaciale se glisser jusque dans votre nuque.
Et vos deux rotules viennent de s'inverser.
(Et vous pourriez me dire ce qui l'empêcherait, le propriétaire, de s'enfuir en courant et de me laisser seule affronter les trolls? Hein? Qu'est-ce qui l'en empêcherait? Le type tout bien dans sa tête qui pète un câble, d'une pichenette, ça s'est déjà vu. Alors là, j'aurais l'air bien maligne avec mon appareil photo à mille millions, mes genoux de flamand rose, et ma carte de sécurité sociale en plastique. J'ai l'impression que vous ne vous rendez pas bien compte de la dramaturgie du moment. Vous, vous lisez tout ça bien tranquillement, mollement assis dans votre chesterfield; peut-être même que vous avez l'audace de fumer une pipe. C'est bien simple, vous liriez la recette de la rose des sables au dos d'un paquet de cornflakes avec la même nonchalance.
Peut-être même que vous faites semblant de lire, à seule fin d'échapper à une quelconque contrainte domestique.
Vous me décevez beaucoup.
Enfin bon, je vois qu'il est inutile de tenter de vous convaincre, vous vous en foutez.)
Le soir même, j'ai participé à une réunion sex-toys (je tiens à signaler que c'était à des fins professionnelles, je réalise un dossier sur ces objets étonnants, c'est dans l'air du temps, n'allez pas encore imaginer des choses. Si j'avais voulu faire du journalisme politique, je serais à "courrier international". Et ne faites pas les bégueules, le sexe mène le monde). Lorsque mon téléphone a sonné et que j'ai vu s'inscrire "anonyme", j'ai pensé que c'était ma copine Niniv. Elle est la seule personne qui ose m'appeler après 20.00, en anonyme. J'ai donc décroché sans complexe, j'ai dit "allo?", au moment où l'hôtesse clamait haut et fort, en nous montrant une chose qui ressemble à clou de girofle, mais très gros et très articulé: "ET VOICI LE PLUG ANAL!" ( je suis navrée si d'aventure ce détail vous paraissait choquant, mais je me suis juré de ne dire que la stricte vérité. J'ajoute que moi non plus, je ne savais pas de quoi il s'agissait au juste).
A 10 centimètres du combiné.
Figée par cette intervention pétaradante, je n'ai pas dit un mot. A l'autre bout du fil, après quelques secondes de suspension aérienne assez angoissantes, j'ai entendu mon hôte de l'après-midi, ce châtelain littéraire et flamboyant, se râcler délicatement la gorge avant de me dire d'un ton détaché: "j'ai beaucoup apprécié notre rencontre; je ne veux pas vous déranger d'avantage, mais je serais ravi de rester en contact avec vous". Je ne saurai jamais ce qu'il voulait vraiment.
J'ai bien honte.
PS: n'imaginez surtout pas que je vais vous raconter en détail le déroulement d'une soirée tupper-toy. Ce blog est un espace décent, dédié à la poésie et à la culture. Par contre, j'envoie le magazine sur demande écrite. Et je tiens également à préciser qu'il s'agissait de mon dernier château. Achever un dossier sur une ruine, c'est peut-être un signe.
mercredi 12 mars
Cartophile 22: intermezzo
Monsieurmonsieur a proposé un jeu. Allez voir là de quoi il s'agit. Je me prête à cet exercice avec Grand Volontiers.
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Le vaisseau-école Altamir-prooot, section littérature, plan supérieur 3Z, altitude relative. Dans le calme de sa petite cellule, Grwxcfo se met au travail.
« C’était une matinée guillerette, une de ces matinées où l’on sent que tout peut arriver.
Mais le meilleur du tout, rien que le meilleur.
Pierre s’étira lentement et, comme chaque matin, fut surpris de trouver Louise à ses côtés. Encore là.
Il passa un souffle du bout des doigts sur son épaule, s’abîma un instant dans la contemplation de ses courbes rondes, à peine recouvertes du drap, et se gratta pensivement la tête. Il n’en revenait toujours pas de sa chance. Louise, la belle Louise, lui faisait l’honneur de partager sa vie depuis deux mois déjà. Il était tombé amoureux fou dès le premier regard. Il avait croisé son chemin et depuis, il entendait enfin le chant des oiseaux, il voyait enfin les nuages avancer dans le ciel, il découvrait enfin à quel point le simple goût d’une pomme pouvait être doux.
Bref, à travers le filtre de la beauté de Louise, Pierre découvrait enfin la Vie.
Une sacrée révélation.
Jusqu’à Louise, la vie pour Pierre se bornait à la vie. Se lever, s’habiller, faire consciencieusement son travail, rentrer, et lire un bon bouquin. Manger aussi, parce qu’il le faut bien. Il ne savait pas s’il était heureux ou malheureux. Il était, simplement. Bien sûr, il avait une vie sociale, des connaissances, des préférences ; Pierre n’était pas insensible. Il savait aussi qu’il avait des membres, des bras et des pieds ; des organes aussi, rate, pancréas, grand colon, foie, estomac. Et il savait que tout ça fonctionnait grâce au cœur.
Mais le jour où son cœur cogna fort, ce fut à cause de Louise.
Et chaque matin, il n’en revenait pas de cette découverte.
Il fut tiré de sa rêverie par la cloche de la porte d’entrée. Il passa une robe de chambre et descendit. Sur le perron, le facteur lui tendit une carte, et fit un clin d’œil :
« Bonne nouvelle, Docteur Cénas ! Un de vos patients qui va revenir ! » Pierre passa sur le fait que le facteur avait lu la carte, et la parcourut rapidement
« Amélioration, mais digestion toujours difficile et grande lassitude. Signé : Auber »
Le cœur de Pierre cogna fort. Mais cette fois-ci, ça n’était pas à cause de Louise. Il remonta quatre à quatre les escaliers vers la chambre à coucher, et secoua sa maîtresse pour la réveiller
« Quoi ? »dit-elle, encore toute brumeuse dans son demi-réveil.
Il lui montra la carte.
« Merde -murmura-t-elle, oubliant d'un coup tout le romantisme de la situation- je t’avais bien dit qu’Auber était un dur à cuire. Tu n’as pas mis suffisamment de poison. Il va falloir tout recommencer, et trouver autre chose, il va bientôt rentrer. La prochaine fois, donne lui des médicaments plus forts »
Et elle se mit à chercher fébrilement l’alliance qu’elle avait enlevée le jour du départ de son mari pour l’hôpital de Besançon. »
Grwxcfo cligna des yeux et posta mentalement le texte à Pri, son professeur de littérature d’anticipation. La note lui parvint instantanément : « c’est bien, Grwxcfo. Mais méfiez-vous de votre imagination un peu trop débridée, et de votre manque de précision. Que sont ces bras et ces jambes dont vous parlez ? D'autre part, les prénoms sont tout-à-fait imprononçables. Décrivez mieux. Votre note sera de bleu sur Elfon, tendance krin bémol. Persévérez. »
dimanche 09 mars
non, monsieur le commissaire divisionnaire, je n'ai jamais prétendu être un membre de la loge P5
Par avance, je quémande votre grand pardon si jamais mes phrases devenaient incompréhensibles, dénaturées, de mauvais
goût, ou ordurières (si par contre elles sont rédigées en patois Valaisan, ne vous étonnez pas, mon nègre est originaire du Valais et oublie fréquemment que nous ne comprenons pas tous cette linguistique très particulière). Mais j'ai passé une sale semaine. Mon nègre Valaisan m'a d'ailleurs fait clairement comprendre que si je ne mettais pas un peu d'ordre dans mes notes, il ne prendrait même plus la peine de me traduire, et se contenterait de badigeonner mon carnet d'un mélange de sa composition, sulfureux, et qui provoque de redoutables diarrhées. Il braque actuellement sur mon front une pétoire du 19ème siècle, et c'est sous sa menace que je vous fournis ci-contre une de mes notulettes. Je ne vois pas de quoi il se plaint.
J'ai donc passé ma semaine à visiter moult châtiaux et nobles demeures, afin de composer un dossier pertinent sur le thème de la petite maison dans la prairie. En moins Charles Ingals. C'était bien chouette, car les châtelains sont des gens patelins. Mon Dieu qu'elle est bonne. Et notre région abonde en bâtiments prestigieux. Certains ne sont plus que ruines et désolation, mais la découverte d'un blason frappé aux armes du seigneur du lieu (en général un reblochon et une étoupe de ramoneur) est une motivation suffisante à l'exploration systématique du moindre tas de pierres. Epuisée par cette semaine passée à écouter tout un tas d'histoires édifiantes, et à les retranscrire fidèlement sur mon petit moleskine, j'ai ouvert hier matin ma boite e-mail, guettant les photos du Duc de Speck, qui avait tenu à m'envoyer ses propres chefs-d'oeuvre. Sans l'ouvrir, j'ai immédiatement redirigé l'e-mail sur celui de la rédactrice en chef. Quelques secondes plus tard, un remerciement succinct me parvint: "c'est quoi ces photos pourries?" (en journalisme, les rédacteurs en chef ont largement fait leurs preuves, et ne perdent pas leur temps à faire de la littérature à tout bout de champs, comme nous autre les gueux. Par contre, et je mesure là toute l'ampleur de la leçon, ils vérifient ce qu'ils envoient). Piquée au vif, j'ai regardé les photos du Duc de Speck.
Une merveilleuse surprise m'attendait.
Je suppose qu'un bison extrêmement velu dort dans son scanner, car la première photo semble couverte de poils d'origine inconnue, épais, très denses, et particulièrement peu ragoûtants. La seconde est si surexposée que tout le bâtiment est rose, un peu comme si le
duc de Speck avait organisé une gay-pride à tout casser dans son enceinte. Sur la troisième photo, le château du duc de Speck est enfin passé dans les mains de Pierre et Gilles, je me suis surprise à scruter le portail, des fois qu'Amanda Lear apparaisse (pour ceux qui ne connaîtraient pas Pierre et Gilles, il suffit de cliquer sur le lien. "Pierre et Gilles, le bon goût près de chez vous", telle est la devise de cet étonnant duo). La quatrième est dénuée d'intérêt, elle pèse 9 kg. Pour le coup, j'espère que le duc de Speck s'est borné à photographier une pièce de lego. Je serais navrée qu'il ait chuté dans les douves (et qu'il ait été dévoré par un silure de 5ème catégorie, de ceux qui ont 3 nageoires caudales, dont une carrée, mais très coupante. Et 7 paires d'yeux à la verticale), uniquement pour avoir le recul nécessaire à saisir l'ensemble du domaine.
Et pour produire au final une photo de la dimension d'une pastille Vichy.
Il me reste exactement 18 heures pour rendre mon dossier parfaitement illustré. Je vais donc habilement détourner le sujet, et écrire 4 pages sur l'usage des pastilles Vichy psychédéliques à la dernière gaypride de La Motte en Bauges.
PS: Mon nègre Valaisan brandit actuellement un marteau de taille respectable juste au-dessus de ma tête. Sous cette menace, je me vois dans l'obligation de vous fournir une autre de mes notulettes. Mais celle-ci concerne un reportage effectué avant-hier à Saint Marcellin.
Maintenant que j'y pense, j'ai d'ailleurs oublié un saint-marcellin dans mon sac à main. La menace de mon nègre Valaisan, celle du mélange sulfureux qui provoque d'horribles diarrhées pestilentielles, ne tient donc plus, mon carnet doit en être déjà imprégné. A moins qu'il n'ait explosé dans la penderie.
Ton chantage n'a plus aucun effet sur moi, pesteux.
mardi 04 mars
Pourquoi Gary Cooper n'a pas remporté la médaille d'or du lancer de marteau en 1712
Tu dois me comprendre. La compréhension est un facteur important, l'entente entre les peuples est à ce prix. Car je vais t'expliquer aujourd'hui ce qu'est le quotidien d'un pigiste journaliste indépendant.
Lorsqu'il débute, un pigiste journaliste indépendant est tout joyeux, car il sait qu'il sera étudiant à vie. Il va passer le reste du temps qui lui est imparti à découvrir des métiers fascinants qui n'existent pas, comme celui-ci, et à voyager dans des endroits improbables, comme ici. On lui demandera également de tester des produits prohibés, comme ici. Lorsqu'il commence a être reconnu par ses pairs, le pigiste rédacteur de sujets improbables reçoit tout à coup des tas de propositions formidables, à n'importe quel moment de la journée.
L'écrivain raté le pigiste sait se rendre disponible au reste du monde, c'est la raison pour laquelle il finit en général sa vie dévoré par les loups, ou gobé par les brochets, sans que personne ne s'inquiète outre mesure de sa disparition. Son entourage, habitué à ses longues périodes de repli monacal, cesse rapidement de s'interroger sur ses absences, et n'envisage pas un seul instant qu'il puisse lui être arrivé quelque chose de tragique.
Non.
Alors qu'il roule à tombeaux ouverts sur la départementale qui le conduit au festival du rotin joyeux de Poupehan sur Semois, son téléphone va gaiement retentir au fond de la boite à gants. Il va s'ensuivre une terrible embardée, au terme de laquelle sa Traban 1951 va aller s'emboutir dans l'arbre le plus proche. Pendant que les pompiers le désincrusteront du sapin dans lequel il est allé se ficher, et lui feront payer le malus éco-pastille correspondant aux émissions excessives de CO2 de son véhicule, le pigiste journaleux répondra à l'appel. On lui propose un reportage sur "l'axe du saucisson en Rhone-Alpes". Il acceptera avec entrain et dynamisme, non sans demander un petit délai, le temps que les pompiers retrouvent sa main.
Le pigiste scribouillard rend rarement son article à temps. Dans son jargon, cela s'appelle une "dead line", c'est une excellente appellation. Chaque téléphone de rédacteur en chef est relié à un bouton-poussoir. Une simple pression sur ce bouton-poussoir produit une décharge électrique de 200 000 volts, ainsi qu'une série d'ultrasons extrêmement douloureux (le rédacteur en chef est équipé d'une paire de gants isolants et de boule quies lorsqu'il appelle un pigiste pisse-copie). Momentanément désorienté, le pigiste gratteux va pousser un petit cri grotesque, avant d'accepter un délai totalement irréaliste. Ensuite, il ira faire renouveler l'ordonnance grâce à laquelle il se procure les médicaments destinés à soulager son ulcère. Ces produits sont élaborés dans un laboratoire anonyme situé en Bolivie.
Puis il ira prier, et remettra sa vie entre les mains du seigneur.
Lorsqu'il aura terminé son article, le pigiste scrofuleux appuyera sur une touche de son clavier, au hasard.
Avec opiniâtreté et application.
C'est ainsi qu'il effacera le fruit de son travail. Il aura , au préalable, bien vérifié que toutes ses photos sont floues, et qu'il a confondu son enregistreur avec son carnet d'adresses. Et que des miettes de thon mayonnaise se sont incrustées dans le clavier. Le pigiste damné devient rapidement accro au petit bouton-poussoir du rédacteur en chef, il en aime les sensations particulièrement motivantes.
Donc, tu dois comprendre, ami, car c'est là que je voulais en venir, que pour l'instant, je suis accro au petit bouton poussoir.
A très vite!
Bien cordialement, il tombe des contrebasses.
Très froides.



